Édition du
23 October 2017

Dans les coulisses du prurit saoudien contre un pas si « vilain petit Qatar »

François Burgat
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La tension entre l’Arabie Saoudite et le Qatar est ancienne. Elle procède d’une vieille rivalité régionale par laquelle le petit Qatar est venu contester depuis le début des années 1990 le vieux leadership régional jusqu’alors solidement établi de l’Arabie. Les tensions se sont manifestées à différents niveaux, y compris par des tentatives de déstabilisation de l’Emirat ou lors d’un différend frontalier qui a failli dégénérer en conflit. Elles se sont exacerbées lors du lancement de la chaîne Al-Jazeera en 1996, dont la tonalité très libre a spectaculairement mis à mal la crédibilité de la langue de bois de la communication saoudienne. Al-Jazeera a très vite adopté de surcroît une ligne favorable aux oppositions d’un grand nombre de pays de la région. Cette ouverture, appuyée par le professionnalisme de journalistes dont beaucoup étaient passés par le service arabe de la BBC lui a valu une hostilité quasi générale des régimes arabes. Et une adhésion populaire régionale sans précédent qui a accru la jalousie et les craintes de Riad. Pour contrer sur le terrain religieux le prestige du gardien ” des deux lieux saints de l’Islam”, le Qatar a promu, grâce notamment à l’émission phare “La chari’a et la vie” une référence sunnite alternative, le cheikh Qardhawi dont la popularité a très vite été perçue comme un danger par Riad.
A partir de 2011, la tension a été exacerbée par la poussée des printemps arabes. Sur les terrains syrien puis yéménite, fut-ce avec des stratégies différentes, Qatar et Arabie Saoudite ont soutenu le même camp, celui des oppositions. Mais sur plusieurs autres fronts , égyptien, libyen et tunisien notamment, les diplomaties des deux pays ont adopté des stratégies radicalement opposées. Hormis dans le cas du Bahrein, le Qatar a soutenu les mobilisations protestataires et Riad ceux que ces mobilisations menaçaient. Les princes saoudiens n’ont pas supporté de voir leur impertinent challenger s’allier à des forces révolutionnaires dont les urnes tunisiennes et égyptiennes ont vite confirmé qu’elles étaient très proches de ce courant des Frères musulmans qu’ils considéraient comme leurs plus dangereux rivaux. La déposition de Morsi et des Frères en juillet 2013 a vu “logiquement” ensuite basculer l’Egypte dans le camp saoudien des adversaires farouches de Frères… et de leurs amis.

Il est assez vraisemblable que le dernier jalon de cette séquence ait été le feu vert – sinon les encouragements – reçus par Riad de la part Trump, dont la ligne anti iranienne (dictée en partie par l’Etat Hébreu) a été récompensée et encouragée par de formidables contrats d’armement.

Les Etats Unis ne veulent pas spécifiquement isoler le Qatar mais bien l’Iran. L’une des façons de le faire est de fermer plus que jamais les yeux sur les contre performances démocratiques de tous ce ceux qui dans la région acceptent de jouer avec eux cette partition. “Drive them out” a répété Trump aux dirigeants arabes, en évoquant tous ceux que – à l’instar de son fidèle allié Sissi – il qualifie indistinctement de “terroristes”.


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4 Commentaires sur cet article

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  • ali
    5 juin 2017 at 18 h 06 min - Reply

    seul Sissi, puis les autres sont tous des terros voilà ce que trumpette adéclaré
    mais les arabes resterons à jamais soumis




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  • lyes laribi
    5 juin 2017 at 19 h 49 min - Reply

    Quand la religion se colore du pétrole, elle perd sa blancheur (sainteté) et elle devient noir.




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  • fatma
    5 juin 2017 at 20 h 08 min - Reply

    En vérité cette crise n’est pas nouvelle, cela fait quelques mois qu’elle couve. Il s’agit de règlements de comptes entre bédouins, c’est une crise de leadership ou d’hégémonie sur le monde musulman à travers deux visions de l’islam politique, l’une relavant du salafisme-wahhabisme de l’Arabie Saoudite et l’autre menée par les frères musulmans financés et soutenus par les Qataris. Ce petit pays (mais très riche) qui est le Qatar a commencé à déranger son grand voisin et rival wahhabite notamment depuis la création de la chaîne El Djazira qui soutient ouvertement toutes les «révoltes» dans le monde dit arabe notamment pour instaurer d’états islamiques d’obédience frères musulmans comme en Libye, en Egypte et en Tunisie et même à Bahreïn pourtant chasse gardée des Saoudiens. Les richissimes et non moins valets d’Israël et des Etats-Unis ont accusé le coup car ils étaient en perte de vitesse avec Obama qui les a plaqués et renouait avec leurs ennemis jurés les Iraniens. Ces deux bédouins Qataris et Saoudiens se faisaient indirectement la guerre en Syrie l’un soutenant le groupe terroriste El Qaida et l’autre El Nousra. Depuis l’élection de Trump les choses semblent changer notamment depuis sa dernière réunion avec les pays musulmans en Arabie où il ne s’est pas gêné de leur donner des ordres et de leur tracer une nouvelle feuille de route. Il a pris position pour l’Arabie moyennant des commandes commerciales de 400 Milliards de dollars et tout de suite voilà que cet ogre Saoudien s’attaque au petit poussé Qatari. Pourquoi ils ne font ces guerres à Israël ?. En tout cas, dans quelques jours le grand Satan va intervenir pour leur donner l’ordre de cesser ce jeu de petits garçons mal élevés.




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  • rabiâ el awal
    6 juin 2017 at 11 h 13 min - Reply

    Le problème dans cette region est sans doute dû a leurs independance du pétrol, ils ont petrol et s’en foutent du reste! ne savent ce que s’est une contitution; un état de droit et encore moins une armée! dépensent leurs argent comme des analphabètes bedouins entre Genève et Londre et cette crise les a plongée dans un sentiment de désarroi, et les a prient conscience qui ne sont rien du tout et peuvent sauter du jour au lendemain, ils préfèrent vivre en Paix suite a l’argent volée au monde Musulman; sa vous sert de casser vos pieds sont des femelettes comme les notre. saha ftourk’m
    observation : ce Commentaire que je viens d’écrire a absorbé la moitié de mes capacités intellectuelles et physique dû a la force concentration et au ramadan.




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  • Congrès du Changement Démocratique