Édition du
28 February 2017

Quand l’urne est forcée au vieux métier..!

KHELFAOUI Benaoumeur*
 
« La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante: le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. »  (James Freeman Clarke)

Ces derniers temps, on commence à parler de « gens » élus (APN et SÉNAT) qui vont avoir la très lourde, sensible, capitale et décisive (..) responsabilité de LÉGIFÉRER pour le devenir de tout un peuple, toute une nation (…), nous pouvons même EXIGER qu’ils soient la crème de la crème de la société, pour être en mesure à même de prévoir les meilleurs horizons possibles et les rivages salutaires pour les générations à venir…

En se grattant le cuir chevelu déforesté sur le rôle de cette malheureuse urne qui est forcée d’exercer le vieux métier pour enfanter des « illégitimes », ne faut-il pas revenir sur ses pas pour oser parler de son mea-culpa …!?

Miraculeusement régénéré par un sang guerrier, fortifié par des gènes éclos de la résistance opiniâtre et féroce contre des conquérants colonialistes, le peuple algérien, devant les tragédies de ses dépossessions rapaces, impie et athée vis-à-vis du démon de la fatalité de l’aliénation, contre lequel il se dressa avec défi, et fervent croyant prosterné avec recueillement devant la divine liberté, ne s’est jamais laissé bâillonné et a consciemment et inlassablement payé sa délivrance, dans un commerce de troc, par ce sang sacré dont les gènes ont hérité, de génération en génération, des qualités révolutionnaires, vaccinées par la providence contre la malédiction pétrolière…

La nuit glaciale et infernale de l’hiver colonial étant balayée par les lueurs de l’aurore printanière de mars 62, dont les bourgeons, par leur effet de germination explosive, cassèrent toutes les chaînes rouillées de l’asservissement. Les héritiers des millions de martyrs, dont les poumons asspiraient à de grandes bouffées d’oxygène, obsédés par l’optimisme quant aux prairies verdâtres et panoramiques du paysage prometteur du lendemain, les yeux fermés par double assurance fraternelle/révolutionnaire, armé par la prodigieuse carte de vote, ont cautionné, approuvé et applaudi, toutes les pièces théâtrales qui se jouaient sur la scène sociopolitique et économique, sous le thème « pour une vie meilleure », dans un décor de couleurs socialistes orchestré par la musique arrangée des chants patriotiques…

La désillusion d’octobre 88 qui ferma les rideaux, arrêta le spectacle, dégagea les salles en les vidant des ronfleurs, dépoussiéra la scène à ciel ouvert où allait désormais se jouaient en live, respectivement, des spectacles de comédie musicale, d’art dramatique et enfin de tragédie. Dans ce chavirement précipité, après la double dévaluation tant du dinar que de la carte de vote, une grande partie des héritiers de BENMHIDI, ayant estimé et embrassé la révolution qui fut jetée à la rue, déclarèrent leur divorce à l’urne insoumise et se jetèrent dans les bras de l’adultère qui enfanta la violence barbare !

Depuis l’aube du XXI°siècle, une timide réconciliation conjugale, est organisée à chaque anniversaire célébrant, tambour battant, la lune de miel, ayant pour objectif sacré de renouer les relations matrimoniales, entre la malheureuse urne et son fuyard, qui resta indifférent devant toutes les coiffures et coquetteries de son ancienne compagne, à qui il avait pourtant promis amour et fidélité jusqu’à ce que la mort les sépare !

Devant le désarroi de la question de légitimité, il se creuse la tête horriblement, en cherchant à dissiper les nuages du doute, qui le ronge, à chaque fois que l’urne transparente ou opaque accouche prématurément ou se débarrasse des fœtus malformés par avortement ?

Dans cette relation de mariage de raison qui n’a pas pu créer de sentiments d’amour qui peuvent forger l’union en dépit des enfants illégitimes, le fugitif dont les sens se disputent la pensée, résigné et lucide, essaye tant bien que mal dans sa méditation, à comprendre les différentes interprétations calomnieuses qui se communiquent par des bouches-à-l’oreilles languissants.

Pour des badauds, l’urne est un symbole, car disent-ils, son nom arbitraire évoque et suggère l’opération démocratique, régie par des lois et dont le slogan est « par le peuple et pour le peuple », tout en créant implicitement une intention de communication avec l’électeur ?

Pour d’autres Mekhlouf Elbombardi, du fond de leur Carnaval-fi-dachra, estiment qu’il s’agit tout simplement et banalement d’une icône, puisque affirment-ils, en connaissance de cause, qu’elle dénote, à l’instar des plaques du code de la route, la direction et le chemin à suivre pour accéder au grade de pourvoyeur de madame Dalila ?

Enfin, les harraga et les fugitifs, la considèrent comme un indice, car pour eux, qu’elle soit confectionnée en verre transparent ou en bois non conducteur, soumise et forcée d’exercer le vieux métier, elle est reniée, puisque l’image qu’elle reflète, l’a réellement affectée, et de ce fait, ils concluent qu’elle n’a aucune intention de communication ?

Au demeurant, l’espoir qui est prescrit comme tranquillisant, unique salut qui règle encore la respiration, scrute l’éventuel accostage à l’issue de ces dernières pluies diluviennes, d’un Arche de Noé d’où descendraient des éminents sémiologues qui trancheraient sur la question !?

*Enseignant-chercheur
Département de Lettres et Langue Française 
Faculté des Lettres et des Langues
Université Kasdi Merbah – Ouargla 30000 – Algérie

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