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28 March 2017

Que peut faire la « justice » face à la mafia ?

ENTRETIEN/ Assassinat d’Ali Tounsi : « Chouaib Oultache a tiré pour se défendre »
 TSA  samedi 25 février 2017 | Par Hadjer Guenanfa | Actualité 

FEU ALI TOUNSI, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SÛRETÉ. NATIONALE, ASSASSINÉ CHOUAIB OULTACHE. (CRÉDITS : NEWPRESS ©)

Le procès de l’ex-chef de l’unité aérienne de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN), Chouaib Oultache, accusé de l’assassinat de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, s’ouvrira dimanche 26 février au tribunal criminel d’Alger.

Chouaib Oultache est poursuivi pour assassinat avec préméditation et guet-apens et tentative de meurtre sur la personne du chef de sûreté de la wilaya d’Alger et le directeur de l’administration générale de la DGSN. Dans cet entretien, son avocat, Me Tayeb Belarif, revient sur l’affaire dont l’instruction a duré sept ans.


Le procès de l’assassinat de l’ancien directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi, est prévu dimanche 26 février après une instruction qui a duré sept ans. Êtes-vous satisfait ?

Cela fait sept ans que Chouaib Oultache est en attente d’être jugé dans les conditions légales avec toutes les garanties que la loi confère au justiciable. Maintenant, comment ce procès va se dérouler ? On n’en sait rien. Pendant toute cette période, la DGSN a construit l’affaire ABM-DGSN (l’affaire a fait l’objet d’un arrêt de cassation renvoyé devant la Cour de Boumerdes dont l’arrêt a fait l’objet d’un pourvoi en cassation devant la Cour suprême) pour essayer d’obtenir un mobile justifiant l’assassinat de Ali Tounsi par Chouaib  Oultache. La justice algérienne ne s’embarrasse pas de la loi et ne s’embarrasse pas de prouver. Elle suppose. Aujourd’hui, rien n’apparaît comme réellement sérieux dans ce dossier (ABM-DGSN). Maintenant, on va rentrer dans le vif du débat : le dossier criminel et rien d’autre.

Avez-vous des craintes ?

Nous avons toujours des craintes que la loi ne soit pas respectée et pas spécialement pour ce dossier. Dans la république algérienne démocratique et populaire, le droit a été évacué des salles d’audiences des tribunaux et des Cours et cela depuis longtemps.

Avez-vous constaté des irrégularités dans l’instruction ?

Il n’y a que des irrégularités dans l’instruction. D’abord, le corps de la victime a été déplacé par la police judiciaire alors que c’est le rôle du médecin légiste. Il a été emmené à la clinique des Glycines (police), puis au laboratoire de la police scientifique avant d’être déposé à la morgue du CHU Mustapha Bacha (pour l’autopsie). Les officiers de la police judiciaire ont véritablement soustrait des indices à l’instruction et cela constitue une infraction pénale !

Ensuite, on ne trouve pas de trace du procureur de la République dans toute la procédure. Normalement, dès qu’il y a un crime, les premiers officiers de la police judiciaire qui se trouvent sur place, après avoir constaté que la victime est décédée, sécurisent le périmètre de la scène du crime et interdisent à toute personne de s’y approcher. Ils appellent immédiatement le procureur de la République et l’attendent car c’est à lui de prendre la direction des opérations. Or, le premier qui a été appelé est le ministre de l’Intérieur.

Le procureur de la République n’a pas supervisé le travail de la police judiciaire ?

Tout ce dossier a été intégralement pris en charge par la police judiciaire et plus particulièrement par la BRI qui a dirigé les opérations. Le procureur de la République est totalement absent. On ne le voit à aucun moment dans la procédure à tel point que la BRI s’est autorisée des choses que seul le procureur peut autoriser. Le chef de la BRI a par exemple émis une autorisation pour déplacer le corps.

Que s’est-il exactement passé le 25 février 2010 dans le bureau de Ali Tounsi selon les dépositions de votre client ?

Oultache a demandé une audience à Ali Tounsi pour lui demander de reporter la réunion en raison du travail inachevé pour exposer l’état d’avancement de tous les projets de modernisation de la DGSN (vidéo-surveillance, télécommunication, centralisation de l’information informatique, biométrie, communication). D’après les déclarations d’Oultache, certains directeurs avaient fait croire à Ali Tounsi que Chouaib Oultache le trahissait au profit du ministère de la Défense et du DRS. Ali Tounsi avait eu alors des propos très agressifs au cours de l’entretien avec Oultache et il l’a traité de traître. C’est là que l’altercation a commencé. Chouaib Oultache l’a traité à son tour de traître en lui rappelant que c’était un fils de harki. Le DGSN a saisi le coupe-papier et a foncé sur Oultache.

Et que s’est-il passé après ?

Oultache a été très clair dans ses dépositions. Il a reconnu avoir effectivement tiré en direction de la main de Tounsi qui tenait un coupe-papier avec lequel il fonçait sur lui. Mais Chouaib Oultache a tiré au niveau de la cage thoracique du côté droit. Il n’a jamais tiré en direction de la tête. Or, dans le dossier confectionné par le BRI, on n’évoque que deux blessures au niveau de la tête. Néanmoins, on n’a jamais eu des photographies du corps de la victime du côté droit. Ces photographies ont toujours été prises du côté gauche, y compris dans la salle d’autopsie.

On nous dit également qu’on a retrouvé quatre balles dans l’arme du crime. Cela conforte la thèse qu’il y ait eu deux balles seulement qui ont été tirées. Je m’inscris en faux contre cette information. Si l’arme du crime, les balles et les douilles sont ramenées comme preuves à la barre, nous pouvons démontrer l’impossibilité qu’ils aient trouvé quatre balles à l’intérieur du pistolet. Chouaib Oultache a tiré une balle en l’air et quatre balles en direction de Ali Tounsi. Je précise aussi que personne ne sait combien de fois il l’a touché.

Vous voulez dire que Chouaib Oultache était en état de légitime défense ?

Chaouib Oultache a effectivement tiré pour se défendre. Ali Tounsi avait en main un coupe-papier avec une lame métallique de 20 cm de longueur.


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4 Commentaires sur cet article

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  • soussou
    25 février 2017 at 14 h 31 min - Reply

    « D’après les déclarations d’Oultache,certains directeurs avaient fait croire à Ali Tounsi que Chouaib Oultache le trahissait au profit du ministère de la défense et du DRS.Ali Tounsi avait eu alors des propos très agressifs au cours de l’entretien avec Oultache et il l’a traité de traître.C’est là que l’altercation a commencé.Chouaib Oultache l’a traité à son tour de traître en lui rappelant que c’était un fils de harki.Le DGSN a saisi le coupe-papier et a foncé sur Oultache ».
    Détrompez-vous,ce n’est pas de la fiction mais c’est la réalité amère..
    Des responsables censés représenter,aux yeux des algérien-nes,la loi,la sécurité,la sincérité,mais que non,regardez le résultat chers concitoyen-nes:on dirait des mafiosi qui se bagarrent dans un lieu de débauche jusqu’à la mort..
    Ce sont ces criminels qui nous gouvernent et qui ont pris en otage leur république et tout un peuple avec!!
    Avez-vous encore des doutes là-dessus?
    Est-ce qu’on n’est pas en plein VOYOUCRATIE??????????




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  • lyes Laribi
    25 février 2017 at 15 h 43 min - Reply

    Alors maître, vous essayez de nous faire croire à une bagarre d’amoureux dans une cour de récréation qui a dégénéré  » vous m’avez trahi ». Si c’est ça, alors on est le peuple le plus débile de cette planète.




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  • Si Tchad
    26 février 2017 at 13 h 31 min - Reply

    Oui, ca s’est exactement passé de cette maniere: Tounsi a saisi un coupe papier, et Oualtache a saisi une bombe a neutrons qui trainait par terre. La suite est connue: le coupe papier a eu peur et s’est transformé en chocolat fondant, tandis que la bombe à neutrons s’est transformée en berkoukes. Ne cherchez donc pas plus loin: il n’y a pas d’arme du crime car Tounsi est mort de chagrin…




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  • ASSIL
    9 mars 2017 at 8 h 12 min - Reply

    Allons maitre….nous sommes pas betes à ce point….!!!




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