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28 March 2017

Multiplication des grèves dans les universités : le spectre de l’année blanche plane

TSA 08:01  jeudi 16 mars 2017 | Par Nacereddine Benkharef | Actualité

Les étudiants des universités sont en colère. Depuis plusieurs mois, ils observent des grèves pour dénoncer la mauvaise qualité de leurs formations et s’inquiètent pour leur avenir professionnel. Le spectre de l’année blanche plane.

PHOTO PRISE LORS DE LA GRÈVE DE LA FAIN QU’ON ENTAMÉ LES ÉTUDIANTS EN MÉDECINE DENTAIRE. (CRÉDITS : DR)

Un diplôme de docteur en médecine sans le statut qui va avec…

Après une rencontre tenue lundi 11 mars avec les secrétaires généraux des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé ainsi qu’avec le directeur général de la fonction publique, les représentants de la Coordination nationale des étudiants en médecine dentaire sont sortis insatisfaits de cette réunion. La raison ? L’avis défavorable émis par les autorités à leur revendication principale, en l’occurrence le classement dans la catégorie 16 au même titre que les docteurs en médecine.

« Je ne pense pas qu’il existe un seul étudiant en médecine dentaire qui soit satisfait des résultats de cette réunion. On a eu des engagements des représentants des ministères concernant nos revendications pédagogiques, mais notre revendication majeure d’être classés à la catégorie 16 n’a pas été satisfaite. D’ailleurs, nous avons exprimé notre refus dans le procès-verbal final », affirme à TSA Samir Seddiki, membre de la Coordination nationale des médecins dentistes.

Selon lui, sur les neuf facultés de cette filière qui existent sur le territoire national, sept ont opté pour la grève. « Les départements d’Oran, de Sidi Bel Abbes, Constantine, Annaba, Sétif, Tizi Ouzou et Blida sont en grève », précise-t-il.

En revanche, la situation demeure floue quant au maintien de la grève ou de sa suspension. « À Oran, nous avons voté pour le maintien de la grève avec 66% des voix lors d’une assemblée générale qui a eu lieu aujourd’hui. Mais, la majorité des facultés ont voté pour la suspension de la grève. On attendra la réunion de la coordination nationale pour trancher définitivement », explique-t-il.

Ce mercredi à Tizi Ouzou, les étudiants ont décidé d’occuper l’administration, selon Farouk Ziani, membre de la coordination des étudiants en médecine dentaire de l’université Mouloud Mammeri. « On est toujours en grève. Hier (mardi 14 mars), les étudiants ont fait un piquet de grève devant le portail de la faculté. Aujourd’hui, on occupe l’administration. On n’est pas du tout satisfaits des résultats de la réunion avec les représentants des ministères. On n’a rien eu », déplore-t-il.

« Depuis 2011, notre statut a changé. On est passé de chirurgien-dentiste à docteur en médecine dentaire. Mais, rien n’a été fait concrètement. Quand on nous recrute au niveau des hôpitaux, on nous demande d’abandonner notre diplôme de docteur en médecine dentaire et d’accepter d’être recrutés en tant que chirurgien-dentiste. C’est une mascarade et une insulte, pas uniquement envers les étudiants en médecine dentaire et les médecins-dentistes, mais pour le peuple algérien et les martyrs de la Révolution », assène-t-il.

| LIRE AUSSI : Des étudiants en médecine dentaire entament une grève de la faim

Les étudiants de l’IMSI en grève depuis plus de trois mois

Et il n’y a pas que les étudiants en médecine dentaire qui sont en grève. Ceux de l’Institut de maintenance et sécurité industrielle (IMSI) à Oran le sont aussi depuis le 26 novembre 2016. Dans leurs revendications, ils dénoncent les difficultés rencontrées lors de leur insertion professionnelle, notamment en raison du certificat de résidence exigé au niveau l’Anem pour tout recrutement.

« On veut être exemptés de la carte de résidence lorsqu’on postule à un poste d’emploi via l’Anem. Il faut savoir qu’on est spécialisés en maintenance et sécurité industrielle et les grandes industries sont concentrées dans les grandes villes. Du coup, sans résidence dans ces villes, on ne peut pas postuler », expliqué Bessedik Mohamed Amine, représentant des étudiants de l’IMSI.

« On a déjà organisé un sit-in devant le ministère de l’Enseignement supérieur et un autre devant le Palais du gouvernement. Le ministère de l’Enseignement supérieur nous a orientés vers le Premier ministère prétextant qu’il n’est pas habilité pour satisfaire nos revendications. On a déposé une demande d’audience pour voir le Premier ministre. Mais pour l’heure, elle est restée sans réponse », raconte-t-il.

Vers une suspension de la grève des étudiants en Pharmacie

De leur côté, les étudiants en pharmacie se dirigent vers la suspension de leur grève, qui a duré plus de quatre mois, selon Nassim Cheboub, membre de la coordination nationale des étudiants en pharmacie.

Un accord conclu entre les représentants des étudiants et les secrétaires généraux des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé ainsi que le directeur général de la fonction publique lors d’une réunion tenue lundi 13 mars a ouvert la voie à la suspension de la grève. Mais elle restera tributaire de l’application de cet accord, d’après notre interlocuteur.

« Nous allons suspendre la grève après réception de deux arrêtés relatifs à la composition du CPN (Comité pédagogique national) et les tâches qui lui seront attribuées. Mais, on va juste suspendre la grève pour suivre cette feuille de route et non l’arrêter », assure-t-il.

| LIRE AUSSI : En grève depuis deux mois, les étudiants en pharmacie s’inquiètent pour leur avenir

Le président du Cnes tire à boulets rouges sur le ministère

Par ailleurs, le président du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes), Abdelmalek Azzi, a attribué la multiplication de ces mouvements de grève à « la politique » adoptée par le ministère de l’Enseignement supérieur surtout « ces deux dernières années ». Pour lui, les revendications des étudiants sont tout à fait « légitimes ».

« C’est lié à la politique du ministère, c’est dû aussi aux gestionnaires incompétents qui gèrent le secteur. Des recteurs sont nommés non pas sur la base de la compétence mais par népotisme. On met en cause le ministère », assène-t-il.


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