Édition du
24 November 2017

Fraude électorale : aux opportunistes qui appellent le « ghachi » à voter !

Fraude aux législatives de 1997 : l’ex-wali Bachir Frik témoigne

TSA
mercredi 22 mars 2017 | Par Hadjer Guenanfa | Actualité

BACHIR FRIK, EX-WALI D’ORAN ET DE ANNABA. (SOURCE : PINTEREST)

Ancien wali d’Oran et de Annaba, Bachir Frik revient dans cet entretien sur sa propre expérience lors des élections législatives et locales de 1997. Il relate comment il a participé à la fraude électorale en tant que wali et pourquoi il n’a jamais refusé de suivre les instructions du pouvoir.


Mokdad Sifi affirme que les élections législatives et locales de 1997 étaient un « scandale en matière de fraude ». Vous étiez à l’époque wali à Oran. Vous confirmez ses propos ?

Mokdad Sifi a vécu les élections présidentielles de 1995 en tant que chef du gouvernement, les élections législatives en tant que candidat à Tébéssa puis les élections locales en tant que ministre d’État. Je suppose qu’il a des données quelque peu superficielles puisqu’il était observateur mais de loin. Je veux dire qu’il n’avait pas de poste de responsabilité directe (dans l’organisation de l’opération, NDLR). Cela étant dit, effectivement, il y a eu une grande fraude dans les législatives et les locales de 1997. Je témoigne parce que j’étais acteur. En tant que wali (d’Oran), j’ai participé activement à cette mascarade.

| LIRE AUSSI : Mokdad Sifi confirme la fraude au profit du RND aux élections de 1997

Comment avez-vous participé concrètement à cette mascarade sur le terrain ?

Il est important de rappeler quelques faits. Fin décembre 1994, le président Liamine Zeroual avait prononcé un discours où il a tracé un calendrier pour l’organisation des élections présidentielles en 1995, un référendum pour la Constitution en 1996 et des élections législatives et locales en 1997. Le programme avait été respecté. Par la suite, il y a eu un coup de force du DRS au sein du FLN contre Abdelhamid Mehri qui a été remplacé par Boualem Benhamouda. Malgré cela, le pouvoir en place n’avait pas confiance dans l’équipe du FLN. Donc ce pouvoir, et surtout le général (Mohamed) Betchine, a décidé de créer le RND le 22 février 1997, soit quatre mois avant les législatives.

Avez-vous reçu des instructions durant cette période ?

Personnellement, j’ai assisté au (ministère de) l’Intérieur à des séances de travail restreintes, en présence d’autres walis qui sont actuellement ministres, pour discuter de l’opportunité de créer un nouveau parti afin de soutenir le pouvoir en place. Des instructions fermes ont été données aux walis, par le biais du ministère de l’Intérieur, pour que les législatives soient remportées par le RND. Ahmed Ouyahia était le chef du gouvernement. Donc, nous avons par la suite travaillé dans ce sens avec comme prétexte l’intérêt suprême de l’État.

Comment organise-t-on la fraude au sein d’une wilaya ?

Chaque wali travaille avec ses collaborateurs, surtout les chefs de daïras. Première étape : la sélection des membres des bureaux de vote. Ces derniers doivent être choisis parmi les gens acquis à l’administration. D’ailleurs, il y a des enquêtes d’habilitation. Quand quelqu’un était soupçonné d’être un islamiste à l’époque, il était automatiquement écarté.

Deuxième étape : chaque chef de centre de vote reçoit des instructions pour faire passer les élus de tel parti politique. À l’époque, c’était le RND. Mais chacun d’eux a sa manière pour faire passer la liste. Auparavant, la majorité des listes du RND étaient établies par les walis à l’exception de quelques-unes. À Oran, le ministère de l’Intérieur voulait imposer des personnalités comme Abdelkader Bensalah, et moi j’avais voulu mettre les membres fondateurs du bureau de wilaya du RND. Finalement, ils (ministère) m’ont imposé les cinq premiers noms avec comme tête de liste Bensalah. En fin de compte, le wali ne fait que donner des instructions.

Vous avez déjà signé des procès-verbaux avant la tenue des élections ?

À Oran, il n’y avait pas de procès-verbaux signés à l’avance. Il y avait plutôt un changement de bulletins dans les urnes. Les membres du bureau de vote bourrent les urnes ou jouent sur le calcul des bulletins de vote. Quand tous les membres du bureau sont complices, ils enlèvent les bulletins et les remplacent par d’autres.

Quel était le rôle du DRS dans cette opération ?

Au niveau national, c’était le DRS qui mobilisait discrètement le mouvement associatif pour faire adhérer les gens à une tendance. Au niveau local, c’étaient les représentants du DRS qui faisaient un travail en parallèle en collaboration avec le wali notamment sur les listes des candidats. Je vous rappelle que le DRS faisait partie de la commission de sécurité (de la wilaya) où siégeaient tous les services de sécurité. Sauf que l’officier le plus influent était celui du DRS. Mais le DRS ne s’impliquaient pas directement (dans la fraude, NDLR). L’élément déterminant dans les élections, c’était le wali et la wilaya.

Les élections locales de 1997 étaient également entachées de fraude ?

En réalité, il y avait beaucoup plus de fraude aux élections locales qu’aux élections législatives. La Constitution de 1996 avait institutionnalisé le Conseil de la Nation dont les deux-tiers sont élus par des élus locaux. Donc, il fallait que le RND obtienne la majorité au niveau de cette institution. Personnellement, j’étais reçu par le général Betchine au niveau de la présidence en tant que wali de Annaba. Il m’a dit clairement : « C’est la première expérience avec le Conseil de la Nation donc on souhaite qu’il n’y ait pas de surprise ». Donc, il faut une majorité RND et chaque wali a reçu d’une manière ou d’une autre les mêmes instructions. En décembre 1997, les membres du Conseil de la Nation avaient été élus avec une majorité absolue pour le RND.

Qu’en est-il de l’élection présidentielle de 1999 ?

En ce qui concerne les élections présidentielles de 1999, j’étais toujours wali à Annaba. Le chef du gouvernement était Smaïl Hamdani. Mais le chef de file de l’opération était le DRS ou l’institution militaire en collaboration avec les walis. Même les chefs de régions ont donné des instructions aux commandants des secteurs. Ces derniers transmettaient (le message) aux walis : notre candidat est Abdelaziz Bouteflika. Nous avons travaillé dans ce sens. Cela étant dit, je ne peux pas vous parler de fraude parce que les six autres candidats s’étaient retirés à la dernière minute. Donc, on n’a pas mis un dispositif pratique pour la fraude. Abdelaziz Bouteflika était seul sur le terrain.

Avez-vous toujours reçu des consignes lors des élections au cours de votre carrière ?

Oui sauf en 1990 et 1991. À l’époque, j’étais chef de daïra à Bordj Menail. Il s’agissait des premières élections après l’avènement du multipartisme et on n’a reçu aucune instruction. La même chose pour les législatives du 26 décembre 1991. En fait, on avait reçu des instructions en filigrane. À la dernière réunion wali-gouvernement et avant qu’il ne démissionne, Mouloud Hamrouche nous avait dit à l’issue de la séance : « Vous êtes responsable de l’organisation et du résultat ».

Vous n’avez jamais essayé de ne pas suivre ces instructions ?

Sincèrement, non. Je ne peux pas mentir là-dessus. À l’époque, on était dans un contexte un peu spécial. Le wali avait peur pour son poste. Et puis qui était chargé de l’évaluer ? Ce n’était ni le ministre de l’Intérieur, ni quelqu’un d’autre. C’était le DRS ! Son rapport (sur un fonctionnaire, NDLR) est le plus influent. Quand le colonel du DRS au niveau de la région vient l’informer que les instructions du commandement vont dans ce sens, pensez-vous qu’un wali aura le courage de lui dire non ? Personne n’avait ce courage.

Vous le regrettez ?

Je le regrette beaucoup. Quand on est dans l’engrenage, on ne le sent pas. Vous vous dites que vous travaillez pour l’intérêt suprême de l’État et que les gens au pouvoir connaissent l’intérêt suprême de l’État mieux que vous car vous êtes un simple exécutant. Le wali n’est pas un politicien, c’est un fonctionnaire et un carriériste. Mais quand on se libère de la fonction, on se rend compte qu’on a commis des erreurs.

La restructuration du DRS était finalement une bonne chose ?

Je ne suis pas en mesure de dire si c’est une bonne ou mauvaise chose. Maintenant, ces services sont rattachés à la présidence. C’est une restructuration qui ressemble à celles faites avec la SM (sécurité militaire) à l’époque de Kasdi Merbah et après. Il faut peut-être laisser le temps au temps pour juger. Ce qui est sûr est que ces services existent et ont toujours leur mot à dire dans la vie politique et sécuritaire du pays. Pour moi, les services de renseignement sont la colonne vertébrale de l’État.

Des élections législatives auront lieu le 4 mai prochain. Le ministre de l’Intérieur ne cesse de vanter la transparence du processus. Est-ce que les doutes exprimés par l’opposition sont justifiés ?

Personnellement, je pense que le doute va rester tant qu’ils n’ont pas évolué dans l’organisation des élections. L’opposition et des personnalités nationales ont plaidé pour la création d’une instance indépendante pour la gestion et l’organisation des élections. Aujourd’hui, s’ils veulent frauder, c’est très facile puisqu’il n’y a plus de commission de contrôle composée de représentants de partis politiques. Ils ont mis en place une haute instance qui ne peut rien faire.


Nombre de lectures : 2738
6 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • AMGHID.
    22 mars 2017 at 15 h 41 min - Reply

    Quand c’est « FLOU » c’est qu’il y-a plusieurs loups.
    La raison d’être du F.L.N. de la nuit c’est la CH’KARRA…..!!!
    Cette année le nombre de CH’KARISTES est très important, (alors que les places sont limitées) les prochaines élections vont déboucher sur une guerre sans merci entre les charognards du F.L.N. de la nuit… !!!

    Maintenant qu’il veut s’attaquer à la raison d’être du FLN de la nuit, « la CH’KARRA » Mr OULD-ABBES doit préparer sa valise pour quitter le navire, sinon il risque sa peau …!!!

    Les Janissaires du FLN de la nuit et ces 02 enfants illégitimes: le (F.I.S) et le (R.N.D le moustachu !) ont kidnappé l’Algérie;
    Quand est ce que les représentants des peuples d’Algérie vont passer à l’acte ?

    La solution ne viendrait que lorsque nous dépasseront les clivages ethniques, en favorisant la géographie au détriment des races, par la création d’une « CONFEDERATION » des peuples de l’Afrique du Nord, ou tous les peuples auront leurs places égaux en droits et en devoirs, comme c’est le cas de l’Afrique du Sud qui s’est débarrassé de son APARTHEID, elle possède 12 langues officielles ; elle n’a pas perdue son Sud, contrairement à l’Afrique du Nord !




    4
  • Mohammed
    22 mars 2017 at 17 h 56 min - Reply

    Rebelote(…l’histoire d’un autre post).
    …Mais on est certain,demain,le temps d’une éclair éclipse du régime dictatorial que tout le monde va lever la tête et regarderait en face cette vérité(voyoucratie,pouvoir illégitime et sanguinaire).
    On trouverait,certainement,ceux qui Applaudissaient les Mensonges d’hier tout en se cachant dans l’ombre ou les ténèbres marquer leur temps d’arrêt(après avoir tourné leur veste bien sur)et dire aussi leur vérité à eux: »qu’ils étaient conscients de n’être que des Acteurs Menteurs et qu’ils n’avaient pas d’autres choix à part s’occuper de leur petite carrière en tant que simple exécutant pour les uns ou carrément Harkis du système pour d’autres ».
    Ils commenceraient alors,encore et encore à cracher leur venin sur le système qui les vu naître et grandir en son sein pour rester toujours ces mêmes Menteurs.
    Le comble de l’ironie c’est que l’on trouvera des gens qui les croiront.




    3
  • Ameghnas
    27 mars 2017 at 16 h 54 min - Reply

    J’apprécie la sincérité et la naïveté de Bachir Frik pris dans un engrenage qui le dépasse.Le fait d’avoir des regrets montre clairement que ce monsieur a cautionné une pratique qu’il réprouvait intérieurement mais que le climat de l’époque le poussait à accepter d’entrer dans l’illégalité.En assumant avec regret ce qu’il a fait et en le révélant au public,il éclaire l’opinion publique sur des pratiques courantes mais niées officiellement.C’est à son honneur de briser l’omerta,contrairement aux autres walis qui se sont murés dans un silence coupable !




    5
  • T’meskhir
    27 mars 2017 at 20 h 31 min - Reply

    « Mohcine Belabbas, et donc le RCD, se plaint de l’organisation des élections mais une fois qu’il a accepté et décider en toute conscience de participer aux élections. Mais c’est trop tard ya Mohcine. Maintenant, il ne te reste plus qu’une chose : tu fermes ta bouche et tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même. J’espère que les militants et sympathisants RCD vont en tirer les conséquences de ta décision prise avec certains de tes cadres dirigeants du parti. Petite remarque digressive : je viens de lire dans un journal algérien online que Benbitour souhaite que les islamistes seront nombreux au parlement pour « faire plier » le pouvoir de l’intérieur. Je le remercie de s’être enfin prononcé sur les élections. Son intervention m’a donné la réponse que finalement Benbitour est lui aussi d’accord avec les partis politiques qui ont décidé de participer aux élections législatives. En dehors de Benflis et de Soufiane Djilalli, lui aussi a trahi le principe de base de la CLTD et de l’ISCO qui consiste à ne jamais engager quoi que se soit avec le pouvoir sur le plan politique tant que ce pouvoir ne fait pas d’efforts sérieux et honnêtes pour engager des discussions constructives, avec la vraie opposition, pour l’avènement d’une la vraie démocratie et pour le vrai changement de système politique. Donc Benbitour a lui aussi baissé la culotte. Ensuite, je viens de constater que Benbitour est un vrai islamiste au sens idéologique et politique du terme et qu’il peut très bien occuper une place de dirigeant au sein du MSP ou de Ennahda sans aucun problème. Il a bien souhaité que se soit les islamistes qui entrent en puissance à l’APN mais pas les autres partis dit démocratiques. On en prend note et donc les choses sont plus claires pour tout un chacun. Mais me direz vous c’est çà la liberté de pensée, de conscience et d’opinion, mais la première des choses c’est d’être honnête et de montrer son vrai visage à l’opinion publique. Pour Benbitour, c’est fait !




    6
    • Habib Boumsila
      28 mars 2017 at 16 h 18 min - Reply

      @T’meskhir, c’est vrai mon frère internaute que les seuls « dirgazène » (hommes en langue berbère) ce sont Benflis et Soufiane Djilali. On peut ne pas être d’accord avec eux sur leur ligne politique, leur programme ou et je ne sais quoi, mais eux au moins ils ont dit non aux élections. Cher internaute @T’meskhir, il fallait aussi dire la même chose aux responsables et cadres politiques du FFS …: fermer votre bouche et arrêtez de vous plaindre, c’est trop tard car il fallait être exigeant avant de plonger dans une piscine sans eau !




      5
  • water water
    31 mars 2017 at 21 h 34 min - Reply

    On ne témoigne jamais en temps réel,la déesse république fait peur, encore moins 20 ans aprés sauf si on est piétiné.

    Je ne sais pas,

    Le témoignage, en retard d’une époque, veut dire cracher dans la soupe, et quand il ne l’est pas, des deux choses l’une , je ne plonge pas seul ou bien le roi est mort vive le roi.

    chacun sait ou enterrer son père.

    Merci




    0
  • Congrès du Changement Démocratique