Édition du
27 September 2016

Le cas Haftar et ses amis occidentaux ou comment le sang libyen va encore couler pour le pétrole

Libye1Par Saad Ziane

 

Khalifa Haftar. Photo D.R.

Khalifa Haftar. Photo D.R.

Alors que la commission des affaires étrangères britanniques étrille David Cameron – et par ricochet Nicholas Sarkozy et Barack Obama – pour la guerre menée en Libye en 2011 par le biais des éternelles manips des spin’s doctors – les choses s’emboitent à nouveau dans le pays pour une guerre entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.

Ainsi qu’on l’avait noté, le train du Daech en cache un autre. Et il prend l’aspect hideux d’une guerre pour le pétrole où les acteurs sont libyens mais étroitement corsetés dans des jeux étrangers par des peu recommandables correspondants. Les Libyens qui sont soumis à un processus de morcellement tribal et régional sont en train d’être remis sur le chemin de la guerre civile.

La «communauté internationale » a laborieusement établi un consensus autour du gouvernement d’Union nationale établit à Tripoli et avait clairement identifié le général Khalifa Haftar, basé à l’est du pays, comme un obstacle à la reconstitution d’un consensus interne devant reconstruire un Etat.

La «priorité » affichée était de combattre Daech qui a installé une «wilaya » à Syrte.  Mais alors que les milices de l’ouest ralliées au Gouvernement d’Union Nationale menaient une guerre meurtrière et dure pour reprendre Syrte mètre par mètre, le général Haftar soutenu par l’Egypte, les Emirats et des pays occidentaux prenait le contrôle des terminaux pétroliers.

Les condamnations n’ont pas tardé, principalement du coté occidental, comme s’il s’agissait de précéder les accusations et de fournir l’alibi de circonstances. Le train de Daech dans lequel le gouvernement d’Union nationale et les milices ont été embarqués – ils devaient de toute façon le faire – cachait à peine le fait qu’il donnait à Haftar l’opportunité d’aller prendre les terminaux pétroliers sans coups férir.

Aucun pays occidental, les Etats-Unis en tête, n’a adressé une mise en garde au général Haftar, ancien protégé de la CIA, et pourtant ils savent transmettre les «messages » quand ils le veulent. Mais comme la partition de la Libye est sur la table, on a probablement adressé le message qu’il peut y aller sans risques.

La bataille pour le pétrole

Déjà, certaines capitales occidentales après avoir condamné le hold-up de Haftar sur le croissant pétrolier en appellent à un «compromis » avec lui. Tout cela prend l’allure d’une comédie burlesque cousue de fil blanc mais où il y aura du sang.

Le Premier ministre du Gouvernement d’Union, Fayez al-Sarraj, a indiqué qu’il n’allait pas “diriger une partie libyenne ou une guerre contre une autre partie libyenne”. Ce « pacifisme » face aux entreprises de Haftar risque surtout de lui aliéner les milices qui lui apporté leur soutien et qui, à l’instar des combattants de Misrata, ont payé un lourd tribut aux combats.

A l’évidence, al-Sarraj semble parier que les Américains qui ont apporté à un appui aérien à la bataille pour Syrte ne vont pas le lâcher mais cela sera bien aléatoire s’il perd le soutien des milices de l’Ouest.

Malheureusement, tout indique que les choses vont se dégrader au cours des prochaines semaines. Les miliciens qui se battent contre Daech ne vont pas lâcher prise à Syrte, cela donne un semblant de répit. Mais une fois, les choses réglées à Syrte, la bataille pour les terminaux pétroliers a toutes les chances de reprendre.  Du sang libyen va encore couler pour le pétrole.  La partie sanglante engagée en Libye par les Occidentaux est loin d’être terminée.

Le rapport britannique qui énerve les éditocrates occidentaux

Dans une démocratie occidentale en crise où la représentation politique sert de paravent – et de moins en moins de contre-pouvoirs – à un pouvoir financier qui a très largement absorbé les médias, le parlement britannique conserve de beaux restes. Il vient de le prouver en rendant publique le rapport de la commission des affaires étrangères, présidée par un conservateur, sur la désastreuse intervention militaire en Libye.

Le rapport est, sans surprise, centré sur la décision britannique et étrille sans ménagement le Premier ministre britannique, David Cameron. Mais il n’épargne ni Sarkozy, un président qui frétillait d’impatience de faire un coup pour se donner du poids dans la bataille présidentielle, ni le grand parrain américain qui a donné les moyens aux « boys » français et britanniques de faire le sale boulot.

La portée du rapport est telle que les éditocrates occidentaux s’empressent d’allumer les contre-feux et, à défaut de prouver que la Libye et le monde vont «mieux » depuis cette intervention, de relativiser sa gravité. La Libye n’est pas l’Irak, nous lance l’un d’eux dans un journal suisse. La lapalissade est censée être un argument. Bien sûr que la Libye n’est pas l’Irak, ni la Syrie…

Mais ce qui inquiète les éditocrates – qui sont politiquement embedded – est que le rapport des parlementaires britanniques met, une nouvelle fois, en relief le caractère absolument fallacieux des motifs humanitaires qui sont à la base de la plupart pour ne pas dire de toutes les guerres « saintes » menées par les Occidentaux.

L’intervention militaire était basée sur “postulats erronés ” et sur une instrumentalisation de la “rhétorique de Kadhafi” sans prendre la peine de vérifier la “menace réelle” qui pesait sur les civils.

Le gouvernement britannique, indique le rapport, ” n’a pas pu vérifier la menace réelle que le régime Kadhafi faisait peser sur les civils ; il a pris au pied de la lettre, de manière sélective, certains éléments de la rhétorique de Mouammar Kadhafi ; et il a échoué à identifier les factions islamistes radicales au sein de la rébellion”.

Sordides motivations

Il y a clairement un détournement du “devoir de protéger” les civils en moyen de faire des guerres pour des intérêts s’est doublé en réalité d’une attaque frontale au droit internationale.

L’intervention en Irak était illégale puisqu’elle n’a pas eu l’assentiment du Conseil de sécurité, l’intervention en Libye a été un détournement éhonté des résolutions du Conseil de sécurité, les Etats-Unis, la France et la Royaume-Uni s’étant arrogé le pouvoir d’en faire la lecture qui les arrangeait.

Le Droit International pourtant totalement écrit par les puissances dominantes a été bafoué parce qu’il constituait un obstacle au mode de gestion brutal, celui du « choc et effroi » mis en œuvre par George W Bush. Cela n’a pas été sans conséquence, l’affaire libyenne a induit un changement réel de l’attitude de Moscou et de Pékin qui ont été roulés dans la farine par les Occidentaux.

Ce changement est visible sur le dossier syrien où Moscou défend son allié Bachar Al-Assad et n’hésite pas à dénoncer les Etats-Unis comme un soutien au «terrorisme ». Ni sur le dossier iranien, ni sur le syrien, Moscou et Pékin n’ont cédé aux discours de guerre sous habillage moralisant et humanitariste.

Le président de la commission des Affaires étrangères, Crispin Blunt, a estimé que David Cameron a été “entrainé par un enthousiasme français à intervenir” alors que les menaces pesant sur la «population de Benghazi ont été grossièrement exagérées”.

Pour les motivations françaises, les courriels d’Hillary Clinton qui ont été rendus publics ont donné une version très réaliste pour ne pas dire cynique. Un conseiller de l’ancienne secrétaire d’Etat expliquait que Nicholas Sarkozy était mu par un « désir d’obtenir une plus grande partie du pétrole libyen, d’accroître l’influence française en Afrique du Nord, d’améliorer sa situation politique intérieure en France et d’offrir à l’armée française une chance de rétablir sa position dans le monde… ».

Rien n’est venu contredire ces explications, bien au contraire, des aspects plus sordides de gros sous versés par Kadhafi à l’ancien président français ne font que souligner l’aspect cynique délibéré de cette guerre.

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