Édition du
11 December 2016

Un témoignage sur l’histoire de notre Education

enseignementPar : Ali DERBALA,
Universitaire

« Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent.» Mao Zedong, 1956.

La mise à niveau de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur doit constituer une priorité affirmée de l’Etat. On ne va pas relater cette histoire au sens chronologique des
grands événements. Des méthodes pédagogiques et scientifiques sont expérimentées depuis 1992 et sont importées du Canada (pédagogie d’approche par compétence), de l’Europe
(LMD) ou des USA (Bachelor, Master et Ph.D). Face à un afflux massif de lycéens ou bacheliers incultes, les professeurs des universités ne sont pas ravis. On apportera
sûrement des pierres à ces édifices, qui sont l’Education national et l’Enseignement supérieur scientifique.

Expérimentations des méthodes pédagogiques

On cherche toujours à changer et à importer de nouveaux programmes éducatifs.

Les importateurs de ces systèmes ont oublié d’importer les idées sociales et politiques. Ils pensaient que la modernisation du système éducatif peut se faire sans l’ambiance qui règne dans les écoles, collèges, lycées et universités européens, des centres éducatifs situés dans des pays occidentaux et démocratiques. Pour être un ministre de l’Education, il faut trouver ou retrouver ses productions pédagogiques et scientifiques sous forme de pages Web de ses cours, de polycopies ou de livres destinés aux étudiants, ou de contributions pédagogiques par des articles développés et développant ses idées originales sur l’éducation ou l’enseignement supérieur, etc. Le postulant à ce poste doit réaliser, élaborer, confectionner et proposer des programmes pédagogique et scientifique montrant leurs hautes valeurs et leur efficacité sur le terrain éducatif. Il doit avoir sa propre page Facebook ou sa page Twitter ou au moins que son email soit rendu public. Son programme doit être affiché. Il doit mener une « campagne », il doit visiter les 48 wilayas du pays et les 48 directions de l’Education nationale, il doit animer des conférences publiques dans des salles de réunion. Il doit jauger et voir de visu la situation pédagogique. Il ne doit pas se contenter de rapports favorables de directeurs carriéristes. Il doit affronter les questions et convaincre des pédagogues. Il ne doit pas se contenter de copier des programmes ou de les importer avec des deniers publics.

Le niveau des enseignants de l’Education nationale

La pénurie d’enseignants qualifiés constitue le principal obstacle à la réalisation des objectifs éducatifs de notre pays. Le système éducatif doit attirer un personnel enseignant bien formé, motivé et performant. Cette situation pédagogique lamentable n’est pas due essentiellement à la langue d’instruction mais bel et bien du niveau des étudiants, de la médiocrité des enseignants de tout palier et l’incompétence de beaucoup de gestionnaires bureaucratiques de ces institutions pédagogiques et scientifiques. C’est faux de dire que les enseignants Egyptiens, Syriens, Palestiniens et Irakiens étaient sans aucun niveau. Aux collèges et lycées des années 1970-1976, on a eu de brillants enseignants Moyen Orientaux et Egyptiens des matières telles que la philosophie, l’arabe, l’histoire, l’Anglais etc. Pour les sections bilingues, les mathématiques, physique et chimie étaient dispensées en français. Maintenant, aux arabisants de donner leur témoignage sur la valeur de ces enseignants dans ces matières scientifiques. Les enseignants Algériens, parmi ceux qui étaient contre l’arabisation, ont semé ces idées absurdes que l’Etat algérien pouvait faire appel à des enseignants coopérants sans aucun niveau. Il y avait et il y a aussi de l’anti-arabisation. Des notations arabisées utilisées en mathématiques, physique et chimie n’étaient pas universelles et étaient différentes, car dans le monde arabo-musulman, il y avait plusieurs Zaims (Boumédiene, Sadam, Assad, Nacer,…) et plusieurs Ecoles supérieures, celle d’Irak, de Syrie, d’Egypte et du Maghreb.

Certes dans les années 70, faute du nombre et par manque d’attrait financier, le MEN a autorisé le recrutement des enseignants algériens du primaire du niveau « d’El Ahlia », du niveau du BEM. Ils n’ont jamais étudié dans un lycée. Ils n’avaient même pas le niveau de la classe de terminale. En mathématique, qui est notre dada, Il y a quelques années, on a lu dans un livre de « cinquième année » du primaire, dans un des exercices de calcul, qu’on demandait à l’élève d’écrire un nombre dans « une base ». C’est ahurissant comme programme. De notre temps, l’écriture d’un nombre dans une base était un cours de classe « terminale » des lycées.

Et donc, ces enseignants ne pouvaient nullement bien dispenser ce cours. Remarque, ces enseignants qu’on traite de faibles, étaient des brillants par rapport aux enseignants actuels.

Le niveau d’accès des étudiants et des enseignants à l’Enseignement supérieur

Durant les années 1962-1978, des étudiants sans baccalauréat étaient autorisés à s’inscrire dans certaines spécialités des universités et des écoles supérieures, les sciences de la terre et la géologie à l’USTHouari Boumédiene, l’agronomie à l’INA d’El Harrach, l’hydraulique à l’IHBlida, le pétrole et gaz à Boumerdès, etc. Ces spécialités ne brassaient pas d’étudiants.

Elles sont pourtant des plus stratégiques pour le pays. Jusqu’aux années 1986, 1987, Il y avait parmi les enseignants permanents du Supérieur, des enseignants scientifiques détendeurs seulement de diplômes d’Ingéniorat, de DES et de licence en sciences humaines. Ce n’étaient pas tous les enseignants qui étaient détendeurs de magisters et de doctorat. Il y avait des enseignants qu’il ne fallait pas pleurer, des professeurs qui sont partis à l’Etranger mais que le pays s’en est déchargé comme un fardeau. En effet, ces professeurs, en Algérie, ne donnaient même pas un cours par semaine. Dans les années 90, les situations économique et sociale se sont tellement détériorées que des professeurs d’universités algériennes n’ont pas résisté à la tentation du billet vert (le dollar).

Ces professeurs « mobiles » ont bien su appliquer l’adage qui dit que « Si les vagues se lèvent il faut se résoudre à mener sa barque à travers les écueils ».

Tentative d’arabisation du premier cycle de l’université scientifique

Elle a eu lieu aux environs des années 1994-1996. Comme nos étudiants venaient des lycées totalement arabisés, certains enseignants étaient prêts à s’arabiser pour installer une bonne
communication dans les amphithéâtres. Il leur fallait au moins des « outils de productions » pédagogiques en arabe, à savoir des livres et polycopies traduits. Faute de productions scientifiques et pédagogiques en arabe et pour pallier à ces insuffisances de disponibilité d’ouvrages, les promoteurs de l’arabisation des matières scientifiques n’ont fait aucun effort de traduction, par exemple, de livres russes (éditions MIR-Moscou), français (Dunod) et anglais (McGill). Ils n’ont même pas pu traduire les livres de mathématiques élémentaires de Kolmogorov, Demidovitch et Piskounov, les livres de physique d’Alonso Finn et la série de Feymann et le fameux livre de chimie générale de Haoues et Devallès, des références scientifiques indispensables du premier cycle. Forcément, l’arabisation de sciences exactes ne pouvait être menée à bon terme et à capoter. Par contre, ils ont fait voter à l’Assemblée un texte répressif à l’encontre des enseignants qui continuent de dispenser des cours en français.

Même le Conseil d’arabisation a fait dans « Se obedece pero no se cumple », « on obéit mais on n’exécute point ». « Le fond de la mer est calme. Qui donc devinerait qu’il abrite des monstres désopilants ? » disait Nietzsche. La bêtise humaine a été à son comble quand on a arabisé les sciences exactes au sens où il fallait tous lire de droite à gauche, d’effacer le caractère universel des mathématiques, d’écrire les symboles et les équations en caractères arabes. La mathématique est devenue illisible même pour un Algérien, un Français, un Anglais, un Chinois, un Russe…Elle n’est plus universelle. Un exemple d’absurdité ou d’utopie est à analyser dans la suite. Dans l’expression algébrique « a – b » qui est supposée positive et représentant un « profit » d’une entreprise, l’étudiant arabisant, la lit « b – a » (car il lit de droite à gauche), la trouve négative (pour les non-initiés, si a – b est positive, b – a est négative) et représentera pour lui une «perte » (la négation d’un profit est une perte) pour l’entreprise. Le maître et son élève sont aux antipodes. On a détraqué et désorienté les élèves même dans leur tête. Voilà pourquoi on a régressé. Ce n’est pas à cause des étrangers mais à cause des Algériens zélés.

Une lutte inégale de deux classes d’étudiants

L’extinction progressive de la langue française dans l’Education nationale nous incite dans les sciences exactes à adopter les langues arabe et anglaise. Cette troisième langue est hégémonique dans la science. Le baccalauréat est devenu un effet pervers. Il est devenu un ticket parfois non payé ou non payant pour la vie universitaire. Il est donné presque gratuitement. En deuxième et troisième cycles des Universités (niveaux de Master et Doctorat), la « progéniture étudiante » de presque tous les cadres supérieurs algériens, militaires ou civils, des officiers supérieurs ou des cadres de grandes institutions, des cadres de Sociétés nationales algériennes, des Banques, des Ministères, des Universités etc., évolue à l’Etranger, dans de prestigieuses Universités à Paris, Compiègne, Tours, Angers, Grenoble, Londres, Birmingham, Manchester, Edimbourg, Genève, Zürich, Lausanne,…Son avenir est assuré. La majorité de ces étudiants, enfants de ces privilégiés, est munie des double ou triple nationalités des pays de leur accueil et de résidence. Ils sont bardés de diplômes supérieurs, sont compétents puisqu’ils ont reçu leurs instructions dans les Ecoles supérieures, les HEC (hautes études commerciales), le Ecoles d’ingénieurs de type Supelec, etc… Il n’y a que les fils de « pauvres » qui restent et qui sont restés en métropole Algérie. Ces fils de « pauvres serviront d’ «esclaves contemporains », des esclaves du 21ème siècle ou de « khamassas » scientifiques puisqu’ils sont incultes, analphabètes, illettrées, ont reçu une très médiocre éducation et ne maitrisent rien. Les universités et les grandes écoles sont destinées aux étudiants qui ont le goût et les possibilités de faire les études longues. Un diplôme sans bagages scientifiques est une arme des étudiants faibles et incompétents.

De notre temps, un bachelier n’avait pas le droit de repasser le même baccalauréat acquis, sauf après plusieurs années, et pour probablement faire le métier humain de médecin.

Conclusion

Le Maghreb n’est ni l’occident ni l’orient. Il est connu pour son despotisme et son népotisme décrits par le célèbre sociologue Ibn Khaldoun dans sa « Moukadima ». Une étude sur l’origine sociale des étudiants serait d’une grande utilité, pour pouvoir expliquer les ruées vers certaines spécialités et pas d’autres. Les pays qui se sont attachés de longue date à développer l’enseignement ont aujourd’hui les économies les plus avancées. Il faut estomper ces expérimentations, faire confiance et donner du pouvoir aux enseignants Algériens de confectionner leurs programmes. On doit élaborer un programme des études où à la fin des études secondaires tout élève saura lire, écrire, parler, compter, calculer, naviguer et rechercher de l’information sur Internet, utiliser les réseaux sociaux et élaborer un petit programme informatique en utilisant les nouvelles techniques d’information telles les langages de programmation évolués etc. Cette situation morbide dans l’Education a trop duré.
La voie salutaire consisterait à améliorer les conditions de travail encore médiocres du personnel enseignant. Les mauvais salaires des enseignants sont démotivants.


Nombre de lectures : 1737
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement National

Galeries photos