Édition du
5 December 2016

En attendant le consensus : Le FLN au musée, le FCE à Washington et le feu à Bab el oued

Salima Ghezali2Par Salima GHEZALI

Certaines initiatives  du système portent si visiblement sa signature  qu’il n’importe que secondairement d’aller chercher derrière les signataires en bas de telle ou telle récrimination se voulant de « salut national », qui devrait être en prison pour escroquerie et qui devrait chercher meilleure compagnie.

Tout au plus, la répétition de ce type de démarche, décennie après décennie, renseigne t- elle  sur l’état avancé de putréfaction  d’un système tournant en vase clos. Depuis longtemps incapable de se régénérer et aujourd’hui incapable  de s’empêcher d’entrainer le pays dans son agonie.

Dès l’ouverture opérée par les Réformes de 1989 l’idée d’envoyer le FLN au musée avait fait des émules. Il s’agissait, à l’époque, pour certaines officines acquises à la thérapie de choc néolibérale, d’éviter qu’un FLN réformé puisse offrir une base populaire à un renouveau démocratique.

En laissant au FIS le quasi- monopole de la représentation des couches populaires certains aspiraient –déjà- à se débarrasser davantage des secondes que du premier à l’occasion de la lutte antiterroriste. Un regard lucide sur l’obédience idéologique des milliardaires algériens vaut tous les cours d’économie politique.

Il y en a pour toutes les chapelles. Certaines fortunes sont, certes, plus honorables et moins liées à la  décennie de sang et à la corruption sauvage  que d’autres, mais le discrédit qui frappe l’époque toute entière n’épargne pas plus l’Argent que le reste.

Aujourd’hui, plus personne, ou presque, ne croit à une représentation politique faussée par la fraude et le discrédit jeté sur une scène politique devenue, en grande partie, la chasse gardée d’une caste de professionnels  spécialisés dans les  redressements sur commande, les scissions pour convenance personnelle et les retournements de veste collectifs.

Comment  fait-on alors pour inscrire au chapitre du seul FLN ce constat qui pourrait pourtant servir de devise à l’ensemble du système depuis des décennies :

«…Leur objectif : Pomper dans les ressources financières de l’Algérie le maximum qui puisse être puisé et pendant un maximum de temps. Etablir des liens avec l’étranger de sorte à s’assurer dans l’impunité et l’immunité une retraite paisible, quiète à l’abri de toute poursuite dans une capitale en vue. Leur méthode : la concussion, la déprédation, les pressions et la menace. »

Au lendemain même de l’Indépendance Hocine Aït Ahmed avait préconisé une démarche politique inclusive qui aurait profité de la dynamique de l’Indépendance pour remettre de la convergence patriotique dans la cohérence et la lucidité pour construire les instruments de gestion du pays. Mais l’aveuglement idéologique et les délires de pouvoir unilatéral avaient prévalu sur les idéaux de la Révolution.

« Je n’ai pas cessé de défendre la thèse du renouvellement de la direction de notre révolution. A Tripoli, j’avais proposé que le bureau politique fût composé d’une équipe nouvelle, représentative de toutes les avant-gardes. La tâche principale de cet organisme étant de préparer le congrès du F.L.N dans un délai de six mois après l’indépendance, les clans du G.P.R.A et du C.N.R.A devaient être mis hors d’état de s’opposer à la dialectique de regroupement de toutes les élites révolutionnaires de notre pays. Le congrès devait être le congrès de l’unité révolutionnaire,  non celui d’un clan quelconque qui s’auto-désignerait « fer de lance ». Il en serait sorti une doctrine non octroyée, démocratiquement élaborée par les militants, un programme de tous, que tous appliqueraient en toute connaissance de cause, et enfin une direction révolutionnaire issue de la base, forte de sa confiance et de sa vigilance, soudée par une idéologie et par une conception dynamique de la collégialité. » ( in Préface de ; La Guerre et l’Après-guerre)

Certains principes traversent les époques. Si « l’unité des avant-gardes révolutionnaires » ne fait plus rêver une majorité de l’élite formatée différemment de son aînée, les principes de « doctrine non octroyée et démocratiquement élaborée » de «  direction issue de la base, forte de sa confiance et de sa vigilance» ou de « conception  dynamique de la collégialité » devraient faire sérieusement réfléchir quiconque se veut porteur d’une alternative au chaos à l’œuvre sous les maquillages de la République.

Ceux qui tiennent le haut du pavé ont été sourds en 1962, sourds et aveugles au moment où les Réformes ont été stoppées en 1991, sourds et aveugles à ce qui se tramait pendant que la mort fauchait par milliers une jeunesse dont le sang aura servi à couvrir la mise en place d’un système de prédation cannibale…Et sourds à l’admirable combat de Abdelhamid Mehri qu’il aura été contraint de continuer en dehors des rangs du FLN…

Et voilà qu’ils se réveillent  pour envoyer le seul FLN au musée pendant qu’à Washington un FCE issu de la même matrice politico-militaire que tout ce beau monde croît s’assurer quelques amitiés en payant rubis sur ongle un influent journal privé américain qu’aucun de ces « entrepreneurs » n’aura été en mesure de créer dans son propre pays. On n’est jamais l’égal de ceux dont on achète la bienveillance.

Savent-ils seulement ce que valent les amitiés achetées ? En occident comme ailleurs. Savent-ils qu’au dernier Réveillon d’avant le « Printemps arabe » c’est avec les enfants de Kadhafi, avec ceux de Moubarak et de Ben Ali que la crème des dirigeants occidentaux et leurs familles avait fait bombance ? Avant de lâcher sans état d’âme, bombes, hordes terroristes et lynchages sauvages sur ces tyrans désormais idiots inutiles…

La semaine dernière s’est achevée dans une ambiance d’apocalypse à Bab el oued avec l’incendie qui a ravagé un immeuble et menacé de s’étendre à d’autres…Dix ans plus tôt  une résidente du 5 rue Adjissa Maamar, réduit en cendres ce weekend, s’exprimant à l’occasion d’une protestation collective alertait :

« Cela fait des années que je n’ai pas dormi sereinement. Nous avons fait la guerre et libéré ce pays et maintenant nous sommes abandonnés. Si l’Etat n’a pas besoin de nous, qu’ils nous jettent à la mer. »

Ils ont été sourds et ils le sont visiblement encore. Que faire ?

Oser enfin admettre que le système dans son entièreté est devenu caduc, ce que Mouloud  Hamrouche  a si clairement énoncé :

« Le système de gouvernance est en crise, il semble qu’il ne peut plus produire d’alternatives politiques ou d’alternatives économiques. Si cette appréciation est pertinente, alors toutes les organisations et structures qui sont nées de la crise, ou pour la crise du terrorisme, ne deviennent-elles pas obsolètes et ne peuvent servir d’alternance. »

Et pour éviter l’effondrement brutal du pays accompagner le changement par la reconstruction, dans les formes d’aujourd’hui, du consensus national que préconisait déjà Hocine Aït Ahmed en 1962.

– See more at: http://www.libre-algerie.com/en-attendant-le-consensus-le-fln-au-musee-le-fce-a-washington-et-le-feu-a-bab-el-ouedpar-salima-ghezali/03/08/2016/#sthash.yMagS2IU.dpuf


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5 Commentaires sur cet article

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  • fatma
    5 août 2016 at 23 h 35 min - Reply

    Merci madame pour votre article, je suis toute à fait d’accord avec vous, nous constatons malheureusement que le pouvoir use de toutes les ficelles pour perdurer. La dernière trouvaille n’est autre que la pétition des 14 devenus 13 après que Yacef Saadi ait déclaré n’avoir pas signé cette pétition et que d’autres réfutent le contenu, en attendant qu’elle soit jetée à la poubelle.
    Pourtant le ton de cet appel est très fort et l’accusation est très grave, je cite : « Nous dénonçons avec vigueur le sort réservé au FLN par l’aventurier Ammar Saâdani et sa camarilla de baltaguis» ; «Des prévaricateurs et trafiquants de tous poils conglomérés autour d’un secrétaire général tiré d’un marigot grouillant d’affairistes (…) économiquement véreux et politiquement immoraux (…) ont pénétré le corps même de ce parti pour le vider de sa substance vitale et l’infecter au point d’en faire un instrument de leur inavouable bizness». Leur objectif : «Pomper dans les ressources financières de l’Algérie le maximum qui puisse être puisé (…), établir des liens avec l’étranger de sorte à s’assurer dans l’impunité et l’immunité une retraite paisible …»
    Mais bon sang ! Pour qui nous prend-t-on ? Les signataires de cet appel ou leurs commanditaires veulent nous faire croire que cette situation est nouvelle et que seul le Drabki en est la cause. Non et mille fois non, elle dure depuis 54 ans déjà et ses conséquences sont toujours d’actualité. Les Algériens honnêtes et sincères l’ont vécue de pères en fils, des milliers de nos concitoyens ont été lâchement exécutés, humiliés, torturés, emprisonnés ou exilés.
    Ce FLN post indépendance est le résultat de l’entreprise de destruction des idéaux de novembre 54, entamée depuis 1962 avec le putsch de l’armée des frontières et à sa tête le clan d’Oujda. Depuis cette date, le FLN a toujours été un puissant outil de propagande, un instrument de démagogie permettant de couvrir tous les abus et légitimer les crimes et la dictature des clans mafieux qui l’ont pris en otage.
    Je demande à ces pétitionnaires de nous dire :
    Pourquoi avoir attendu tout ce temps là pour enfin ouvrir les yeux et faire semblant de vous offusquer ?
    Pourquoi avez-vous détourné votre regard sur toutes les magouilles de ces bandits, sans brancher ?
    Pourquoi avez-vous (soit par votre silence ou en y participant directement) accepté la dilapidation des richesses du pays sans dire un mot ?
    Pourquoi avez-vous accepté que les femmes et les filles de vos frères de combat, les honorables chahid, morts au champ d’honneur, deviennent des femmes de ménages voire des prostituées pour subvenir à leurs besoins ?
    Il y a à ne pas en douter quelque chose qui ne tourne pas rond, lorsque ceux qui ont tété la mamelle du pouvoir, ceux qui ont usé et abusé des avantages que leur a offert ce système, se réveillent au crépuscule de leur vie et après avoir vécu dans le faste, après s’être accaparé de villas de luxes et affaires commerciales juteuses, après avoir bénéficié de prêts bancaires sans intérêts et non remboursés, après avoir garanti l’avenir de leur progéniture, ils viennent aujourd’hui, toute honte bue et sans la moindre hésitation, nous demander de combattre ce FLN et exiger je cite : « le départ immédiat et inconditionnel de Saadani et de sa bande ». Il est vrai que lorsqu’on n’a pas honte, on peut tout se permettre.
    Certes, je ne connais pas tous les signataires de cet appel, je pense qu’il y a parmi eux d’honnêtes moudjahidine, mais quand j’ai découvert dans cette liste un Hocine Senouci et un Yacef SAADI, je suis restée sans voix. Voici deux parfaits représentants du système qui ont été exclu du clan et qui viennent nous montrer la bonne voie.
    A mon avis, il aurait mieux valu que vous vous taisiez comme vous l’avez fait jusque là, plutôt que de faire perdre toute crédibilité et respect au combat libérateur que vous avez mené lorsque la dignité était une des valeurs essentielles de tout Algérien.

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  • Viva Algeria
    6 août 2016 at 0 h 07 min - Reply

    Faut pas voir le feu partout….y a plus. De ,20 and qu’en parle de régime finissant … derniers instants… dernière heure …tout est là , l’Algérie aussi ….oui confronté les i dees …présenter des projets….mais le chaos non …

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  • alhif-n-wen.
    9 août 2016 at 16 h 22 min - Reply

    En 1985, en me promenant dans une capitale d’un pays étranger, et passant devant un buraliste, j’ai constaté à la Une d’un journal satirique « Le Canard enchaîné» le titre suivant : « Comment le F.L.N. à financé la compagne électorale de François MITTERRAND de 1981 ! » Dans la troisième page de ce journal, j’ai trouvé la copie d’un document officiel signé par un représentant de l’Etat Algérien à l’Etranger portant ordre de virement d’un montant très important pour le compte de l’ex Président Français…… !!!
    Les Janissaires d’Alger, le clan d’OUJDA, les partis : (F.L.N.) et son fils moustachu le (R.N.D) ont kidnappé l’Algérie.
    Quand est ce que les vrais représentants des peuples d’Algérie vont passer à l’acte………….….?
    En proposant une plate forme d’union (confédération ou autres) à faire signer par les représentants légitimes des peuples d’Algérie, et non pas par les partis ou les personnalités politiques qui ne représentent qu’eux même, c’est la seule issue possible pour ce pays sinon c’est la disparition à jamais…!!!.
    Comme l’on fait les américains en 1775 par la signature d’une convention fédérale, et la création des Etats Unis,
    Pour l’instant seuls les peuples Kabyles et Mozabites ont montré le chemin à suivre.

    _______________________________
    Il y a un SEUL Peuple, cher monsieur : Le Peuple Algérien. Il n’y a pas de « peuples » kabyle ou mozabite !!
    Salah-Eddine SIDHOUM

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    • AQVAYLI AMOQRANE
      16 août 2016 at 13 h 36 min - Reply

      Je crois que MR. SIDHOUM, comme toujours d’ailleurs car égal à lui-même, vous a commis la réponse adéquate à vos sombres calculs de voir notre cher PAYS sombrer…. et bien NON !

      Ne vous en faites pas. Vous et les officines de malheur qui vous emploient et qui se frottent déjà leurs sales mains de voir l’ALGÉRIE se « désintégrer » vous serez absolument et totalement déçus et surpris….. car une AUTRE ALGÉRIE se relèvera et fera face avec force à TOUS les dangers qui la guettent d’où qu’ils proviennent.

      L’ALGÉRIE SERA DEFENDUE PAR TOUS SES ENFANTS….!!!!!!!! Du Nord et du Sud de l’Est et de l’Ouest…. ne vous m’y prenez pas !!!! Car seules la désillusion et la défaite vous attendent sur la terre des UN MILLION ET DEMIE DE MARTYRES.

      AQVAYLI AMOQRANE.

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  • Le che
    9 août 2016 at 22 h 44 min - Reply

    Je suis d accord à M.Sidhoum…un seul peuple….après il y a c est vrai les cultures ,les coutumes….aussi Tamazigt … l’Arabe ….le Français…l Anglais et même le Chinois … bientôt toutes les langues….ou est le problème…j ai 65 ans et j e me souviens des cireurs du square port Saïd …tous les pays du monde onr des problèmes vive l l’Algérie indépendante

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