Édition du
30 September 2016

La bourse des vies humaines!

Gaza3Sans aucun doute, la montée de la terreur et de la peur dans le monde d’aujourd’hui a crée des frontières entre les humains ; les cultures ; les religions ; les peuples… De Paris à Dacca, en passant par  Bruxelles, Istanbul, Bagdad, etc., la machine de la mort a moissonné «gratuitement» des vies et provoqué une sorte de «vases communicants» de tragédies et de violences! Mais le plus étonnant dans tout cela reste la manière avec laquelle l’information en rapport avec ces tueries-là est traitée médiatiquement par la presse occidentale. D’autant que la partialité semble l’emporter à chaque instant sur toute autre considération éthique. Le nouveau credo des «chiens de garde médiatiques» (ce terme est, pour rappel, de l’éditorialiste Serge Halimi) tient en peu de mots :  «dès que le massacre ou l’attentat est loin de nous, on s’en fout et on le classe rapidement dans la rubrique des faits divers». Autrement dit, on le considère comme un petit délit de délinquance juvénile ou du grand banditisme commis dans n’importe quelle banlieue européenne ou américaine!

Enfin, on s’interroge vraiment si «l’humain» a une quelconque valeur chez les faiseurs d’opinion dans la sphère mondiale de l’info autre que celle voulue par la puissance ou le gigantisme de l’oligarchie financière qui soit, le soutient ou soit le dénigre, tout dépend des intérêts, des richesses et de la géostratégie du pays concerné. En quelque sorte, cet humain-là est ethnicisé ; financiarisé (monnayé en termes de finance) ; provincialisé et surtout divisé par une idéologie actuellement en vogue «les armes de la manipulation massive». Une artiste irakienne du nom de Zakareat Nazar écrit d’ailleurs à ce propos ceci sur son mur facebook au lendemain de l’attentat au camion piégé du 03 juillet dernier à Bagdad : «Je suis allée au marché pour acheter du sang. Ils m’en ont montré. Le plus cher venait de Paris, celui d’après provenait de Bruxelles. J’ai dit «montrez m’en un qui soit plus à ma portée». Ils m’ont présenté  du sang du Pakistan et de la Turquie. J’ai dit : « Et celui-ci? Combien coûte-t-il?» On me répondit que personne n’en voulait, que je pouvais le prendre, que c’était gratuit. J’ai pleuré et j’ai demandé : «A qui appartient ce sang?» Ils m’ont répondu : «Ça? C’est du sang irakien». Ce passage triste et très émouvant sorti directement des tripes de cette femme mésopotamienne nous donne, il est vrai, un aperçu suggestif de ce qu’est devenue l’Irak de 2016, soit 13 ans après la survenue de la catastrophe de mars 2003, aux yeux des chancelleries occidentales en général et les Américains en particulier : «une arête dans la gorge», «un sujet tabou à éviter», voire «une honte» dure à avaler! Tout cela mêlé, bien entendu, au mépris, à la condescendance et à une certaine sous-estimation typiquement «occidentale» de tout ce qui n’appartient pas en propre à cette aire géographique qui se prend pour le nombril du monde. En ce sens que tout ce qui est autour d’elle n’est que «faubourgs de l’histoire» pour paraphraser le poète mexicain Octavio Paz (1914-1998). Pour cause, cette attaque meurtrière à la capitale Bagdad n’a été évoquée que brièvement par les grandes chaînes satellitaires, pourtant d’habitude prolixes sur les moindres polémiques d’actualité, telles que «le port de voile dans les lieux publics», «la radicalisation djihadiste dans les écoles, les mosquées ou les prisons» ou même «les fameuses agressions sexuelles durant la nuit de Sylvestre dans la ville de Cologne en Allemagne», etc.

Bref, la mort est non seulement banalisée mais acceptée telle «une composante atmosphérique naturelle de l’air» en Irak et partout d’ailleurs dans ce monde arabo-musulman apathique, «schizophrène» et moribond. Tout au plus, autant l’image de quelques villes (Takrit en Irak et Syrte en Libye par exemple) est assimilée directement au terrorisme islamiste parce qu’occupées par la nébuleuse de Daesh, autant ces villes-là étaient autrefois le symbole emblématique du despotisme parce qu’affiliées et fidèles à Saddam ou à El-Gueddafi. Incroyable retournement de l’histoire! La mort y rôde quotidiennement, le sang y laisse des taches indélébiles, des lâchetés, des violations et des crimes crapuleux entre les murs. Bien que les effigies totémiques de potentats soient démontées, les germes de la violence et surtout de la douleur sont toujours là, poignants de cruauté. C’était déjà prévu en réalité. Car, il faut bien se rappeler qu’«une fois le dictateur tombé après le renversement symbolique de sa statue, comme l’aurait bien signalé le chroniqueur Joseph Macé-Scaron dans la revue Marianne du 08 juillet dernier, il n’a pourtant pas fallu attendre bien longtemps pour voir se lever des milices, brigades et bandes armées, avec notamment, côté sunnite, l’Armée Islamique en Irak,  puis, peu après, côté chiite, l’armée du Mehdi. Dès la fin du mois de juin 2003, tous les ingrédients  avaient été réunis par les sorcières de Macbeth qui pouvaient commencer à faire bouillir la marmite». La honte évoquée en haut est due, justement, à cette erreur monumentale perpétrée lors de cette abjecte guerre dont l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair, l’allié indéfectible de Bush Junior ( à en croire la presse britannique,  Blair aurait déclaré à ce dernier :«Je serai avec toi quoi qu’il arrive»), continue encore de nier, contre vents et marées, le caractère illégal. Et cela même si la rapport «Chilcot», du nom du président de la commission parlementaire (John Chilcot) mise sur pied il y a presque 7 ans en Grande Bretagne afin d’enquêter sur le bien-fondé des arguments avancés à l’époque par le locataire du «Downing Street» afin d’ouvrir les hostilités contre Saddam Hussein l’accuse formellement de mensonge et d’informations non-vérifiées. Blair sait, sans doute, au plus profond de lui-même que le bilan terrible de cette «croisade» pour reprendre à mon compte le lapsus lingue de son ténor Bush est trop alarmant sur tous les plans (économique, social et surtout humanitaire avec la crise des réfugiés) pour être passé inaperçu par des déclarations-choc du genre de celle qu’il aurait faite lors d’une récente conférence de presse «dans la même situation, et avec les mêmes informations, je prendrai la même décision». Quel cynisme! Et que, par ricochet, les faucons de la Maison Blanche l’ont traîné par leurs visées bellicistes dans la boue sans qu’il s’en rende compte! Mais, hélas, le regret vient souvent à la fin et là on ne ne peut rien y changer. Mieux vaut donc attendre une fenêtre de tir plus visible sur le plan médiatique que de rester reclus sur lui-même, assumant la charge de tous ses détracteurs. Stratégie ou légitime-défense? Tony Blair est, de toutes façons, coincé entre ses remords de conscience, sa responsabilité devant l’histoire et la tragédie humaine incontestable à laquelle il a participé (plus de 150 000 morts civils). D’un côté, un Donald Trump qui, dans un sursaut de populisme, magnifie même les qualités légendaires de l’ex-dictateur Saddam dans sa lutte anti-islamiste et anti-terroriste, imputant par là la responsabilité du bourbier actuel au clan Bush et Blair. Et de l’autre, l’opinion publique anglaise  peu encline, dès le départ, à une telle intervention au Moyen-Orient mais  forcée à l’admettre après un travail de sabotage médiatique est, de nos jours, prédisposée à condamner sévèrement Blair très soumis à l’ordonnance de l’Oncle Sam. Non seulement pour cela mais aussi pour avoir inventé des preuves déguisées et fallacieuses sur la possession des armes de destruction massive par le patron de l’Irak de l’époque. Péché capital qu’on ne peut jamais expier et si mea-culpa il y en a, enfin, ce serait trop tardif! En gros, Blair ne devrait-il pas d’abord présenter des excuses officielles au peuple irakien martyrisé, la première victime de sa folie, et puis, à la rue anglaise désabusée à laquelle il a caché la vérité et surtout menti?

Kamal Guerroua


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3 Commentaires sur cet article

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  • djelloul habib
    15 juillet 2016 at 23 h 19 min - Reply

    Percevoir les interventions occidentales en Irak et en Libye comme des « erreurs de jugement » est en soi une grossière erreur.En fait,ces agressions ont été planifiées et concrétisées sur place pour détruire ces Etats pour le plus grand bénéfice d’Israèl avec la complicité totale des Wahabistes.

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  • Le che
    16 juillet 2016 at 16 h 01 min - Reply

    L l’Algérie ,soyant ses côtés on trouvera mieux nulle part ailleurs… allez y dans n importe quel pays au monde et comparé…on est comme des enfants gâtés…. réfléchissez avant d agir …bonne journée à toutes et à tous …oui au dialogue contradictoire ..mais ici .

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  • rachid dahmani
    17 juillet 2016 at 8 h 55 min - Reply

    « L’évolution » ne s’arrête pas. Les nécessités des un et des autres ne sont forcément pas les mêmes, et chacun voudrait le meilleur pour lui même et ne s’accommode pas du meilleur des autres.

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