Édition du
18 November 2017

Chômage des Maghrébins en France : au suivant !!!

Youcef L’Asnami

Je suis tombé par hasard sur le rapport annuel d’activité 2015 du « Défenseur des droits », une institution de l’Etat français indépendante en théorie qui vise principalement à défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés et  permettre l’égalité de tous et toutes dans l’accès aux droits.

Toute personne qui estime être victime d’une discrimination sexuelle, religieuse, liée à sa santé est potentiellement apte à saisir cette institution pour retrouver ses droits.

Dans ce rapport, il est mentionné que les principaux motifs de réclamations concernent l’emploi, le service public, l’éducation, la formation et le logement.

Sur les 54 % de réclamations relatives à l’emploi, 9,6 % touchent l’origine des plaignants (« race ou ethnie), 3,1 % le sexe et 1,4 % les convictions religieuses.

Pour tous les secteurs cités, la discrimination relative à l’origine « ethnique » reste de loin la plus importante.

Et ce rapport de préciser « D’une part, il existe un écart évident et important entre la réalité des discriminations et le nombre de réclamations auprès du Défenseur des droits. (…)

D’autre part, au regard du nombre important de réclamations en matière de discriminations à l’embauche, les résultats obtenus lors des instructions et des enquêtes menées par l’Institution ne sont pas satisfaisants, notamment s’agissant des discriminations liées à l’origine. ». Dayame Allah !

Autrement dit, quel que soit le secteur dans lequel vous postulez, et à compétences égales, vous avez beaucoup moins de chances de vous faire recruter quand vous vous appelez Mohamed que Christian. Cette discrimination serait moins forte chez les femmes.

A cette discrimination liée à l’origine « ethnique » se rajoute une autre discrimination liée à la religion, aggravée aussi par le fait que vous soyez pratiquant ou non ! Ainsi, un malien a plus de chances d’être recruté s’il est catholique que musulman.

 Dans une étude de l’Institut Montaigne datant d’octobre  2015, il apparaît (page 26) qu’un candidat musulman pratiquant a deux fois moins de chances d’être convoqué à un entretien qu’un catholique pratiquant : 10,4% pour le musulman contre 20,8% pour le catholique et 15,8 % pour le juif.

Cet écart est encore plus important chez les  hommes : 4,7% pour le musulman contre 17,9% pour le catholique et 13,3 % pour le juif. Dans ce cas, le musulman a 4 fois moins de chance d’être juste convoqué pour une éventuelle embauche.

Cette discrimination est présente à chaque étape du recrutement : de la réponse, à l’embauche en passant par la convocation.

Et bien sûr, on nous assène les explications classiques :

–          l’islam souffre d’une image dégradée en France

–          les Français associent spontanément l’islam à l’extrémisme religieux et à l’oppression de la femme

–          les recruteurs perçoivent comme un risque accru de pratique religieuse transgressive sur le lieu de travail et les associent à un risque d’insubordination,

–          les musulmans attacheraient plus d’importance à la religion et auraient une vision plus traditionnelle des rôles qui incombent aux hommes et aux femmes

–          les recruteurs redoutent d’être confrontés à plus de revendications à caractère religieux mais aussi à plus de conflits entre salariés de sexe

Un employeur coupable de discrimination risque théoriquement jusqu’à trois ans de prison et 45.000 euros d’amende. Théoriquement car, dans les faits, il n’est pas toujours facile de « prouver » qu’on est discriminé !

Des  Français d’origine extra-communautaire -asiatique, africaine, maghrébine- ce sont les maghrébins qui sont les plus discriminés, même si la possession d’une double nationalité atténue quelque peu cette discrimination qui reste néanmoins beaucoup plus forte chez les hommes que chez les femmes et chez les plus jeunes que les plus âgés.

L’amalgame entre l’importance de la religion chez le musulman  et la négation du principe même de la laïcité est manifeste. Il en est de même pour les traditions culturelles et le partage des tâches chez les hommes et les femmes.

Qu’ils soient recruteurs potentiel ou non, beaucoup de français considèrent les musulmans comme une menace socioculturelle à même de  remettre en cause la laicité et l’égalité hommes-femmes.

Bien évidemment, les discriminations ne concernent pas que l’origine ethnique, la religion ou le sexe des individus. Des handicapés peuvent aussi être discriminés en raison de leur handicap et des personnes âgées en raison de leur âge. On peut même être discriminé en raison même du quartier où on habite. Et ces discriminations sont très souvent cumulatives.

Face à ces discriminations, la réponse des Maghrébins est très variable :

–          certains continuent leur parcours du combattant pour la recherche d’un emploi ou d’un logement sans se soucier de ces  statiques hideuses,

–          d’autres, résignés, se replient sur eux-mêmes et se réfugient dans leur culture et leur religion en se contentant des « petits boulots » qu’ils arrivent quand même à dénicher

–          et enfin certains font carrière quasiment dans le marché de l’emploi informel c’est-à-dire non déclaré.

L’expérience du « CV anonyme » considéré comme une excellente idée pour lutter contre les discriminations à l’embauche a été un flope total et est tombé dans l’oubli. En effet, si le CV anonyme permet d’être convoqué à un entretien, il n’a jamais obligé un recruteur d’embauché un Maghrébin ou un noir.

Doit on s’étonner de ce qui passe dans certaines citées dites sensibles dès qu’il y a le moindre problème ?

Même si le mot « discrimination » est moins fort que le mot « racisme », il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un déni de droit à la communauté maghrébine  issue de l’immigration. Et que, comme pour toutes les injustices, il va bien falloir trouver une solution. Ou supporter ses effets…

http://www.defenseurdesdroits.fr/fr/actualites/rapport-annuel-d%27activite-2015-du-defenseur-des-droits


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