Édition du
29 September 2016

Le vécu communautaire

Tahar GaïdPar Tahar Gaïd

L’islam véhicule un système d’éducation spirituelle qui couvre toute la sphère sociale de la communauté musulmane. Il est entièrement dirigé vers la dimension communautaire et sociale. Cet aspect de la religion de Dieu se vérifie sur tous les plans de la dévotion, qu’il s’agisse des pratiques cultuelles (al ‘ibâdât) que des relations humaines de la vie quotidienne (al-mu’âmalât). Dans tous les cas, chaque croyant s’investit volontairement dans l’intérêt de la communauté. L’adoration du croyant ne peut être réelle et complète que si elle est fortifiée par la relation saine et sincère, constamment réanimée, avec ses semblables, en particulier ses frères et ses sœurs en religion. C’est, en fait, une lourde responsabilité sociale et religieuse qui pèse sur chaque croyant fermement engagé dans le processus du développement. Le croyant agit au sein du groupe et les membres prennent des décisions qui déterminent leur destin. C’est pourquoi à chaque individu, l’islâm offre les possibilités optimales qui lui permettent de répondre favorablement à ses aspirations spirituelles et morales.

La dimension sociale et religieuse de la communauté islamique est vitale. Les références religieuses, sociales et culturelles reposent essentiellement sur elle. En organisant l’espace du relèvement du niveau social, la religion de Dieu donne à l’individu tous les moyens de vivre pleinement et sereinement sa foi et son identité. C’est autour de cet espace que s’articule toute réflexion qui envisage la formulation d‘un projet de société dont l’objectif consiste à vouloir relever les défis des problèmes de la vie. C’est parce que les dirigeants de la planète ont marginalisé le « fait social et spirituel» que l’Occident, et non seulement les sociétés musulmanes, sont secoués par des crises dans tous les domaines. L’avenir s’annonce bien sombre si aucune politique sociale et spirituelle ne vient résoudre.

En se référant à l’islam dans cette perspective de renverser l’ordre des valeurs, c’est avoir à l’esprit un horizon de culture et de civilisation fondé sur la foi. Mais attention ! Ce slogan « l’islam est la solution » est vide de sens parce qu’il ne comporte aucune stratégie et aucune planification. Il ne suffit pas de se référer aux sources fondamentales de l’islam pour résoudre les problèmes. L’histoire nous enseigne que toute politique sociale et religieuse aboutit à un échec si les textes coraniques et prophétiques sont tronqués et si ces textes sont appliqués hors de leur contexte, hors de leurs finalités et hors des réalités objectives de chaque société. C’est trahir l’islam si les enseignements coraniques et traditionnels sont appliqués à la lettre, selon la façon de les lire littéralement et sans un effort de recherche conséquente avec l’évolution du temps et la nature des espaces géographiques.

Que faire dans ces conditions ?

La personne humaine :

L’homme est un être socialement et spirituellement responsable de ses actes devant son Créateur mais aussi devant les hommes, ses semblables. Construire une société, c’est aussi et d’abord former correctement les individus qui la composent selon leur adaptation au projet d’édification. On ne construit pas le socialisme sans des socialistes comme cela a été fait en Algérie dans les premières années de son indépendance. On ne construit pas également une société sociale et spirituelle avec un peuple qui n’a de la compréhension de l’islam que son écorce. C’est donc se poser la question primordiale : quel homme nous avons aujourd’hui et quel homme nous voulons avoir demain ?

Toute religion et toute spiritualité mettent l’accent sur trois principes fondamentaux : c’est d’abord la nécessité de faire valoir la vérité et la transparence dans tout projet de développement social, ensuite accorder une importance primordiale à la dimension morale et ensuite établir des priorités des valeurs. Dans cet ensemble de conditions émerge le respect de la personne humaine. Chaque individu, quel qu’il soit, aspira à vivre librement dans le respect de sa personne et de ses droits et à assurer les conditions matérielles de son existence. Ses aspirations donnent un sens à son humanité qui consiste à vouloir s’instruire pour parvenir progressivement à la vérité, à se solidariser avec son prochain dans le but de réaliser le bien. Celui-ci ne peut être obtenu réellement que si l’homme est armé de la connaissance islamique. C’est pourquoi d’ailleurs, le Prophète (p.p) a dit : « La recherche de la connaissance est une obligation pour tout musulman et toute musulmane.  Cet impératif est lié à l’énoncé de ce verset qui constitue le fondement de toute politique de justice sociale: «Vous commandez le bien et vous interdisez le mal ». Il est également rattaché aux principes de la correction et du savoir faire à l’égard aussi bien des musulmans que des non-musulmans, selon cette recommandation coranique : « Parlez-leur de la meilleure des façons » et ce dire prophétique : « N’oubliez pas d’user de générosité, de bonté et de douceur les uns envers les autres. » Le Sceau des messagers (p.p) explique en quelque sorte ce passage coranique où intervient aussi l’aspect moral des relations sociales : « Sois bon envers les autres comme Dieu l’a été envers toi ! Ne favorise pas la corruption sur terre, car Dieu n’aime les corrupteurs. » (S.28, 77) . En conséquence, tout projet de société s’articule sur les besoins sociaux et religieux de l’individu lequel doit faire sienne la nécessité et l’effort de réformer son être car Dieu a révélé : « Dieu ne change rien à l’état d’un peuple si celui-ci ne change pas son comportement intérieur. » (S.13, 11). C’est là une référence à ce que le Messager de Dieu (p.p) a dit au retour de la bataille victorieuse de Badr : « Nous revenons du petit jihâd pour affronter le grand jihâd. » (Un combat contre soi-même, contre ses instincts et ses passions, contre l’immoralité et la perversion.)

La dimension sociale prend sa source de l’effort de la personne humaine qui place ses efforts au service de toutes les autres personnes humaines. C’est aussi porter ses efforts dans la perspective de la vision de Dieu à travers ses pratiques cultuelles, son dhikr, le rappel constant de la grandeur du Créateur, le jeûne dont l’abstinence de se nourrir appartient à Dieu, les opérations surérogatoires… Il n’en reste pas moins que cette compréhension de la foi religieuse se conçoit dans un souci d’un perpétuel équilibre avec la vie profane et sociale. Il est dit dans le Coran : « Emploie plutôt les richesses que Dieu t’a accordées pour gagner l’ultime (le Paradis), sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde. » (S.28, 77). Donc, l’islam n’appelle pas l’individu à s’emprisonner sans la sphère religieuse. Mais étant la religion du juste milieu, il engage ce croyant à œuvrer également dans la sphère sociale de la vie. La foi fait écho au social et inversement. C’est dire que la pensée se conçoit en fonction de l’homme et, à cet effet, elle doit lui offrir la possibilité et les moyens de vivre pleinement les exigences de son humanité dans le domaine social et de lui donner la potentialité politique de choisir en connaissance de cause les perspectives de sa destiné. Il s’agit d’un choix qui ne se réalise pas dans l’ignorance et  l’état de l’illettré. Il va de soi que montrer la déférence à l’égard de la personne humaine, empêtrée dans son analphabétisme ou encellulé dans la sphère de la contrainte et de la privation des droits et des libertés ne peut, en aucun cas, être considéré comme une déférence et un respect humain.

Le milieu familial :

La famille, cellule de base d’une nation, représente la référence constitutive de chaque personne humaine. La vie occidentale sa caractérise par la volonté d’indépendance des jeunes à l’égard du milieu familial, de liberté, d’individualisme, de non respect du père et de la mère quand ils atteignent l’âge de la vieillesse. La jeunesse dorée veut vivre seul et voler de ses propres ailes. Elle voit à travers l’espace familial un milieu carcéral. Pourtant, les deux parents, s’ils sont croyants, élèvent leurs enfants dans un environnement familial équilibré entre le sacré et le profane. Cependant, cette éducation du juste milieu se fragilise et se corrompe. Aujourd’hui, même dans les familles musulmanes, les couples se brisent, les divorces sont nombreux et les déchirements entre les membres d’une même famille se multiplient, particulièrement quand il s’agit de partager l’héritage des parents. Est-ce le tribut à payer à la modernité ? Ce n’est pas un processus irréversible si nous voulons réagir par l’éducation de base, par un programme d’enseignement enseigné dans les écoles.

Les lois coraniques ne partagent aucunement ces éléments de déliquescence de la vie contemporaine. Si les sociétés musulmanes en sont contaminées, c’est parce qu’elles ont abandonné les références islamiques pour épouser les travers de la vie occidentale. En islam, la famille fait l’être humain. Sans la famille, c’est la vie de l’orphelin en bas âge qui perd ses deux géniteurs. En outre, la religion de Dieu donne à la famille une orientation de complémentarité. Toute réforme se conçoit grâce aux efforts égaux de l’homme et de la femme et chacun reçoit sa juste part de récompense en fonction du travail accompli. C’est l’énoncé même du principe d’égalité entre les deux sexes. Le Prophète (p.p) précise : « Certes, les femmes sont les sœurs des hommes ». Tous les deux ont les mêmes droits et les mêmes devoirs devant Dieu et seront rétribués de la même manière : « Leur Seigneur a exaucé leurs prières : je ne ferai jamais perdre à aucun d’entre vous, homme ou femme, le bénéfice de ses œuvres. N’êtes-vous pas issus les uns des autres ? » (S. 3, 195)

Dans le cadre de cette égalité religieuse et sociale, chacun, homme et femme, aura à rendre compte des intentions de sa conscience et des actes de sa vie. C’est dans la sphère de la construction du premier noyau social qu’est la famille, objet de la première structure normative, que tout se conçoit. Dans cette perspective, le mariage et l’amour filial sont d’essence affective : c’est la solidarité entre les membres et l’attachement des uns aux autres qui donnent un sens à la vie en famille. Dieu dit : « Et c’en est un autre signe que d’avoir créé de vous et pour vous des épouses afin que vous trouviez auprès d’elle votre quiétude, et d’avoir suscité entre elles et vous affection et tendresse. En vérité, il y a en cela des signes certains pour ceux qui raisonnent. » (S.30, 21)

La choura, conseil ou concertation, est une institution coranique que peu d’Etat musulman mette en application. C’est pourtant un devoir qui devrait être instauré à tous les niveaux de la nation, en commençant par la cellule de base qu’est la famille. Il ‘ensuit qu’il devrait y avoir une relation de concertation, fondement de la participation mutuelle, entre l’homme et la femme dans un même foyer. L’indication en est donnée clairement par le Coran en ce qui concerne particulièrement l’allaitement de l’enfant par la mère. « … Un enfant ne doit pas être une source d’ennui pour la mère ni pour le mère. La même obligation incombera, le cas échéant, aux héritiers du père. Si les parents décident d’un commun accord de sevrer leur enfant … » (S.2, 233)

La choura n’est pas appliquée particulièrement dans les campagnes. En Algérie, selon les habitudes culturelles d’un âge révolu, la femme est encore sous la tutelle du mari. Ce qui est inconcevable car on attribue à l’islâm ces attitudes négatives. Or si la concertation, imposée dans le cas précis cité ci-dessus, est une d’importance capitale, il convient de déduire de cette situation que l’homme et la femme, à égalité, doivent se concerter non seulement en ce qui concerne l’éducation de leurs enfants mais aussi pour la gestion de leur foyer. La Qawwama qui fait que le mari est le répondant de la famille, en ce sens qu’il subvient à ses besoins matériels, ne change rien à la question.

Une nation sera prospère et sa société florissante, si le respect des enfants à l’égard de leurs parents s’érige en un commandement cardinal et si cette progéniture, ossature du développement social et culturel, mettra en une pratique constante à cet égard dû aux parents. Ce n’est pas sans raison que la bonté destinée au père et à la mère est établie par le Coran comme une seconde condition  après l’adoration de Dieu. Il s’ensuit que la reconnaissance des enfants due aux deux géniteurs est un fondement religieux. Le Livre de Dieu stipule avec clarté ce qui suit : « Ton Seigneur t‘ordonne de n’adorer que Lui, de traiter avec bonté ton père et ta mère. »  Ensuite, le Coran poursuit : « Et si l’un d’eux ou tous les deux atteignent, auprès de toi, un page avancé, ne leur dis pas : « Fi ! » Ne leur manque de respect, mais adresse-leur des paroles affectueuses ! * Fais preuve à leur égard d’humilité et adresse à Dieu cette prière : Seigneur ! Sois miséricordieux envers eux comme ils l’ont été envers moi, quand ils m’ont élevé tout petit ! » (S.17, 23 et 24). Nous sommes loin de ces habitudes occidentales qui font que les enfants abandonnent leurs parents ou les « casent » dans des hospices de vieillards pour se débarrasser d’eux.

Le Prophète (p.p) n’eut de cesse de rappeler à ses Compagnons l’importance de la famille, des parents et de leur reconnaissance filiale. Ainsi, d’après Hurayra, un homme vint trouver le Messager de Dieu (p.p) et lui demanda ce qui suit :

– Ô Messager de Dieu, quelle est la personne envers laquelle je dois être bon ? 

– Ta mère !  

– Qui ensuite ?

– Ta mère !

– Puis qui ensuite ?

– Ta mère !

– Et après elle ?

– Ton père !

                Ainsi, l’amour de la mère est répété trois fois avant celui du père. Nous relevons ainsi la dimension de la place de la mère dans une famille musulmane. C’est ainsi que la paix et la sérénité s’installent dans un foyer, que la violence et les conflits disparaissent à jamais. Pour la tranquillité d’une nation, il serait utile de méditer ces conseils que Luqman  a donnés à son fils : « Ô mon cher fils ! Toute faute, fût-elle du poids d’un grain de moutarde dissimulé dans un  rocher, dans les Cieux ou dans la Terre, Dieu la mettra en pleine lumière, car Dieu est Subtil et parfaitement Informé * Ô mon fils ! Observe la salât, recommande le Bien et déconseille le Mal ! Supporte avec patience les maux qui peuvent t’atteindre ! Telle est la résolution à prendre et dont tu ne devras jamais te départir. * Ne prend pas un air arrogant en abordant tes semblables ! Ne te dandine pas avec insolence dans ta démarche ! Dieu n’aime pas les insolents pleins de gloriole. * Sois modeste dans ta démarche ! Baisse la voix quand tu parles, car le plus horrible des cris est bien le braiment de l’âne ! » (S.31, 16 à 19)

La Paix du cœur

Hélas, la vie sociale est parsemée de violence et de haine. La colère est le moindre mal. Pourtant, nous avons besoin de la maîtrise de soi, de la sérénité, le respect et la considération de l’autre. Ces qualités s’acquièrent au prix d’un effort permanent à la fois physique et moral. L’homme doit concevoir son humanité par un travail, pensé et mesuré, qu’il exerce sur lui-même. Chacun sait que le cœur s’apaise et s’agite au point de déchirer son intimité. Le Coran confirme cette situation de l’âme. «  Par l’âme et Celui qui l’a équilibrée * et lui a inspiré son libertinage et sa piété ! * En vérité, l’homme qui purifie son âme est sauvé * et celui qui la corrompe sera réprouvé. » (S.91, 7 à 10)

Le Coran définit deux voies de l’âme. L’une et l’autre sont liées à leur état vis-à-vis de l’au-delà. La vie sociale est donc une épreuve où intervient l’équilibre moral de l’âme et le souvenir de la vie éternelle. L’homme est ainsi capable aussi bien du pire que du meilleur ; son conflit intérieur est tout à fait naturel et humain. Il se situe à proximité de l’essence de la notion du grand jihâd qui demande un effort sur soi-même pour éviter ses inclinations vers la violence, l’agressivité et la colère destructrice des amitiés et des relations pacifiques entre les êtres humains. Son humanité se conçoit et se réalise au prix de la maîtrise des attributs négatifs, bien qu’inhérents à sa nature.

La vie sociale est jalonnée d’épreuves auxquelles s’opposent les forces spirituelles. C’est un combat des uns contre les autres pour le choix des deux voies que sont d’un côté le Bien et de l’autre le Mal. C‘est dire que cette vie sociale est également jalonnées d’une part par de bonnes actions à réaliser pour soi-même et d’autres pour autrui et, d’autre part de mauvaises actions. Il est dit dans le Coran : « Béni soit Celui qui détient le pouvoir suprême et qui est Tout-Puissant, * qui a créé  la mort et la vie pour vous éprouver et connaître ceux d’entre vous qui se conduisent le mieux. C’est Lui le Tout-Puissant, le Tout-Clément. » (S.67, 1 et 2)

Réformer profondément ce qu’il y a de mal dans l’espace de son intériorité, apaiser sereinement son cœur agité au chevet de la reconnaissance et la gratitude du Créateur des Cieux et de la Terre, et dans la densité et la compacité d’une action humaine et généreuse, aimer sainement dans la transparence et vivre dans la clarté de la lumière, tel est l’objet de la spiritualité islamique. Comme toutes les autres spiritualités, elle fait appel aux forces physiques et morales de l’homme pour être à même de dompter les forces de la prévarication, de la forfaiture, de la malversation … C’est ce qui s’appelle le jihâd. L’important dans cette action d’apaisement du cœur, c’est de vaincre la rigueur des contraintes. C’est par ce passage que l’homme accède à la foi et à son humanité. Le Prophète (p.p) demanda un jour à ses Compagnons : « Quel est le plus fort d’entre vous ? » Les Compagnons répondirent : « C’est celui qui terrasse son ennemi ! » Et le Messager de Dieu (p.p) apporta cette précision : « Que non ! Le plus fort d’entre voue, c’est celui qui parvient à maîtriser sa colère. »

La réalité des conflits :

Dieu, le Sage, le Tout-Puissant, a préféré diversifier la création du monde plutôt que d’en faire un espace unique où convergeraient toutes les forces humaines et toutes les idées généreuses ou non. C’est encore là une autre façon d’éprouver les croyances de Ses créatures humaines. Il dit à ce sujet : « A chacun de vous Nous avons tracé un itinéraire et établi une règle de conduite qui lui est propre. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté ; mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. Rivalisez donc d’efforts dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos disputes. » (S.5, 48) La diversité est la manifestation du choix désiré par chacun mais aussi, elle se présente comme une sorte de compétition à même de juger les capacités et les compétences des hommes. Les différences qui marquent la création des peuples et des nations constituent des défis lancés aux corps physiques des hommes mais aussi à leur for intérieur habité par des tensions contradictoires.

Le Coran, bien qu’il laisse à l’homme le libre choix de ses actes, il ne l’oriente pas moins vers le bien. En optant pour le convenable, l’être humain manifeste la grandeur de son âme. Cette élévation vers le bon et le beau s’accentue davantage quant une émulation se réalise précisément dans la diversité et la pluralité des hommes et des nations. Par émulation, il n’est pas question de conflits. Au contraire, le Coran appelle les hommes à se connaître mutuellement. Malheureusement, il y a en l’individu une forme de violence qui est exprimée par les gens du bien contre les gens du mal dans la perspective de sauvegarder l’harmonie entre les peuples et la régularité de leurs droits. C’est ce qui s’explique les conflits qui mettent à feu et à sang des pays comme la Syrie et l’Irak, au Proche orient, le Mali en Afrique, l’Afghanistan en Asie etc. C’est ce que laisse entendre ce verset : « Si Dieu ne repoussait pas les hommes les uns par les autres, il y aurait partout le chaos sur la Terre ; Dieu est Plein de bonté pour les hommes. » Ce passage est précédé par un exemple qui illustre le pourquoi de la nécessité de la violente qui régit la relation entre les hommes. « Ils mirent leur ennemi en déroute par la grâce de Dieu. David tua Goliath … » (S.2, 251)

Il est clair que la diversité et les conflits ont été voulus par Dieu dans l’intérêt des hommes. Il n’est pas question de vouloir œuvrer pour renverser cet ordre de la création mais il est recommandé de savoir gérer les divergences entre les individu, entre les peuples et les nations. Il s’agit de mettre en exercice les forces et l’intelligence de l’homme pour instaurer la morale et établir la justice et l’égalité de droit entre les Etats. Le Coran revient encore, sous une autre forme, sur ce rapport entre les hommes et il en donne les raisons : « Si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, des ermitages auraient été démolis, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées où le Nom de Dieu est souvent invoqué. Dieu assistera assurément ceux qui aident au triomphe de Sa cause, car la force et la puissance  de Dieu n’ont point de limite. » (S.22, 40)

Le Coran met l’accent sur l’inviolabilité des lieux du culte. Il ne fait aucune différence entre les pratiques des trois religions monothéistes. Quand, à notre époque, des musulmans s’attaquent aux Eglises et aux synagogues, ils font preuve de leur ignorance des enseignements de leur religion. Que dire alors de ceux qui, en Algérie, ont tué les moines. Si ces gens connaissaient l’histoire de l’islam, ils apprendraient que le premier calife de l’islam, Abû Bakr, avait déclaré à l’armée musulmane en partance vers une expédition militaire, de ne point s’attaquer aux femmes, aux enfants, aux lieux de culte et aux moines. Ce grand Compagnons du Prophète (p.p) n’avait fait que suivre les valeurs coraniques qui ont établi le respect d’autrui du moment qu’ils reconnaissent la diversité des idées et des croyances ainsi que le laisse entendre ce verset : « Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes peuplant la Terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi ! Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ? » (S.10, 99)

A notre époque, des musulmans n’ont pas compris que les principes coraniques appellent au respect des croyances, des couleurs de la peau, des ethnies et des langues car c’est Dieu qui en est le Créateur. Ils ont institué la justice, la tolérance et la coexistence dans la pluralité et la diversité des croyances. Un verset formule ainsi ces hautes valeurs de l’humanité : « Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans l’accomplissement de vos devoirs envers Dieu, et impartiaux quand vous êtes appelés à témoigner ! Que l’aversion que vous ressentez pour certaines personnes ne vous incite pas à commettre des injustices ! Soyez équitables, vous n’en serez que plus proches de la piété ! Craignez Dieu ! Dieu est si bien Informé de ce que vous faites. » (S.5, 8)

Si nous relevons des versets qui appellent à la guerre et à la violence, ils ne servent pas à la provocation et au plaisir de l effusion du sang. Ils revêtent un caractère défensif ou une nécessité de rétablir le droit de chacun. Ils s’appliquent quand la justice est bafouée. Dans ces conditions, l’islam appelle les croyants à réagir et à combattre, y compris par les armes, l’injustice, à repousser les agressions. C’est ainsi qu’après des années d’humiliation supportée patiemment par les croyants, Dieu leur ordonne de prendre les armes et de mettre fin aux provocations des idolâtres. « Toute autorisation de se défendre est donnée aux victimes d’une agression, qui ont été injustement opprimés, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir * Tel est le cas de ceux qui ont été injustement chassés de leurs foyers uniquement pour avoir dit : Notre Seigneur est Dieu. » (S.22, 39 et 40). Il est à signaler que ce verset a été révélé au bout de quinze années de persécutions et de souffrance à la Mecque. Il permet aux croyants de se défendre au nom du respect de leur foi et au nom de la justice. Il s’ensuit que l’Islâm s’oppose à toutes les formes d’agressions verbales et physiques, à toute tentative d’imposer un pouvoir d’oppression. Il se veut le ferme défenseur des individus et des peuples contre ceux qui foulent aux pieds les libertés fondamentales et les droits de chacun.

Dire que l’islam prêche la violence, c’est méconnaître son message qui appelle fortement à l’instauration de la paix et à l’établissement de la coexistence pacifique entre les hommes et les peuples. Il encourage le dialogue pour le règlement des conflits car il aspire à affermir l’équilibre des forces ainsi que l’équité des actes sociaux et politiques, le tout exprimé par la justice et la lutte contre la corruption de l’esprit : En vérité, Dieu ordonne l’équité, la charité et le libéralisme envers les proches ; et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie. Dieu vous exhorte ainsi pour vous amener à réfléchir. » (S.16, 90) Ce verset expose toute une politique sociale et exprime, dans ce sens, ce que doit être l’action des hommes, à savoir : lutter pour le Bien et refuser l’injustice, défendre sa foi en portant en avant sa dignité, résister aux forces obscures du despotisme et de la tyrannie. Malheureusement, ces grands et nobles principes ne sont pas respectés à notre époque. C’est le contraire qui se produit.

La violence gagne tous les continents. Il ne s’agit pas seulement des guerres mais aussi de ces casseurs au cours de manifestations politiques et syndicales et de ces hooligans qui attristent les stades. Les sociétés musulmanes, particulièrement, sont le théâtre d’affrontements sanglants. Le réveil de certains peuples est accompagné d’un fanatisme et d’un intégrisme qui n’a aucun rapport avec l’essence de la dernière révélation. Il faut non seulement dénoncer fermement cet « islam outrancier » qui traîne des assassinats de touristes, de femmes et d’enfants et qui a fait plus de morts dans le camp des musulmans, mais de le combattre avec détermination et opiniâtreté d’autant plus ces actes criminels souillent le vrai visage de l’islam, celui d’ibn Sina, d’Ibn Kaldoun, d’Ibn ‘Arabî, de Benbadis, du penseur Iqbâl et de tant d’autres hommes illustres anciens et contemporains. L’Islam qui énonce que tuer un homme innocent, c’est tuer toute l’humanité ne peut pas honorer l’extrémisme politique.

Il y a également touts ces pouvoirs musulmans dictatoriaux et despotiques. Les peuples subissent l’oppression de ces dirigeants accrochés à leurs sièges, corrompus et enrichis malhonnêtement. Les grandes puissances conduisent des politiques empreintes d’une grande hypocrisie. En effet, ils se proclament les défenseurs des droits de l’homme mais ils défendent pourtant ces potentats. Ils sont intéressés par les richesses des  pays musulmans. Pour ces occidentaux, un litre de pétrole vaut mieux qu’une vie humaine. L’exploitation d’une richesse du sous-sol fait oublier la violation des libertés. La dignité de l’homme ne sera valorisée qu’avec plus de justice tant sociale que politique. Armons-nous donc pour gagner le combat social.

Il est important de braquer l’éclairage sur la question vitale du combat pour une meilleure vie sociale. L’Islam ne se limite pas aux pratiques culturelles mais il étend ses ailes sur le terrain des relations humaines. Dans cette perspective, il associe, dans la vie quotidienne, la théorie à la pratique, la croyance à l’action. Le Coran répète souvent cette formule « Ceux qui croient et qui font le bien ». C’est un engagement déterminé pour des réformes sociales à une grande échelle, un ordre  social juste et égalitaire conformément à ce verset : « Les vrais croyants sont ceux qui ont foi en Dieu et en Son Prophète, sans jamais plus connaître de doute, et qui mettent leurs biens et leurs personnes au servie de Dieu. Tels sont les croyants sincères. » (S.49, 15)

Dans notre société, vivre sa foi, c’est accepter le sens de l’effort physique et intellectuel. Aussi « Mettre ses biens et sa personne au service de Dieu » s’explique par la nécessité de mobilier toutes les forces matérielles et humaines pour venir à bout de l’adversité qui prend les formes de l’injustice, la pauvreté, l’analphabétisme, l’absence des libertés, la délinquance, la corruption,  l’immoralité etc. Ce programme social n’aura de valeur que s’il emprunte ses outils de combat dans les enseignements coraniques. « Ne cède donc pas à ceux qui ne croient pas. Que ce Coran te serve à les combattre avec vigueur. » (S.25, 52). C’est cette forme de lutte que le Coran préconise si nous comprenons ce verset à sa juste compréhension, c’est-à-dire que « ceux qui ne croient pas » sont aussi ceux qui s’opposent aux politiques sociales. Quand une personne n’a pas foi en Dieu et ne croit pas à la vie dernier et son jugement dernier, elle se permet toutes les extravagances.

La cohésion sociale :

Les sociétés sont composées de personnes différentes dont la race, l’ethnie et la religion varient.  De nos jours, on parle beaucoup des sociétés pluralistes et de la façon dont on peut arriver à établir une cohésion sociale au sein de telles sociétés.  L’approche de l’islam, à ce niveau, est unique, car elle crée les liens les plus forts qui soient. Avant de parler de ces liens, il est important de souligner que l’islam s’attaque à la source même du manque d’unité, au sein des sociétés, soit les préjugés et le racisme.  Les gouvernements peuvent voter autant de lois qu’ils le veulent, si ces maux sont enracinés dans le cœur des gens, il n’y aura jamais de cohésion sociale.  Rien n’illustre mieux ce fait que les débats qui ont cours, en Europe et aux États-Unis, sur l’immigration.  La haine des « étrangers », même ceux qui sont pleinement citoyens d’une société, rendra toujours la cohésion sociale impossible. L’islam s’attaque à ce mal.  Dans un verset du Coran, Dieu nous apprend la véritable valeur d’une personne :« Ô hommes!  Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, afin que vous fassiez connaissance entre vous.  Certes, le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est celui qui a la meilleure conduite.  Certes, Dieu est Omniscient et très bien informé. » (Coran 49:13). Ainsi, aux yeux d’un musulman, la race et l’ethnie ne devraient jouer aucun rôle négatif relativement à la cohésion sociale.  La seule différence dont l’islam tient compte est la différence de religion et de niveau de foi.  Alors cette discussion sur la cohésion sociale se concentrera surtout sur la cohésion sociale du point de vue religieux dans le contexte d’une société pluraliste.

Si l’on posait la question à savoir quel est le lien le plus fort qui unit les gens, la plupart des gens, de nos jours, répondraient probablement les liens du sang, les liens raciaux, les liens de nationalité, etc.  Mais le Coran nous apprend que ces liens ne sont pas si forts quand ce qui les soutient, à la base, est faible. Dieu donne comme exemple Caïn et Abel, dont l’un tua l’autre en dépit du fait qu’ils étaient frères, de même que le prophète Joseph et ses frères, qui le jetèrent au fond d’un puits. Ils étaient tous liés par le sang, mais leurs intérêts personnels avaient pris le dessus sur ces liens. C’est d’ailleurs ce que nous pouvons observer, de nos jours, un peu partout à travers le monde. Les liens qui unissent les gens sont subordonnés à leurs désirs et à leurs objectifs.

Tout cela démontre une chose : lorsque les liens entre les gens sont basés sur des considérations liées à ce monde, même s’il s’agit de liens du sang, ces liens sont abandonnés ou ignorés dès que certaines circonstances se présentent.  Ce ne sont donc pas les liens les plus forts qui existent entre les gens.  Les liens les plus forts qui puissent être établis entre les gens sont les liens basés sur l’islam et la foi, car ce sont des liens que les gens ont établi sur la seule base de leur foi commune, parce qu’ils croient en Dieu et L’adorent.  C’est ce dont Dieu parle, dans le Coran, lorsqu’Il dit : « « C’est Lui qui t’a soutenu en t’apportant Son aide, ainsi que (l’assistance) des croyants, dont Il a uni les cœurs. Même si tu avais dépensé tous les biens de la terre, tu n’aurais pas réussi à unir leurs cœurs; c’est Dieu qui les a unis, car Il est certes Puissant et Sage. » (Coran 8:63). Dieu dit également : « Et agrippez-vous, tous ensemble, au « câble » de Dieu et ne soyez pas divisés.  Et rappelez-vous le bienfait de Dieu, sur vous, lorsque vous étiez ennemis; c’est Lui qui réconcilia vos cœurs.  Puis, par Sa grâce, vous êtes devenus frères.  Et lorsque vous étiez au bord d’un abîme de  Feu, c’est Lui qui vous en sauva.  Ainsi Dieu vous montre clairement Ses révélations, afin que vous soyez bien guidés. » (S .3, 103).

Le Coran et la sounnah nous apprennent que les liens de la foi sont plus forts que tous les autres.  Par ces liens, des gens des quatre coins du monde s’unissent avec l’unique et même objectif : adorer Dieu seul. Pour atteindre cet objectif, les musulmans unissent leurs efforts et s’entraident avec compassion et amour. Plusieurs textes du Coran et de la sounnah affirment clairement que les musulmans sont censés former une fraternité universelle. Dieu dit : « Et les croyants, hommes et femmes, sont les alliés (et protecteurs) les uns des autres; ils enjoignent le bien et interdisent le blâmable, ils accomplissent assidûment la prière, acquittent la zakat et obéissent à Dieu et à Son messager.  Voilà ceux à qui Dieu fera miséricorde, car Dieu est Puissant et Sage. » (S 9, 71). Dans un autre verset, Il dit : « Les croyants sont frères les uns des autres. » (Coran 49:10). « Mohammed est le messager de Dieu.  Ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. » (S.48, 29)

Le Prophète (p.p) a dit : « Le croyant forme comme un bâtiment avec les autres croyants, chaque partie soutenant les autres. »  Dans un autre hadith, il a dit : « La parabole des croyants à l’égard de l’amour, de la miséricorde et de la compassion qu’ils éprouvent les uns envers les autres est celle du corps humain : si l’un de ses membres souffre, c’est tout le corps qui est affecté par l’insomnie et la fièvre. »

Cette grande fraternité de l’islam ne demeure pas que théorique. Il est important de comprendre que cette fraternité est fondée sur une foi commune. Nombreux sont les exemples de gens d’une même famille qui ont rompu leurs liens à cause d’une différence de croyance.  Dieu dit, au sujet de Noé et de son fils : « Et Noé invoqua son Seigneur (en disant) : « Seigneur!  Certes, mon fils fait partie de ma famille ! Ta promesse est vérité et Tu es le plus juste des juges. »  (Dieu) dit : « Ô Noé!  Il n’est pas de ta famille, car il s’est conduit de façon infâme. » (S.11, 45-46).

Les non-musulmans ne font donc pas partie de cette fraternité, mais ils seront reçus à bras ouverts s’ils décident d’embrasser l’islam, car cette fraternité n’est fondée ni sur la race ni sur l’ethnie ni sur la nationalité.  S’ils ne le font pas, il s’agit de leur choix de ne pas faire partie de cette fraternité.  Mais, comme nous en discuterons plus loin, il reste que les musulmans ont des obligations envers les non-musulmans En effet, elle est clairement définie et mise en pratique au jour le jour.  On y trouve des éléments de base, des droits et des obligations spécifiques, mentionnés dans le Coran et la sounnah. Ces droits et obligations s’adressent à chaque musulman, en tout temps et en tout lieu.  « Nul d’entre vous ne croira vraiment tant qu’il ne souhaitera pour son frère ce qu’il souhaite pour lui-même. »

Une autre condition essentielle à cette fraternité est le soutien mutuel. Lorsque le frère du musulman est opprimé ou traité injustement, ce dernier vient à son secours, s’il le peut, par tous les moyens qui sont à sa disposition.  Dieu dit : «Et pourquoi ne combattriez-vous pas pour la cause de Dieu et celle des faibles parmi les hommes, les femmes et les enfants qui crient : «Seigneur!  Fais-nous sortir de cette cité dont les habitants sont des oppresseurs! Assigne-nous, de ta part, un protecteur! Et assigne-nous, de Ta part, quelqu’un qui viendra nous secourir! » (S 4, 75)

Une troisième condition essentielle à cette fraternité islamique est la miséricorde entre ses membres.  Cela va au-delà d’un simple amour entre eux; cela signifie que chaque musulman est vraiment affecté, au fond de son cœur, lorsqu’il voit son frère souffrir.  Le Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a ainsi décrit les musulmans. La Prophète (p.p) a dit : «Les croyants, relativement à l’amour mutuel, à l’affection et la sympathie qu’ils ressentent les uns envers les autres, sont à l’image du corps humain; lorsque l’un de ses membres souffre, c’est tout le corps qui souffre et qui réagit par la fièvre et l’insomnie. »

Enfin, une dernière condition essentielle à la fraternité porte les actes de courtoisie.  La véritable fraternité est celle qui est mise en pratique et qui ne se résume pas qu’à de vaines paroles. Un des aspects remarquables de l’islam est qu’il ne laisse pas les choses à un niveau hypothétique ou théorique, obligeant les individus à se demander comment ils sont censés atteindre certains objectifs ou mettre en pratique certains principes. Par exemple, le Prophète (p.p) nous a parlé des gestes auxquels un musulman est en droit de s’attendre de la part de ses frères et de ses devoirs envers eux.  Ainsi, parmi les actes de courtoisie qui sont d’usage en société, nous retrouvons ces six gestes mentionnés par le Prophète (p.p) : « Le musulman a six droits sur les autres musulmans : lorsque vous le rencontrez, saluez-le; lorsqu’il vous invite à manger, acceptez son invitation; lorsqu’il vous demande votre avis sincère, donnez-le-lui; lorsqu’il éternue et dit « alhamdoulillah », répondez : « Que Dieu soit miséricordieux envers toi »; lorsqu’il tombe malade, rendez-lui visite; et lorsqu’il meurt, suivez son cortège funèbre. » 

Au-delà de ces six pratiques bien connues, la loi islamique encourage les musulmans à poser de nombreux autres gestes susceptibles de créer de l’amour et de la fraternité entre les croyants.  Le Prophète (p.p) nous a dit que lorsque nous aimons un autre musulman, il est bon de l’en informer.  « Si l’un d’entre vous aime son frère par amour pour Dieu, il devrait l’en informer, car cela renforcera le lien qui les unit et raffermira le sentiment d’amour entre eux. » Le Prophète (p.p) a également dit : « Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, vous n’entrerez pas au Paradis si vous ne croyez pas.  Et vous ne croirez pas tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres.  Et laissez-moi vous informer de ce qui contribuera à établir l’amour entre vous : que vous répandiez la paix parmi vous. » 

Tous ces actes positifs, conjugués au fait d’éviter les actes interdits, ne peuvent qu’avoir des effets positifs sur les relations entre les membres de la communauté musulmane. Autrement dit, lorsqu’on évite la médisance, la calomnie, le mensonge, la tricherie, l’indiscrétion, etc., tous ces actes que l’islam interdit clairement, il ne peut en découler que du bien. On peut donc conclure de tout cela que la cohésion sociale, parmi les musulmans, est certainement l’un des objectifs les plus importants de l’islam, lequel a établi des gestes pratiques afin d’assurer l’atteinte de cet objectif. Il va de soi que la société n’est pas composée uniquement de musulmans, tout comme il est évident que les musulmans et les non-musulmans suivent des voies très différentes.  La vie d’un musulman est entièrement centrée sur sa croyance en Dieu.  Donc, la perception du musulman envers le non-musulman est largement déterminée par l’attitude du non-musulman envers Dieu.  Il est impossible, pour un musulman, d’avoir une véritable affinité et de ressentir un amour sincère envers une personne qui a tourné le dos à Dieu, qui refuse de se soumettre à Dieu ou, pire encore, qui ridiculise la croyance en Dieu. ll n’est tout simplement pas naturel de trouver de l’amour véritable entre ces deux types de personnes Mais malgré ces sentiments négatifs envers le non-musulman, le musulman doit le traiter avec la plus scrupuleuse justice.  Cela s’applique à tous les non-musulmans; nombre d’entre eux ne sont pas du tout hostiles à l’islam, tandis que d’autres manifestent une haine sans équivoque contre l’islam et les musulmans.

L’un des principes de base, dans notre façon de traiter avec les non-musulmans, se trouve dans ce verset du Coran : « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et justes envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre religion et qui ne vous ont pas expulsés de vos demeures. Car Dieu aime ceux qui traitent (les autres) de façon équitable. » (S.60, 8) ;  « La bonne action et la mauvaise ne sont pas égales. Repousse le mal par ce qui est meilleur, et voilà que celui qui te traitait en ennemi (devient) un ami intime. » (S.41, 34) ; « Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf avec ceux d’entre eux qui ont commis des injustices. » (S. 29, 46). Il est obligatoire, pour le musulman, de les inviter à faire le bien, de les conseiller de la meilleure manière et de se montrer patient avec eux, tout en entretenant le bon voisinage et en se montrant poli. Cela parce que Dieu a dit : « Invite (les gens) à suivre le sentier de ton Seigneur en usant de sagesse et de bonnes paroles.  Et discute avec eux de la meilleure façon. » (S.1, 125)]

Lé vécu communautaire s’affirme dabs la solidarité, l’unité et la tolérance des membres de la société. La solidarité en islam passe par l’examen attentif des valeurs morales  et étique de la religion islamique. La clarification de leur connaissance participe à l’analyse et à l’explication concrète du concept de solidarité et de sa doctrine classique. Nous relevons, par la même occasion, la différence malheureuse qui sépare la théorie, conforme aux textes coraniques et à la tradition prophétique, et leur application historique et réelle des membres « croyants » des sociétés musulmanes.

Il convient de mettre en évidence l’idée suivante, à savoir que la notion de solidarité se conçoit comme une quintessence principalement et essentiellement religieuse qui reflète la vision spirituelle de l’islam et la propriété sociale et collective du message divin. La solidarité en islam ne revêt pas un caractère uniforme. Elle prend diverses formes selon les états sociaux et les exigences des situations vécues. Quelle que soit le contour qu’elle dessine, elle met en jeu une communauté humaine aussi bien spirituelle que sociale. Il ne peut en être autrement du moment que l’islam se définit par la justice sociale et la politique du juste milieu. Ainsi, la notion de zakât, l’aumône légale et purificatrice, un des mécanismes de l’aider et de l’assistance matérielle, couvre une vaste entreprise de solidarité sociale à l’échelle de la nation. Elle relie, dans une même société, les détenteurs de biens, si minimes soient-ils, et les démunis dans un ensemble communautaire. C’est là une justice sociale propre aussi bien à un Etat de droit et qu’à une application effective des droits de l’homme.

Les textes du Coran et de la Sunnah, les deux sources de la législation, fournissent les règles qui gèrent aussi bien le comportement quotidien et individuel des croyants que les problèmes politiques et sociaux intimement liés aux besoins et aux nécessités de la nation. Le Livre de Dieu et les dires du Prophète (p.p) constituent pour toute société musulmane les fondements de la politique sociale. Ils associent la foi et la loi d’un tout cohérent et animent la vie spirituelle de chaque croyant. Enfin, ils renferment les principes et les normes de la vie sociale. Forts de cet ensemble d’éléments, Coran et Sunnah modèlent les aspects de la vie des musulmans dans un cadre communautaire.

La loi fondamentale de l’islâm, Coran et Sunnah confondus, fixe, d’une part, les relations entre l’homme croyant et Dieu, son Créateur (la ‘aqida), ses pratiques cultuelles (les ibadât) et, d’autre part, les relations entre les croyants eux-mêmes (les mu’âmalât). Il s’ensuit que la charî’a comporte un ensemble de devoirs et d’exigences mais aussi des principes modulateurs d’une conception pratique de la solidarité sociale et communautaire. Donc, les croyants, dans le contexte de l’acquiescement aux normes coraniques, sont tenus, librement et en toute conscience, d’honorer toutes les structures de l’édifice social de la société. C’est de cet ensemble de règles, de principes et de valeurs qu’émergent la solidarité entre les individus, solidarité imposée par les dogmes de la loi fondamentale.

Commençons par énoncer l’institution des pratiques cultuelles obligatoires représentées par les cinq piliers de l’Islâm (arkânu-l-islâm : shahâda (les deux témoignages ou profession de foi), salât (prière), zakât (aumône légale); siyyâm (jeûne du ramadan) et hajj, pèlerinage à la Mecque selon les possibilités matérielles et physiques). Dans ce contexte, la foi génère le spirituel, s’articule avec la loi qui règlemente les pratiques cultuelles d’une manière cohérente. La notion de solidarité vient se greffer dans cette liaison (foi et loi) et s’inscrit dans une vision de l’unicité absolue de Dieu et de la révélation. Dès lors, le croyant, qui prononce son acceptation sans aucune réserve à la Loi divine et à l’Unicité absolue du Créateur, affirme sa solidarité avec tous les autres croyants.

Lamchichi, maître de conférence à l’université d’Amiens, dans son exposé du concept de la solidarité en islâm, écrit ce qui sui : « dépassant le seul cadre eschatologique, l’Islam est une religion qui entend organiser la société, structurer la cité et jeter les bases d’une communauté et d’un Etat unifié dans lesquels l’appartenance individuelle ou collective se réalise  par référence aux « droits de Dieu (huqûq Allah), et non pas grâce au groupe, au clan ou à l’individu… L’adhésion à la cité s’adresse à tous les croyants  au-delà de leur appartenance sociales, raciales ethniques, linguistiques, culturelles ou géographiques. »  Le Coran, se référant à cette communauté, déclare : « Vous êtes la meilleure communauté qui ait été jamais été donnée comme exemple aux hommes. En effet, vous commandez le Bien, vous interdisez le Mal et vous croyez en Dieu. » (S.3, 110). Les conditions qui font de la communauté (al-umma) « la meilleure qui ait été jamais donnée aux hommes » ne sont basées ni sur la race, ni sur les origines ou sur les richesses, mais sur la foi qui implique de « commander au Bien et de réprouver le Mal ». Pour Marcel Boissard (Humanisme de l’Islam. Ed. du Seuil), jamais religion ou idéologie avant l’Islam n’avait affirmé avec autant de vigueur le principe de l’unicité et de l’égalité entre ses membres. « L’appel à l’Islam (da’wa), écrit Louis Gardet, récuse toute barrière de race et de culture. Tout racisme déclaré est une trahison de l’Islam ». Islam, religion et communauté. Ed. Desclée de Brouwer.)


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