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9 December 2016

Les espions se recrutent sous fausse bannière, les idées aussi : la fin sans explication du CREDOC mesure «patriotique» présumée

Chriki

Par saad Ziane Dans le 13 octobre 2016

 Exit donc le CREDOC ! C’était pourtant devenu en 2009 le mouvement de « menton » d’un présumé nationalisme économique. Qui a décidé de cette «lumineuse » idée ? Quel est son bilan ? Combien cela a couté ? Ce sont des questions qui restent sans réponse dans un système où l’irresponsabilité est  de mise.

Photo D.R. « Les banques privées, qui sont toutes étrangères depuis l’Affaire Khalifa, ont fait du CREDOC une affaire juteuse. » «En matière d’espionnage, il existe des recrutements sous fausse bannière qui consistent à recruter des agents en les trompant sur la puissance qu’ils sont amenés à servir ».

Les amateurs de romans d’espionnage connaissent ces cas où des hommes manipulés croient servir une cause alors qu’ils la desservent.

La chose s’applique aussi à certaines idées qui formellement sont censées servir un but noble mais qui aboutissent à l’inverse du but escompté. Il en est ainsi de la notion «d’intérêt supérieur du pays ou de l’Etat » défini par les seuls détenteurs du pouvoir et qui a servi de prétexte pour assurer un désastreux contrôle policier sur les sociétés.

Un demi-siècle de dictatures autoritaires dans le monde arabe a montré que le seul résultat probant de cette prédominance des polices politiques est d’avoir entravé le développement politique des sociétés. Cela a, au contraire, très largement favorisé les régressions et la perte du repère national créant ainsi une formidable perméabilité à l’ingérence et aux manipulations étrangères.

Au nom de l’intérêt supérieur de la nation, l’arbitraire, la violence (la corruption est une forme pernicieuse de violence) ont supplanté le principe essentiel à la stabilité des nations et des Etats qu’est l’adhésion libre et consciente du citoyen.

La Libye, la Syrie, pour ne citer que ces exemples, subissent les effets dévastateurs récents d’ingérences extérieures musclées. Mais si ces ingérences ont pu fonctionner, c’est à cause des effets longs de l’arbitraire qui se drapait de la fausse bannière de «l’intérêt supérieur de la nation » très souvent ramené à l’intérêt du dictateur et de la dictature et qui aboutit à un désastre national.

De la tyrannie et de l’irresponsabilité

Quelle est la différence entre un système de tyrannie et un système démocratique ? La reddition des comptes qui oblige un gouvernant élu à répondre de manière régulière de ses actes aux citoyens à travers des institutions qui les représentent. Elle est la marque du régime démocratique car elle n’existe pas en régime tyrannique et elle est très limitée (et un cercle restreint) dans un système oligarchique.

Il n’est pas besoin de faire un cours de sciences politiques pour comprendre l’interaction entre le citoyen libre et le gouvernant responsable. Si les systèmes politiques en Occident sont aujourd’hui en crise, c’est justement que cette interaction entre citoyenneté et responsabilité a été rompue par l’arrogante suprématie du pouvoir de la finance.  Et donc par une insidieuse régression vers des systèmes oligarchiques où les mécanismes de la démocratie sont bridés et rendus inopérants.

Dans nos contrées, la démocratie n’est pas en crise, elle n’existe pas. Etre citoyen, c’est participer à la vie de la cité, avoir son mot à dire et contribuer à définir les solutions. C’est cela qui crée l’exigence de responsabilité et de diligence chez les élites qui gouvernent.

Cette notion de reddition des comptes est fondamentale. Hocine Aït Ahmed a continuellement – avec pugnacité et une grande pédagogie – souligné que la dangerosité du régime algérien pour la nation et son avenir tenait à sa totale irresponsabilité puisqu’il ne rendait jamais compte de ses actions et n’est tenu par aucune obligation de résultat.

Hocine Aït Ahmed : Le patriotisme, c’est la démocratie

Le système Algérien, soulignait-il dans un entretien à Libre Algérie (n° 40, 13 au 28 mars 2000) est «incompatible avec un Parlement réellement représentatif, c’est ça l’équation fondamentale. Une telle institution serait une brèche stratégique ne serait-ce que par le contrôle qu’elle pourrait exercer sur l’usage des deniers publics.  

Ce serait la fin d’une gestion en vase clos exercée par des réseaux, sans reddition de comptes et dans l’impunité totale. La naissance historique du Parlement britannique avait pour but constitutif de contrôler l’usage des deniers publics. Il n’est pas inutile de le rappeler… ».

Cela fait écho à son combat incessant qui a consisté à relever que «l’intérêt suprême de la nation » invoqué par ceux qui ont imposé la chape autoritaire était l’exemple type de discours et de concept à «fausse bannière ». Celui-là même qui aboutit au résultat inversé à celui qui est proclamé.

C’est pour cela qu’il a constamment défendu – dès l’indépendance – que le «patriotisme aujourd’hui, c’est la démocratie ». Ce qui veut dire la «responsabilité » de ceux qui gouvernent, l’obligation de rendre des comptes.

A qui a profité le CREDOC ?

Mais la « gestion en vase clos exercée par des réseaux, sans reddition de comptes et dans l’impunité totale » se poursuit encore. Nous en avons l’illustration éclatante avec l’annonce que l’obligation de payer les importations par le «seul crédit documentaire » ou CREDOC introduite par la Loi de finances complémentaires de 2009 a été abrogée dans le projet de loi de finances approuvé par le Conseil des ministres, le 4 octobre dernier.

Le pouvoir Algérien qui a présenté cette disposition – ainsi que de la règle du 51/49% pour les investissements étrangers- comme l’expression d’un «retour au nationalisme économique » vient donc de découvrir sept ans plus tard que le CREDOC ne constitue pas un gage de conformité des produits importés et profite plus au fournisseur au détriment de l’économie nationale ».

Sept ans pour faire semblant de découvrir ce que les experts d’Algérie – du monde entier – ont toujours dit : le CREDOC ne permet pas de limiter la facture des importations pas plus qu’il ne donne une meilleure traçabilité. Certes les patrons ont rué contre le CREDOC au début – cela a permis de faire une propagande «nationaliste » à bon compte – mais ils se sont vite adaptés.

La constante de l’irresponsabilité

Mieux, les banques privées (qui sont exclusivement étrangères depuis l’affaire du chouchou du régime Moumen Khalifa) ont profité de «l’effet d’aubaine » pour faire une juteuse spécialisation dans le CREDOC sur lequel ils perçoivent, comme il se doit, une commission.

La LFC 2009 leur a enlevé le Crédit-Auto, les banques privées se sont très profitablement replacées sur le CREDOC. Avec une commission de 500 euros pour un CREDOC de 10.000 euros, selon un expert français cité par Maghreb Emergent.

On peut imaginer le bonheur de ces banques et les couts pour l’économie algérienne du CREDOC obligatoire pour toute opération d’importation qui malgré les mesures de «patriotisme économique » a continué à gonfler inexorablement les années qui ont suivi la LFC 2009.

On doit rappeler aussi que la généralisation absurde de la règle du 51/49% à tous les secteurs – au lieu de la limiter aux secteurs stratégiques – pour l’investissement étranger n’a fait que maintenir l’importation de produits qui auraient pu être, de manière bénéfique, fabriqués en Algérie.

L’Algérie a conclu l’accord d’association en 2005 avec l’Europe avec l’intention proclamée d’attirer des investissements européens. Les investisseurs européens ne sont pas venus et ils ont trouvé, de manière très commode, dans le 51/49% l’argument que l’Etat Algérien ne le voulait pas. Coté «national », le CREDOC et le 51/49% n’ont jamais contrarié les importateurs de camelotes en tout genre.

Voilà un exemple type d’idées à «fausse bannière nationaliste ». Ceux qui les ont décidées en 2009 font semblant de découvrir fin 2016 qu’elles ne servent à rien. Et bien entendu, ils passent vite sur les coûts que cela a générés et sur les responsabilités des auteurs de cette mesure «très patriotique ». Rendre des comptes, assumer ses responsabilités, cela ne fait pas partie de leurs constantes. Ni de leur culture.


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4 Commentaires sur cet article

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  • AMAR MOKHNACHE
    13 octobre 2016 at 20 h 43 min - Reply

    L’OPACITE DU SYSTEME POLITIQUE ALGERIEN ET L ABSENCE DE COURAGE POLITIQUE DES ELITES A LAISSE LE CHAMPS LIBRES AUX DIRIGEANT SUCCESSIFS D IMPOSER LEURS METHODES DE GOUVERNANCE TRES DISCUTABLES ….LA CONTRADICTION DES INTERETS NE PERMET PAS COMME AILLEURS DE MOBILISER LA JUSTICE QUI SE TROUVE TRES BIEN ENCADREE VOIRE ENCERCLEE PAR LE POUVOIR POLITIQUE DU MOMENT…SEULE UNE VRAIS SEPARATION DES POUVOIRS AVEC UNE LIBERTE REELLE DE MANIFESTER PEUT SE DRESSER COMME UN VERITABLE REMPART CONTRE LES ABUS DE TOUTES SORTES!!!! LE REFUS D EVALUER LES LOIS ET LES POLITIQUES DEVRAIT ETRE PERCU COMME UN DELIT VOIRE UN VIOL DE LA LOI FONDAMENTAL!!!!l affaire du credoc n en est pas une !!! le credoc n est ni plus ni moins qu un moyen de payement international contraignant pour les deux parties utilise lorsque la confiance n y est pas !!!ce n est pas avec le credoc que l on decouvre les fraudeurs du commerce exterieur le dispositif en place permet aux douaniers de le faire!!!!
    le credoc c est surtout pour engraisser les beneficiaires des commissions que se partagent banques et correspondants etrangers….un audit peut deceler ou va cette colossale somme d argent!!! mais .. l impunite ..et l absence d une representation parlementaire vrais permettent toutes les derives….

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  • rachid dahmani
    16 octobre 2016 at 11 h 14 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Depuis l’indépendance on sait ce que c’est que d’assumer ses responsabilités chez nous. C’est tout simplement bien se sucrer au prorata des responsabilités confiées sachant qu’à la fin, lors du désastre constaté, on est relevé de nos fonctions pour des responsabilités ailleurs plus importantes et donc pour mieux se sucrer encore. L’extension ne s’arrête pas et on n’est pas encore au bout du tunnel. Bonne journée à tous.

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    • Ali SBIH
      18 octobre 2016 at 17 h 00 min - Reply

      Bonjour Rachid,

      ça rappelle un peu la théorie de l’expansion de l’univers avec en prime à la fin ……….le B.B .

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      • rachid dahmani
        19 octobre 2016 at 7 h 36 min - Reply

        Bonjour Ali,

        Effectivement j’aurais pu écrire « l’expansion ne s’arrête pas » et pousser l’analogie encore plus loin en mettant en valeur la matière sombre et l’énergie noire qui contribuent (l’énergie noire en majeure partie) grandement à l’accélération de l’univers et à son expansion. Notre toile tissée par la marabounta qui nous gouverne recèle énormément de matière noire et d’énergie sombre…je pense bien que tu le sens parfaitement aussi. Bonne journée.

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