Édition du
29 September 2016

Il y a 71 ans, la fête du Travail est célébrée dans le sang

 

Photo du Martyr  Ghazali El-Haffaf, tombé sous les balles coloniales  le 1er mai 45 à la rue Larbi Ben M’Hidi (anciennement rue d’Isly) à Alger, lors du défilé auquel avait appelé le PPA. (Note de la rédaction de LQA)

 

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GhazaliElHaffafLa défaite du nazisme, en 1945, n’annonce pas hélas les meilleurs jours pour tous les peuples. En effet, malgré la participation des « indigènes » à l’effort de guerre, le système colonial ne compte pas rendre la liberté aux peuples qu’il subjugue.

Ainsi, au nom du principe de la généralisation des droits de l’Homme, les autorités coloniales les bafouent en foulant au sol les mêmes principes. Cela « confère à de telles actions un caractère particulier d’hypocrisie, de double langage », écrit Yves Benot, auteur du livre « les massacres coloniaux ».

Mais, compte tenu des promesses des alliés –lors de la conférence de San Francisco de mars 1945, les alliés réaffirment le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes –, les Algériens tiennent à faire valoir leur droit à la libération, et ce, bien que l’arsenal répressif colonial soit aux aguets. En tout cas, en dépit des risques encourus, le 1er mai 1945, la rue algérienne, notamment ces deux grandes villes, Alger et Oran, est prête à défendre crânement ses droits.

Pour le principal parti indépendantiste, le PPA (parti du peuple algérien), il y a un double défi. D’un côté, il veut rappeler les promesses des alliés et, de l’autre côté, il conteste la déportation de son chef charismatique, Messali Hadj, à Brazzaville, le 30 avril 1945.

Bien que les organisateurs aient peu de temps devant eux, ils parviennent tant bien que mal à préparer des pancartes et des banderoles. Sur celles-ci, deux slogans sont principalement martelés : « libérez Messali » et « Algérie libre et indépendante ».

Mais, est-ce que la liberté des uns vaut la liberté des autres ? La réponse est évidemment non. En fait, ce qui peut paraître comme un idéal à préserver chez les puissants de ce monde n’est qu’une forme de sédition quand il est revendiqué par les faibles. Cela leur confère, par la même occasion, le droit de les mater.

Pour dissuader les manifestants algériens, dès les premières heures du 1er mai 1945, la ville d’Alger est bouclée par les forces de police. En outre, après le refus de la CGT de laisser les Algériens intégrer leur cortège, la mission de la police coloniale devient du coup plus facile.

Dès l’apparition du drapeau algérien, le prétexte est aussitôt trouvé. Pour résumer l’ampleur de la répression, le témoin de l’époque, Henri Alleg, écrit : « il y avait eu quatre morts et sept autres blessés qui ne survivront que quelques jours à leur blessure. » Ce même scénario se répète évidemment à Oran, où le bilan est d’un mort et de plusieurs blessés graves.

Cependant, dès le lendemain, les dirigeants du parti clandestin se retrouvent dans une situation paradoxale. Ne pas appeler à la célébration de l’armistice, prévue dans une semaine, c’est renoncer au combat ; le faire, c’est exposer leurs compatriotes à une répression aveugle. Telle est donc la question à laquelle doivent répondre les dirigeants du PPA au plus vite.

Après une concertation de la direction clandestine, il est décidé que les célébrations devraient avoir lieu dans les villes où il n’y avait pas de violence. En effet, à l’instar de Sétif et de Guelma, où les manifestations du 1er mai n’ont pas provoqué de heurts, la célébration de l’armistice est maintenue.

En revanche, à Alger et à Oran, il est décidé d’annuler uniment tout rassemblement. Et qui plus est, anticipant tout risque, les militants les plus en vue dans ces deux grandes villes sont simplement arrêtés. Malheureusement, sans que la répression ne soit évitée le jour J.

Pour conclure, il va de soi que la répression du 1er mai 1945 n’est pas anodine, et ce, bien que celle de la semaine suivante la dépasse largement en horreur. Dans les deux cas, les Algériens ne sont armés que de leur courage en vue de conquérir leur liberté. Pour y parvenir, ces meilleurs fils de l’Algérie ont payé un lourd tribut. 71 ans plus tard, il appartient aux générations actuelle et future de préserver ce legs précieux.

Aït Benali Boubekeur


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2 Commentaires sur cet article

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  • karim
    7 mai 2016 at 10 h 14 min - Reply

    Le pouvoir qui autorise la gouvernance –soit l’Autorité- à l’échelle d’un pays ne peut émaner que d’une Loi fondamentale que tout individu se doit d’être convaincu qu’elle est supérieure à tous, même à son garant en la personne du chef de l’État.
    Lorsque ce dernier est défaillant et que les mécanismes légaux prévus à cet effet n’ont pas fonctionné, là commence la dérive autoritaire, ayant pour seuls ressorts la corruption et l’injustice tous azimuts, qui ne peut être stoppée que par une force conséquente qui intervient pour rétablir la situation à sa normalité.

    Tout citoyen a des devoirs constitutionnels envers son pays.

    Le pouvoir institutionnel chez nous en Algérie, conformément aux dispositions de la Constitution, est vacant de source officiel dès la publication du communiqué de l’Agence Presse Service portant confirmation de l’AVC -et non AIT-, soit le 11 juin 2013 à 15h54.

    Les diffuseurs algériens de l’information libres et crédibles –on en compte une bonne dizaine chez nous- peuvent provoquer cette dynamique qui engage vers la mobilisation sociale. Ils sont au cœur de la formation du consensus fédérateur de l’opinion publique.

    Une bonne combinaison du média et du citoyen pour mettre sur pied la nécessaire force conséquente.

    citoyen karim

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  • AIT MOHAND
    7 mai 2016 at 21 h 32 min - Reply

    Que ce rappel du 1er. Mai 1945 sanglant de l’ex rue d’isly, actuelle rue du Chahid BEN M’HIDI, nous fait remonter à cette époque où AÂSSELAH Hocine était à la tête du cortège. Et une semaine après, il y eut les massacres du 8 MAI 1945 de SETIF, KHERATA ET GUELMA…

    GLOIRE ETERNELLE A TOUS NOS MARTYRES !!!

    TAHYA AL DJAZAYER !!!

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