Édition du
6 December 2016

Retour sur le faux retrait de l’armée de l’arène politique en 1989

Deux semaines après l’adoption de la constitution du 23 février 1989, le haut commandement militaire se retire de tous les postes clés au sein du parti-État, le FLN. Ainsi, après une emprise sur la vie politique de prés de trois décennies, le haut commandement militaire –à ne pas confondre avec les soldats de façon générale, dont le dévouement au pays est sincère –se contente de se conformer au rôle qui est le sien : la sauvegarde et la protection du territoire.
 
militaires algériensQuoi qu’il en soit, bien qu’une telle annonce ait du mal à être avalisée par les observateurs politiques, il n’en demeure pas moins que la majorité des Algériens accueille positivement le retrait de l’armée de la vie politique.
 
En tout état de cause, si la décision du 4 mars 1989 avait été respectée, l’Algérie aurait intégré le cercle fermé des pays véritablement démocratiques. Dans la réalité, ce retrait est simplement tactique. Après avoir fait du FLN un outil de contrôle de la société, le haut commandement militaire manœuvre, cette fois-ci, à imposer sournoisement sa volonté à l’ensemble de la classe politique. En tout cas, ce retrait n’a pas survécu longtemps.
 
Très vite, le haut commandement se replace « assez vite sur le devant de la scène politique, en gérant (plus au moins directement selon les moments) l’ascension du FIS, et bien sûr en annulant les élections législatives de décembre 1991 », écrit Myriam Aït Aoudia, dans « l’expérience démocratique en Algérie (1989-1992). » En effet, dès décembre 1990, le général Nezzar soumet un document au chef du gouvernement réformateur, Mouloud Hamrouche.
 
Ce fameux document contient deux plans. Le plan A consiste à organiser la victoire des partis démocratiques et le plan B vise à la neutralisation du FIS. De quel droit un haut responsable militaire se permet-il de se substituer à la constitution pour réguler le processus politique ?
 
À en croire Myriam Aït Aoudia, citant le politologue Abdelkader Yafsah, l’armée est « la détentrice véritable du pouvoir politique, qui pour des raisons historiques, considère qu’il lui appartient de diriger l’État. » Dans ce cas, peut-on parler d’un réel retrait de l’armée du champ politique ? La fermeture de la parenthèse démocratique ne peut qu’infirmer cette thèse.
 
Ainsi, bien que la présence d’un parti extrémiste sur l’échiquier politique puisse susciter une vigilance accrue des services de sécurité, le haut commandement militaire aurait dû faire confiance aux Algériens. Or, au lieu d’œuvrer à contenir l’influence des partis dangereux, Khaled Nezzar et ses collègues ont sanctionné tout le peuple. Est-ce que c’est le seul choix qui s’impose au pays?
 
Il y avait sans doute un moyen d’éviter la tragédie. S’ils n’avaient pas sabordé l’alliance Hamrouche-Aït Ahmed lors des élections législatives, prévues en juin 1991, il y aurait eu la formation d’un gouvernement républicain, et ce, bien que le découpage électoral soit quelque peu injuste. En sabotant le plan A, il ne restait alors que le plan B. Mais, ce dernier a un coût.
 
Aujourd’hui, malgré la reprise en main du pouvoir par le chef de l’État, force est de reconnaître que l’espoir démocratique s’est fondu « comme neige au soleil ».
 
En dépit des efforts du FFS –le seul parti qui ne renonce ni à la démocratie au nom du patriotisme, ni au patriotisme au nom de la démocratie –, la dynamique sociétale ne suit pas, et ce, au grand dam de l’Algérie qui a tant besoin d’un changement salvateur.
 
Mais, l’espoir n’est pas mort, pour reprendre l’expression de feu Hocine Aït Ahmed.
 
Aït Benali Boubekeur

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  • AMAR MOKHNACHE
    17 octobre 2016 at 11 h 57 min - Reply

    L ESPOIR N EST PAS MORT! OUI CERTES L ESPOIR N EST PAS MORT mais LA CONSTRUCTION D UNE DEMOCRATIE EST UNE OEUVRE DE LONGUE HALEINE AVEC TOUT SON ITINERAIRE ET BIEN SUR AVEC SES HOMMES…..NOTRE DRAME A NOUS ALGERIENS C EST QUE LE SOCLE MEME DE NOTRE SOCIETE A ETE DESTABILISE ET FORMATE AVEC CAROTTES ET BATONS DURANT PLUS DE 30ANS APRES LA PREMIERE TENTATIVE D EMANCIPATION A UNE EMPRISE PATRIARCHALE DES PLUS RIGIDES DES PLUS TENACES voire des plus sanguinaires…QUI A SU IMPOSER SES ASSISES EN USANT ET ABUSANT DE LA RENTE PETROLIERE….NOUS AVONS VU DE QUOI ILS SONT CAPABLES DURANT CETTE DECENNIE NOIRE ..JUSQU A PRESENT ELLE N A PAS ENCORE REVELE SES SECRETS SES ALLIANCES OUTRE MER ..ET TOUT CA POUR MAINTENIR CET ORDRE….MAIS QUI AURAIT CRU QUE LA JUNTE MILITAIRE EN ARGENTINE TOMBERAIT AVEC TOUTES SES ASSISES…
    L ESPOIR VIENDRA D EN BAS ….DES TRIPPES DE LA SOCIETES LORSQUE LA RAREFICATION DES RESSOURCES PRODUIRAIT UNE VRAIS ELITE QUI REJETTERAIT SA « BALTAGUISATION » qui se reapproprierait ses valeurs, ses attributs..et dont le nationalisme se conjugue surtout avec modernite et conviviablite ….

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