Édition du
6 December 2016

Panama leur amour : De la vie des marionnettes en Algérie 28 ans après octobre

marionnettePar SAAD ZIANE

Dans le 06 octobre 2016
Quand Saadani parle de Toufik, il ne sert (presque) à rien de savoir s’il s’agit d’un « acte isolé » (cette vieille habitude du régime) ou d’une charge téléguidée. L’effet est dans la presse et les télévisions (toujours en statut d’off-shore) où le feuilleton est relancé sur le mode de «remplissons le vide par le vacarme ».

Dans une Algérie qui se « réseaute » en partie, cela ne manque pas d’effet. Et il devient nécessaire pour les militants de la démocratie durant les années de dictature noires et rouges de mettre de la distance pour ne pas se laisser prendre par l’insidieuse opération de diversion qui se renouvelle.

Celle qui consiste à mettre sur le compte d’un seul homme, même crédité d’être «Rab Dzayer », ce qui relève de la structure d’un régime où la police politique a implacablement œuvré à empêcher les Algériens de s’organiser librement pour avoir un Etat qui défende leurs libertés.

L’exercice auquel s’est livré, mercredi, Amar Saadani sur le retour ne vole pas haut et il est tellement grossier qu’il a un effet – voulu ? – contraire de ce qui est apparemment escompté.

Une absurde ironie

«A force de parler du général Toufik à tout bout de champ, Amar Saadani va réussir le tour de force de le rendre sympathique» note un vieux militant de la démocratie. « Mais il y a une certaine ironie dans l’absurde à voir l’ex Rab Dzayer, le marionnettiste d’hier de la police politique se faire étriller par une de ses marionnettes.»

Il est vrai qu’avec son allure de videur et son menton très mussolinien, Amar Saadani a le don de rendre sympathique tous ceux qu’il attaque. Le pouvoir qui veut «réguler » via Hamid Grine, l’expression des journalistes, va-t-il leur intimer l’ordre de ne plus couvrir les outrances d’Amar Saadani ?

Ce qu’il dit de Belkhadem, plusieurs fois ministre, conseiller et aussi SG du FLN est d’une extrême gravité. Si, comme il l’a affirmé, Belkhadem et ses parents sont des «agents de la France », Bouteflika va-t-il s’excuser auprès des Algériens pour avoir «placé » ce dangereux personnage dans les rouages de l’Etat ?

Les marionnettistes ne reviennent pas en général quand ils tombent. Les marionnettes, elles, peuvent avoir plusieurs vies et être utilisées pour de nouveaux scénarios ou, pour être plus précis, de nouveaux sketchs.

C’est une réalité plus forte dans les régimes fermés que dans les régimes ouverts. Le général Toufik est hors de l’appareil sécuritaire et il est désormais légalement contraint au silence par la loi sur l’obligation de réserve.

Les marionnettistes ont-ils perdu la main ?

Dans les usages du régime, il a cessé d’exister politiquement. A moins de suggérer qu’au sein de l’appareil militaire et des services, il existe encore des tumultes en raison de son départ, ce qui n’est pas, on s’en doute, l’image que l’armée souhaite donner.

Au passage, Gaïd Salah pourrait-il trouver à redire si le général Médiene répondait ? Dans la troupe des généraux, y compris à la retraite, on pourrait voir désormais dans la loi sur le silence un simple texte autorisant ceux qui sont dans les faveurs de la cour de les insulter sans droit de réponse.

Pourquoi donc, M.Saadani continue-t-il de lui prêter un poids qu’il n’est plus censé avoir ? Juste pour l’animation du vide ?  Possible.

Le régime a besoin de fabriquer des histoires – car il n’est pas à la hauteur de l’Histoire -, de susciter des sujets et de renouveler ses feuilletons. Les animateurs ne fabriquent pas les histoires, ce qui leur est demandé est d’essayer d’exceller dans le rôle qui leur est attribué. M.Saadani a, apparemment, reçu le pitch pour jouer dans le grotesque.

Il reste aussi la possibilité que M.Saadani parle pour lui-même. Cette manière subite de remettre de la France pour attaquer ses adversaires transformés en «agents » a de quoi surprendre lui qui a des biens et des habitudes dans «l’hexagone ». Les nouveaux marionnettistes auraient-ils perdu de leur capacité à bien «gérer » les mouvements des marionnettes ?

Le 5 octobre et «eux »

La dernière «kherja » de Amar Saadani a eu lieu le 5 octobre. 28 ans après des émeutes qui ont ouvert le chemin d’un processus démocratique vite refermé par les marionnettistes  qui ont joué, avec une «grande réussite » sur les peurs, les haines et les divisions.

Les officiels ne célèbrent pas octobre 88, Bouteflika estimant que les Algériens n’ont pas demandé la démocratie mais un tuteur, de la justice sociale. Comme si dans une dictature, qui n’est jamais éclairée, le pain et la dignité sont assurés sans les libertés.

Non, ils n’aiment pas octobre, ils continuent de seriner qu’il s’agissait d’un complot… Mais il y a eu, dans la foulée des changements survenus en Tunisie en 2011, un discours à destination extérieure vantant octobre 88 que les officiels n’hésitaient plus à présenter comme le «printemps algérien ».

Mourad Medelci, ex-ministre des affaires étrangères, présentement président du Conseil Constitutionnel, laissait entendre que l’Algérie avait déjà fait sa révolution et que ce qui se passait en Tunisie et en Egypte n’était pas sans « rappeler ce que avons vécu nous-même en octobre 1988 ».

Bien sûr, la presse locale avait repris en chœur mais sans noter que le printemps Algérien et les réformes qu’il a permis ont été liquidés sur fond d’extrême violence de manière systématique par une contre-réforme. Même la presse la «plus libre du monde arabe » ne fait plus illusion à ce sujet.

La contre-réforme a permis au fric de faire de la politique, de la submerger et même d’aspirer au pouvoir, elle entrave toujours les droits à la citoyenneté. Les familles de disparus l’ont éprouvé une nouvelle avec des femmes, souvent âgées, trainées dans les commissariats.

Le nouvel épisode Panama.dz

Le nouvel épisode algérien des Panama Papers ne semble gêner personne dans l’Algérie officielle. Et pourtant, selon les termes de l’article publié par le Monde, un importateur se sucrait chaque mois de plus de 1,2 millions de dollars de subvention.

Le truc est simple – et disent les connaisseurs, il est pratiquement la norme dz des importateurs – on achète du lait à un prix bas – 2400 dollars la tonne sur le marché -, on le revend à sa propre société basée à Panama. Et puis, par une mou3jiza miraculeuse à l’algérienne, la tonne est revendue à la société officiellement basée en Algérie pour la somme de 5600 dollars la tonne.  Et voilà, le tour est joué.

Des connaisseurs disent, en aparté, que c’est une pratique tellement généralisée qu’il en devient presque «injuste » qu’untel soit cité alors que la plupart restent dans l’ombre.

Curieusement, cette affaire a été saisie très rapidement pour attaquer les subventions, le dada des libéraux. Pourtant, on le sait tous, si le principe de l’aide ciblée aux démunis – que même le FMI défend – est théoriquement discutable, il ne faut pas occulter que cela nécessite une administration efficiente et éthique qui fait défaut.

On se sucre, comme toujours, à l’import et au lieu de poser la question de l’Etat, de sa refondation, on attaque les subventions. Encore une fois, il est nécessaire de rappeler que les questions économiques (subventions ou pas) ne sont pas séparables du politique.

Quand le niveau des pratiques de corruption est élevé, il faut cesser de chercher un dysfonctionnement et poser la question de la structure, du système.

A Constantine, les patrons du FCE ont exprimé leur « impatience » à l’égard du retard des «réformes », ils ont marqué leur préférence pour Bouchouareb contre Sellal. C’est le feuilleton discret et ridicule que distille le monde du business.

Comme si Sellal «gouvernait » vraiment dans un Etat à la fiction institutionnelle atteint un seuil caricatural ! Mais on devine que derrière ce jeu du bon et du mauvais se profilent des attentes car en ces temps où la chute des recettes pétro-gazières est grande, les appétits s’aiguisent. Dans la discrétion. Pendant que les marionnettes font du bruit.

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2 Commentaires sur cet article

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  • rachid dahmani
    7 octobre 2016 at 20 h 07 min - Reply

    Bonsoir à tous,

    Saadani and co. Sellal & compagnie. La marabounta qui nous gouverne. Khelil lekhla et les 40 voleurs. Bouchouareb et les îles paradisiaques + les sociétés offshore. Brerehi et le lait de vache qui rit. L’Algérie et les hydrocarbures… De la technologie de haute facture. On a décollé sans jamais pouvoir redescendre et atterrir. Bonne soirée à tous.

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  • Dadache
    7 octobre 2016 at 23 h 26 min - Reply

    Bled mikey , Carnaval fi dechra d’accords, mais il faut reconnaitre que les seuls MARIONNETTES c’est nous le peuple qui sommes manipuler par des MARIONNETTISTES pas si compétents qu’on le croit , mais ils arrivent a nous faire avaler n’importe quoi avec des scénario bidons, ils tirent sur les ficelles n’importe comment, l’essentiel c’est de garder la galerie et les spectateurs que nous sommes bien sage, qu’on écrivent qu’on disent ce qu’on veut mais il faut surtout pas qu’on agissent …ils ne sont pas si fort que ça ya allah , mais nous sommes devenu si faible et fataliste et pourtant la solution est simple ils faut arrêter la main des marionnettistes ou couper les fils qu’ils manipulent maladroitement …mais va le faire …

    Les MARIONNETTES peuvent t ils renverser la donne sans bouger, dire que les vrais marionnettes ça bouge souvenez vous de Ainsi font font ….

    En attendant observons ces présentations gratuite , mais c’est à la fin du spectacle qu’on se rendra compte du prix qu’on payera …

    @Dahmani t’es vraiment chanceux c’est pas tous les jeunes de 70 ans qui dispose d’une barque, tu en fait des envieux, surtout des Harragas ….je prie le tout puissant pour que tu assiste (et qu’on assiste) au changement et a la chutte du règne de la médiocrité avant de rejoindre un monde meilleur inchallah

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