Édition du
11 December 2016

La Nation et El Watan, deux journalismes aux antipodes

Publié par Saoudi Abdelaziz

http://www.algerieinfos-saoudi.com/

La Nation asphyxiée interrompt sa publication.

La Nation asphyxiée interrompt sa publication.

Chaque fois qu’un événement ou une intervention remarquables se produisent dans l’actualité, le blogueur a le réflexe immédiat de consulter ses archives. Deux faits cette semaines : le billet de Salima Ghezali dans Libre-Algérie, radiographiant le système, l’éditorial de Omar Belhouchet le directeur d’El Watan défendant une« pugnace » Salima Tlemçani, son principal fournisseur de révélations fabriqués par le DRS-canal historique.

Nous mettons en ligne un remarquable article de cette « pugnace » Salima Tlemçani, présentant lors du Printemps arabe, El Kadhafi comme l’ennemi juré de l’Algérie. Cet article  que nous remettons en ligne, a été inspiré par « un ancien officier supérieur de l’ANP ». Il fut opportunément utilisé au printemps 2011, par la campagne médiatique occidentale pour légitimer l’intervention de l’Otan en Libye. (Un peu comme l’article de Kamel Daoud sur Cologne a servi à légitimer l’expulsion d’Allemagne des harraga algériens, tous violeurs…). En tout cas la mission de l’Otan 2011 terminée avec succès, El Watan exhibera fièrement à sa une le visage tuméfié du cadavre de Kadhafi, en annonçant pompeusement une « nouvelle ère » pour nos voisins.

Dans ses évaluation du blocage systémique dans notre pays publiées désormais dans Libre-Algérie, Salima Ghezali montre de la suite dans les idées par rapport à ses anciennes chroniques parues dans l’hébdomadaire La Nation. On peut en juger à la lecture de la radiographie ci-dessous qu’elle avait publié cinq ans plus tôt presque jour pour jour, le 25 mai 2011. Abed Charef écrit aujourd’hui à propos de cet hebdomadaire disparu : « la presse indépendante est morte le jour où l’hebdomadaire La Nation a disparu : Ce journal avait reçu, en six années d’existence, moins de recettes publicitaires qu’un quotidien « normal » en une demi-journée ». Pendant ce temps, financé par la pub des conglomérats-concessionnaires, la ligne de rupture néolibérale d’El Watan a beaucoup prospéré.

La Nation, El Watan… deux journalismes algériens différents au temps du Dieu argent.

Impasses majeures et fenêtre de tir

Par Salima Ghezali, 25 Mai 2011

Cette semaine ont débuté les consultations entre le Pouvoir, les partis politiques et la société civile autour des réformes annoncées par le Président de la République.
La multiplication des impasses.

Que pouvons-nous penser de cette démarche sachant ce que nous savons sur la manière avec laquelle le Pouvoir a conduit les affaires du pays depuis des décennies ?
Une conduite unilatérale. Brutale. Faisant peu de cas de la concertation. Ne procédant à aucune évaluation de sa démarche. Aucun bilan de la gestion de la séquence précédente. Sommant la société de s’aligner sur un agenda dont elle n’est pas convaincue et sur lequel elle n’a aucune prise. Aucun contrôle.
Qu’est-ce qui a changé pour que l’actuelle convocation du personnel politique et associatif soit différente des convocations antérieures ?
Depuis que des réformes ont été annoncées dans le sillage du « printemps arabe » rien dans l’attitude ni dans les déclarations publiques des dirigeants du pays ne laisse deviner une quelconque prise de conscience de la nature nouvelle de la séquence en cours.
Rien non plus pour ce qui est de l’esprit- radicalement nouveau- avec lequel il est essentiel que cette nouvelle phase de la crise nationale soit abordée.
Jusqu’ici, à chaque fois que sa gestion l’a conduit dans unes de ses impasses structurelles, le pouvoir a réagit de la même manière. En proposant d’entrer dans une autre impasse. Pour y rejouer la même vieille pièce.
Est-il possible, encore une fois, que le Pouvoir n’ait d’autre agenda que gagner du temps ?

Le Pouvoir a gagné

En vérité, le pays est usé jusqu’à la corde. Le Pouvoir a gagné. Il n’a plus d’adversaire en mesure d’affronter ses ruses et ses dribbles. Et ses menaces. Et ses fausses promesses.
Difficile à dire dans un pays où le machisme dominant consiste d’abord à se réfugier dans le déni de réalité. Le constat est pourtant là : Le pouvoir a gagné. Contre la politique qui ne mobilise plus. Contre la société qui ne s’organise plus. Contre le gouvernement qui ne gouverne plus. Contre la loi qui ne règne plus.
Il ne reste que deux acteurs majeurs : L’argent et la force. Deux acteurs qui se partagent le pays sur les deux modes selon lesquels ce dernier se décline. Un mode légal en déclin et un mode illégal en expansion croissante.
Dans une journée algérienne bien remplie, une fois que le ministre a fini la tournée de distribution de son quota de rente, c’est « le baron de l’Informel » qui prend le relais. Pour un puissant banditisme en col blanc. Qui reprend à son compte la rente injectée légalement dans une économie sans ressorts légaux efficaces. Le seul système qui permette de « salir » de l’argent propre.
Quand le policier a fini de réprimer les manifestants, de poursuivre les petits délinquants et de fignoler ses dossiers, c’est le voyou qui prend la main. Dans les quartiers populaires où la violence des bandes fait des incursions de plus en plus musclées et dans les bidonvilles où ne règne que la loi de la pègre.
Sans aller jusqu’à ce qui passe dans les maquis. Ni le long des frontières. Ni dans le grand sud transformé en échiquier grandeur nature pour la géopolitique globale. Avec ses narco- trafiquants. Ses contrebandiers. Ses tribus en manque d’Etat. Et tout ce beau monde lourdement armé.
Le pouvoir a gagné contre tout ce qui pouvait protéger la société. Des institutions crédibles. Une vie politique respectable. Une économie régie par des lois. Un Etat de Droit. Des libertés publiques. Une société civile puissante. Des élus reconnus par un véritable électorat. Un arbitrage légal et une justice au dessus de tout soupçon.
Et ce pouvoir ne semble même pas réaliser combien la faiblesse de la société finit par déboucher sur la faiblesse de l’Etat.
De coups de forces en coups de Jarnac. Et à force de coups, le Pouvoir a gagné le droit à un splendide isolement. Au dessus d’un champ de ruines. Et du désengagement civique d’une population en colère. Et meurtrie.

Changer d’approche

Dans le sillage du « printemps arabe », et même bien avant, les partenaires étrangers du pouvoir algérien, tout en lui apportant leur soutien, ont régulièrement souligné leur souci de voir émerger les instruments d’une bonne gouvernance, une société civile forte, des institutions démocratiques, un élargissement de la base sociale du régime… Et bien d’autres formules pour dire leur intérêt à voir les autorités garder le contrôle des populations.
Tant que ce contrôle pouvait se suffire de la lutte anti-terroriste comme cadre global de résolution, nulle insistance particulière ne s’est exprimée. Mais les turbulences que traversent le monde et la région rendent impérative une reprise en main des affaires de « monsieur tout le monde ». Celui justement qui a été jeté aux oubliettes, méprisé, humilié, torturé, menacé, licencié, appauvri…
Toutes ces choses qui rendent si semblables des régimes arabes trop enclins à se proclamer différents par delà la similitude de leurs pratiques. Et l’état de délabrement dans lequel ils laissent leurs sociétés respectives.
Ce n’est pourtant pas de cela que le Pouvoir veut discuter.
Le pouvoir veut recueillir des avis ou des propositions sur des amendements constitutionnels et sur des lois. Deux choses qui ne déterminent en aucune manière, dans le système actuel, la nature des rapports entre le pouvoir et la société.
Comment changer la nature des rapports entre Pouvoir et société ? Comment arriver à rendre le Pouvoir aux lois ? Comment donner une puissance effective à la constitution du pays ? Comment confier la sauvegarde des institutions au jeu institutionnel lui-même ? Comment donner aux processus électoraux leur caractère démocratique et politique ? Comment mettre les élections à l’abri des puissances d’argent, des maffias et de la violence politique ? Et quels mécanismes fiables pour l’évaluation de tout cela ?
En un mot, comment assainir un climat politique pour y rendre à nouveau possible l’exercice de… la politique ?
Entre la colère émeutière, la violence mafieuse, les pressions externes et la faiblesse des forces sociales organisées il ne reste au pays qu’une mince « fenêtre de tir » pour lancer une véritable entreprise de réforme de son système de pouvoir.
La disponibilité à s’en saisir est le seul critère qui permette de différencier entre un despote patriote et un despote imbécile. Le premier acceptant de changer pour le bien de son pays et le deuxième entrainant son pays dans sa perte.
Le monde arabe a donné à voir quelques fameux spécimens de la deuxième catégorie de despotes. L’Algérie va-t-elle inaugurer le cycle des patriotes ? C’est en tous cas seulement à cette condition qu’elle pourra prétendre à la différence. De traitement.

Témoignage d’un ancien officier supérieur de l’ANP

Les coups fourrés d’El Gueddafi contre l’Algérie

Par Salima Tlemçani, 25 avril 2011

S’il y a un pays qui a vraiment souffert des agissements du fou El Gueddafi, c’est bel et bien l’Algérie.» C’est en ces termes qu’un ancien officier supérieur de l’ANP, sous le couvert de l’anonymat, a introduit le sujet sur les relations algéro-libyennes.

Ses nombreux «coups fourrés», dit-il, ont fait de lui le chef d’Etat arabe le plus «redouté», notamment pour ses réactions «imprévisibles». «Maître des complots, il aiguise les rébellions touareg dans le Sahel, viole la frontière et finance des opérations militaires contre les intérêts du pays», explique notre source. «C’est durant les années 1990, au moment où l’Algérie faisait l’objet d’un embargo sans nom et avait le plus besoin de ses voisins, qu’ El Gueddafi lui a fait le plus de mal. Heureusement, à cette époque, le président Liamine Zeroual a eu des réactions courageuses et intransigeantes…», affirme l’ancien gradé de l’ANP. Il rappelle la position d’El Gueddafi vis-à-vis de la situation du pays au début des années 1990, en affirmant que ce «despote» avait accueilli plusieurs milliers de terroristes recherchés.

Affaiblir l’Algérie

«Ils étaient pris en charge par le régime qui les avait à l’œil. Il ne voulait pas qu’il y ait une quelconque relation avec les islamistes libyens. Il avait comme objectif de les utiliser comme moyen de pression et surtout de déstabilisation contre l’Algérie qui, à l’époque, était sur le point de régler la question de la rébellion touareg, alors que lui il faisait tout, avec l’aide des services français, pour maintenir le statu quo dans la région. La trame de fond de toute sa stratégie est d’affaiblir davantage le pays à travers l’implication des Touareg algériens dans le conflit», note notre interlocuteur. «El Gueddafi n’a jamais digéré le fait que feu Akhamokh, l’Aménokal des Touareg du Hoggar, a toujours refusé de le recevoir ou d’entrer dans ses complots. Il se tourne alors vers les terroristes islamistes qu’il accueille sur son territoire. Des centaines, devenus des milliers par la suite, sont pris en charge. Certains bénéficient d’un entraînement militaire en bonne et due forme. C’est d’ailleurs ces derniers qui ont franchi, l’été 1996,  la frontière d’Illizi, en direction de In Aménas, avec comme mission de saboter la base de Sonatrach à In Aménas. L’alerte a été donnée et Zeroual en personne a donné l’ordre à l’état-major de l’ANP de bombarder le convoi à l’aide de l’aviation. Il y a eu des centaines de morts, dont des Libyens, sûrement des militaires qu’El Gueddafi n’a jamais réclamés…» Poursuivant son récit, l’officier raconte qu’une année plus tard, en octobre 1997, à la veille des premières élections pluralistes, les troupes d’El Gueddafi pénètrent dans le territoire national. «Il était minuit passé, et alors que les forces de l’ANP étaient occupées par le scrutin, des chars libyens franchissent le territoire. C’est l’état d’alerte à la 4e Région militaire. La riposte est fulgurante d’abord par les forces terrestres, mais aussi par les bombardiers de l’armée de l’air qui ont survolé durant des heures l’espace aérien libyen sur ordre de Liamine Zeroual. El Gueddafi a eu peur.»

Les relations avec El Gueddafi ont changé

Il a appelé Hosni Moubarak pour intercéder auprès de Zeroual, lequel a répondu : «Nous ne sommes pas une armée d’occupation, mais il faut qu’El Gueddafi reste tranquille sinon nous pouvons aller jusqu’à Tripoli, lui faire payer ses connivences avec les services français pour déstabiliser le flanc sud du pays», révèle la même source. Elle rappelle que c’est Liamine Zeroual qui a obligé El Gueddafi à s’acquitter d’une taxe annuelle de 500 millions de dollars, en dédommagement du pompage de l’eau du bassin d’Illizi, dans le cadre de son fameux «grand lac artificiel». «Des études ont montré que les 5000 milliards de mètres cubes d’eau de ce fameux grand lac étaient puisées de la nappe du bassin d’Illizi. Zeroual a envoyé un émissaire chez El Gueddafi, le sommant de payer pour l’eau qu’il pompe illégalement.

Sachant qu’il a affaire à un militaire qui ne recule devant rien, El Gueddafi a proposé la somme de 500 millions de dollars, comme taxe d’exploitation annuelle à verser à l’Algérie et c’est pour mettre en exécution cet accord qu’une commission mixte algéro-libyenne a été installée quelque temps plus tard…», déclare l’officier. Avec l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, précise-t-il, les relations avec El Gueddafi ont changé. «En fait, Bouteflika a préféré plutôt l’avoir comme ami que comme ennemi, dans l’espoir de le retirer de l’influence des services français, notamment la DGSE. Il le ménageait d’une manière incroyable. Il lui a même facilité l’accès au marché algérien, puisque des sociétés appartenant aux Gueddafi ont investi dans l’hôtellerie et les banques…», note l’officier. Malgré cela, le côté «machiavélique» d’El Gueddafi a persisté. «Il a continué à jouer au pyromane avec la rébellion au nord du Mali et du Niger. L’argent qu’il a dépensé pour faire rallier les Touareg à sa stratégie est incroyable. L’été dernier, il a reconnu la marocaineté du Sahara occidental, et quelques mois après il a promis des fonds et de l’aide au Polisario.

Quelques semaines avant les évènements, il avait déclaré qu’Al Qaîda n’existait pas et que c’est une création des Etats voisins. Visait-il l’Algérie ? Nous n’en savons rien. Toujours est-il qu’il continuait à faire dans la déstabilisation. Il a promis officiellement de libérer les 50 Algériens détenus en Libye, mais à la fin il conditionne leur transfert par la libération d’une vingtaine de terroristes libyens en prison en Algérie. Son départ est considéré comme une épine arrachée du pied de tous les régimes de la région. Le défendre aujourd’hui est impensable et inacceptable, sauf s’il y a des intérêts derrière. Cependant, nous avons des informations qui prouvent que derrière ce qui se passe en Libye, il y a quelque chose qui se trame contre l’Algérie. Elle est préparée par les mêmes laboratoires qui aidaient El Gueddafi à comploter contre le pays et l’avenir nous le dira. C’est pour cela que l’armée est actuellement en état d’alerte maximum…», conclut l’ancien officier, sans pour autant donner plus de détails.
Source : El Watan


Nombre de lectures : 2089
UN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • djelloul habib
    24 mai 2016 at 22 h 56 min - Reply

    Salima Ghezzali et Salima Tlemçani,deux femmes aussi différentes que le jour et la nuit.A la première,l’honneur et le courage,à un moment ôu tout le monde se cachait sous la table! Je me souviendrais toujours du journal LA NATION!La seconde ressemble un peu à tout ce monde achetable,éradicateur par conviction ou par opportunisme .Saadani à beau jeu de la mettre en point de mire, il sait de quoi il parle! Et dire Qu’El watan parle de la liberté de la presse! géométrie variable.

    Ce commentaire vous plait ? : Thumb up 4

  • Congrès du Changement National

    Galeries photos