Édition du
7 December 2016

Sabah en guest-star du feuilleton Nouria.  Ces « mains invisibles » qui sèment la haine sur le Facebook Algérien

ecolePar Saad Ziane

Photo D.R. école du sud

Photo D.R. école du sud

Sur 3000 enfants de moins de 14 ans habitant dans des communes et des villages isolés dans les Wilayas de Tamanrasset et Illizi, 1442 n’ont pas étudié plus de trois ans et parfois ne sont jamais à l’école. Le chiffre est le fruit d’une étude de terrain menée par une section algérienne de l’Initiative de l’UNESCO pour l’alphabétisation (LIFE). 48% des enfants touchés par l’enquête sont analphabètes dont 70% sont des filles.

Des enfants privés d’enseignements dans des coins perdus entre Illizi et Tamanrasset, cela échappe aux réseaux, cela n’est pas «buzzy », cela n’est pas propice aux indignations moutonnières cliquables. Et du coup ce sujet grave – comme beaucoup d’autres pour l’éducation nationale- n’a aucune existence sur la scène politique virtuelle de «Facebook Algérien».

Et Mme la ministre de l’éducation n’a rien à en dire.  Puisque les réseaux – que désormais les journaux et les TV suivent dans un esprit très moutonnier – n’en parlent pas, on s’en lave les mains. Et puis des pauvres enfants perdus dans les énormes trous perdus de l’Algérie réelle qui ne postent rien sur eux-mêmes sur les réseaux qui peut s’y intéresser ?

Non, Mme Benghabrit est trop branchée pour s’occuper de ceux qui sont «hors réseaux », elle est trop « in » pour s’occuper de la multitude qui est «out ». L’intérêt ministériel, c’est une institutrice qui l’a eu en postant des images avec des enfants en background. Elle est sortie de l’anonymat de la vie, dure, d’enseignante grâce à ces mystérieux emballements – genre la «main invisible du marché » – que connait au moins une fois par semaine la scène politique virtuelle du Facebook.dz.

Sauver l’école en vivant sur Facebook ?

Madame la ministre très occupée à surveiller le réseau s’est donc sentie obligée d’émettre quelque chose sur la désormais célèbre – pour un temps – institutrice de Barika alors que c’était une affaire du directeur de l’école où, au mieux, celle de l’inspection académique de Barika.

A croire que Mme la ministre est totalement désœuvrée alors que selon ses «fans » elle est occupée à sauver l’école algérienne. Dans ce gavage général des esprits «in », l’affaire a pris, la sortie de la ministre aidant, une affaire dantesque.

L’institutrice de Barika est devenue pour les «fans » de Benghabrit un agent de Daech. Et, sans surprise, les adversaires de Benghabrit, ceux qui n’arrêtent pas de supputer qu’elle est en train de s’attaquer aux «constantes » font de l’institutrice une super-héroïne.

Les choses s’emballent, chacun y allant de son post définitif, nous voilà sommés – par les mains invisibles du réseau – de choisir entre Nouria, la ministre et l’institutrice Sabah. Cela sonne encore une fois comme un épisode de feuilleton et cela aurait été amusant si cela ne contribuait pas à obscurcir les débats et les enjeux.

L’institutrice a manqué aux règles – c’est une évidence – mais Mme la ministre devait-elle vraiment s’en mêler au lieu de laisser les responsables directs de l’enseignante de s’en charger. Elle pouvait parfaitement leur demander de le faire (un ministre qui donne des instructions à des responsables locaux cela existe, pardon de le rappeler) sans avoir à l’annoncer sur Facebook ou sur les TV offshore à ses «fans » en transe sur les claviers et provoquer en retour la riposte des «adversaires » sur les claviers.

Le problème avec Mme Nouria Benghabrit est qu’elle est exclusivement dans la Com et dans les réseaux. La Com ne sert pas à défendre quelque chose mais juste à exister. Car quand on ne se laisse pas embobiner par les mains invisibles qui polluent les raisons, une question de bon sens se pose : elle est où la réforme que Mme Benghabrit est censée porter ? C’est sur ce sujet qu’on attend une bonne communication mais pour qu’il y en ait, il faudrait qu’il y ait du contenu à la réforme.

La réforme Benghabrit, c’est quoi ?

C’est quoi donc la réforme de Mme Benghabrit, qui peut nous l’expliquer simplement sans sortir les grands « ismes », ni les glaives ?   Personne, car il n’y a pas de réforme. Il y a une communication destinée à créer l’illusion de réformes mais il n’y a pas de réformes.

Les «fans » de Mme Benghebrit font valoir la campagne incessante des médias Chorouk et ses sœurs pour prouver qu’elle est en train de faire des «choses ». En réalité, ce n’est que du vent. Ces pseudo-défenseurs des constantes prêtent à la ministre des choses qui n’existent pas dans la réalité et qu’elle tient d’ailleurs à démentir avec une remarquable constance que les «fans » omettent de voir.

En réalité, les chorouks and co ne sont pas les ennemis de Mme Benghabrit, ils sont le bruit creux qui fait sa «Com » sur une réforme qui n’existe pas. Les «fans » de Mme Benghabrit qui étripent violemment le président du 4ème mandat veulent nous faire croire qu’elle serait en train de réformer secrètement sans que Bouteflika ne le sache.

Une grosse blague ! La super-héroïne Nouria qui va faire la réforme contre le président qui l’a désignée, on aura tout vu ! Le comble est que ces mêmes fans dans les réseaux et dans des journaux francophones présumés modernistes expliquent que l’ère Bouteflika est celle d’un immobilisme total.  On aura donc au sein d’un gouvernement de l’immobilisme une ministre de l’éducation qui met secrètement le turbo pour nous mettre dans la postmodernité.

Tout cela est bien puéril. Dans un système politique obsolète, incapable de réforme, la gestion de plus en plus dégradée du statuquo est l’unique horizon. Mme Benghabrit ne fait pas exception. Une réforme, ce n’est pas de la Com, encore plus quand il s’agit d’un mastodonte aussi lourd que celui de l’éducation où des habitudes et des rentes de situation se sont profondément installées.

A moins d’être en mesure de se lancer dans une vaste «épuration » la réforme du secteur éducatif devra se faire avec le personnel existant.  Il faudra donc, au lieu de se perdre dans la bulle de Facebook, apprendre à parler avec le personnel de l’éducation. Il faudra établir un diagnostic pour élaborer la réforme, en définir les objectifs et les moyens. L’entreprise n’est pas une promenade sur Facebook, elle suppose un investissement et un travail en profondeur qui parait, hélas, impossible dans un régime bloqué et qui bloque le pays.

Semeurs de haine

Il n’y a pas de solution à la Erdogan qui consisterait à renvoyer les enseignants Algériens. Ceux qui font beaucoup de bruit sur l’école en défendant une réforme Benghabrit qui n’existe pas ne sont pas prêts à descendre dans l’arène pour les remplacer.  Ils ne sont pas différents des «ennemis » de Benghabrit qui lui prêtent des choses qu’elle n’a pas et qu’elle n’est pas en mesure de faire.

Cette lassante empoignade dans la scène politique virtuelle désormais relayée par les journaux et les TV est une gigantesque diversion qui est en train de dériver vers des hurlements de haine. Il y a eu dans cette nouvelle agitation autour de l’école et de Benghabrit des écrits qui rappellent les fulminations haineuses et racistes des membres du groupe du Front de l’Algérie Moderne (Le FAM) qui officiait dans l’Hebdo Libéré et affirmait qu’il y a «deux peuples » en Algérie.

Ces appels à la guerre civile ne sont pour le moment que dans les réseaux sociaux mais la haine qui y est en train d’être semée risque, le blocage sidéral du régime aidant, à sortir dans le réel.

Plus que jamais, ces diversions morbides doivent être combattues. Plus que jamais, il faut refuser de se laisser embarquer dans cette immonde fabrication de la haine et de la mort. Plus que jamais en ces temps de manipulation à grand échelle sur les réseaux, il faut réaffirmer que le projet national n’est ni l’Etat policier, ni l’Etat intégriste.

– See more at: http://www.libre-algerie.com/sabah-en-guest-star-du-feuilleton-nouria-ces-mains-invisibles-qui-sement-la-haine-sur-le-facebook-algerienpar-saad-ziane/11/09/2016/#sthash.JoMdPqVK.dpuf


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3 Commentaires sur cet article

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  • AMAR MOKHNACHE
    12 septembre 2016 at 15 h 44 min - Reply

    DU SACRIFICE ET DE L INGRATITUDE! ALLAH A MIS IBRAHIM QSSSL DANS LA PLUS GRANDE DES EPREUVES!
    en ce jour du grand sacrifice, il nous a legue ce rite! il n avait pas d enfants il a implore allah d envoir un et….lorsqu il l a eu et lorsqu il a eu 10ANS IL EST MIS DANS LA PLUS GRANDE DES EPREUVES CELLE DE SACRIFIER CET ENFANT EXCEPTIONNEL DE PART SES NOMBREUSES QUALITES..admirons leurs reactions… »mon fils j ai reve que je t egorgeais!  » pere fais ce que l on t ordonne tu me trouvera incha allah obeissant » c est utile de le rappeller en ce jour sacre pour en mieux apprecier la vrais dimension de ce sacrifice ……….
    OU EN SOMMES NOUS, MUSULMANS dans notre mise a l epreuve de cette vie ici bas?
    LORSQU ON ACCEDE AU POUVOIR SUPREME DU PAYS ON PRETE SERMON POUR GERER COMME IL SE DOIT LA CHOSE COLLECTIVE « UNE AMENA »….on devient responsable et normalement on doit assumer devant allah et en prenant a temoin la collectivite ici et la bas a l au dela que l on n a prive personne de ses droits et que l on doit se sacrifier pour ce noble objectif…
    le sud qui nourrit toute l algerie demeurera le temoins de notre ingratitude en matiere de developpement………..il demeure la preuve vivante de l ingratitude de l algerie independante!!! le developpement bien compris c est d abord le systeme educatif il ne peut pas etre probleme de BENGHEBRIT SEULEMENT !! il est question de budgets de choix des hommes ….de competences a meme de forger une culture nationale a meme de promouvoir les vrais valeurs nationales que nous ont legues les chouhadas..les vrais…de promouvoir nos richesses nationales et de les hisser au rang qui devrait etre le leur…et en produisant une justice a meme de veiller et proteger tout le pays…
    ou en sommes nous messieurs…
    Comment des representants du peuple sont ils arrives a demander des augmentations aussi arrogantes pendant que 1440 ENFANTS SOIENT PRIVEES DE L ECOLE…ET COMMENT SE SENTENT T ILS PAR RAPPORT A CES SACRIFICES QUE SIDNA IBRAHIM NOUS A LEGUE??

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  • Boubaker-Khaled Sadallah
    13 septembre 2016 at 9 h 52 min - Reply

    L’auteur écrit :
    « Ces appels à la guerre civile ne sont pour le moment que dans les réseaux sociaux mais la haine qui y est en train d’être semée risque… à sortir dans le réel. »
    A mon avis, ces appels ne sont pas seulement dans les réseaux sociaux mais on les trouve aussi dans des quotidiens et rédigés par des auteurs bien célèbres. Lire par exemple :
    « Sauvez Benghebrit, sauvez vos enfants ! »
    http://www.elwatan.com/actualite/sauvez-benghebrit-sauvez-vos-enfants-09-09-2016-328436_109.php

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  • abed
    24 septembre 2016 at 19 h 47 min - Reply

    Non, Monsieur! Le projet benghebrit est au dessus de tout le monde car il s’agit de l’avenir des générations montantes dont paradoxalement, les ennemis de ce peuple, notamment l’ancienne puissance coloniale, se soucient au plus haut point.
    Ce projet se concocte a Grenoble sous la conduite de benzaghou installé dans cette ville, sous la supervision d’experts français, dont vallaud belkacem et valls.
    Ce projet entre dans le cadre de la refonte de  »l’islam de France » étant entendu que pour les néoconservateurs ffrançais, tout ce qui concerne l’algerie concerne aussi fafa.
    Enfin, ce projet e tre dans le cadre global du nouveau  »grand moyen orient » avec au pire la destruction des peuples ou au mieux leur aliénation culturelle et identitaire.
    Oblectif visé : accepter le sioniste et ne plus voir le juif comme un ennemi potentiel et oublier définitivement la Palestine.

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