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24 September 2016

Les clans en furie regardent vers l’extérieur : les Algériens veulent «nationaliser » la solution

BaouhaPar Saad ZIANE

 

Photo DR

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Lakhdar Brahimi, ex-ministre des affaires étrangères, n’a en général pas besoin de signer une pétition pour être reçu – et filmé – à la présidence de la république. On ne sait pas si ce sont ces rencontres dont il a le privilège qui lui donnent l’assurance pour dire que l’Algérie est immunisée des turbulences.

«Je n’ai pas peur pour l’Algérie, elle est immunisée » a-t-il déclaré lors d’une conférence au Conseil de la Nation.  Les «autochtones » aimeraient bien croire que cet état d’impotence générale de l’Etat avec des clans et des groupes d’intérêt qui affutent les armes et sortent les sabres des fourreaux ne portera pas à atteinte à cette immunité présumée.

Les britanniques arbitres d’une situation algérienne grotesque

Pour l’heure, on peut constater que nous ne sommes pas immunisés contre le ridicule. Les british ont dû se répéter avec une bonne dose de dérision la formule de Rudyard Kipling : « L’Orient est l’Orient et l’Occident est l’Occident, et les deux ne se rencontreront jamais » en se retrouvant embarqués, malgré eux, dans des disputes locales avec l’exigence, absolument grotesques, du ministre Bouchouareb de bannir Issad Rebrab de participation au forum algéro-britannique d’affaires.

Est-ce ainsi qu’on est ministre en RADP ? Le sens de l’Etat, c’est quoi ? Quand on est en charge d’une fonction publique, on doit s’y élever en théorie, on doit aller dans son «sens », dans le sens du droit. Dans cette affaire – une fois de plus – les comportements des «responsables » irascibles sont aux antipodes du sens de l’Etat. Ils ne nous épargnent même pas le ridicule de se donner en spectacle aux « étrangers », eux qui ne cessent de parler de complot extérieur.

Où est le sens de l’Etat ? Chez la grande majorité des Algériens qui observe, avec beaucoup de circonspection et de distance, le crêpage de chignon entre clans dans un feuilleton estival démarré au printemps et commencé par un hallucinant «zaouïa trip» de Chakib Khelil. Et pourtant, nous sommes sommés de chaque côté de «prendre parti » pour l’un ou l’autre des clans en lice.

El Khabar, c’est la liberté menacée disent les uns. El Khabar, c’est le monopole qui menace, disent les autres. Les mots qui, une fois de plus, sont totalement pervertis par les tenants d’un système qui n’en finit pas d’éloigner l’Algérie de l’Etat démocratique et social acté dans la proclamation de novembre.

Y a-t-il un bon clan ?

Dans ce théâtre glauque, certains nous invitent insidieusement à chercher le «bon clan », celui qui serait dans le «sens de l’histoire », il y en a même qui s’interrogent, un tantinet outragé, sur la persistance du «ni-ni » et la tendance des Algériens à ne pas s’impliquer.

Comment leur expliquer que par expérience, par instinct ou par une juste appréciation politique, de très nombreux Algériens savent que la culture du clan n’est porteuse d’aucun progrès et qu’un clan qui l’emporte sur un autre n’ouvre aucune perspective. Si ce n’est d’aggraver la situation du pays et à le mettre – comme dans l’affaire ridicule de l’exclusion de Rebrab du forum d’affaires algéro-britannique – dans la situation où les arbitrages se font ailleurs.

Car, on le sait, si les Algériens n’ont aucun intérêt à se positionner pour des clans qui empêchent la mise en place d’un Etat, à l’étranger on peut parfaitement jouer, pour ses propres intérêts, un clan contre un autre. Pour ceux-là, qu’il n’y ait pas d’Etat digne de ce nom en Algérie n’est pas un inconvénient mais un atout.

Men Ghechana ?

Il s’est passé un télescopage saisissant le lundi 23 mai. M.Abdelmalek Sellal, Premier ministre d’un gouvernement qui a organisé l’installation et la mise en place d’un paysage audiovisuel national informel offshore a annoncé qu’il allait appliquer la « loi » dans toute sa rigueur.

Pourquoi diantre attendre que Rebrab achète le groupe El Khabar pour se soucier de l’application de la loi ? Encore une fois, on se retrouve dans un sens de l’Etat très spécifique où la loi s’applique à la carte.

La description des pratiques des chaines de TV (chantage, insultes, diffamation, atteinte à la dignité des personnes..) qu’il a énoncées relève en particulier de la chaîne la plus proche du pouvoir. Une perversion absolue du métier d’informer, mais c’est une chaine «agréée » qui pourra continuer à exister. Et à sévir. « Men ghachana fa layssa mena » a déclaré pompeuse M. Sellal. Qui triche n’est pas des nôtres.

Ce discours est tombé – coïncidence ? – le jour même où ont été publiées des « infos Panama » indiquant que sa fille était citée « bénéficiaire d’une des sociétés offshores montées par la fiduciaire suisse Multi Group Finance ».

« La société à laquelle la fille Sellal est liée, Teampart Capital Holdings Limited (TCH), a été constituée le 26 octobre 2004 aux Iles Vierges britanniques par le cabinet panaméen Mossack Fonseca en faveur d’Omar Habour », celui dont le nom apparait dans le scandale Saipem. Et qui est apparu, également, dans les comptes de l’épouse de Chakib Khelil, Najat Arafat.

Sans nous prononcer sur le fond de l’affaire, on peut constater qu’il est difficile de tenir un discours sur l’éthique qui tienne la route. Qui peut donc reprocher aux Algériens de se sentir aussi éloignés de « l’Etat des clans » que ne l’est le très sulfureux Panama et ses zaouïas cachées.

L’Etat, c’est la loi, ce sont des institutions et une société qui reconnait en lui l’action de ses membres à travers la vie politique et associative. Ne cherchons pas les raisons pourquoi les Algériens refusent de se mêler de ces manœuvres claniques. Leur retenue et leur patience – et elles ne datent pas d’aujourd’hui – constituent la seule immunité qui reste à ce pays.

La bombe des datas

Le régime algérien a mis, par sa logique rentière, le pays sous la dépendance des facteurs exogènes que sont les fluctuations du marché pétro-gazier. On en subit déjà les contrecoups avec, en sus, une volonté des oligarques de préparer les arbitrages économiques en leur faveur.

Aujourd’hui, un nouveau facteur exogène est en train de se mettre en place : la divulgation d’informations censées restées secrètes. La campagne «mystique » de Chakib Khelil a été ruinée par la filière Panama. Cela ne relève pas de l’anecdotique. Ce n’est même pas un clan qui utilise de l’information contre un autre, ce sont des masses de données qui se retrouvent entre des mains étrangères et qui se retrouvent en mesure de peser et d’arbitrer sur les décisions nationales.

On peut aisément imaginer les risques majeurs qui découlent de la détention des informations sur les personnels du pouvoir par des entités étrangères. Il y a donc une menace lourde pour la souveraineté et l’indépendance.  D’autant plus grave que le système algérien n’est pas organisé pour permettre une circulation des élites et donc de leur renouvellement.

Amnistier les corrompus ? Pour quelle contrepartie ?

Farouk Ksentini, le préposé aux droits de l’homme officiel, a eu l’idée présumée géniale (apparemment expression d’un sens très particulier de l’Etat et de la chose publique) de proposer une amnistie pour les faits de corruption.  Son argument ? Puisqu’on a amnistié des terroristes pourquoi ne pas le faire pour les corrompus et ceux qui fraudent avec le fisc.

“Si des personnes ayant commis des crimes comme le terrorisme ont pu être amnistiées, pourquoi ne pas le faire pour celles qui se sont rendues responsables de faits moins lourds ?”. De la grande ingénierie. Comme ça, la paix des clans sera assurée et aucun ne sortira un dossier contre un autre. Le seul perdant – comme dans le cas de la grâce amnistiante – c’est l’Algérie et les Algériens.

Car, il faut le rappeler, ce que la «réconciliation » a imposé, c’est une amnistie forcée et une amnésie obligatoire sous peine de poursuites judiciaires.  Elle a permis de solder un problème du régime et des islamistes armés, c’est indéniable. Mais – et c’est cela le drame -, elle ne disqualifie en rien, ni moralement, ni politique, le recours à la violence pour se maintenir au pouvoir ou y accéder. En consacrant l’impunité, elle a donné une prime forte à la violence. 

Amnistier les faits de corruption et de fraude fiscale sans traiter au préalable les raisons politiques – et systémiques – qui les ont permis, c’est bien entendu remettre les compteurs à zéro pour relancer les mêmes pratiques.

Chiche donc M.Ksentini, allons aux causes. «Nationalisons » la solution avant qu’il ne soit trop tard.  Les Algériens seraient prêts à pardonner aux voleurs mais ils demandent une contrepartie : qu’on leur rende leur pays afin qu’ils puissent construire l’Etat voulu par les militants de la cause nationale.

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UN COMMENTAIRE

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  • tête noire
    29 mai 2016 at 17 h 59 min - Reply

    ces personnes corrompues deviennent fragiles
    des forces des ténèbres sauront exploité ces personnes devenues fragiles contre les intérêt s du pays
    c’est le cas de ce chakib qui est revenu au dans une mission précise parce qu’il a peur pour sa familles il est prêt à faire tout même détruire le pays tout entier si on lui garanti un blanchiment de sa personne et de sa famille
    attention au personnes sales au pouvoir il deviennent des pions aux mains des forces étrangères

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