Édition du
28 April 2017

Khalatha Tessfa…

Youcef L’Asnami

« 13 septembre 2014. Au-delà de Tizi-Ouzou, la route s’engage dans la montagne, laissant sur la gauche le lac de barrage de Taksebt, qui alimente Alger en eau potable. Son nom kabyle typique a été gravé en lettres arabes monumentales sur l’ouvrage d’art. L’état algérien modernisateur a signé son emprise par cette arabisation exclusive, occultant du même coup l’histoire berbère du Djurdjura et son passé français colonial. Après le lac, la beauté de la ligne de crête me coupe le souffle, évocation du Mercantour arpenté dans ma jeunesse, mais le massif parait plus rare, inaccessible, et le vacillement de l’air semble mystérieux. Les plantes, la couleur de la terre, des pierres sont familières, les bouffées de parfums végétaux entrant par la fenêtre entrouverte créent une troublante intimité, me renvoient à mon enfance au piémont des Alpes Maritimes. Mais en laissant traîner mes yeux sur le bas côté, je n’aperçois qu’un long jonchement d’ordures, de canettes de bière verdâtres jetées par les automobilistes, d’emballages divers jaunies par le soleil, et de sacs en plastic multicolores accrochés aux branches et aux épineux. »

C’est ainsi que débute le récit de Gilles KEPEL dans son petit livret « Passion en Kabylie » où il raconte la  visite qu’il a longtemps espérée, à son « maître » Mohammed Arkoun (1928-2010) au village de Taourirt Mimoun. Escorté par la gendarmerie,

–          il visita alors la maison natale de Mohamed Arkoun, goûta aux figues mûres sans respecter la tradition «  A Taourirt Mimoun, je me trouvai pris, cinquante ans après, pour satisfaire un prurit compulsif, en flagrant  délit de blasphème- sinon d’atteinte aux bonnes mœurs » ,

–          puis la demeure des Mammeri,

–          assista à un enterrement qu’il décrira minutieusement,

–          puis visita Ait Larba, l’autre village où Arkoun avait étudié dans le collège des Pères Blancs, « ces jésuites enfarinés qui accompagnaient l’œuvre éducatrice de la colonisation par une mission d’enseignement, interdite en métropole par le petit père Combes en 1903, mais autorisée outre-mer ».

Heeeeeeeeh comme disent les facebookistes !!! Heeeeeeeeeh …. l’œuvre éducatrice de la colonisation par une mission d’enseignement ! Haw kifahe ????

Contrairement à ses autres « Passions arabes » – Syrie, Libye, Tunisie, Yémen, Palestine, journaux de bord rédigés par l’auteur entre 2011 et 2013 au lendemain des « printemps arabes », « Passion de Kabylie » sort du lot. Le choix de la Kabylie n’est évidemment pas fortuit. Sauf qu’il a réduit son voyage au culte qu’il a pour son « maître » Arkoun qu’il semble vénérer. Mais en profita pour glisser quelques « classiques » :

 « Contrairement au reste du pays, où les panneaux indicateurs sont tous bilingues français arabe, je ne vois plus rien d’écrit dans cette langue-ci depuis le dernier barrage et le renforcement massif de notre escorte, comme si nous avions passé une sorte de frontière. Parfois l’arabe a été barbouillé de noir, comme le FLNC s’y amuse pour les toponymes français sur la signalétique routière de l’île de Beauté. Ici, un panneau a été repeint à neuf en blanc, puis rédigé à nouveau en lettres noires : à la place de l’arabe, les noms de lieux sont transcrits en caractères latins qui reproduisent la prononciation kabyle standardisée : Tizi Wezzu / Tizi Ouzou« .

Arkoun, mort en 2010 et enterré à Casablanca, dont Mohamed TALBI, le penseur tunisien adepte de la suppression pure et simple de la Chariâ qu’il considère comme « œuvre humaine désuète, formulée au IXème siècle, et figée jusqu’à ce jour »,  disait « La voie de Mohammed Arkoun ? Elle n’est pas la mienne. Je suis un penseur musulman pratiquant. Il ne l’était pas. (…). Révolté par l’attentat du 1er Septembre, il en attribua la cause à l’Islam, et particulier au Coran dans lequel il vit, comme tous les Chrétiens, un livre de violence. Il préconisa, en conséquence et avec insistance, l’interdiction de son apprentissage dans les écoles ».

Difficile de se retrouver dans ces points de vue où les héros pour les uns sont des traîtres pour les autres.

Suite à l’enterrement de Mohamed Arkoun à Casablanca, la presse algérienne restait assez timide sur la biographie, le parcours et la pensée de Mohamed Arkoun. Les avis sur ce penseur  étaient relativement assez partagés, y compris dans son village natal de Taourirt Mimoun où on aime raconter la gifle qu’aurait reçue Arkoun du père de Mouloud  Mammeri pour non respect d’une tradition locale.


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2 Commentaires sur cet article

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  • kaci Seddiki
    2 mars 2017 at 18 h 18 min - Reply

    Comment est ce possible que des personnes aussi « petites » puissent s’attaquer à des éminences comme Arkoun Mohamed?




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    • Fatima D
      3 mars 2017 at 8 h 43 min - Reply

      Il me semble que le billet rapporte des faits plus que des positions. L’article se termine par une interrogation. Qui croire dans ce magma , Gilles Kepel, arabisant, marié à une kabyle, considéré par les médias comme expert du terrorisme te des banlieues se lâche en Kabylie où il espérait trouver une contestation latente. Déçu par le calme, il s’est contenté de décrire l’environnement. Quant à Talbi, il a tout l’air d’être un malade mental médiatisé. Le titre du billet résume tout : c’est un cafouillis. Mais ce serait bien d’avoir un débat sur M. Arkoun beaucoup plus intéressant que sur celui de la petite fille de bengana.




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    Congrès du Changement Démocratique