Édition du
5 December 2016

Eloge de l’enseignant algérien !

EnseignantYoucef L’Asnami

 

C’est donc la rentrée ! Des élèves, des stagiaires pour la formation professionnelle et des étudiants pour le « sup ». Mais aussi celle des professeurs des écoles, des collèges, des lycées, des instituts et des universités. Des univers différents tant par les problèmes particuliers vécus dans chaque strate, que par les espérances légitimes attendues :

 

–          Plus de 8.600.000 élèves nous précise la presse nationale, dont 4.200 000 dans le primaire. Soit 20 % de notre population ya Bou galb ! Encadrés par près d’un demi-million d’enseignants titulaires ou contractuels. Une « armée » !
–          Un budget de plus de 15 milliards de dinars au titre de la poursuite de la politique de solidarité avec les élèves nécessiteux.
–          60 millions de livres édités ! « Plus attrayants. Plus légers, plus aérés et plus attractifs avec de très belles couleurs » tient à souligner un responsable de l’Office national des publications scolaires (ONPS). Et ces livres seront pour la plupart gratuits ou cédés à un prix modique.
–          Dans l’enseignement supérieur, ce sont plus d’un million cinq cent mille étudiants qui rejoindront la cinquantaine d’universités, la dizaine de centres universitaires et la vingtaine d’écoles nationales supérieures.
–          Peut être 600.000 stagiaires dans les 1.200 centres de formation professionnelle dont disposerait le pays.

Des chiffres qui donnent le tournis et qui reflètent parfaitement l’Algérie des paradoxes !

Pour les élèves comme pour les enseignants, de nouveaux cahiers, de nouveaux livres, de nouveaux programmes et de nouvelles réformes auxquelles ils se doivent de s’adapter aussi vite que possible.

On ne mesurera jamais assez les contraintes de ce dur métier que celui d’enseigner. La responsabilité de l’enseignant est immense. Vis-à-vis de son administration, des élèves, des étudiants, des parents et de la société en général. Sa solitude ne l’est pas moins. Confronté souvent à un environnement pas toujours des plus favorables, l’enseignant est en perpétuel questionnement sur ses pratiques pédagogiques.

Outre les tâches administratives, les missions des enseignants, à qui certains reprochent le faible volume horaire en face à face et les congés scolaires, sont pourtant nombreuses et dépassent largement la seule maitrise technique et/ou scientifique de leur domaine.

L’enseignant ne fait pas que de dispenser des cours magistraux ! Il se doit aussi :

–          d’accompagner les élèves à développer leur esprit critique, à argumenter et à respecter l’opinion d’autrui,
–          de maitriser les processus et les mécanismes d’apprentissage et les concepts fondamentaux de la psychologie de l’enfant, de l’adolescent et du jeune adulte,
–          d’adapter son enseignement et son action éducative à la diversité sociale et culturelle des élèves tout en évitant toute forme de dévalorisation de ses apprenants ou des parents,
–          d’aider l’élève à se construire notamment au travers l’éducation à la santé, artistique et culturelle,
–          de veiller au bien être de l’élève, à sa sécurité et prévenir les violences scolaires,
–          de bannir toute forme d’exclusion ou de discrimination liée au sexe ou au statut social de l’élève,
–          de nouer des relations avec les professionnels des différents secteurs pour rendre son enseignement concret à le lier à la réalité du monde du travail.

Dans l’exercice de ses missions, l’enseignant est en prise permanente avec sa direction, ses élèves ou étudiants mais aussi aux parents. Comme pour un agriculteur, ce métier ne peut être exercé par défaut. !  L’enseignant qui a choisi ce métier par défaut ne pourra pas faire une carrière digne de ce nom dans ce secteur parce que la responsabilité est grande vis-à-vis de la société. « On le voit, les qualités humaines doivent être nombreuses pour prétendre porter le titre d’enseignant »  disait Guilotat.

En mars dernier, les revendications des enseignants contractuels, qui ont marché « pour la dignité » et qui réclamaient l’ «  intégration sans concours et sans conditions de tous les enseignants contractuels et vacataires » ont refroidi plus d’un. En mettant en avant leur « ancienneté » dans le poste plus que leurs missions, certains enseignants se sont fourvoyés dans leur demande même si celle-ci est légitime.

Au-delà des chiffres rappelés plus haut, le malaise dans ce secteur reste pourtant entier. L’enseignant est toujours pointé du doigt lorsque l’incivilité ou la violence urbaine des jeunes se manifestent. Il est aussi pointé également du doigt pour le chômage, l’illettrisme ou la non maîtrise des techniques. Lors des dernières fraudes au baccalauréat de l’été dernier, ce sont encore les enseignants, plus que le système, qui ont été mis en cause.

Mais l’enseignant est un être humain avec ses qualités et ses défauts. Il exerce ses missions dans un environnement qui n’est pas toujours des plus favorables. La qualité de l’enseignement ne peut être réduite aux infrastructures construites, ni au doublement des salaires des professeurs !

Lorsque l’enseignant aborde le problème de la nécessité du travail, les valeurs liées à l’honnêteté, le dévouement, le patriotisme, il peut tout de suite se heurter aux questionnements des élèves quant au pouvoir en place qui ne donne pas toujours le bon exemple quant à ces valeurs. Comme éveilleur des consciences,  il aura vite atteint ses limites et on le comprendra aisément !

Les enseignants sont en permanence contraints à gérer les contradictions résultant de leurs propres conceptions de l’enseignement et les exigences réclamées par leur autorité, celle des élèves et même celles de leurs parents.

Dans leur solitude, les enseignants ne cessent de se remettre en question pour repenser leurs pratiques professionnelles. Il suffit de consulter les pages ou les blogs des enseignants dans les réseaux sociaux pour mesurer leur détresse.  De très nombreuses questions restées souvent sans réponses. Des méthodes pédagogiques et didactiques partagées, parfois sans conviction.

J’ai particulièrement en tête ce directeur d’un centre de formation professionnelle dans l’Est du pays qui se bat  nuit et jour pour que ses stagiaires sortent de son Institut avec des compétences reconnues et valorisées. Et ils sont nombreux à se dévouer dans leurs taches parfois au détriment de leur vie de famille.

Tous les efforts visant à améliorer leur efficacité sont balayés par les contraintes matérielles auxquelles ils se heurtent : effectifs pléthoriques rendant vaine toute tentative d’individualisation, rigidité du système, absence d’accompagnement par les services de l’inspection pédagogique et  même  l’hostilité des collègues plus traditionnels attachés à l’enseignement « classique »…

A cela se rajoute la gestion des situations imprévisibles auxquelles il faut s’adapter très vite et pour lesquelles ils n’ont pas été forcément préparés à le faire.

Particulièrement exposés à différentes formes de souffrance au travail, les enseignants résistent tant bien que mal aux très nombreux problèmes auxquels ils sont confrontés : violence des élèves, harcèlement moral des parents, décalage entre leurs propres perceptions et les injonctions contradictoires de l’autorité, mas aussi l’avènement d’internet et des moyens de communication de masse qui les déchoient de leur monopole de seuls détenteurs du savoir et de la connaissance. « A l’heure d’internet, l’ignorance est un choix » affirmait un enseignant dans son blog ! On ne peut que lui donner raison !

C’est Sénèque qui disait « Les hommes apprennent en enseignant ». Enseignant dans une autre vie, je ne peux que m’incliner devant la noble mission des pédagogues en leur souhaitant une excellente rentrée et beaucoup de courage pour résister à un environnement difficile.


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2 Commentaires sur cet article

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  • Amar MOKHNACHE
    7 septembre 2016 at 17 h 01 min - Reply

    L EDUCATION UN SECTEUR GEANT ! une organisation dont la devalorisation a permis aux forces rentieres de la phagocyter completement et d en faire ce qui se fait dans tous les secteurs
    du business …du business…de la cantine au manuel scolaire …du recrutement a la titularisation….de la promotion a la…..la bureaucratie est envahissante quand elle s invite elle elit domicile…..LES REFORMES INITIEES PAR BENGHEBRIT QUOI QUE L ON PUISSE CRITIQUER C EST UN VERITABLE COMBAT CONTRE CE MONSTRE QU EST LA MEDIOCRITE!!!!ELLE A EN FACE D ELLE DES RENTIERS QUI NE LACHERONT PAS CE QU ILS ON ARRACHE AU PRIX DU PEU DE SCRUPULES QUI LEUR RESTAIT!!! ON A BIEN VU COMMENT LES RECRUTEMENTS SE FAISAIENT ET LES VERTUS SOUDAINES QU ILS ONT TROUVE AUX EXAMENS PAR L ORALITE!!!!l education etait devenue le noyeau du clanisme….nous avons encore l image de ces nombreux hommes et femmes que l ont mutaient a mille lieux a la ronde pour faire un hold up sur leurs postes….les auteurs de ces deconfitures sont encore presents et constitue l advesrsaire le plus redoutable de ces reformes…il est tres fort car il n a pas de scrupules…..il est plus present que jamais et TENTE DEJA DE CREER DES DIFFICULTES AUX NOUVELLES RECRUES NOTAMMENT EN LES DESIGNANT LE PLUS LOIN POSSIBLE ET EN LEUR IMPOSANT DES HORAIRES DE TRAVAIL INCOMPATIBLES AVEC LES MOYENS POSSIBLES DU TRANSPORT PUBLIC……LA VERMINE EST PRESENTE ..ELLE EST DANS LE FRUIT…….

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  • rachida
    8 septembre 2016 at 18 h 52 min - Reply

    une enseignante starlette donne une autre image de l’apprentissage, le show.
    Et pourquoi ce numéro après le passage de la ministre à Sidi Bel Abbès alors qu »elle avait rendu hommage aux 11 enseignantes lâchement assassinées.
    Que dirait Kateb Yacine de notre école aujourd’hui: otage des clans tout comme le peuple!

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