Édition du
25 September 2016

Nos chers « amis » d’Occident, l’Algérie et les clans: le train du Daech et ce qu’il cache

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Par SAAD ZIANE

Un média politique américain Politico fait parler des sources non-identifiées de l’Union Européenne disant globalement que l’Europe est en position de stand-by vis-à-vis de l’Algérie et attend l’après-Bouteflika.

Il y a dans cet article beaucoup de banalités- que d’aucuns prennent pour des «messages »- sur «l’ouverture » attendue de l’Algérie dans le domaine de l’énergie avec la dose de démesure-cliché à la Sarko sur le fait que l’UE veut empêcher que l’Algérie ne tombe entre les mains de Daech et Al-Qaïda.

Tellement gros que l’ambassadeur algérien à Bruxelles, Amar Belani a choisi d’insister sur cet aspect pour attaquer la «source » de Politico et dénoncer “l’énormité risible et fantasmatique d’une Algérie qui pourrait se retrouver sous la coupe de Daech ou d’Al-Qaïda”.

Le régime Algérien qui, selon les éléments de langage que martèle, M. Ramtane Lamamra, «exporte de la stabilité » (SIC) est ainsi surpris de voir son argument sécuritaire majeur être utilisé à ses dépens dans un contexte de crise de régime avec une bataille pour la «succession » qui risque de s’aiguiser.

L’image d’une Algérie menacée de tomber sous la coupe de Daech ne peut que déplaire à un régime qui fait son marketing international sur le fait qu’il est un «rempart » et un partenaire des occidentaux dans la lutte contre le terrorisme.

Le souvenir des bons «amis » de Kadhafi

Pourtant, on ne peut que s’étonner de « l’étonnement » de diplomatie Algérienne présumée «réaliste » quand on sait que les Occidentaux ont la capacité de présenter une même situation sous un jour et son contraire. Il n’est pas besoin de faire des recensions exhaustives.

Prenons juste l’exemple de la Libye et du très cher ami des dirigeants occidentaux Mouammar Kadhafi. Il a été aussi un « rempart » jusqu’à ce MM Sarkozy, Cameron et Obama décident qu’il est devenu un obstacle et qu’il faut le dégager par la force.

Ce que nous, Algériens et Maghrébins, devons retenir du cas exemplaire du «guide de la révolution» n’est pas ce retournement de ses « amis » occidentaux, seuls les naïfs peuvent croire que cette amitié est éternelle et définitive.

Le vrai enseignement est que M Kadhafi a étouffé la société libyenne, il a empêché l’émergence d’institutions sérieuses où se forge et s’enracine un être national. Il a décidé que la Libye c’était lui. La fiction des institutions dans nos dictatures a été portée à son comble sous le gouvernement des masses de la Grande Djamahiriya Libye. Sous la dictature, la possibilité d’une nation se meurt, il ne reste que les tribus, les régions ou… les gangs.

 

Pour se maintenir, Kadhafi a affaiblit la Libye et a empêché les Libyens d’exister. Quand ses «amis » occidentaux ont décidé de le dégager, il n’a trouvé que sa tribu, les autres tribus d’ouest en Est l’ont abandonné ou se sont retournées contre lui.

La Libye-nation n’ayant pas existé, les tribus, les notables des villes et les gangs en tout genre se sont positionnés d’emblée dans un après-Kadhafi qui d’ailleurs n’en finit pas et qui pourrait être une après-Libye éclatée.

Voilà l’enseignement fondamental à tirer de l’expérience libyenne : ce qui ouvre des autoroutes aux manipulations étrangères est bien l’obstruction politico-policière permanente de l’espace-nation avec des institutions purement ornementales destinées à faire dégouter les gens de la politique et de la chose commune.

Une piqure de rappel

  1. Belani a beau jeu de qualifier d’incongrue l’idée que l’Algérie puisse tomber sous la coupe Daech et Al-Qaïda. Mais lui et ses chefs ont absolument tort de sous-estimer les fragilités du corps social Algérien qui peuvent être suractivées comme cela été fait en Libye et en Syrie.

A l’évidence, ce n’est pas (encore) à l’ordre du jour, mais ce genre de déclaration – que cela soit un message ou non – est une piqure de rappel : quand on ne compte pas sur ses citoyens et sur une cohésion nationale forte que seule la démocratie et l’Etat de droit permettent, on est aisément «irakisable ».

En réalité, dans ce que dit la source de Politico, c’est l’aspect économique qui compte le plus. L’invocation du risque Daech-Qaïda ne sert en réalité qu’à formuler des exigences en matière économique et donc, s’agissant de l’Algérie, de son domaine énergétique.

L’Algérie, expliquent les sources de Politico, doit être en matière de gaz la « Norvège du Sud » pour l’Union Européenne ou bien aller vers le déclin.  La Norvège étant un pays modèle, on peut croire que nos « amis » ne nous veulent que du bien. Mais…

Désidératas européens

Dans un contexte énergétique en crise avec des politiques publiques algériennes incohérentes, l’Europe semble fixer ses désidératas. Et ils semblent – est-ce une surprise ? – aller dans le sens de la fameuse loi Khelil introduisant le régime des concessions qui a été adoptée par le parlement mais qui en définitive n’a pas été appliquée.

Ce que les Européens – du moins ceux qui ont parlé à Politico – attendent du gouvernement «d’après Bouteflika » est de changer le cadre juridique qui fait de l’Algérie une « des destinations les moins attrayantes» pour les investissements dans les hydrocarbures. En cause, donc la règle du 51/49% en vigueur depuis 1971.

Des experts Algériens admettent que le cadre juridique des investissements hydrocarbures pose problème et la politique du gouvernement ne brille pas par sa cohérence, comme ce fut le cas pour l’épisode (oublié, mais pour combien de temps ?) du gaz de schiste. Il y a un réel débat stratégique à mener sur l’énergie qui tienne compte bien sûr des attentes du marché européen – un débouché naturel pour la production algérienne – mais qui ne se soumet pas à lui.

Le message économique envoyé par les sources de Politico est éminemment politique et il s’appuie sur une situation de contrainte pour l’Algérie pour le formuler. En attendant de devenir une «exigence ». N’oublions pas que l’Algérie a dû en 1994 aller, sous pression, vers le FMI pour mettre en œuvre une politique d’ajustement structurel qui a entraîné une destruction substantielle d’un potentiel industriel naissant. 

Ces souhaits européens risquent de devenir plus pressants – d’autant qu’ils vont dans le sens des américains – dans un contexte politique national glauque où les acteurs du régime en course pour la succession affutent leurs armes et cherchent des soutiens. Ce n’est pas chez les Algériens bien sûr qu’ils les cherchent puisqu’ils empêchent le pays d’arriver à l’âge de la politique.

On le voit le train du Daech peut en cacher un autre, beaucoup plus redoutable. Et le plus à craindre est qu’une logique de clan puisse prévaloir sur un intérêt national qu’il faut refonder et consolider. Ce n’est pas l’ouverture demandée – avant d’être exigée – par les Occidentaux qui y mènera. Mais une ouverture interne – qui implique inéluctablement la fin du régime – pour reconstruire, dans le consensus libre, une nouvelle République avec des institutions solides et sérieuses.

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UN COMMENTAIRE

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  • AMAR MOKHNACHE
    1 septembre 2016 at 18 h 50 min - Reply

    L OCCIDENT VEILLE SUR SES INTERETS ET BIEN ENTENDU CELUI DE SES CITOYENS! SON MOT D ORDRE C EST L INTERET DE SES CITOYENS !! la REDUCTION DU CHOMAGE….SON DEVELOPPEMENT PERMANENT…le seul rempart contre les manipulations et l ingerences c est le peuple!!!! la turquie vient de donner une lecon aux dictatures arabes qui sont en train de detruire les unes apres les autres ce qu ils ont laisse comme pays…..l image du soudan…de l irak….de la syrie….de l egypte …de la libye….c est d abord l oeuvre de leurs dictatures qui a ete manipulee et achevee par l occident….il ne chome pas….tant qu il a ses hommes ….il ne les lachera pas….et s il les lachera c est pour neutraliser a jamais ce qui reste comme nation………..DAECH N EST PAS UNE MENACE POUR NOUS….CE QUI MENACE L ALGERIE C EST LA MAUVAISE GOUVERNANCE QUI VA NOUS FAIRE REVIVRE CE QUE NOUS AVONS DEJA VECU….

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