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22 February 2017

Un carnaval sans humour : Haddad, Sellal, Lamamra ou le triste cirque du régime

carnaval fi dechra4Par Saad Ziane

Photo DR.

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Les Algériens découvrent l’ampleur de la dégradation du fonctionnement du système avec ce crêpage de chignon monumental et «continental » des acteurs de la devanture du régime. Beaucoup ont dit, c’est «carnaval fi dechra » avant d’ajouter : « l’humour en moins ».

C’était la semaine du souvenir de Fanon, le grand frère parti le 6 décembre 1961, le combattant qui disait la grandeur et l’universalité de la révolution algérienne.

Les officiels – fort heureusement – l’ont oublié, il y a eu de nombreux Algériens qui s’en souvenus, avec un sentiment de dégoût face au cirque officiel. Et, surtout, un immense effroi devant les rafles effectuées par des autorités qui, incapables de prévoir, gérer et organiser, cèdent le terrain devant un verbiage irrationnel et raciste insupportable.

Farouk Ksentini, préposé officiel à la défense des droits de l’homme pousse loin le dévoiement des mots et de la fonction en accusant les migrants subsahariens de propager le Sida et des maladies sexuellement transmissibles.

C’est un cliché raciste sans aucun fondement scientifique qui existe – certains médias qui font la honte du métier de journalisme le rabâchent – que le très officiel préposé au droit de l’homme du pouvoir reprend à son compte en persistant dans le «je ne suis pas raciste mais… ».

De très nombreux Algériens sont offusqués et ont un sentiment de honte, non pas que Farouk Ksentini les représentent mais parce qu’ils assistent, impuissants, a une immense flétrissure d’un pays, de ses valeurs et de son histoire.

Les défenseurs de l’indéfendable avancent que le gouvernement n’a pas de solution et qu’il fallait « préserver l’ordre public. « Mais un gouvernement qui gère la question migratoire – qui fait partie et fera partie longtemps de nos réalités – par un laisser-aller suivi par des tours de vis sécuritaires signe clairement son échec.

« L’Algérie, de par son histoire et du parcours de ses enfants, mérite d’avoir une vraie politique migratoire, basée sur l’ouverture, la dignité et le respect des droits » a souligné la LADDH dans un communiqué annonçant la rafle de plus 1400 subsahariens à Alger.

On pourrait ajouter que même si le gouvernement était oublieux de cette grande histoire, il y a un intérêt prosaïque pour l’Algérie d’avoir une politique d’accueil pour des migrants poussés par des contextes nationaux durs et qui sont employés dans l’informel par des acteurs économiques algériens.

Avoir une politique migratoire, c’est justement sortir de l’informel qui fragilise nos frères subsahariens et crée, parfois, des situations conflictuelles que le gouvernement gère par la facilité sécuritaire. Et par les discours consternants de ses préposés au droit de l’homme.

Cette opération qui donne une piètre image de l’Algérie – et qui blesse beaucoup de nos concitoyens- est intervenue à la veille d’un Forum africain de l’investissement et des affaires.

C’est comme si on avait décidé d’envoyer un contre-message éloquent à un évènement utile dans l’absolu – car l’avenir de l’Algérie est africain – censé faire contrepoids à l’activisme diplomatique et économique du Maroc sur le continent.

Non seulement, nous avons un pouvoir qui n’est pas à la hauteur de l’histoire du pays, mais qui n’a même pas la compétence technique de ses propres objectifs.  Et l’épisode bouffon de la guéguerre politico-protocolaire entre Sellal-Lamamra et Ali Haddad l’illustre parfaitement. Dans la maison du pouvoir, avec un «chef » amoindri, c’est le cirque. Un triste cirque.

De quoi Ali Haddad est-il le nom ?

Il y a deux ans, jour pour jour, un importateur de véhicules de son état, membre du Forum des chefs d’entreprises (FCE), Mohamed Baïri, sommait Louisa Hanoune, de «fermer sa gueule ». La dirigeante du parti des travailleurs (PT), encore très «boutéflikienne », avait été choquée de voir un aréopage de sept ministres venus assister à l’intronisation de de Ali Haddad à la tête de l’organisation patronale.

Tant de ministres qui désertent leurs fonctions pour venir assister à l’adoubement de la star montante du capitalisme spécifique donnait à réfléchir même à ceux qui font dans le «soutien critique ». La scène était une illustration d’une des transitions opaques possible vers la transmission des clés du pays de l’appareil politico-militaire au pouvoir depuis l’indépendance aux «entrepreneurs » qu’il a enfantés.

« Une alliance entre le vieux système et les nouveaux riches qu’il a lui-même créés est en train de se mettre en place. De manière désormais visible. C’est une «transition politique» qui ne dit pas son nom, elle se fait via un transfert occulte du pouvoir entre gens «d’en haut» pouvait-on lire dans le Quotidien d’Oran.

Deux ans plus tard, peut-on s’étonner de voir Ali Haddad, proche parmi les proches du premier cercle, griller la politesse à Ramtane Lamamra, ministre des affaires étrangères et parfaite incarnation de la bureaucratie du régime ? Ali Haddad est peut-être allé très loin mais ce qu’il a fait est dans l’ordre des choses dans un système où l’informel a totalement supplanté l’institutionnel.

Caquetages de basse-cour

L’ordre des préséances des interventions au Forum africain de l’investissement et des affaires – encore une fois un évènement important en soi – ne pouvait échapper aux caquetages des coqs de basse-cour. Il faut montrer qui est le plus fort, le signifier. Ali Haddad, même si l’évènement a été, comme d’habitude, financé par des fonds publics et mobilisé les structures des affaires étrangères, devait montrer où se trouve la ligne de force.

Ce n’était pas prévu par le protocole, mais lui qui a fait son entrée dans le cercle informel des hommes qui influent et décident – c’est Haddad qui a annoncé avant le ministre du travail  la réforme controversée de la loi sur la retraite – ne pouvait s’embarrasser du formel. Et quoi de plus formel que le protocole.

Y a-t-il eu des choses utiles au cours de ce forum ? Certains l’affirment. Mais l’heure de gloire de l’individu Ali Haddad s’est transformée en un piteux spectacle offert au continent et au monde, celui d’un Premier ministre suivi des ministres quittant la salle et sabordant médiatiquement un évènement que l’Algérie préparait depuis au moins une année.

De quoi Sellal n’est-il pas le nom ?

Abdelmalek Sellal, Ramtane Lamamra et les autres ministres ont-ils reçu l’injonction «d’en haut » de quitter la salle après le « coup de force au protocole » de Ali Haddad ? L’ont-ils fait d’eux-mêmes dans une concertation impromptue pour laver l’affront fait à Lamamra qui devait, selon le protocole, s’exprimer après Sellal ?

Voilà deux questions oiseuses. En réalité, que l’ordre vienne «d’en haut » et qu’il soit une «rébellion » ministérielle – celle d’une haute bureaucratie qui voit son domaine empiété par les nouveaux débarqués de la rente – c’était la pire des répliques.

Coups de gamins

Les représentants formels du gouvernement quittant de manière spectaculaire les lieux, offrant aux invités africains un spectacle ridicule de chamailleries de basse-cour, cela est un signe éloquent de l’absence du sens de l’Etat.  Les pères de famille à qui ce gouvernement se pique d’apprendre à bien gérer leur maigre salaire savent que celui qui organise une fête doit tout faire pour éviter de la gâcher.

Faire preuve de patience quand des trublions tentent de semer le trouble est une option évidente. A plus forte raison quand on est responsable au gouvernement : réussir le Forum devait être la priorité, remettre Ali Haddad à «sa place » pouvait attendre 48 heures, ce n’était pas une urgence. Et c’est pour cela que Sellal et les ministres qui ont fait un coup de gamins sous les regards éberlués des invités étrangers sont des irresponsables.

Ce n’est pas ici, dans ces colonnes, qu’on trouvera une défense d’Ali Haddad, ce représentant du «capitalisme spécifique » où l’entregent avec le pouvoir dispense de toute performance managériale. L’affront qu’il a commis à l’encontre de Lamamra était dans la logique des temps. Mais la réplique qui lui a été opposée est un affront à l’Algérie et ses intérêts.

Le film « carnaval fi déchra » reste celui que les Algériens revisitent le plus régulièrement. Et pour cause, rien dans l’affligeant spectacle – à faire pleurer de rage – offert par le régime ne dément ce qu’il raconte en nous faisant rire.

– See more at: http://www.libre-algerie.com/un-carnaval-sans-humour-haddad-sellal-lamamra-ou-le-triste-cirque-du-regime-par-saad-ziane/13/12/2016/#sthash.l94fBXbW.dpuf


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2 Commentaires sur cet article

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  • rachid dahmani
    14 décembre 2016 at 11 h 02 min - Reply

    Bonjour à tous,

    Par Mustapha Hammouche sur Liberté d’aujourd’hui.

    En termes de pollution sonore, ce fut une soirée infernale que cette soirée de fête du Mouloud. Il semble cependant que la plupart des Algériens s’y sont faits : le Mouloud, anniversaire de la naissance du prophète, doit se célébrer dans la pétarade. On ne sait si la tolérance à ce qui est une forme de nuisance absolue est le fruit d’un réel consentement collectif ou si elle cache une impuissance générale à résister à la dictature du grand nombre. En tout cas, elle est le signe d’une soumission collective à ce mouvement de régression civique qui contraint l’individu à supporter les pratiques les plus inciviles et même les plus illicites, quand elles sont le fait du plus grand nombre.
    Ce fracas, qui a débuté dans la journée de dimanche pour se poursuivre jusqu’à lundi matin, a pratiquement couvert l’ensemble du territoire. Et de sporadiques explosions ont continué à ponctuer les nuits et les jours suivants.
    Pourtant, et si l’on se réfère à la déclaration d’un représentant des douanes nationales, le contrôleur général Rezki Hennad, “la prévalence (des produits pyrotechniques) a beaucoup diminué cette année, par rapport aux années précédentes. La preuve en est que l’offre a été beaucoup réduite par rapport à l’année passée”. L’insoutenable vacarme de pétards et autres produits explosifs ne suffit donc pas pour exprimer l’abondance de “l’offre” et l’extrême perméabilité de nos frontières à ces matières prohibées !
    Les responsables de la douane algérienne ont pris l’habitude de faire dans l’humour : son directeur de la formation a bien déclaré, le mois dernier, que l’institution n’a connu que deux cas de corruption en cette année 2016 !
    Cela dit, et au point où nous en sommes, rien n’interdit de penser que l’on a peut-être institué un niveau de tolérance à “l’importation” d’articles pyrotechniques. Leur manipulation étant liée à un événement sacré. Tout ce qui concourt à la pieuse discipline rituelle est bienvenu. Et les mafias de la contrebande savent exploiter les opportunités religieuses. Dans un pays où l’on a autorisé les jeunes qui voudraient se marier avec l’argent de leur crédit Ansej de le faire, on peut bien permettre qu’on leur “importe” des pétards ! D’ailleurs, ce crédit est lui-même dévotement accordé au taux zéro !
    Il restait à subventionner le poulet. Même si c’est déjà fait pour l’aliment de poulet, la presse, rapporteur fidèle des difficultés populaires, a fait état de prix de volailles qui se seraient envolés en ce Mouloud. Or, la fête, ainsi détournée, ne serait pas complète sans ses deux ingrédients : le son importunant des pétards et la saveur appétissante de la “rechta” au gallinacé. Nous nous acquittons donc avec une souffrance digne, en bons pères et mères, du devoir parental de financer “l’explosion de joie de nos enfants”. Et nous nous rattrapons en gémissant contre le prix du poulet, responsable de nos misères sociales.

    Must. Hammouche

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  • fatma
    14 décembre 2016 at 13 h 44 min - Reply

    C’est dommage pour notre pays qui a engagé une somme colossale (près d’un milliard de dinars plus un million de dollars) pour la réussite de cette rencontres des investisseurs africains. C’est une occasion perdue et c’est dommage. Pourtant, par le passé on nous avait habitués à des fanfaronnades après chaque réunion en vantant le mérite de nos dirigeants, de leur clairvoyance et de notre politique en générale. Cette fois-ci, c’est l’échec, mais personne ne l’a assumé, ils se sont tous débinés, ils se sont même cachés derrière une présentatrice à qui on a imputé la faute. Comment l’Afrique peut-elle nous faire confiance et nous respecter lorsqu’on arrive même pas à fixer l’ordre de passage des personnalités qui doivent intervenir dans ce forum. Au moment même où on a invité prés de 2000 hommes d’affaires africains pour une rencontre économique importante, on procède à une importante expulsion des migrants subsahariens, qui peut nous prendre au séreiux ?

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  • Photos et Dessins

    Congrès du Changement National