Édition du
30 September 2016

La mondialisation, l’arme d’assimilation massive

mondialisation1Abdelhamid Charif

Quand on n’arrive plus à trouver les bonnes réponses, il convient alors de ne se poser que les bonnes questions, afin de tempérer sa faiblesse et la suprématie des autres, et préserver son émerveillement envers les seuls pouvoirs et miracles divins. Tenant souvent lieu de dissidence émancipatrice, la capitulation culturelle est la plus dévastatrice des défaites.

Mondialisation et aliénation culturelle

La mondialisation, ce décloisonnement économique et culturel, déchainant les démons consuméristes, est une arme de neutralisation et d’assimilation massives, ayant sans doute fait fantasmer d’anciennes tyrannies et civilisations ; et l’Amérique et l’Occident ne loueront jamais assez leur bonne étoile. Même si une civilisation résout les problèmes qu’elle hérite et bute sur ceux qu’elle crée, et que son déclin s’amorce invariablement après son apogée, la suprématie et l’absence d’effet de surprise, permettent aux actuels maîtres du monde de maintenir l’équilibre des forces en leur faveur et diriger dissuasivement. Leur mode de vie se charge ensuite d’infliger un complexe d’infériorité aux assimilationnistes en suggérant la décomposition socioculturelle comme unique remède. Le cycle traditionnel des civilisations se retrouve ainsi modifié et l’étape du déclin peut désormais s’éterniser, puisque toutes les menaces et concurrences sont aisément repérées et étouffées. Les embusqués qui attendent opportunément que leur tour arrive, risquent de poireauter indéfiniment ; et même si la résignation et l’immobilisme sont injustifiables, les discours irréalistes prêchant des espérances utopiques, peuvent s’avérer tout aussi contreproductifs.

La mondialisation déferlante, pilotée par une civilisation déliquescente mais dominatrice, semble évoluer vers une maladie chronique liée au vieillissement, avec laquelle il faudrait désormais apprendre à vivre. A l’échelle planétaire, il pourrait s’agir de la phase finale d’un cycle important, pas forcément ultime.

Les alliances de service

Ne manquant pas d’atouts de séduction, ce processus décadent s’emballe par des ralliements collectifs d’assimilationnistes enthousiastes, pressés de se fondre dans la nouvelle culture universelle, curieusement définie comme étant ce qui reste, une fois tous les remparts disparus. L’intégration brandie n’étant que partiellement accordée au mérite, en se disputant les prix d’encouragement et de consolation, les demi-assimilés rivalisent en diagnostics incriminant leurs sociétés d’origine, jugées obscurantistes et rétrogrades, tout en s’adonnant à la littérature courtisane envers le Judéo-Christianisme et le puissant lobby sioniste.

Le train de l’assimilationnisme, n’est pas emprunté seulement par conviction, plus ou moins authentique ou dopée, et dont la réversibilité vers le bercail n’est jamais exclue, mais également et dangereusement par l’opportunisme des carriéristes sans foi ni loi. Ces faux assimilationnistes, formatés par des régimes illégitimes, bénis par les tuteurs maîtres-chanteurs, finissent par se débarrasser des scrupules d’origine, sans adopter ceux des mentors, et s’adonner ensuite froidement à la rapine et corruption systématiques.

A défaut d’affinités naturelles, ces deux cabales assimilationnistes finissent par nouer de dangereuses alliances, malgré des échanges sporadiques de tirs croisés, la force les solidarisant, contre l’ennemi commun, étant largement supérieure à toute autre considération. Cette indélicatesse arrive ainsi à tisser des complicités entre des acolytes d’horizons culturels différents, voire opposés.

La suprématie n’a pas de prix, mais a besoin d’un ennemi durable

En dépit des effets collatéraux planifiés ou imprévus, les immenses prérogatives de la gouvernance du monde sont non négociables, et aucun prix ne sera un jour assez fort pour céder une partie de cette suprématie. D’importantes ressources et d’éminents stratèges sont mobilisés pour défendre l’Empire, anticiper et éviter les causes d’implosion interne tout en tenant en respect les ennemis potentiels, dont la liste demeure ouverte, et intégrant jusqu’aux plus proches alliés.

Le mur de Berlin n’étant plus, La Russie étant confinée à un rôle qui pourrait être plus incommode pour chaque partie, La Chine et son économie conquérante suivant l’exemple d’intégration du Japon, il ne reste donc plus que la nuisance culturelle et démographique de l’Islam, comme ennemi viable pour l’exercice de l’hégémonie polarisante. Un choc civilisationnel aussi asymétrique et confortable que valorisant et fédérateur.

A défaut de pouvoir le discréditer comme les autres religions, l’Islam doit être diabolisé via des actes barbares réactifs ou concoctés, afin de maquiller les répressions en représailles salutaires justifiées, et fédérer des soutiens islamophobes jusque derrière les lignes ennemies. Il doit ensuite être affaibli logistiquement, ses ressources naturelles pillées, et ses compétences humaines marginalisées ou récupérées. Des objectifs stratégiques pouvant être atteints à moindre coût grâce à une recette magique à très large spectre, et dont l’efficacité éclipse les rares effets secondaires sur les scrupules : Soutenir et courber des régimes impopulaires et corrompus. Lesquels régimes imposteurs se révèlent souvent plus royalistes et inventifs que les exigences des cahiers de charge.

Discordes culturelles

Qu’il s’agisse d’une réforme salutaire incomprise et mésestimée, ou d’une dérive immorale irresponsable, la modernité rompant de force avec les valeurs de la société ne peut que foirer et rétrograder le pays sur tous les plans.

Ce serait dévalorisant envers les auteurs de l’arrêt du processus électoral de 1992, que de confiner leur rôle au seul traitement symptomatique, à travers le prétendu redressement brutal et salvateur d’une aberration socio-démocratique. Des stratèges de l’éradication ont dû s’occuper davantage de la causalité. Leurs remèdes ont sans doute été jugés encourageants mais insuffisants, et le relais a été repris par d’autres, plus déterminés à corriger de prétendues carences sociales en modernité et attributs de la mondialisation, et n’éprouvant aucune gêne ou retenue par rapport à leur non-représentativité.

La volonté divine s’oppose rarement aux enchaînements événementiels de cause à effet, et le verset suivant n’exclut pas la réussite des débaucheurs de la société, mais leur garantit de fâcheuses conséquences, même en cas d’échec :

« Ceux qui aiment que la débauche se propage parmi les croyants auront un châtiment douloureux dans ce monde et dans l’autre. Dieu sait et vous, vous ne savez pas. », Coran 24/19.

L’euphorie de l’aventurisme et ses butins ont refoulé les interpellations morales, et si certaines complicités invoquent des circonstances atténuantes à travers des rôles prétendument passifs, d’autres clament sans pudeur avoir bravement sauvé les restes, en limitant les dégâts. Subterfuge ayant échappé à la ruse des quarante voleurs d’Ali Baba, puisqu’eux aussi, ayant amassé moins que leur chef, ont ainsi réduit la facture sociale.

En plus du lourd bilan humain, morts, disparus, révoqués, déportés, exilés, etc., le pays a subi des défigurations sociales profondes. De la paupérisation massive jusqu’à la criminalité et toxicomanie organisées, en passant par la dislocation du système éducatif, marginalisation de la langue et des matières identitaires, bradage et pillage des ressources, injustice, corruption, perte des repères sociaux et valeurs morales, etc. En dépit de la priorité accordée à la Jeunesse et l’Ecole, les adultes n’ont pas été oubliés, puisque des organisations internationales, loin d’être anodines, telle Rotary de la Franc-maçonnerie, ont été accueillies à bras ouverts pour cultiver et divertir la société mature. D’autres confréries semblent quant à elles convaincues qu’il ne reste à l’Algérie qu’à abroger la Peine Capitale pour devenir la Mecque des Droits de l’Homme. Qu’a donc fait la nation pour mériter tout cela ? D’où viennent ces démocrates qui veulent imposer par la force leur vision culturelle minoritaire ? S’agit-il d’un patriotisme exemplaire hérité des Novembristes, ou plutôt d’une terrible nostalgie déclenchée dès l’indépendance ?

L’échine douce du chameau et les bosses rugueuses de ses pairs

Les religions et les doctrines universelles, telles la démocratie et la laïcité, ne sont pas nées de la dernière pluie, et ont toutes prévu des règles de cohabitation pacifique. Seule l’indisposition des adeptes à appliquer leur croyance, peut causer des problèmes de promiscuité. Le fanatisme non pratiquant, cela n’arrive pas qu’aux autres. Il peut s’agir de :

(1) Musulmans croyant en « Nulle contrainte en religion », mais excluant les autres religions et irréligions.

(2) Démocrates ne jurant que par « Souveraineté du peuple exercée à travers ses élus », mais rejetant les résultats des élections quand ils sont défavorables.

(3) Laïcs revendiquant « Liberté de foi et neutralité de l’Etat à l’égard des religions », mais voulant imposer l’irréligion à tous ceux qui font de la politique.

Le chameau, ne voyant que les bosses de ses pairs, ne doit plus faire l’objet de moqueries, il est désormais concurrencé par des élites, recourant fréquemment à des interprétations radicales et exclusivistes, étrangement justifiées en prêtant aux autres, avant même de les voir à l’œuvre, des intentions extrémistes, voire criminelles. Et c’est dans l’air du temps de taper sur la religion et lui coller tous les fanatismes. Et pourtant, en France par exemple, et par ricochet chez certains algériens, la neutralité de l’Etat à l’égard des religions, ou séparation des deux, est désormais traduite en exclusion des personnes religieuses de toute activité politique. Sauf s’il s’agit d’opportunistes inconséquents, prêts à jouer les marionnettes. C’est évidemment l’Islam qui est visé, car, étant discrédité et piétiné, le Christianisme n’est plus loin de l’irréligion idéale, désirée par les laïcs radicaux. Et c’est ce même itinéraire que certains musulmans veulent imposer à leur religion, quitte à composer avec les pires injustices et arnaques.

Rivalités régionales et guerres des concessions

Les saisies de drogues par quintaux à travers le pays sont quasi quotidiennes. Prétendre que le Maroc est la principale cause ne tient pas la route, car la consommation des stupéfiants et le narcotrafic étaient presque inexistants avant la fermeture des frontières dans les années 1990. Il est donc difficile de ne pas accorder du crédit aux révélations d’anciens cadres de l’Etat, impliquant de grands responsables dans la distribution et promotion de la drogue en Algérie.

Se démarquant de la ligne éradicatrice, avec un gouvernement démocratique dirigé par un parti d’obédience islamique, ce même Maroc, longtemps pris de haut par certains, est en train d’amorcer un redressement socioéconomique certain, qui lui procure déjà beaucoup de crédit, respect, et investissements, lui permettant de gagner en envergure et marquer des points. Même s’il est loin de reproduire le miracle économique turc, en suivant toutefois la même stratégie, humblement expliquée par Erdogan – « Je ne suis pas un voleur » – il n’est pas exclu de voir, dans un futur pas si lointain, le Maroc changer de stature et ensuite sa position vis-à-vis de l’ouverture des frontières avec l’Algérie.

Seuls des régimes forts de leur légitimité populaire peuvent appréhender courageusement les conflits régionaux, tel celui du Sahara Occidental, et rapprocher les visions des pays concernés pour l’intérêt de toute la région. Les dupes, quant à eux, continuent de penser qu’il suffit de gagner la course des concessions vis-à-vis des plus puissants, ou les plus riches, pour faire pencher la balance du bon côté, quitte à hypothéquer les ressources et la souveraineté.

Cherchant coûte que coûte à semer les discordes au sein du monde musulman, l’Occident ne peut que les bénir quand elles y sont déjà enracinées, et la cerise sur le gâteau c’est quand les parties en désaccord s’en remettent séparément à lui en rivalisant en compromissions.

Les rivalités régionales livrées à un arbitrage externe, se transforment immuablement en guerres de concessions, et les soutiens fluctuants donnent aux uns et aux autres, des illusions de batailles victorieuses favorisant la poursuite acharnée de la subordination et ses mirages.

Les concessions mutuelles directes qu’auraient à faire les différentes parties en négociant directement, seraient pourtant plus fructueuses et conciliantes, et nettement moins coûteuses.

Les discordes religieuses et les héroïsmes de service

Des rivalités d’influence sont également exploitées pour continuer à contrôler le Moyen Orient et ses richesses. L’antagonisme entre les chiites et sunnites est subtilement entretenu par des manipulations élaborées et des héroïsmes préfabriqués ou amplifiés, visant à favoriser l’influence déstabilisante des minorités. Nombre d’intellectuels musulmans, algériens notamment, sont charmés par l’Iran et ses projets défiant l’Occident, tout comme Atatürk a séduit des générations d’élites, grâce à des montages bidon de crises victorieuses l’ayant glorifié et préparé pour la grande mission de l’abolition du Khalifat. Il n’est pas question de défendre ou dédouaner des pays arabes sans projets, mais il est utile de rappeler qu’avant qu’il soit démantelé et livré à l’Iran, l’Irak n’a pu que constater en toute impuissance le bombardement de son réacteur nucléaire par Israël, en 1981, sans avertissements, ni négociations, ni sanctions du Conseil de Sécurité. L’influence grandissante de l’Iran et les conversions des sunnites au chiisme, font l’affaire de l’Occident ainsi que les régimes arabes et les élites éradicatrices combattant l’Islam politique.

Encourager, même passivement, une discorde religieuse sectaire conflictuelle, dans une société qui en était épargnée, est aussi irresponsable que propager la débauche. Et c’est précisément une nouvelle orientation religieuse, résolument permissive, plutôt qu’une quelconque intrépidité, qui constitue la nouvelle arme de l’Iran pour appâter les sunnites vers le chiisme. Le fameux « Mariage de jouissance » ou « Zawaj al-moutâa » est désormais pris en charge par les autorités cléricales pour en faire une industrie de tourisme religieux attirant et piégeant des élites sunnites fragiles (1-3). Les remises en cause culturelles, les revendications identitaires, l’anti-arabisme rampant, la passivité officielle, et la sous-estimation insouciante du fléau, sont autant de conditions propices faisant de l’Algérie une cible de choix (4,5). Des jeunes femmes sont recrutées, par des annonces officielles, pour jouer, moyennant rémunération de la dot, tarifée selon la durée, les rôles d’épouses de jouissance, et accessoirement d’espions (1). Dénoncée par une partie de la société civile et par des savants chiites, cette « industrie Halal du sexe » connait un boom sans précédent, particulièrement dans les villes religieuses de Qum et Mashhad. Une fois piégées et converties, les élites sunnites s’adonnent alors à des justifications absurdes et embarrassantes, sacrifiant des plumes d’intellectualité. Des victimes irakiennes ont eu le courage de dénoncer cette pratique, un des notables a admis, qu’après avoir goûté à ces jouissances religieuses, lui et ses collègues prétextaient par la suite des voyages pour soins, afin de retourner auprès des accueillantes hôtesses iraniennes (1).

C’est de bonne guerre diront des réformateurs. Ou de bonne culture. Ce tourisme religieux, émancipateur et tolérant, n’est pas entre de si mauvaises mains ; c’est celui des rites du Hajj et de la Omra qui poserait problème, et en se permettant exceptionnellement de mélanger politique et religion, certains n’hésitent pas à prescrire le boycott. Ne reconnaissant plus le délit moral de permissivité, ni la déculturation, l’Islam préconisé par ces rénovateurs favoriserait l’intégration à la mondialisation et à sa culture universelle, unique rescapée, s’obstine-t-on confusément à rabâcher, une fois que tout aura disparu.

La civilisation et la barbarie, c’est aussi la sophistication acquise et la simplicité innée. La sophistication produit plus de moyens de destruction, séduction et aliénation ; les pensées complexes ou superflues peuvent, quant à elles, encombrer et brouiller certains esprits, et rendre les choses plus confuses, en prétendant les élucider. La simplicité demeure un attribut de la droiture et de la perspicacité, et la civilisation contemporaine doit son statut et ses galons de gloire beaucoup plus à la niaiserie acquise de ses victimes plus nombreuses.

En se posant simplement les bonnes questions, on ne risque pas de perdre le fil des réponses simples, ni oublier ou confondre les prérogatives et devoirs, assignés par Celui qui subsistera Seul quand tout aura disparu :

« Tout ce qui est sur la Terre est périssable ; seule perdurera la Face de ton Seigneur, auréolée de majesté et de gloire. », Coran 55/26-27.

 

Références :

(1) http://www.dotmsr.com/details/زواج-المتعة-سلاح-التجسس-الإيراني-على-العالم

(2) http://www.elsaba7.com/NewsDtl.aspx?Id=131673

(3) http://www.3rabpress.com/ar/?p=28697

(4) http://www.elbilad.net/article/detail?id=6022

(5) http://middle-east-online.com/?id=170383

 


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2 Commentaires sur cet article

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  • AMAR
    25 avril 2016 at 15 h 53 min - Reply

    Notre monde a nous( tiers monde…quart monde….sous monde…)est totalement tenu a l ecart de l evolution des peuples…. »LA CAPITULATION CULTURELLE a eu lieu » elle est bien entretenue par CES PERES DE LA NATION QUE L ON A BIEN VOULU NOUS METTRE….NOTRE RELATION AVEC CETTE MONDIALISATION NE PARAIT NI ACTIVE NI COMPLETEMENT INERTE …ELLE NOUS ASPIRE NOTRE ELITE ET AVEC CE QUI RESTE C EST TOUT JUSTE BON POUR PRODUIRE DE L EXTREMISME-ALIBI POUR PERMETTRE AUX GRANDES PUISSANCES D INTERVENIR LORSQU IL LE FAUT….CETTE MONDIALISATION MEME SI ELLE EMANE DES PLUS FORTS NE DEVRAIT PAS RELEVER DU FATALISME…ELLE NOUS OFFRE QUAND MEME DEUX POSSIBILITES CELLE D ETRE UN ACTEUR MEME AVEC 0.001%…..OU CELLE D ETRE UN SUJET QUI SUBIT TOUS LES EVENEMENTS….LE MAL EST EN NOUS ON N A PAS PU (SU) choisir………….

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  • saou
    7 mai 2016 at 16 h 41 min - Reply

    Continuer a ècrire wa dalika adâfe el imane.

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  • Congrès du Changement National

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