Édition du
20 October 2017

Algérie : au pays d’Hibernatus Bouteflika

Al Haqhttp://afrique.lepoint.fr/actualites
CHRONIQUE. Le journaliste Mohamed Talmat est mort à 42 ans, en prison. Son crime ? « Offense au chef de l’État ». Une tache indélébile pour le pouvoir en place.
PAR NOTRE CORRESPONDANT À TUNIS,
Publié le | Le Point Afrique

Le journaliste Mohamed Talmat mort en prison ce 11 décembre 2016.

Le journaliste Mohamed Talmat mort en prison ce 11 décembre 2016. © DR

Mohamed Talmat avait la quarantaine. Il n’était pas une star sur CNN et avait la double nationalité algérienne et britannique. Il avait le fichier Word cruel, incisif, irrévérencieux. Journaliste et blogueur, il est mort en prison le 11 décembre 2016, dans son lit. Ce lit que lui a accordé le régime algérien. Celui de la prison, puis de l’hôpital pénitentiaire. L’homme avait osé écrire certaines phrases sur le régime et le clan qui dirige l’Algérie. Il avait propagé sur Facebook des mots qui l’ont mené au cimetière.

Grève de la faim et diabète ont eu raison du journaliste

Dans l’Algérie de 2016, on peut donc désormais mourir pour un délit d’opinion envers le président. Des deux ans de prison infligés par le tribunal le journaliste n’en aura effectué que le quart, soit six mois. C’est que Mohamed Talmat, journaliste, esprit critique, ne l’a pas accepté. Il a donc entamé une grève de la faim et son diabète l’a emporté dans son cachot algérien. Rien n’a été fait, malgré les suppliques de sa famille et de quelques « droits-de-lhommistes » peu en vogue en Afrique du Nord et dans bon nombre de pays arabes.

Mohamed Talmat, 42 ans, est mort de sa profession dans une prison algérienne. Une première. Un succès que le régime de Bouteflika peut s’attribuer. Peu lui importera les communiqués de RSF, de Human Rights Watch et autres officines vilipendées dans les sphères du pouvoir. Peu importe, le pouvoir demeure stable. Voire figé. Voire Hibernatus. Congelé. Mis au freezer du développement, de l’épanouissement, des libertés.

Un scénario de film d’horreur

Alger en 2016 ressemble à un scénario de film d’horreur. Le pays est en stand-by. Il attend une éventuelle part des anges, ces quelques pour cent de liberté qui s’échappent du fût de whisky quand on enlève le bouchon. Confronté à l’effondrement du prix du pétrole, ce pays si riche en hydrocarbures se réveille pauvre. Sans business plan alternatif. 90 % des recettes de l’État proviennent de l’or noir et autres gaz. L’afflux de ces richesses sur les marchés en a divisé le prix par deux. Et l’Opep pourra gesticuler, l’Iran et les autres nations se feront un plaisir de fournir ces biens au monde entier.

Les dirigeants algériens, en choisissant de laisser mourir un journaliste dans une prison, un acte volontaire, ont pris en main leur destin. Celui d’une grande nation gouvernée par quelques clans, des industriels de la corruption. Au nom d’une guerre civile atroce qui a tué plus de cent mille Algériens dans les années 90, des politiques se sont érigés en rempart contre les barbus tout en se gavant sur le dos du peuple. Celui-ci demandait sa « part de pétrole ». Il ne l’aura plus, effondrement des cours oblige.

Casser le thermomètre plutôt que soigner le malade

Face à une jeunesse qui représente plus de la moitié de la population, Hibernatus Bouteflika a décidé qu’il était urgent de ne rien faire. Voici le résultat. En acceptant qu’un journaliste se sacrifie dans une prison, en refusant eau et nourriture, Hibernatus a préféré casser le thermomètre. Les réactions outrées internationales ne sont rien face au peuple algérien las d’écouter l’opérette autoritaire depuis le 27 avril 1999, date depuis laquelle Hibernatus préside.

La mort d’un journaliste ne changera rien à la situation. Elle l’aggravera un peu plus encore. En attendant un jour meilleur. Loin de la cleptomanie d’État. Au pays de Tahar Djaout, ce journaliste et romancier assassiné sur ordre des fous de Dieu, cette mort, cet assassinat est une tache. Indélébile. Et peu importe le nom du journaliste. C’est sa fonction qu’Hibernatus a laissée mourir dans une prison.


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5 Commentaires sur cet article

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  • FERHAT
    13 décembre 2016 at 14 h 18 min - Reply

    Hibernatus, et oui il vit encore et toujours ……. !!!!??? Le journaliste Mohamed Tamalt est décédé, le 11 décembre à l’hôpital Lamine Debaghine de Bab El Oued où il avait été transféré suite à sa grève de la faim! Mohamed Tamalt, arrêté le 17 juin dernier à Alger, a été condamné de deux ans de prison ferme et 200.000 dinars d’amende pour « outrage à corps constitué » et tenez-vous bien pour « atteinte à la personne du « brizidène » ». Eh bien chers amis lui, Mohamed Tamalt , est mort mais le fauteuil roulant (notre hibernatus), lui, est toujours en vie ! Je vais donc répéter ce qu’un internaute a dit ici sur un autre sujet sur LQA il n’y a pas trop longtemps…. : je soupçonne que Dieu le miséricordieux soit plus du côté des plus forts et moins du côté des plus faibles. Je sais que je vais choqué avec cette phrase certains internautes (pardon pour eux) mais je ne peux pas m’empêcher de le dire tellement je suis enragé depuis cette nouvelle de la mort de Mohamed ….! Et je supplie les internautes de ne pas me dire « asterfer ya si ferhat, car ces plus forts paieront de toute façon dans l’au-délà car ils iront en enfer ». Je ne peux plus entendre ce genre de leçon. Merci à LQA de ne publier intégralement même si je peux choquer des consciences !




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    • Dria
      13 décembre 2016 at 19 h 39 min - Reply

      ce n’est point une leçon mais juste un avis « Autant être un Athée que de croire en un dieu qui se range du coté des forts », bref HIBERNATUS tient le coup et le règne du pays car des citoyens comme vous préfère s’asseoir sur un CACTUS sans souffler un mot à HIBERNATUS, subissant les injustices et les caprices de Fakhamatuhu sans lever le petit doigt pour lui signifier un RAS LE BOL , cependant on ne manque pas d’audace quand il s’agit du DIVIN,la on s’adresse à lui comme si c’était lui le président et vous DIVINISER Hibernatus, le Pharaon des temps moderne,dont on subit la politique et ses exactions sans réagir….

      Mohamed TALMAT MAT ALLAH Yarahmou, il a fait ce qu’il avait a faire selon ses convictions et ses croyances il était AUTHENTIQUE dans sa démarche au point de payer par sa vie, qu’en est il de nous autres, lui au moins en plus d’écrire il a agi, et à refuser le cactus

      Rabi Yaghferena à nous tous , nous autres spectateurs , beaux parleurs , rédacteurs, râleurs, qui formant Le fameux PEUPLE gouverné par Hibernatus.




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      • karim
        14 décembre 2016 at 19 h 41 min - Reply

        Tonton @Dria, dommage que tu prends tout au premier degrés et que tu ne fais aucun effort pour comprendre les sous entendus de ce que disent les internautes et ici en l’occurrence tonton @FERHAT. Ta phrase en t’adressant à cet internaute à savoir … « les citoyens comme vous préfère s’asseoir sur un CACTUS sans souffler un mot à hibernatus »…, n’est pas du tout valable pour tonton @FERHAT si tu fais l’effort de re-parcourir un peu son post! Koune S’baah !!




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        • Dria
          14 décembre 2016 at 22 h 20 min - Reply

          @Karim
          Dans le Vous asseoir, j’en fais parti et je m’en remet en cause puisque à la fin. j’en fait une prière a nous tous et vous êtes concerné aussi …car vous faites parti des spectateurs, beaux parleurs…ayons acceptés d’être présidé par Hibernatus. Alors ce n’est point pour vous complexer mais des épines tu en as comme le reste des algériens.

          C’est le « je soupsonne Dieu » qui m’a fait réagir,je ne voulais point offencer ni tonton Ferhat ni un autre sur ce site , mais il y’a une vérité que je pends en premier degré et que je ressasse sur ce site on ne fait que parler pour parler et écrire pour écrire a quand le PASSAGE A l’ACTE même le sacrifice d’un concitoyens ne nous émeut point…on est fort dans les critiques, la description, la parilevet les écrits et la même le tout puissant fut servi …

          Si c’est le Cactus qui dérange ,alors on peut choisir quelque chose de plus mou et de plus doux AhDJER Hibernatus par exemple ça revient du pareil au même ..il est toujours gagnant jusqu’à preuve du contraire

          Sans rancune aucune Tonton Karim et Tonton Ferhat ..Salam




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  • rachid dahmani
    14 décembre 2016 at 7 h 56 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Ah Hibernatus quand tu nous tiens… par tous les bouts et par le bambou. Et c’est comme le régime de bananes, c’est le rejeton qui prend la relève pour donner un autre régime et comme cela Hibernatus est éternel… ne disait on pas, il y a deux millénaires, que seuls les dieux sont éternels? Attendons alors l’ouverture de la méditerranée ou de l’atlantique par le simple coup de bambou d’Hibernatus… on finit par y croire à ses dons. Bonne journée à tous.




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