Édition du
9 December 2016

Les containers de «Ktaf » ou l’interminable banalité du passe-droit en Algérie

Par saad Ziane

Ahlam Mostghanemi se plaint que le premier épisode d’un feuilleton – “l’école de l’amour” – ait outrageusement pillé dans son roman “le noir vous va bien”, elle a dénoncé une “école du vol”. Toute notre sympathie pour l’auteure de s’insurger contre le plagiat et les plagiaires.

Mais que dire des plaintes de Mr.Bakhti Belaïb, ministre du commerce de la république qui nous a livré, tout chaud, un épisode de l’interminable polar-politique du régime ?

Résumons donc, l’épisode. Bakhti Belaïd, en “fin de carrière” fait des révélations qui ne surprennent (presque) personne.  La seule surprise est que le ministre a décidé d’en parler devant la presse.

Un importateur qui a ramené des pièces détachées pourries sans origine déclarée a vu ses containers bloqués par un “consensus” entre le commerce, la DGSN et les douanes. Quoi de plus solide que ces trois institutions réunies… Et pourtant, l’importateur est venu en personne au ministère du commerce menacer les gens et promettre que sa camelote allait entrer ou “Rabbi kbir”.

Le pire, a expliqué le ministre, est que sa marchandise est bien sortie du port. Bref, un importateur qui a du “ktef”, des “épaules”.  L’affaire donne lieu à un échange pour le moins confus entre le ministre du commerce qui n’arrive même pas à fermer un restaurant où une citoyenne a failli mourir empoisonnée car “il y a quelqu’un derrière de très important ‘’  et son collègue de la justice, Tayeb Louh.  Il faut vraiment avoir de la patience à essayer de démêler de quoi il retourne dans ces échanges hyper-codés entre ministres.

Rien de nouveau… malgré la révolution ?

Pour les faits, tels que racontés par le ministre, cela relève de la banalité du “ktaf” (les grosses épaules) et du passe-droit, sport favori des hautes sphères et de leurs extensions multiformes sur le terrain juteux du commerce extérieur. Une vieille histoire depuis le temps des Janissaires et de l’Ojak dont les produits de la Course étaient déjà placés en des lieux très éloignés des belles côtes de Mezghenna.

Cette “continuité” de la magouille sur le commerce extérieur aurait prêté à sourire sauf si l’on refuse d’oublier qu’il y a eu un mouvement national, des luttes dures, une révolution pour résoudre le problème endémique du “Maghreb central” : l’absence d’Etat.

Voilà pourquoi cet énième épisode révélateur de la quête contrariée des Algériens à avoir un Etat qui fédère, organise et impulse des dynamiques vertueuses, suscite une grande tristesse.

Bakhti Belaïb a été l’auteur d’une bombe évaluant le coût des surfacturations sur les produits et les services à près de 18 milliards de dollars pour l’année 2014.

Le ministre a fait marche arrière et si les “experts” estiment le chiffre très exagéré, personne n’est en mesure de donner une estimation claire et précise.  Qui est d’ailleurs en mesure de donner un chiffre crédible dans l’Algérie d’aujourd’hui ? Qui peut quantifier le poids de ces hommes «très importants » qui peuvent faire sortir et entrer des choses sous le regard impuissant des institutions chargées du contrôle et de la surveillance ?

Il y a une part substantielle de ressources financières qui naviguent dans des zones grises et sombres, ce qui rend impossible d’avoir une évaluation juste – et saine – des économies budgétaires à faire.

La caste des importateurs et leurs «épaules » au pouvoir

La communauté des experts – elle commence à exister et elle impose, malgré des exceptions – une lecture univoque des solutions à apporter à la baisse des recettes pétrolières. Certaines de ces mesures relèvent du bon sens – le prix du carburant en Algérie est une absurdité qui encourage un formidable gaspillage alors qu’un prix «réel » aurait pu être un tremplin pour favoriser le développement des transports collectifs – mais la tonalité générale de ces experts est celle d’un faux apolitisme.

Et il convient de rappeler que l’économie n’est pas une science et qu’il n’y a d’économie que politique. En Algérie, l’économie tourne autour de la rente et de son affectation. Quand on encourage pendant des décennies l’importation (et paradoxalement le présumé nationaliste 51/49 y a largement contribué) au détriment de la production, cela se fait sur la base d’un choix politique.

La caste des importateurs se confondant pendant longtemps avec la caste du pouvoir, cela allait de soi de favoriser l’importation vertigineuse de véhicules (et de gasoil pour les faire marcher) et même d’importer une autoroute. La chute des revenus pétroliers a contraint le gouvernement à serrer les vis sur les importations mais cela ne constitue pas en soi une politique. Et surtout, on n’évalue toujours pas ce que certains appellent l’excès de graisse dont profitent les importateurs et leurs «épaules ».

L’austérité, comment ?

La question n’a rien d’un détail. La connaissance part des importations superflues dont l’économie peut se passer permettrait d’aborder de manière plus claire l’effort d’austérité à consentir. Or, pour le moment, le discours des experts sur les subventions – un sujet qu’il faut bien entendu aborder – est trop univoque, une sorte de prêt-à-penser qui donne une allure technique au discours plein de morgue de ceux qui s’enrichissent sans raison apparente juste en étant dans les carrefours du régime.

Ce que Bakhti Belaïb – probablement sur le départ – révèle tient à un seul constat : ceux qui cherchent à aborder la question économique sous un angle purement technique participent, consciemment ou non, à une énorme supercherie. Il est impossible d’aborder la question économique – et sociale – en la découplant de la réalité d’un Etat d’autant plus affaibli qu’il n’est pas gouverné par le droit mais par la force et par des puissances informelles.

– See more at: http://www.libre-algerie.com/les-containers-de-ktaf-ou-linterminable-banalite-du-passe-droit-en-algeriepar-saad-ziane/27/09/2016/#sthash.IsLlHtbX.dpuf


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11 Commentaires sur cet article

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  • AMAR mokhnache
    27 septembre 2016 at 17 h 22 min - Reply

    l impunite… l impunite … l impunite….de la difficulte a construire un etat…on ne peut pas imposer le droit en pyjamas et en pantouffes…il faut des sacrifices….Or apres les trahisons DE 1992 il semblerait que les predateurs ont trouve le champs libre! deja sans justice et sans contre-pouvoirs l impunite ne s est jamais aussi renforcee alors avec une vacance du pouvoir…les jeux sont faits…Mais sait on jamais des systemes plus fort ont laisse leur plumes…le temps arrangera bien les moyenS!!!!

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  • Si Tchad
    27 septembre 2016 at 22 h 25 min - Reply

    Ce Louh ne parle que la langue de bois.

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  • SAMIR
    28 septembre 2016 at 13 h 14 min - Reply

    Bonjour et salem à tous,

    J’encourage tous les ministres, les administratifs, les hauts responsables, tout citoyen et tous ceux qui gardent encore de la dignité, la conscience, du courage et de la morale en eux à dénoncer tout abus et comme cela plus personne et aucun algérien n’aura peur de dénoncer les traitres de la république algérienne.

    Ce sera notre printemps algérien à nous, sans faire couler encore et encore le sang mais tout simplement en tant que citoyens dénonçons ces corrompus et ces malfaiteurs afin d’améliorer l’avenir à nos enfants (ahna klana bobi) et que l’Algérie brillera de tous feux…;

    Chiche soyons courageux et la main dans la main œuvrons pour cette Algérie-lumières du monde musulman.

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    • BERBOUCHA
      28 septembre 2016 at 17 h 32 min - Reply

      @SAMIR, d’accord avec toi, à la limite, et avec ce que tu dis, mais de grâce tu aurais pu nous épargner cette « sortie » (kherdja) qui m’a faite vraiment rire ….. « Algérie-lumières du monde musulman ». Non, mais je crois que cette incantation est du délire tout simplement ! Un peu de retenue ne nous fera pas de mal. Gardons les pieds sur terre et laissons la puisance des cieux à Dieu,lui le miséricordieux, le transcendant, l’immanence car c’est lui et lui seul qui décide quel pays a droit ou pas aux « Lumières » et quelle est « SA » propre créature qui a droit ou pas à la «Lumière». N’anticipons pas !!!

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      • Djidel
        12 octobre 2016 at 15 h 40 min - Reply

        Bonjour Berboucha

        Si je dis « œuvrons la main dans la main pour une Algérie-lumières », je parle en mode impératif exprimant une recommandation ou une prière ». Il s’agit d’une action qui espérons-le doit se faire dans le futur. Par conséquent, quand je dis  » cette Algérie-lumières du monde musulman » j’aspire à cela et non je proclame que ceci l’est déjà.
        Je n’anticipe rien, j’ai le droit de rêver et d’aspirer à un monde meilleur pour nos, vos enfants.
        Merci à vous.
        Samir

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  • BERBOUCHA
    28 septembre 2016 at 16 h 57 min - Reply

    L’ALGÉRIE est ce qu’on peut appeler non pas une « république bananière », car le terme n’est pas assez fort, mais un « Etat mafieux », c’est-à-dire un « Etat » bâti sur une organisation criminelle avec ses propres lois internes et qui s’oppose à « l’Etat de Droit » au sens universel du terme. Ce type « d’Etat » a été construit petit à petit et au fil du temps, doucement mais sûrement, depuis 1962. Cet « Etat mafieux algérien » s’est construit sur la base d’un puissant réseau de personnes vachement puissantes (généraux, officiers supérieurs de l’ANP, hauts fonctionnaires de la P résidence, anciens du MALG et des frontières, DRS et SM, ministres, directeurs de banques, mouhafedh, chef de partis politiques …du… pouvoir, Ugta, douaniers, wali, députés, sénateurs etc.. ) tous incrustées dans les institutions du pays mais non identifiables nommément car il n’y a pas de Justice et parce que c’est l’omertà (loi du silence) pour utiliser un vocable sicilien. Ce réseau fonctionne sans slogan ni règles écrites, mais pas la force de la « chekara » alimentée par la rente pétrolière. Un point c’est tout ! Il ne faut pas chercher plus loin.

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    • rachid dahmani
      29 septembre 2016 at 8 h 18 min - Reply

      Bonjour Berboucha, bonjour à tous…

      Mr Berboucha vous décrivez très bien le tissage d’une toile. C’est ce à quoi j’ai toujours assimilé notre état ou « état mafieux » comme vous l’appelez. Une toile savamment tissée depuis la guerre de libération et dont tous les nœuds, constitués de personnes physiques comme vous les citez, généraux, officiers supérieurs de l’ANP, hauts fonctionnaires de la P résidence, anciens du MALG et des frontières, DRS et SM, ministres, directeurs de banques, mouhafedh, chef de partis politiques …etc, sont en étroite liaison les un avec les autres. Le système ainsi constitué fonctionne avec une charte dynamique modulable au cours du temps. Chaque nœud, n’étant pas éternel, peu être remplacé par un composant de la même espèce à partir du moment ou il adopte la charte du système ou de la toile. Enfin, et bien évidemment, l’énergie nécessaire au fonctionnement de cette toile est bien la rente pétrolière, le reste, tout le reste n’a vraiment aucune valeur à l’égard de toute la toile. Le malheur, est que la;majorité des algériens se bousculent pour prétendre à être un composant, un nœud de la toile… l’égoïsme étant dans la nature même de l’algérien (pour la majorité d’entre eux). Bonne journée à tous.

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  • HOUARI
    29 septembre 2016 at 16 h 43 min - Reply

    MAIS POURQUOI ALORS LES CONTROLEURS HARCELENT SOUVENT LES COMMERCANTS QUI VIVOTENT, LES PETITS DETAILLANTS QUI N’ONT AUCUN POUVOIR ET AUCUNE PUISSANCE.

    TU N AS PAS DE FACTURES C’EST SIMPLE AVEC LES CONTROLEURS SOIT LA TCHIPPA OU UN PV POUR FINIR AU TRIBUNAL AVEC UNE CONTRAVENTION . C’EST INJUSTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  • djelloul habib
    30 septembre 2016 at 22 h 35 min - Reply

    La question cruciale qui n’a pas encore de réponse satisfaisante est d’oû sortent tous ces ministres,ces hauts gradés,ces commis de l’Etat, enfin toute cette mafia (nombreuse et prolifique )? Ils n’existaient pas avant 1962 puisqu’on étaient pas indépendants!Ils viennent de nous même,du peuple,comment ce peuple héroique a-t-il pu engendrer une telle engeance relève de la métaphysique!quelle tare originelle nous a-t-elle conduit à une telle issue?

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    • zemouli
      4 octobre 2016 at 20 h 06 min - Reply

      La culture chez nous c est la loi du plus fort et cela depuis l époque turque en passant par la colonisation française et ce jusque a présent. Il y eut une parenthèse
      54-62 ou exceptionnellement la population s est rangée du cote du droit car celui ci arrivait a tenir tète a la force.
      Conclusion :tant que la force domine et le droit faible la tentation de prêter main forte a la force contre qq subsides est grande.Ce n est que lorsque les choses s inversent cad que le droit l emporte que les gens changeront d attitude.N entendez vous pas donc ce refrain ‘ eddania maa el ouaguef’. N avez vous pas assiste a une bagarre:les bonnes âmes qui vont séparer les belligérants vont convaincre la victime de laisser tomber; jamais elles ne vont risquer de sermonner le fautif. Défendre le doit c est pas courant chez nous.Et quand cela
      arrive la solidarité fait defaut. Tous nous voulons tirer parti de la force et rarement voire jamais la combattre

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  • en un combat douteux
    12 octobre 2016 at 13 h 19 min - Reply

    Après le goût amer du café ,la poudre de lait aux œufs bonjour le vinaigre trafiqué…demain les jus …la gazeuse …les dérives du lait …où allons nous comme ça….Allah yestar

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