Édition du
21 October 2017

L’Algérie dans la tourmente

Œuvre ou conséquence logique de la chute du mur de Berlin et par suite, de l’uni polarisation du monde, une nouvelle arme impose aujourd’hui son dictat dans la conduite des affaires du monde. Si elle est planétaire, elle agit cependant totalement à l’extérieur du cadre de l’organisation des Nations Unies et de ses organismes affiliés. Elle est dans l’absolu, totalement informelle puisqu’elle se meut en toute indépendance à l’extérieur des lois, dans une totale opacité et en marge de toute éthique humaine.

Derrière le masque de ‘‘la mondialisation’’, la finance internationale désordonne l’humanité et règne incontestablement sur le monde. De par une puissance monétaire dépassant de plus de vingt fois le PIB mondial (ainsi gonflée artificiellement au sein des bourses qui fixent les prix des produits et matières premières), ‘‘le nouvel ordre’’ participe impunément à faire et défaire les régimes au sein du tiers monde (Moyen Orient, Afrique et Amérique Latine). Ce nouvel ordre arrive même à hisser ceux qu’il sponsorise aux directions des grandes puissances du monde. Il serait tout à fait naïf de croire que ‘‘les résultats’’ des dernières élections présidentielles aux Etats Unis et en France ne constitueraient pas l’aboutissement d’un montage politico-financier des plus spécial, nécessaire pour la mise en œuvre d’un ordonnancement de politiques que ces Etats auraient à mettre en œuvre et que nous aurions bientôt à découvrir, à subir. Le candidat LR aux élections présidentielles françaises affirmait en campagne que ‘‘l’élection présidentielle était confisquée’’.

Il serait absolument dramatique d’ignorer l’influence de la finance mondiale sur les politiques, les économies et les sociétés du monde et donc son rôle majeur dans la plus part des guerres et des tensions qui ont et qui continuent à agiter notre planète. Les guerres d’Irak, d’Afghanistan, de Tchétchénie, du Kazakhstan entre autres, n’auraient sans doute jamais eu lieu sans la volonté express du capital à contrôler les  sources et les voies de circulation des énergies fossiles, affirmait il y a quelques années déjà un ancien haut fonctionnaire de l’ONU. Sans les gisements pétroliers, d’uranium, de diamants et autres matières premières, l’Afrique aurait certainement économisé bien des guerres et le Sahel aujourd’hui  n’aurait pu être qu’un havre de paix. Alexis TROUDE de l’université de Versailles, chercheur en géopolitique, soutient dans une contribution à une revue spécialisée, que les Balkans occidentaux KOSOVO, SERBIE, BOSNIE, CROATIE engagés aujourd’hui dans un processus d’intégration euro-atlantique (aboutissement logique de l’ordre politico-financier) regorgent de ressources énergétiques insoupçonnées. Convoités par les firmes multinationales, lignite, cuivre, fer, charbon, bauxite, argent et même l’or des Balkans expliquent en partie les guerres passées et les conflits à venir dans cette région écrit l’universitaire.

A la tête de cette puissance financière phénoménale qui assujettie les puissances militaires du monde, les grandes entreprises multinationales ou transcontinentales, associées par le phénomène des intérêts réciproques, aux grandes banques de la planète, dictent à l’humanité une conduite implacable dont la finalité et unique règle reste la maximalisation du profit. Leur profit.

S’il ne faut en aucun cas dénier à ces sociétés leurs apports dans le développement et la maitrise des techniques managériales, modélisations mathématiques, techniques de l’information et communication etc…, ils sont également derrière l’expansion majeure de la corruption internationale et de ses techniques. Les sociétés offshores, loin de permettre uniquement l’évasion fiscale, sont entre les mains des banques et des entreprises transcontinentales, un des détergents essentiels utilisés dans le traitement et le lavement de l’argent sale comme du reste un instrument performant pour la réception et le versement des commissions, rétro-commissions et autres pots de miel.

Mais pour autant, si l’intérêt général et hautement stratégique uni ces entreprises, l’intérêt particulier des unes et des autres transforme ces entités en prédateurs redoutables qui s’opposent les unes aux autres dans une guerre commerciale ou la concurrence est dépourvue de toute pitié, de tout état d’âme. La qualité maitrisée par tout un chacun, le prix du produit devenait l’unique arme pour la conquête de parts de marché, pour la croissance mais  aussi et surtout dans le but d’affaiblir le concurrent pour le racheter et régner ensuite sur ses territoires. L’optimisation du rapport qualité prix de leurs produits oblige ces entreprises à s’installer dans les pays où le cout de production se doit d’être le plus bas possible. Ce principe n’incite pas uniquement les grandes entreprises à investir hors de leurs terres, il les pousse à la délocalisation.

Dans ce cadre, la Chine offrait déjà au début des années 90 à l’intérieur de ‘‘territoires de production’’,  une main d’œuvre très disciplinée, fournissant un volume horaire de travail journalier à un cout défiant toute concurrence. Les avantages fiscaux offerts n’existaient nulle part ailleurs pour une  couverture sociale quasiment nulle. Bien sûr, le débat de dupes sur les 49/51 n’était point à l’ordre du jour partant que la Chine mettait les avantages sus décrits au service de la compétition commerciale mondiale. Autrement dit, l’ensemble de la production des entreprises installées sur le territoire chinois était destinée à l’exportation et dont près de 75% à 80% étaient destinée aux seuls marchés occidentaux. L’ensemble des flux financiers afférent à ces échanges étaient donc libellés en devises fortes, et c’est dans ces monnaies que la Chine encaissait la rémunération de sa main d’œuvre et sa fiscalité. La Chine n’ouvrait point son marché intérieur aux batailles commerciales des grandes entreprises, elle offrait, moyennant rémunération, à travers la fourniture de facilitations, les armes nécessaires aux belligérants pour faire leur guerre. Le transfert vers l’occident du bénéfice net (après paiement de l’impôt) résultat des ventes à l’exportation des entreprises occidentales installées en Chine ne constitue plus et absolument dans ces conditions qu’une opération de bon droit. Le qualificatif de gagnant-gagnant n’étant point un slogan, il est quantifiable. La richesse et le développement aujourd’hui de la Chine atteste du pragmatisme et de la légendaire sagesse chinoise.

En comparaison, Renault Algérie paie les véhicules importés en SKD avec les devises publiques fruit de la fiscalité pétrolière algérienne. Après quelques boulonnages, les voitures sont revendues ensuite exclusivement sur le marché national forcément en monnaie locale. 49% du bénéfice ainsi engrangé par les ventes de Renault Algérie exclusivement sur le territoire algérien seront ensuite convertis en dollars US (provenant toujours de la vente des hydrocarbures algériens) pour être exportés ensuite par cette entreprise vers la France réduisant d’autant le pouvoir d’achat de l’Algérie. Est-ce là le principe du gagnant-gagnant et la puissance souverainiste du 49/51 ?

Absolument déprimant ensuite d’entendre les différents responsables chargés de l’industrie nationale promettre à terme, et dans les conditions sus décrites, l’exportation vers l’Afrique des voitures algériennes. Comment se ferait une exportation vers l’Afrique ? Par la transsaharienne et sur camion spécialisé sans doute? De quel ordre de grandeur serait l’investissement  à consentir pour acquérir la flotte terrestre nécessaire ? Combien de camions pour une exportation annuelle de 25 000 voitures, ce qui en somme est totalement dérisoire ? Quel serait le cout du transport ensuite sur le prix de la voiture à exporter et pour quelle compétitivité? Quel serait l’état d’encombrement de nos routes sur les axes nord-Sud ?

Depuis le Maroc, et pour une production en 2016 de l’ordre de 345 000 véhicules, rentabilité oblige, Renault s’installait ou prenait place sur la côte atlantique africaine en vue de confier au transport maritime sa production de voitures low cost depuis les deux sites de Tanger et Casablanca. Près de 304 000 véhicules exportés en 2016.

D’autre part, et à peine quatre mois après avoir réintégré l’Union Africaine, le Maroc obtenait le 04 juin 2017 l’accord de principe d’adhésion à la CEDEAO (communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) sur la demande expresse de Renault entre autres estiment les observateurs, et ce dans le but de s’assurer plus d’avantages à l’exportation en direction de cette communauté économique africaine. Il est probable et même naturel ensuite que Renault exporte l’ensemble de ses gains vers l’hexagone, mais le Maroc, en plus de la rémunération des emplois, disposera d’un gain substantiel également en monnaie forte conformément aux dispositions décrites pour la Chine (fiscalité en autres et tous les aspects directs et indirects liés à l’activité). Pour la petite histoire, 52 000m3 de pièces réalisées par des fournisseurs marocains et depuis l’usine Renault de Tanger ont également été exporté en 2016 vers le Brésil, l’Inde, la Colombie, l’Argentine et même vers la Roumanie.

Pour l’Algérie, le processus du 49/51 serait une affaire de souveraineté que braderaient donc la Chine, le Maroc et l’ensemble des pays du monde. Contrat de dupes, DJEDDOU Mayara, ancien journaliste et qui avait traité le sujet en 2013 déjà, me disait que ce type d’accord ne pouvait trouver de sens que dans l’esprit benêts ou soumis de ses ordonnateurs.  Il affirmait que tout IDE se devait d’être destiné, en sus  de ses intérêts propres bien évidemment, à générer de la richesse pour le pays hôte qui l’hébergeait. Et comment produire cette richesse sans une proportion étudiée de valeur ajoutée locale et sans exporter une partie de la production poursuivait-il ? Pour l’exemple encore, poursuivait-il, et dans le cadre d’une autre formule, peut-être moins importante, mais très similaire dans le fond, souvenons-nous qu’un entrepreneur algérien à travers la reprise de la société FAGOR-BRANDT en dépôt de bilan, avait sauvé près de 1400 emplois sur deux sites de production en France en offrant simplement à cette firme en mal de commande ‘‘le marché algérien’’. Ce faisant et à travers la fiscalité, taxes et rémunération du personnel, l’entrepreneur algérien offrait aux autorités de l’hexagone une part, quel que soit son volume de par ailleurs, du produit de cette fiscalité pétrolière du Pays. DJEDDOU Mayara ajoutait ; en 1992, et pour tranquilliser les putschistes algériens, le chef de gouvernement traitant des IDE affirmait ‘‘Ils viendront ou labbes’’. L’homme bien sûr ignorait le contexte économique et concurrentiel mondial, il ignorait ses règles et ses acteurs et plus graves encore ses enjeux. Il n’avait aucune idée des exigences des IDE, et combien même, l’Algérie pour des raisons diverses et variées ne pouvait dans l’absolu offrir sur son territoire les conditions de production chinoise, indonésienne ou marocaine. Pour les prédateurs, l’Algérie est avant tout un marché. Elle est convoitée en tant que tel, et dans ce contexte, il n’est point question de 49/51 mais d’interdire une pratique ruineuse pour le pays même à 20/80. Dont acte.

Et en fine, serait-il donc tout à fait absurde de prétendre en termes de rentabilité, dans les conditions actuelles du marché mondial, promouvoir une industrie automobile en Algérie ? Un membre du CCD affirme que cela reste du domaine du possible. A l’exclusion de l’agroalimentaire et produits agricoles, il estime cependant qu’il faut arrêter de berner l’opinion avec le concept de l’exportation des produits algériens considérant la réalité de l’économie et de la finance mondiales d’une part et de ses seigneurs d’autre part. Rappelons à cet effet, qu’une dizaine d’entreprises internationales règnent sur 85% des échanges mondiaux de blé, maïs, soja par exemple.

Substituer la production locale à l’importation serait l’objectif autour duquel se devait d’être élaborée toute stratégie d’industrialisation manufacturière sans exclusive et toute politique de marketing à moyen et long terme. Ce n’est ni le moment ni le support adéquat pour formuler une vision pragmatique sur la sortie de crise en Algérie, mais cependant, des préalables sont nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie économico-politique qui ne pourrait être que l’aboutissement d’une vision globale, équilibrée, et surtout réaliste des potentialités du pays jusque-là non évaluées. La commission économique du Congrès pour le Changement démocratique (CCD) avait traité de ces pistes préalables et dont une partie est formulée explicitement dans le programme du gouvernement TEBBOUNE, mais les transformations structurelles profondes absolument nécessaires pour une approche globale, systémique semble être éludées. Le chef du gouvernement appelle les Algériens à travailler ensemble (Condition nécessaire absolue) mais sans pour autant disserter sur le cadre organique de la coopération. Une simple envolée lyrique ? Toujours est-il qu’entre le peuple algérien et la direction politique du pays, la rupture est profonde, en témoigne cette faible participation aux dernières élections, et sans l’adhésion populaire, le programme le plus élaboré est voué à l’échec. De l’Irak, la Syrie, la Lybie et l’assujettissement de l’OLP après ARAFAT, tous anciennement membres du célèbre front du Refus, il ne reste plus que l’Algérie plus ou moins encore stable. Les mêmes causes occasionnant forcément les mêmes effets, fasse Dieu que nous ne connaitrons pas le sort de nos anciens partenaires arabes.

 

ELISSA.D                       


Nombre de lectures : 1931
PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Congrès du Changement Démocratique