Édition du
28 September 2016

Génération de pleureuses !

Publication: www.huffpostmaghreb.com
Se lamenter, regretter, commémorer, mécaniquement et de la même manière, à chaque date anniversaire (1er novembre, décès de Mohamed Boudiaf, fête de l’indépendance, printemps berbère, décennie noire…). « Constantes nationales », devoir de mémoire, disent-ils. Soit !

Interloquée néanmoins, par cette jeune génération qui croit rendre hommage en geignant à la moindre occasion, qui regrette « l’Algérie à une certaine époque ». Nostalgie pour une époque qu’elle n’a même pas vécue, d’une Algérie qu’elle n’a jamais connu. Sentiment affecté, donc. Génération de pleureuses qui n’a jamais su ni pu s’inventer. Pleurer et s’émouvoir, jusqu’à l’indécence, vidant l’événement de sa substance et de sa portée historique.

Certains « activistes » issus de cette même génération, ont en même fait un fonds de commerce, opportunisme politique oblige. Génération passéiste convoquant cycliquement, un passé qu’elle ne comprend pas toujours, qu’elle n’interroge que rarement et jamais rationnellement.

Il m’est avis que ces pratiques commémoratives deviennent absolument désespérantes et indignes dans un pays souffrant de sclérose, incapable de se projeter dans l’avenir. Elles disent tout de notre impuissance, immobilisme et attentisme. On a troqué les « armes » contre les « larmes ». Nous aimons raconter (montrer) ce que nous étions, car nous ne savons pas (encore) ce qu’on aimerait devenir. Nous savons à peine ce que nous sommes.

D’ailleurs, il aura fallu attendre 50 ans avant que l’Algérie ne reconnaisse son identité berbère. L’Algérie a mis 50 ans pour se reconnaître elle-même, tout en se regardant dans le miroir. Elle l’est là aussi, la crise identitaire. Elle est dans ce rapport au passé, magnifié, réécris et dont on a du mal à se délivrer. Et nous pouvons compter pour cela, sur les pages et groupes Facebook, de plus en plus nombreux, citons pêle-mêle : « L’Algérie à travers ses anciennes photos », « Alger à une certaine époque », « Alger dans les années 1970, L’Algérie entre hier, aujourd’hui et en avenir », « Algeria photo archives », « L’Algérie en photos à travers les siècles ».

Et l’Algérie de demain, on en parle ? Difficile, tant l’avenir est flou et incertain. On préfère alors se réfugier dans un passé rassurant qu’on dépeint à sa guise et qu’on agrémente de « allah yarham chouhada » et de « ya hassra 3lik ya dzair, wash kouna, wash wellina » ou pour les plus fanfarons « C’était des Zommes, allah yarham ».

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur ». disait Churchill. Oui, regarder le passé et non pas y vivre et certainement pas le reproduire. Regarder le passé non pas pour se lamenter de manière impudique mais pour mettre à nu, pour désacraliser et déconstruire, quand cela est nécessaire, pour mettre en perspective, pour comprendre et pour faire lien avec le présent et construire l’avenir.

Ne nous voilons pas la face, ces commémorations, ces lamentations, ces nénies ne sont pas un hommage au passé, elles sont la fosse au fond de laquelle on enterre le devenir de l’Algérie.

Je conclus ce billet et je me rends compte que j’ai moi-même pondu une complainte en réponse à toutes ces complaintes impudiques. Oui, j’en suis moi aussi, de cette génération de pleureuses, mais je me soigne.


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3 Commentaires sur cet article

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  • Setta
    8 juillet 2016 at 14 h 40 min - Reply

    A commencer par les tv priverqui commère et pleurniche parce que en les obligé et le commaires ipocritemeng et mal.

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  • DRIA
    8 juillet 2016 at 16 h 08 min - Reply

    Hélas; je sais que ça ne sert à rien de se lamenter sur ce sort sordide et sur cette situation si triste.

    Je lève mon mouchoir une dernière fois pour pleurer notre réalité amer ; ce chaos ordonné ; et moucher ce nez qui étais jadis le symbole de la bravoure de la parole et d’autres principes qu’on ne retrouvent que dans nos souvenirs lointains et qui se font rares même dans notre imaginaire..

    Je retourne a mon hibetnation; après un mois de méditation je me rends compte qu’il n’y a aucune amélioration a la situation ; mes prières furent vaines ; non elles sont encore au stade de vœux pieux ; pour ce concrétiser elles ont besoin d’ACTES ; l’ACTION est la seule thérapie bénifique a cette génération de pleureuses sans LARMES qui possède pourtant tant d’atouts et tant d’armes …

    SAHA AIDKUM a tous ; je retourne vers mon intérieur piocher dans ma foi a la recherche d’un indice d’une brèche d’une voie… Dans la méditation a la différence il y a des larmes de joie..

    Pleurons encore une dernière fois a l’amitié l’amour la joie …ça me fait de la peine mais il faut que je m’en aille …en espérant que va changer..

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  • SEDDIKI
    15 juillet 2016 at 19 h 32 min - Reply

    Bonsoir,Mme Nassima Kiés, votre article résume bien le comportement (si comportement est indiqué) des algériens,devenus schizophrènes,bien malgré eux.Vous auriez ajouté que la dégénérescence s’est désormais installée que vous auriez raison sur toute la ligne.
    Reste à savoir si notre pays a connu -par le passé- des situations similaires et dans l’affirmative,comment s’est -il sorti?
    KS

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