Édition du
11 December 2016

Comment on peut espérer se protéger en refusant de donner la parole au peuple ?

Ghazi HidouciInterview : Ghazi Hidouci
1- Les Musulmans ont-ils besoin des USA et de l’Occident pour parler du bien et du mauvais ? Les USA et leurs Alliés sont-ils juge pour décider qui est le terroriste et qui est le modéré ?
Votre question surprend tant la crainte de désigner les USA est devenue officiellement pratiquement interdite. De ce point de vue c’est très bien. Je vous répondrai que oui, les Etats-Unis ont décidé de longue date dans la région arabe dont nous sommes partie que nous le voulions ou pas de développer les outils politiques, économiques, culturels, pour briser les refus des peuples de leur alignement et de leur subordination. Deux moyens sont utilisés : l’intervention de l’OTAN justifiée par la guerre au terrorisme et l’encadrement idéologique indirect aux groupes terroristes, financés par une partie intéressée du monde arabe pour nourrir la guerre civile et détruire les souverainetés nationale et les sociétés. Israël et les Etats-Unis ont trouvé des idéologies programmés pour détruire tout sur leur chemin, au service de leur domination économique et militaire et parallèlement celle d’Israël et des monarchies du Golf. Les Américains cherchent quotidiennement aujourd’hui avec acharnement les voies pour reprendre leurs bases militaires au Yémen, en Irak, et en Syrie-Liban. Ils brandissent quotidiennement leurs menaces à nos frontières et tous les jours nous prions pour que la menace s’éloigne. Jusqu’à quand ?
2-La manipulation de la question du terrorisme sur l’opinion internationale est-elle devenue le jeu favori de l’Occident? Quel est son but réel ?
Vous parlez d’un « jeu » qui est sinistre….Vous parlez d’Occident, nous préférons éviter les pièges de la propagande démagogique et parler plus concrètement de l’OTAN et d’Israël. Ceci correspond à une réalité tangible des lieux de menace. Parlons simplement du but réel qui assoit une vision stratégique sur le long terme ; ce que nous entendons et lisons dans les médias favorables à la politique US, se poursuivra ; il fait partie de la machine médiatique qui veut nous soumettre. C’est ce qui arrive en Irak, en Syrie, au Yemen, en Lybie, partout où l’idéologie dit en permanence que des musulmans, comme nous ; font le Jihad pour nous libérer et nous faire connaitre le paradis…. Mais ceci ne tient pas la route : L’Arabie Saoudite exige en Syrie une nouvelle constitution et des élections parlementaires. Est-ce que dans toute l’histoire de l’Arabie il y eu des élections libres, des réformes politiques, un quelconque multipartisme? Toutes les paroles saoudiennes et Cie ne sont que mensonges et hypocrisie. Toutes les données et tous les aveux montrent que la guerre contre la Syrie est survenue pour détruire ce pays, parce qu’il est autonome et indépendant de la volonté américaine et attachée à la Palestine. Il y a un grave niveau de décadence morale atteint par les pouvoirs mourants dans notre région. Nous savons en Algérie qui est « moujahid ». Les martyrs sont ceux qui meurent dans les combats contre l’ennemi et pour la défense de leurs terres, de leur culture et des droits à la liberté et à la justice de leurs peuples. Qu’ils soient tués par les Israéliens, les Américains, les takfiristes ou tout autre traitre qui se tient dans le camp ennemi. Les martyrs de notre résistance sont des martyrs qui meurent face aux projets hégémoniques. Les Arabes pro-sionistes disent le contraire et mentent. Là est notre discernement dans la guerre psychologique qui est menée contre nous. Nos questions sont : Qui a cherché les groupes terroristes? Qui a financé le terrorisme? Quel est le rôle des Etats-Unis et des alliés de l’OTAN et du monde arabe?
3/Comment les pays arabes et maghrébins peuvent ‘ils se démêler de ce piège islamiste ?
Je n’aime pas l’attribut « islamiste » qui a vieilli ; je préfère «takfiristes » qui est revendiqué et plus signifiant. Permettez-moi de parler uniquement d’Algérie ; c’est largement suffisant pour nos faibles épaules. Il faut nous trouver le plus tôt possible dans une attitude différente de celle de la Syrie et de la Libye, voire de la Tunisie. Ce qui est nettement aléatoire ! Stratégiquement dans la lutte réelle, nous devons avoir un pied sur l’émancipation populaire interne, et un autre dans le contexte international. Cette relation étroite signifie que la justice et la liberté sont une priorité populaire et nous n’excluons pas la préparation à une confrontation avec l’OTAN. Nous devons être prêts à batailler sur les deux fronts en même temps. Nous devons nous disposer a faire face à tous les scénarios et toutes les évolutions qui pourraient survenir. Nous devons mettre en place les programmes de l’économie sur nos propres forces et de la redistribution des revenus pour l’égalité, un mouvement économique majeur et de maîtrise financière et monétaire à court terme, une économie une monnaie et un marché stable, hors de la dépendance, dont la trajectoire doit être juste malgré les circonstances difficiles grâce surtout à la responsabilité de l’élimination énergique et massive de la corruption sur les biens publics, pour l’unité, en répondant aux besoins urgents du peuple…..
4/ Quel impact cet islamisme a- t-il eu sur la société algérienne dans son quotidien ? Comment s’affiche-t-il ?
Les takfirismes peuvent être prégnants même si notre société a bien pratiqué et assimilé les agissements des groupes terroristes auparavant et les politiques calamiteuses pratiquées. Aujourd’hui il faut, tout en réclamant d’urgence le changement de politique économique et sociale dont nous venons de parler, veiller à ce que le discours soit collectif et unitaire de point de vue islamique, de sorte de ne pas souffler le chaud dans la zizanie entre laïcs et musulmans et bloquer les efforts vicieux incessants déployés pour déformer l’image de la lutte populaire, en ne portant pas atteinte aux bien publics et privés et à la paix sociale. Nous fustigeons les anathèmes. La bataille est existentielle sur le plan de l’émancipation économique de la souveraineté et de la justice sociale. Si d’un côté pour détruire les constructions néo-libérales extrêmes, il faut en passer par les thèmes réactionnaires ; si de l’autre, pour échapper à cette dernière il faut s’allier à la City, à la Finance, aux élites de Bruxelles, de Westminster, de Francfort et de l’Elysée contre le cœur de la classe populaire, alors un seul mot d’ordre, « fermez le ban », c’est fini pour nous. L’impossibilité d’un « accord de gauche ».
Le rejet de la vie telle qu’elle devient, trop difficile, la haine du mépris du « cercle de la raison », se sont trouvés entièrement compatibles et dominés par le racisme, la xénophobie. Sous des formes appropriées à chaque pays, en face de nous, c’est presque partout le même mouvement de fond vers le repli, quasi désespéré.
Comment nous comporter ?
Première conclusion : Toutes les critiques hyper justifiées des institutions, traités, carcan européens, de « la gouvernance » antidémocratique doivent être accompagnées à la seconde, au millimètre, de thèmes internationalistes, et au premier rang desquels, le refus du repli, de la xénophobie et en faveur d’une politique généreuse pour les pauvres. Sinon l’hégémonie réactionnaire est inévitable.
Deuxième conclusion : Une fois ceci acté, le rejet de la logique néolibérale ne doit pas souffrir de la moindre hésitation. Non seulement elle n’est pas « réformable » (ce qui veut dire qu’elle doit relever d’un processus constituant de fond en comble), non seulement nous ne devons nous engager à aucun respect des traités, mais que le processus ne peut pas être laissé entre les mains du marché, mais remis entre les mains des peuples. Laissons alors l’arme de la démocratie aux seuls conservateurs. La contradiction est durcie, l’urgence dramatiquement augmentée. Comment on peut espérer se protéger en refusant de donner la parole au peuple ? Un gouvernement de rupture (en plus de demander immédiatement ce processus constituant) ne quitte rien. Il prend les mesures nécessaires sans respecter les traités a priori, avec un appel parallèle à les étendre de concert à tous les pays qui seraient d’accord. Si la confrontation s’ouvre, référendum pour demander approbation de ces mesures. Et si la négociation est impossible, application du plan de résistance (à ce point, je sais, c’est plus facile sur le papier que dans la réalité et plus facile à dire qu’à faire…).
Ghazi Hidouci, le 26 juin 2016.

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  • djamel
    2 juillet 2016 at 1 h 01 min - Reply

    Un jour dans un discours le défunt président Boumediene avait déclaré « je peux tout de suite distribuer des armes aux algériens alors que toi (hassan 2) tu n’osera pas mettre un seul fusils entre les mains de ton peuple. C’est très significatif quant au degré de protection de la nation par elle-même. Malheureusement les dirigeants qui ont succédé à cet homme (Boumediene) ont détruit cette solidarité agissante par un démantèlement de tous les ponts et passerelles tissés par des années de résistance sur plusieurs fronts (militaire, religieux, culturel, économique etc). Le peuple algérien aujourd’hui doit d’abord se protéger de lui même, il doit se protéger de cette caste qui s’est formée ces dernières années à l’ombre du pouvoir et de ce pouvoir qui lui a enlevé la parole et la liberté de choisir. Le pouvoir en Syrie croyait qu’il était «protégé» la suite elle est connue ( un pays dévasté, sa population jetée sur les routes d’Asie, d’Europe et d’Afrique). Il ne faut jamais dire jamais tout peu arriver et au moment où l’on s’attend le moins. Il ne faut pas s’attendre aussi que les USA, Israël et l’Europe nous fassent des cadeaux, les événements de Gardaia puis l’avènement du MAK ne sont que des signes avant coureur. Par ailleurs il ne faut attendre le salut des dirigeants actuels ils ont tous un pieds à terre en Europe et aux premiers pétards ils se retrouveront sur la rive nord de la méditerranée et surtout sur les plateaux des chaînes de TV pour présenter des analyses et des revendications.

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