Édition du
20 August 2017

Assassinat du docteur Sarhane Karoui par deux étudiants : L’Université algérienne en deuil

Assassinat du docteur Sarhane Karoui par deux étudiants : L’Université algérienne en deuil Spécial

Écrit par Wafia Sifouane

 http://www.reporters.dz

Et le pire est arrivé ! Après les nombreux épisodes de violence, observés ces dernières années, le coup de grâce a été porté à l’Université algérienne, lundi, avec l’assassinat de l’enseignant Karoui Serhane par deux étudiants.

Agé de 44 ans, le Docteur en sciences administratives et juridiques à l’université de Khemis Miliana, wilaya d’Aïn Defla, a été retrouvé mort à Tipasa, son lieu de résidence, portant la marque de nombreux coups de marteau à la tête. Le défunt serait tombé dans un guet-apens, suite à un appel téléphonique qu’il avait reçu tard dans la nuit et qui l’avait conduit sur le lieu du crime. Les auteurs de ce crime crapuleux, selon la première version, seraient deux étudiants que le docteur avait empêché de tricher durant un examen. Une autre version rapporte que ce sont d’autres étudiants qui ont été envoyés par ceux que le regretté avait remis à l’ordre. Nous avons tenté de contacter le ministre de tutelle pour d’amples informations, mais avons été priés de nous adresser aux forces de l’ordre. « Cette affaire est entre les mains de la police et nous n’avons aucune information à propos de ce crime », nous a indiqué un cadre du ministère de l’Enseignement supérieur.

Onde de choc
Provoquant une véritable onde de choc, cette sombre affaire, et selon de nombreux enseignants, n’est que la suite logique d’une situation qui perdure au sein de l’Université algérienne, gangrenée par le phénomène de la violence. En effet, depuis le début de l’année 2017, de nombreuses agressions à l’encontre d’enseignants ont été signalés, dont le cas d’enseignants de sciences politiques agressés par des étudiants au sein de la faculté Alger 3, le 16 février dernier, ou encore la tentative de meurtre de l’enseignant Mohamed Mlili par trois étudiants, en mai dernier, à l’université de Msila. La victime avait échappé à une mort certaine après plusieurs jours de coma. Plus récemment, ce sont les enseignants de sciences économiques de la faculté Alger 3 qui ont été victimes d’agression physique par des étudiants, le 1er juin dernier. On notera que l’ensemble des auteurs de ces agressions demeurent impunis, ce qui est complètement sidérant !
Des enseignants universitaires en colère
Face à ce drame, les enseignants étaient nombreux à faire part de leur incompréhension et leur colère. « Cette fois-ci, la violence en milieu universitaire franchit une nouvelle étape », dénonce le professeur syndicaliste Driza Samir, enseignant à la faculté des lettres et des langues à l’université de Khemis Miliana. « Nous nous sentons menacés à l’intérieur même de l’enceinte universitaire, d’autant plus que les accidents de ce genre se multiplient au sein des universités du pays », a-t-il ajouté informant que la section locale du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) de l’université de Khémis Miliana a décidé d’organiser un rassemblement de deuil devant le siège du rectorat en hommage à leur collègue lâchement assassiné. D’ailleurs, cet appel à une « journée de deuil, d’hommage et de solidarité » sera observé également aujourd’hui dans la quasi-totalité des universités du pays en soutien aux enseignants universitaires menacés par toutes les formes de violence. « Il ne s’agit pas d’un simple fait divers, car ce crime odieux dont notre collègue est victime pose un vrai problème et de société», nous confie un enseignant à la même université.
Pour sa part, Louisa Aït Hamadouche, enseignante en sciences politiques à l’université Alger 3, n’a pas caché son émotion face à un crime jusque-là sans précédent. « Nous sommes choqués, car il s’agit de quelque chose qui n’aurait jamais dû arriver. Nous sommes très peinés aussi car on pense à la famille du défunt, mais surtout, nous sommes en colère parce que nous considérons que ce qui s’est passé lundi ne doit rien au hasard.
C’est la conséquence logique de l’impunité dans laquelle les enseignants vivent et nous sommes déterminés à ne pas laisser ce crime tomber dans les faits divers », a déclaré l’enseignante. En ajoutant : « Nous refusons la violence et l’impunité à l’université. Tout auteur d’un acte de violence doit être sanctionné, que cela soit au niveau de la justice ou au niveau de l’université. La justice algérienne est très lente, mais l’université doit sanctionner rapidement. Mais, hélas, l’université est dans une logique de non-sanction. Nous sommes témoins au quotidien de menaces et d’agressions contre les enseignants. » Comme solution, l’enseignante a préconisé l’application du règlement intérieur de l’université en engageant des sanctions rapidement contre toute personne auteur d’acte de violence.
Les autorités appelées à intervenir
Pour sa part, Mohamed Rezig, coordinateur du Cnes à la faculté Alger 3, a considéré que ce crime n’est que le reflet d’un sérieux problème dans lequel l’Université algérienne est noyée. « Ce que nous craignions le plus a fini par arriver. Ce que nous n’avions pas cessé de dénoncer a finalement eu raison de Karoui Sarhane.
Ceci reflète le problème qui ronge l’Université algérienne, celui de la violence qui ne cesse de s’accroître », a-t-il jugé. En ajoutant : « Nous traversons, aujourd’hui, une étape cruciale qui nécessite des responsables à la hauteur de l’Université algérienne et non pas des responsables complices avec les baltaguia. Nous recevons au quotidien des plaintes et chaque fois nous constatons une convergence entre les baltaguia et les responsables qui les protègent », s’est-il indigné. Concernant le cas de la faculté Alger 3, qui a été théâtre d’une agression contre les enseignants de sciences politiques, le 16 février dernier, notre interlocuteur a pointé un doigt accusateur vers le recteur de la faculté ainsi que les doyens.
« Pour la faculté Alger 3, la violence a fait son entrée avec l’arrivée du nouveau recteur qui protège et défend des étudiants qui agressent des enseignants. De graves dépassements ont été observés à la faculté dernièrement. Nous avons constaté que certains étudiants, dont la moyenne ne dépasse 2/20, ont pu s’inscrire au mastère grâce au recteur. Cela est scandaleux ! » a-t-il conclu.
Exaspérés par la situation, les enseignants universitaires ont lancé un appel aux autorités, à savoir le ministère de tutelle et le gouvernement algérien pour qu’ils interviennent le plus rapidement possible pour mettre un terme à ce phénomène. « Le désengagement de l’Etat va nous coûter très cher, car si l’Université est touchée, c’est toute l’Algérie qui va être affectée », a considéré Mohamed Rezig, enseignant.


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5 Commentaires sur cet article

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  • Rédaction LQA
    21 juin 2017 at 13 h 16 min - Reply

    Enseignant assassiné : des intellectuels et des universitaires appellent à un rassemblement jeudi
    TSA
    Ryad Hamadi 20 Juin 2017

    Des intellectuels et des enseignants universitaires ont lancé, ce mardi, un appel à un grand rassemblement jeudi 22 juin à 10H30 devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour exprimer leur « indignité » après l’assassinat de Karoui Serhane, enseignant à l’université de Khemis Miliana.

    « Nous, enseignants, universitaires, intellectuels disons Non. Non à la spirale infernale qui tue l’université et ceux qui luttent pour sa survie. Rassemblons-nous jeudi à 10h30 au siège du MERS. Faisons que l’assassinat de Karoui Serhane ne tue pas ce qui reste de notre dignité », écrivent-ils dans cet appel.

    Selon les signataires, parmi lesquels Fatma Oussedik, Nacer Djabi, Louisa Dris Ait Hamadouche, Yefsah Abdelkader, Khaoula Taleb Ibrahimi, Larbi Mehdi, Ahmed Rouaidjia, Redouane Boudjemâa et Salaheddine Sidhoum, « Karoui Serhane a payé de sa vie l’indifférence, l’impunité, l’irresponsabilité et la banalisation de la violence assassine dans les universités algériennes ».

    Sous le titre « silence, on tue », les signataires rappellent avoir interpellé, mais en vain, des autorités publiques depuis le début de l’année qui a vu la violence se propager dans les universités. « Des enseignants et des intellectuels ont condamné, protesté, écrit, interpellé, averti…Pour quel résultat ? Karoui Serhane est assassiné », déplorent-ils.




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  • Rédaction LQA
    21 juin 2017 at 13 h 18 min - Reply

    مهم جدا/الموقف

    نداء لكل الجامعيين والمثقفين.(للتوقيع والوقفة)
    سكوت…! هاهنا يقتل العقل..!

    منذ بداية السنة الجارية 2017 ؛ تشهد الجامعة الجزائرية تفشيا رهيبا لظاهرة العنف عكسته الاعتداءات المتكررة على الأساتذة داخل الحرم الجامعي و خارجه. فبعد ابن عكنون و باتنة و المسيلة و دالي ابراهيم جاء الدور على خميس مليانة حيث تم الانتقال من العنف الى الاغتيال..إغتيال الأستاذ سرحان قروي .

    أساتذة جامعيون ومثقفون وإعلاميون كانوا قد دقوا ناقوس الخطر و نادوا و احتجوا لكن ماذا كانت النتيجة: اللامبالاة و اللاعقاب و عدم تحمل المسؤوليات كانت في النهاية مواقف غادرة.
    الاساتذة و المثقفون يقفون اليوم ويقولون « لا »!!! لا لقتل الجامعة ولا لانهيار المجتمع !!!

    فلنضع جميعا حدا لهذا الانهيار ولننظم جميعا تجمعا أمام مقر وزارة التعليم العالي والبحث العلمي يوم الخميس 22 جوان 2017 في الساعة العاشرة و النصف صباحا.

    أساتذة ومثقفون يناضلون من أجل العدالة والكرامة .

    الموقعون
    لويزة آيت حمادوش، كلية العلوم السياسية، جامعة الجزائر 3.

    عبد العزيز بوباكير، أستاذ وكاتب صحفي

    فضيل بوماله، باحث وإعلامي.

    صلاح الدين سيدهم، طبيب جراح.

    عاشور فني، أستاذ وشاعر.

    إسماعيل يبرير إعلامي وكاتب روائي وشاعر

    سالمي ناصر روائي

    نادية سعداوي إعلامية

    الشيخ لبوخ بوجملين جامعي

    حياة دقي جامعية

    لشموت عمر مدون

    عبد الله عمراوي إعلامي

    عبد الله بن قرين جامعي

    رياض حويلي إعلامي

    عز الدين جلاوجي جامعي وكاتب

    بشير ضيف جامعي شاعر

    سليمان بخليلي إعلامي ومنتج برامج

    الأزهر عطية جامعي وكاتب

    طارق ثابت جامعي وشاعر

    خليفة قرطي جامعي وكاتب روائي

    أحمد كاتب جامعي

    عمار سويسي مواطن

    حسين علي مواطن

    حسين علام جامعي وكاتب

    نعيم يوسفي جامعي

    عبد العزيز راسمال جامعي

    فوزي كنزاي جامعي

    محسن خنيش، جامعي

    علي جري، إعلامي

    الطاهر قرزو شاعر

    نسيمة بلقندوز جامعية

    بشير بودلال جامعي

    أحسن ثليلاني جامعي

    سعيد جاب الخير باحث

    حميد غمراسة،كاتب صحفي

    عبد الغني بادي،محامي

    نابي نوي شاعر وإعلامي

    عبد العزيز غرمول كاتب وإعلامي

    جمال معافة إعلامي

    محمد أرزقي فراد، باحث

    أحمد عيسي أستاذ جامعي.

    عقون لخضر أستاذ باحث

    مرزوقي ليندة، مهندسة اعلام آلي و فنانة
    تشكيلية

    أ عبيد أحمد،مؤرخ و محامي

    سارة ولهاصي ، مسؤولة دراسات.

    صوتيا تومئ استاذة جامعية.

    عبدالقادر ضيف طالب دكتوراه.

    ثامري حسن استاذ تعليم ثانوي.

    حسين دعو ،اطار نقابي

    كريم العربي محامي.

    فالحي عبد الحفيظ متقاعد.

    سعيد دبلاجي أستاذ جامعي.

    كلية الٱداب و الفنون .مستغانم.

    محمد لمين مغنين، مدون.

    ليلى يحياوي.استاذة جامعية

    نسيمة بولوفة كاتبة صحفية

    سيدهم ليلي، كلية العلوم السياسية ، جامعة الجزائر 3

    أميرة بوراوي طبيبة وناشطة سياسية

    ليلى مخناش، أستاذة وباحثة،باتنة.

    هادي طيبي، باحث في علم الاجرام

    رابح رياب أستاذ محاضر. جامعة ورقلة

    نسيمة بولوفة كاتبة صحفية.

    احسن خلاص اعلامي جامعي.

    فتاش نورة استاذة جامعية.

    محمّد عدلان بن جيلالي: إنسان.

    محمد رفيق طيبي كاتب وشاعر.

    مصباح صوفيان، أستاذ جامعي.

    أحمد ختاوي / إعلامي وكاتب

    مريم ضربان، استاذة جامعية.

    مهدي براشد. صحفي.

    حسين سعدي ،اعلامي.

    صالحي صبرينة، استاذة اقتصاد /جامعة عنابة.

    بسمة فنور / أستاذة بجامعة قسنطينة 3.

    مصطفى بوغازي / أستاذ وكاتب.

    لونيسي لطيفه دكتورة جامعية،عنابة.

    خديجة عنيشل، أستاذة بجامعة ورقلة.

    هشام شاوشي/ إعلامي

    ناصر مباركي،محافظ مكتبة

    وسيلة بروقي استاذة جامعية

    بن عواق شرف الدين امين، استاذ سطيف1.

    معاش فيصل، استاذ بجامعة سطيف.

    جمال ايت صديق / اطار قانوني.

    ميهي عبد القادر مترجم وقاص.

    مفتاح بخوش جامعة المدية.

    عبد العزيز بن حميميد جامعي وناشط سياسي.

    زهور غربي صحفية.

    دزيري فطيمة الزهرة استاذة جامعية.




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    • Lyes
      21 juin 2017 at 18 h 09 min - Reply

      Lyes Boukrami, Principal Lecturer, London, UK




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  • Mohammed
    22 juin 2017 at 6 h 01 min - Reply

    Finalement,tous les témoignages crédibles émis de l’enceinte même des universités algériennes,tous les lanceurs d’alerte et les commentaires qui ont suivi sur plusieurs sites y compris LQA depuis des mois afin d’alerter l’opinion publique sur le niveau de déliquescence jamais atteint par nos universités n’auront servi à rien,puisque toutes ces démarches émanant de personnes et de personnalités,sans aucun doute,sincères,n’ont pas pu empêcher,hélas,la catastrophe,puisqu’il y a mort d’homme et assassinat d’un professeur d’université en l’occurrence le professeur Serhane Bachir Karoui -Rahimahou Allah-par des étudiants,même si le drame s’est passé en dehors des campus n’enlèverait rien à son atrocité ,bien au contraire.

    Sous d’autres cieux ce crime abject aurait provoqué des démissions en cascades de responsables censés défendre l’intérêt général de leurs secteurs.En fait il s’agit de crise morale qui frappe nos responsables et toute la société avec.

    Mais rien n’est encore perdu,pourvu que les criminels soient poursuivis et condamnés.
    Ce crime devrait servir d’électrochoc afin de réanimer les bonnes consciences au sein de la société et de tous les intellectuels de ce pays pour dire par la voix d’un seul homme:PLUS JAMAIS ça!!!
    Avant que la société toute entière ne Sombre dans l’Abîme de la Peur et de l’Impunité..




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  • rachida
    22 juin 2017 at 11 h 22 min - Reply

    Il faut penser à de nouvelles formes de lutte. Ecrire et occuper la rue pacifiquement




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  • Congrès du Changement Démocratique