Édition du
5 December 2016

La Mamounia… une légende vivante !

MamouniaYoucef L’Asnami

Qui ne connaît pas ce mythique palace de Marrakech ? Construit dans les années vingt, ce lieu a inspiré de nombreux poètes, musiciens et écrivains.

200 chambres, 70 suites, 3 Riadh, quatre restaurants, une piscine, des hammams, des salles de soins une bibliothèque, un casino… et surtout un jardin. Un magnifique jardin, objet de notre curiosité !
Ce palace n’a pas usurpé sa réputation planétaire. Sa dernière rénovation date de 2006 ! Trois ans de travaux évalués à quelques 120 millions d’euros et une inauguration en fanfare en septembre 2009 ! Epoustouflant résultat ! Un style hispano-mauresque, des jeux de contrastes de lumière de toute beauté ! Le palace doit son nom à Mamoun, un des quatre fils du sultan alaouite Sidi Md Ben Abdallah , qui lui aurait offert ce domaine comme « cadeau » dit la légende.

Ce qui surprend le visiteur dans ces lieux c’est que tout est réfléchi et on sent que ses concepteurs ont tenté d’allier les traditions architecturales marocaines au style Art Déco des années 20 !

La Mamounia a attiré de très nombreux hommes politiques et artistes de renom. De Winston Churchill qui y résidait les hivers, à Charlie Chaplin, Marcello Mastroianni, les Rolling Stones, Elton John, Martin Scorcese, Alfred Hitchcock et, même Nelson Mandela. En avril 2006, Philippe Douste Blazy, ex ministre français de la santé et des AE, a laissé un souvenir peu glorieux dans ces lieux. Une violente dispute avec sa compagne dans une des chambres de l’hôtel qui a fait les choux gras de la presse à cette époque, notamment le Canard Enchainé. Quelques dégâts matériels et surtout des réparations dont on n’a jamais su si c’est le contribuable marocain ou français qui les a pris en charge.

Il suffit de parcourir les très nombreux avis des voyageurs qui ont visité ce palace pour se rendre compte de l’impression qu’il laisse à n’importe quel voyageur : calme, propreté, raffinement en plein centre ville et à deux pas de la Mosquée de la Koutoubia de Marrakech ! Ce n’est pas sans raison que la Mamounia a été le cadre de tournage de très nombreux films. Il ferait partie des plus beaux et plus luxueux hôtels du monde.

Inutile de préciser que c’est un lieu de nantis certes, qui pourrait mettre mal à l’aise les tenants de la lutte des classes, mais qui reste cependant ouvert au grand public pour une éventuelle visite. On imagine mal le Parti de la justice et du développement (PJD), premier parti marocain, tenir son congrès ici ! Vous avez le droit de tout voir, sans y toucher, ni y gouter ! Sauf peut être au jardin que beaucoup qualifient de « paradis sur terre » ! En fait ce n’est pas uniquement un jardin. C’est un vrai parc dont le jardin potager n’occupe qu’une infime partie. Ce parc occupe 8 ha sur les 15 ha sur lesquels s’étend le palace.

On y trouve des palmiers, des oliviers, des rosiers, des pins d’Alep, des bougainvilliers, des lauriers roses et une magnifique allée de cactus. Des contrastes de couleurs éclatantes. De ce parc on a une très belle vue de la mosquée de la Koutoubia et de la chaine de l’Atlas marocain. D’ailleurs le prix des chambres et des suites dépendent aussi de la vue que l’on a. Tous les professionnels du tourisme vantent les mérites de la Mamounia ! Tous racontent son histoire, sa beauté, la magie qu’il exerce sur ses visiteurs, ses jardins paradisiaques, mais peu ou pas du tout racontent qui est derrière la gestion et l’entretien de ce parc.

C’est ce que nous avons essayé de comprendre !

La gestion de ce parc, sur le plan agronomique du moins, est assurée par une jeune technicienne agricole, qui ne dépasse pas les 25 ans ! « Bac plus deux » m’a-t-elle précisé ! Voilée ! Un détail sans importance certes. Issue de l’Institut des Techniciens Spécialisés en Agriculture (ITSA) de Zraïb Berkane, au Nord du Maroc, qui fait partie de la dizaine d’ITSA que compte ce pays.

Cette technicienne, d’une incroyable modestie mais d’une telle culture agronomique ne laisse pas indifférent. Elle a sous ses ordres une vingtaine d’ouvriers jardiniers presque tous formés sur le tas, avec un salaire moyen journaliser de 75 DH – soit 7,5 €- payés toutes les deux semaines. La majorité des ouvriers n’ont quasiment aucune couverture sociale. « Mon seul capital, c’est ma santé » m’a dit l’un d’entre eux. « Pour la couverture sociale, la retraite et ce qui ressemble aux acquis sociaux, rabi effardj 3lina ! ».

Cette technicienne ne gère pas uniquement le parc de la Mamounia. Elle gère d’autres parcs des grands palaces de la ville. Elle est secondée occasionnellement par un technicien français, qui « lui ramène les semences » de l’étranger et lui donne quelques conseils pour l’entretien du potager et du parc. Hada makane !

– Vous utilisez quoi comme produits phytosanitaire ? lui ai-je demandé !

Une question ridicule d’un homme ému qui voulait vraiment et sincèrement comprendre l’autre facette de ce palace et rapporter aussi fidèlement que possible ce qu’il voit et entend.

Question ridicule parce que dans ce domaine, on ne sait pas ce que c’est un produit phytosanitaire, même traduit en arabe Edwa enta3 enabatate !

– Ya Sidi, ici on n’utilise pas de produits phyto, ni d’engrais. Le seul engrais qu’on utilise c’est du fumier acheté aux agriculteurs locaux et deux produits qui ont fait leurs preuves : Saboune Beldi et le purin d’orties (« el harrigue », cette plante piquante dont on garde de très mauvais souvenirs d’enfants).

Yaw les messieurs de la COOP 22 qui avez résidé dans ce palace, avez vous entendu ça ? Je ne le pense pas !

Et la technicienne, accompagnée d’un des chefs de chantier, m’ont fait honneur de me faire visiter la quasi totalité du jardin potager en m’expliquant, non sans une certaine fierté, leurs pratiques agricoles.

D’abord celle du Saboun El beldi : le savon noir. Préparé très souvent à base d’huile d’olive mais aussi de lin, ce produit est plus connu pour ses propriétés cosmétiques que ses effets phytosanitaires. Il éliminerait les saletés des peaux mortes, hydrate la peau, la nettoie, la rend lisse et éclatante de douceur. C’est un élément essentiel pour le hammam.

Mais ce savon est aussi utilisé comme insecticide contre notamment les pucerons, les cochenilles, les aleurodes… tous ces redoutables insectes qui attaquent les feuilles pour en extraire la sève. Les petites bêtes noires de nombreux agriculteurs et autres pépiniéristes.

Dans un vaporisateur sommaire, 2 à 3 cuillères à soupes de savon Beldi liquide est mélangé dans un litre d’eau tiède que l’on remue. Et hop ! L’insecticide est prêt à l’emploi ! On pulvérise les dessus et dessous des feuilles. Les traitements se font tôt le matin ou en fin de journée. Jamais les jours de pluie ou de grand soleil. Et Rabi ijib Echfa In Challah ! Hada makane.

Ensuite celle du purin d’orties. Ce produit est utilisé comme anti-parasites et insectifuge. Il repousse aussi bien les insectes que les acariens, ces parasites qui ralentissent la croissance des plantes et finissent par les détruire à terme.

En plus de ses effets phytosanitaires, la richesse du purin d’orties en fer, en azote et en éléments nutritifs en font de lui un bon fertilisant.

Les orties sont cueillies sur place. Après la coupe des racines, et leur hachage, ils sont mis dans un récipient en plastique (environ 1 kg). On y rajoute 10 litres d’eau et on laisse fermenter pendant deux à trois semaines en remuant de temps en temps.

Le produit final est dilué au 1/10eme puis pulvérisé sur les feuilles malades toutes les deux à trois semaines. Et comme engrais, ce produit est dilué à raison de 2 l pour 10 l d’eau.
Hada makane !

Une petite armoire fait figure de stockage de quelques notes. Rien d’autre. Je n’ai pas vu de bureau de l’exploitation comme on voit très souvent pour des domaines aussi importants.
Les cuisiniers du palace viennent directement se servir au potager pour leurs légumes et condiments sous l’œil aiguisé de la technicienne.

Ce contraste entre le luxe du palace, son cadre exceptionnel et la modestie des équipes chargées de son entretien ne peut que surprendre. Mais on ne peut qu’être émerveillé par le professionnalisme de ces agents qui, même sous rémunérés, exercent leurs missions avec abnégation. Comme pour d’autres secteurs, ces anonymes sont souvent ignorés. Et pourtant, ils sont les acteurs directs de ce « coin de paradis ».

« Si tu veux qu’on t’entende, crie. Si tu veux qu’on t’écoute, chuchote. » disait un autre parfait anonyme !

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5 Commentaires sur cet article

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  • Dadache
    22 novembre 2016 at 19 h 31 min - Reply

    Oui un exemple à suivre par nos amis de l’INA, mais un petit saut au jardin de Majorelle qui n’est pas loin de la mamounia et son histoire tumultueuse nous donnera un aperçu plus globale sur le maintient de ces lieux en un si bon état, ce n’est pas seulement une affaire de 75 DH par jour , mais il y a aussi des étrangers derrières donc machi hada makane yakhouna Lasnami

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  • rachid dahmani
    24 novembre 2016 at 10 h 56 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Par Mustapha Hammouche sur liberté d’aujourd’hui.

    En Algérie, l’inachèvement, mais aussi la malformation des constructions constituent l’un des éléments à l’origine de la laideur des ensembles urbains et des milieux bâtis en général.
    Au commencement, il y a la privation historique. Avec le “peuplement” colonial du pays, des constructions, rivalisant de confort et d’affinement, sont érigées à côté d’un habitat rudimentaire et dénué de toute commodité. À l’indépendance, le logement a donc constitué la forme prioritaire de la promotion citoyenne que l’indépendance a rendue possible. Au plan individuel, la razzia sur le logement colonial et la course au standing furent l’expression liminaire de la réappropriation de l’espace national.
    Premier signe de fortune, on voulait une maison toujours plus grande et plus haute. D’où ces énormes bâtisses sans forme, sans goût et sans… fin qui souillent le territoire. D’où ces ensembles à l’urbanisme approximatif sans norme architecturale, urbanistique, technique ou environnementale. D’où ces modifications, extensions et surélévations qui viennent amocher le paysage et détruire son homogénéité plastique initiale.
    De véritables agressions se commettent dans l’indifférence et dans une insondable “logique” contre notre “butin de guerre” patrimonial. Un genre d’opération où, en plus des dépenses contre-productives, l’État se rend coupable de dégradation de biens publics.
    Ainsi, en est-il de l’intervention en cours à Alger contre les entrées du “Tunnel des facultés”, autour de la place Audin. Centre commercial, artisanal et universitaire historique (pour avoir abrité le plus grand amphithéâtre de l’ancienne Université d’Alger), ce “tunnel” compte six accès en escaliers, “monumentaux” à son échelle, protégés par des murets en U caractérisés par leur sobre beauté et la robustesse de leur constitution, deux qualités qu’ils doivent à leur forme compacte, “aérée” par des carrés panneaux de “nevadas”, et surtout à leur matériau : la pierre reconstituée.
    Mais une autorité a décidé, probablement sur avis d’un service ou d’un bureau “technique”, de s’attaquer à ces majestueux petits parapets qui sont là, tranquilles et inoxydables, depuis un siècle, à coups de… marteaux-piqueurs ! Pour pouvoir aplanir leurs sommets arrondis (pour faciliter le ruissellement de l’eau de pluie) et leurs bases et les couvrir de plâtre sur lequel sont collées des plaques de marbre. Et comme le marbre ne colle pas au plâtre – pas besoin d’être expert en physique des matériaux pour savoir l’incompatibilité des deux corps – le premier ouvrage à peine terminé, le marbre s’en détache et des enfants insouciants s’en emparent panneau après panneau. On s’attaque à peine au dixième parapet que le premier a perdu une partie de son habillage. La méconnaissance technique semble s’allier ici à la cécité esthétique.
    Il est urgent que l’État admette que le sens perdu du beau sanctionne la nation. Et de songer à organiser la norme pour ne pas avoir à léguer à nos enfants un musée des horreurs à la place d’un ancien beau pays.

    Mustapha Hammouche.

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  • djamel
    24 novembre 2016 at 15 h 05 min - Reply

    Oui un exemple à suivre pour nos chargés des espaces verts au niveau de nos villes et qui ont tendance à disparaitre. En effet à la place de belles plantes ou autres rares espèces nous retrouvons des tables et des chaises car les lieux sont transformés en cafés et autres commerces.

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  • Fateh B
    24 novembre 2016 at 20 h 10 min - Reply

    un reportage honnete sur un lieu luxueux. par pudeur l’auteur semble refuser de faire des comparaisons avec l’Algérie. Il vante les merites de ces travailleurs anonymes payés au lance pierre. En Algérie aussi on a des travailleurs mal payés endettés qui ont du mal a joindre les deux bouts. Nos deux peuples sont victimes de deux pouvoirs qui malgré les apparences se ressemblent. Un Roi corrompu au maroc et un président algérien qui n’est la que pour amuser la galerie. les vrais décisions restent au mains de son entourage dont son frere.
    la comparaison s’arrete là. Pour le tourisme et ses infrastructures aucune comparaison ne peut etre faite. le maroc nous depasse sur tous les plans. c’est une dure realité. ma niece émigrée es venue une seule fois en algérie. Elle a juré de ne plus y retourner tellement décue par un environnement detestable.
    Le pouvoir algérien peut continuer a ignorer les aspirations de son peuple. je ne paye pas cher pour son avenir. Il sera inéluctablement celui des dictatures

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  • Dalal
    24 novembre 2016 at 22 h 10 min - Reply

    Merci pour toutes ces informations, je vais sans tarder acheter le savon noir et préparer cette potion naturelle et miraculeuse pour mes plantes.

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