Édition du
5 December 2016

Bandits manchots et Canards boiteux

Algérie qui coule
Par Salima Ghezali

« Les machines à sous dans les casinos se nomment communément des bandits manchots en français. Les machines à sous ont un seul bras articulé qui se trouve à droite de la machine et comme cette dernière n’en possède qu’un, c‘est donc un manchot. Ces machines soutirent plus d’argent aux joueurs qu’elles ne leur en font gagner et c’est aussi pour cela qu’elles sont surnommées des bandits et des bandits à un seul bras sont des bandits manchots. (Pourquoi les machines à sous s’appellent des bandits manchots)

« Un lame duck (littéralement canard boiteux) désigne, dans le monde politique anglo-saxon, un élu dont le mandat arrive à terme, et plus particulièrement un élu toujours en poste, alors que son successeur est déjà élu mais n’occupe pas encore le poste. » (Wikipédia)

A observer le spectacle des clans qui se déchirent, le citoyen ordinaire n’en finit pas d’ingurgiter, scandale après scandale, une potion bien amère dont la seule conclusion logique ne peut-être que : « Tous pourris ! »

Pour un regard extérieur à la bataille en cours, pourquoi faudrait-il accorder plus de crédibilité démocratique aux amis de Rebrab qu’à ceux de Hamid Grine ?

Parce que les premiers disent que les seconds sont corrompus, incompétents, illégitimes, anti-démocratiques etc. ?

C’est aussi ce que disent les seconds des premiers.

Parce que les premiers alignent des journaux, des syndicats, des partis politiques, des intellectuels, des artistes, d’anciens chefs de gouvernements et d’anciens ministres ou d’anciens gauchistes dans leurs rangs ?

C’est aussi le cas des seconds.

Parce que les premiers seraient l’opposition et les seconds le pouvoir ?

Mais alors où se situeraient les autres ? Tous ceux qui ne sont concernés ni par l’alignement derrière Rebrab et ses amis ni par l’alignement derrière Grine et ses amis.

En ce cas, il faudrait y regarder de plus près. Et en s’en tenant à des sources ouvertes et publiques. Une de ces sources pourrait être les pétitions les plus célèbres. Il est vrai que  les raisons pour lesquelles on pétitionne ne sont pas toujours évidentes. Mais, il est rare de trouver deux adversaires aussi  acharnés que ceux qui s’identifient au pouvoir ou àl’opposition comme signataires des mêmes pétitions. Et pourtant  Issad Rebrab (entrepreneur opposant au système selon sa légende) et Mohammed Bedjaoui (ami de Chakib Khelil ayant introduit Pierre Falcone dans la bergerie des affaires algériennes selon sa légende) sont tous deux signataires de la pétition en soutien au général Nezzar au moment où il fût poursuivi devant la justice suisse. La légende du système étant que le général à participé à sauver la République. Les pétitionnaires n’ont fait que leur devoir de républicains  entre deux rounds de la bataille clanique qu’ils mènent les uns contre les autres. On peut en conclure qu’il faut donc garder ce dernier (le général) comme pôle de stabilisation du système puisqu’il réussit à  concilier, autour de la République en question, deux  profils aussi opposés. Et on peut éventuellement commencer à saisir la logique systémique. Et la légende de ceux qui nouent et dénouent. Les conflits comme les arcanes de la justice ou les cordons de la bourse.

C’est, dans une autre source ouverte, une des conclusions qui ressortent du travail que mène  Mohammed Hachemaoui, depuis un peu plus d’une décennie, sur le système politique algérien. Un système qu’il décrit comme prétorien et où la corruption tient un rôle central. C’est ce que nous pouvons lire dans l’entretien que reprend Libre Algérie cette semaine. Hachemaoui va plus loin dans son décryptage du système algérien dont on pourrait ne pas comprendre le choix d’octroyer  un quatrième mandat à  un Bouteflika diminué alors même que le tonnerre des « Printemps arabes » a semblé  sonner le glas des régimes autoritaire. Dans  « Changement institutionnel Vs durabilité autoritaire- La trajectoire algérienne en perspective comparée, le politologue démonte les méthodes d’un Etat profond qui use d’une véritable  machine à fabriquer des dirty tricks et des illusions :

« …l’importance de la « politique des sales besognes », répertoire allant de la torture à l’homicide politique en passant par les purges et les disparitions  forcées, traduisant la faiblesse de l’institutionnalisation politique formelle. J’appellerai pseudopolitics toute politique qui s’emploie à masquer la politique réelle. La pseudo-politique (…) couvre aussi bien la « classe politique » et ses polarisations  consacrées (« gouvernement vs opposition », « Présidence vs Armée ») que la « société civile » et sa multitude de « journaux indépendants», de « figures » et de « polémiques » (« salafistes vs modernistes », « forces de gauche vs nouveaux oligarques », etc.). L’interdépendance, l’inter-complémentarité et le caractère poisseux de ces rouages concourent à accroître le coût de la remise en cause des arrangements institutionnels qui sous-tendent le régime politique algérien

Une lecture édifiante et solidement documentée qui ne permet pourtant pas de comprendre pourquoi ceux que Hachemaoui nomme « le collège des prétoriens » s’opposent à toute sortie concertée et pacifique de la crise, alors que par de là les limites de l’analyse académique, l’actualité globale nous assène quotidiennement qu’aucune durabilité n’est acquise par temps de globalisation chaotique. Car c’est ainsi qu’il faut comprendre l’avertissement de Mouloud Hamrouche lors du quarantième du décès de Hocine Aït Ahmed : « L’Etat algérien sera démocratique ou il ne subsistera pas. »

Serait-il possible que la matrice de ce système se situe au-delà de ce « collège de prétoriens » et que derrière les bandits manchots et les canards boiteux il n’y ait… plus rien de national ?

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8 Commentaires sur cet article

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  • Dria
    17 mai 2016 at 20 h 14 min - Reply

    Je me permet de dire en tant que citoyen ordinaire que la pseudopolitics fait ravage dans le milieu de la presse et des medias tous sans exception .

    Le  » Tous pourris  » et tous complices est valable la aussi; car d’aucun ne défendent les intérêts du peuple; tous ont des agendas précis ont des connivences avec les hommes du sérail ; ils ont tous roulés durant une période qui pour un géneral qui pour un canard boiteux ou pour un manchot….

    Jamais au grand jamais le peuple ne fut informer comme il se doit et ça ne vas pas changer de sitôt …ces tiraillements d’en haut laisse échapper quelques nuances.

    La presse indépendante est plus que jamais interpeller pour jouer le rôle qui lui sied ; en l’absence d’une justice Independante et d’un état juste.

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  • Ali
    18 mai 2016 at 12 h 17 min - Reply

    Ce qui manque à notre société, pour bouger dans la bonne direction, est une élite sincère et intègre prête à se sacrifier pour son PEUPLE et PATRIE.
    ‘’Jeter la révolution dans la rue et le PEUPLE la prendra en charge.’’
    Disait le martyr Mohamed Larbi Ben Mehidi.
    Combien sont-ils, de nos jours, qui sont prêts à tenter l’aventure ?
    Pas beaucoup , je suppose.
    Pour la simple raison qu’il faut beaucoup de temps et courage, pour forger des LARBI.

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    • rachid dahmani
      19 mai 2016 at 20 h 08 min - Reply

      Bonsoir Ali,

      Il en faut exactement un siècle et demi à deux pour exaucer tes souhaits. Bonne soirée l’ami.

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  • rachid dahmani
    18 mai 2016 at 13 h 21 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Finalement on est tous les mêmes. Que l’on soit d’ici ou d’ailleurs. Que l’on soit blanc, noirs ou rouge indien ou jaune asiatique. Que l’on soit chrétien, juif ou musulman ou boudhiste…on est tous pourris jusqu’à la moelle. Il suffit juste que les conditions soient réunies pour que cela s’exprime en nous tout naturellement. Le problème est que chacun ne voudra pas le croire pour lui. C’est pour cette raison qu’il y a tant d’écart au départ avant que l’on se rende compte qu’on est tout autant pourris que tous les autres. La nature n’a pas à s’expliquer la dessus. C’est depuis toujours que c’est ainsi. Bonne journée à tous.

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  • SEDDIKI
    18 mai 2016 at 19 h 16 min - Reply

    Mme S.Ghezali est égale à elle-même et c’est toujours un immense plaisir que je « dévore » ses écrits,si simples et flamboyants à la fois.
    A la fin,vous avez compris que,tel un professeur de philosophie, la vérité sort de la « plume » de cette dame,qui nous manque,qui manque terriblement à notre Algérie si malheureuse, car très mal dirigée -depuis sa naissance
    Logue vie,Madame !!

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    • dria
      19 mai 2016 at 12 h 42 min - Reply

      @ Mr Seddiki

      Je parle de la presse algérienne en générale et je ne vise nullement Mme Ghezali que je ne connais ni de prés ni de loin, j’ai appris son vrai nom par un article ici sur LQA.

      Entre nous les journalistes qui ont osé dire les quatre vérités ont eu en contre partie un « six » pieds sous terre et eux ne se cachaient point derrière un pseudo , ils affichaient leurs convictions haut et forts, allah yarhamhum les Mokbal, Djaout ,Yefsah et autres…

      Vous avez raison de dire que la « vérité » sort de la PLUME et je suis entièrement d’accords, mais je ne philosophe point si je demande d’ou provient l’ENCRE de la plume, nous sommes hélas en Algérie et nous connaissons comment ça marche « la presse made in bladi »…s’il y avait une presse indépendante on n’aurait jamais atteint ce stade de déliquescence…

      Je signe et je persiste chaque quotidien (une exception de quelques quotidiens en ligne dont le LQA ou l’on s’exprime en toute liberté) à son patron, Manchot, canard boiteux, militaire ou civil qui veille à ne point dépasser la ligne rouge établit par le pouvoir en place, je ne parle pas des journalistes c’est comme le reste de la société, il y a des bons, des mauvais, ceux qui ont des principes et d’autres à la solde des soldes qu’on leur propose.

      avant de clore je vous fais une confidence , je n’ai plus acheter un quotidien algérien depuis l’augmentation à 20 DA je les feuillette en ligne, ils se ressemble tous ils ont en commun :
      – une vérité LA DATE
      – un peut de probabilité LA MÉTÉO
      – le reste du MENSONGE (BLABLA POLITIQUE).

      pour Mme Ghezali je lui souhaite d’avoir le Prix de « Fakhamatuhu » à défaut d’un « Pulitzer »

      ___________________________________
      Juste une précision à apporter. Notre compatriote Salima Ghezali n’a jamais signé ses articles sous un pseudo. Elle dirigeait un excellent hebdomadaire véritablement indépendant (LA NATION) qui se permettait de dire des vérités durant les premieres années de sang et de larmes, ce qui lui a valu son interdiction sous de fallacieux pretextes. Et à cette époque, les torchons éradicateurs qui crient aujourd’hui à l’atteinte à la « liberté d’expression » n’ont pas levé le petit doigt. Ils étaient occupés à publier les « informations » venues de Ben Aknoun.
      Amicalement.
      Salah-Eddine Sidhoum

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      • Dria
        19 mai 2016 at 23 h 42 min - Reply

        Merci Dr Sidhoum pour la précision, vu la situation qui prévaut, on ne sait plus qui est qui et, et qui roule pour qui, alors personnellement MANAMEN MANEKHDA3, d’ou se style un peu ambiguë dans mon intervention je l’avoue sous couvert de généralisation….

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  • Nacir
    20 mai 2016 at 17 h 33 min - Reply

    « l’avertissement de Mouloud Hamrouche lors du quarantième du décès de Hocine Aït Ahmed : « L’Etat algérien sera démocratique ou il ne subsistera pas. » »

    Je parle à l’ombre étouffante d’un régime de « bandits »; le destin qui ne fût pas, j’avais cru l’avoir d’avance, plus fini.
    Un destin vendu que n’importe quel autre destin.
    Mon mépris pour ceux et celles qui sont satisfaits de l’ordre actuel.

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