Édition du
30 September 2016

Propos inconvenants en veille du 5 juillet : Etat de dépendance à la répression

Partage du gateau AlgériePar Saad Ziane

La renaissance de l’Algérie date du 1er novembre 54. Le cinq juillet 2016, cela fera 54 ans que l’Algérie est officiellement indépendante et que son Etat (proclamé avec l’annonce du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) le 19 septembre 1958) est reconnu au niveau international.

Serait-il inconvenant de dire que dans le cœur de très nombreux algériens le sentiment d’être orphelin d’un Etat est encore plus amplifié par la perception diffuse d’une montée des périls dont la source provient essentiellement du régime lui-même ?

Photo DRLe pouvoir mis en place en 1962 a confisqué aux Algériens la liberté de faire – et défaire – les gouvernants. Ce pouvoir qui a fabriqué des mutants veut aujourd’hui être le liquidateur et le bénéficiaire de sa propre faillite en refusant le droit aux Algériens de faire l’inventaire et le bilan et de décider collectivement de ce qu’il ne faut plus refaire.

Une nouvelle instrumentalisation de Boudiaf ?

Ses clientèles enrichies avec ses anciens rentiers et ses nouveaux profiteurs veulent organiser la «succession » en leur faveur. Même le souvenir, toujours choquant, de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, homme de 54 faut-il le rappeler, ne sert pas à tirer des enseignements vertueux.

Il est utilisé dans les jeux de neutralisations entre acteurs du régime en panne de solutions et acteurs du régime en panne de vitesse. Ceux qui croient que le départ du général Toufik de la tête du DRS va permettre de «rouvrir » un dossier «scellé » sont peut-être sincères mais ils font une analyse totalement erronée.

Le régime peut éliminer par ses propres méthodes les branches mortes des clans affaiblis, il ne se fait pas hara-kiri. Mais que Nacer Boudiaf fustige le clan devenu «ennemi » ne gêne pas outre-mesure ceux qui sont aux affaires. Ils en tirent profit pour imposer le «silence dans les rangs» dans une course à la succession qui s’apparente déjà à une opération militaire.

Des lois scélérates sont programmées et adoptées comme un tir de mortier destiné à tuer les défenses de «l’ennemi ». Les médias –qui n’en finissent pas de découvrir qu’ils sapent leur propre liberté en ne défendant pas celles du plus grand nombre – sont pris à partie.

Il y a dans la détention préventive appliquée aux responsables de la chaine KBC et de la pauvre fonctionnaire du ministère de la culture – littéralement abandonnée par son ministre alors qu’elle n’a fait qu’accomplir une tâche bureaucratique routinière – de la démesure qui fait office de message.

Les petits calculs ne font pas une vérité

En mars dernier, Farouk Ksentini, le préposé gouvernemental aux droits de l’homme assurait que l’entrée en vigueur des amendements introduits dans le code de procédure pénale et notamment les dispositions relatives à la comparution directe allait pratiquement vider les prisons algériennes.

« Il est prévu à ce que le nombre des détenus dans les prisons algériennes chute de 55.000 actuellement à 32.000 prisonniers seulement dans les prochains mois. Cela aura un effet positif sur la situation des prisonniers et des droits qui leur sont reconnus dans le cadre de l’humanisation des prisons” avait-il déclaré.

Mais bien entendu, Me Ksentini ne faisait que des calculs mathématiques théoriques, le réel ne le concerne pas. Et lui, si volubile, est resté bien muet sur l’affaire KBC.

Me Mokrane Aït Larbi, lui, ne s’est pas privé de noter que la mise en détention préventive des cadres de KBC n’est pas conforme avec le code de procédure pénale. La détention préventive doit rester une exception.  Sur les propos des officiels appelant à ne pas «commenter » les décisions de justice, il apporte une précieuse mise en ces temps où le bâton de la répression est fortement agité.

«On a beaucoup parlé de la nécessité d’éviter de commenter les décisions de justice. Il faut préciser clairement cette question. Ce qui est interdit est d’entraver l’action de la justice et cela ne peut venir que de la part des responsables. Ce que l’on ne doit pas faire, c’est révéler les secrets de l’instruction. Mis à part cela, de quel droit peut-on m’empêcher d’avoir un avis sur un jugement prononcé au nom du peuple.»

Nervosité et bombardement préventif

Mais peut-être qu’en cette veille du 5 juillet, il faut élargir le propos : ce «spasme autoritaire», ces  actions répressives préventives qui se multiplient sont les signes d’une grande nervosité chez ceux qui détiennent les leviers du système.

L’idée que les choses sont pliées jusqu’en 2019 ne semble plus de mise. Les échéances pourraient être plus proches que prévues, ce qui expliquerait l’entreprise de bombardement préventif contre ceux qui causent trop qu’ils soient indépendants ou dépendants des autres clans. Et on ne lésine pas sur les moyens. Pour empêcher Issad Rebrab, présumé être le «bras financier » du clan «ennemi » de prendre le contrôle de KBC, on se prépare à fermer une cinquantaine de télévision offshore jusque-là encouragées et tolérées. Une partie facile : le régime laisse des activités informelles se développer sans cadre légal pour pouvoir les arrêter quand il veut.

Désormais – et un communiqué du très zélé Hamid Grine le suggère directement – ce sont les médias électroniques, jusque-là non reconnus par le pouvoir et interdits de facto de toute publicité publique qui sont dans la ligne de mire.  Une invitation directe, pour ceux qui en ont les moyens, à aller s’établir à l’extérieur.

Le régime et Hamid Grine sont déjà en retard d’une révolution : la numérique. Ils peuvent empêcher des télévisions jugées «non amies » à émettre, ils n’empêcheront pas les possibilités offertes par Internet. Pas plus qu’ils n’empêchent pas déjà une partie de la jeunesse algérienne de se forger des opinions sur les réseaux sociaux.

Mais le plus affligeant est qu’en ce 54ème anniversaire de l’indépendance, on cherche encore à étouffer les libertés au lieu de les défendre.  Et ce régime qui n’arrête de mettre en garde les Algériens contre les complots ourdis de l’étranger leur créé des grands boulevards.

Jusqu’où iront-ils ?

Plus que la chute des recettes pétrolières, le plus grand risque pour le pays est cette croyance absurde des tenants du régime qu’ils peuvent continuer à gérer le pays à leur convenance, à chercher à tirer profit de leurs propres échecs pour s’accrocher de manière compulsive au pouvoir, à persister à empêcher les Algériens de s’organiser librement en Algérie dans le cadre de lois justes et respectées.

Pendant qu’on bâillonne – et que l’on menace -, Chakib Khelil, le «mokh » du nouveau clan, continue de faire les zerda dans les zaouïas. Il a, outre une page Facebook où on lui donne du « monsieur le président », un site électronique et un blog où il se félicite que le prix du pétrole «continue son ascension « malgré la sortie de l’Angleterre de l’Union Européenne pour le grand Bénéfice de notre Pays. ». Une phrase est mise en exergue : « Rien n’est permanent sauf le changement (sic !)

Les gens du régime ont un sens sinistre de l’humour. Jusqu’où iront-ils ? C’est sans doute une bonne question et elle comporte une vive inquiétude. Ceux qui veulent solder la faillite du régime, la leur, aux dépens de la population que l’on somme de se taire sont absolument aveugles sur l’évolution du monde. Et sur l’évolution de leur propre société où l’effet repoussoir de la décennie 90 est en train de s’estomper. Mais ils semblent croire qu’ils ont des «mokhs » qui peuvent se passer de voir cette réalité nouvelle et ces menaces lourdes qui se profilent.

Un pouvoir offshore peut-il comprendre que 54 ans après l’indépendance, la poursuite des politiques des coups de force est une menace plus lourde qu’une intervention étrangère ?  Jusqu’où iront-ils ?

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