Édition du
13 December 2017

«T’ES BON OU T’ES PAS TEBBOUNE?»

PSYCHODRAME ESTIVAL DANS LE SÉRAIL SUR LE MODE DU BON ROI ET DES MAUVAIS VIZIRS : «T’ES BON OU T’ES PAS TEBBOUNE

LIBRE ALGERIE

PAR SAAD ZIANE

Le bon roi et les mauvais vizirs. Le feuilleton revient en été en général comme un mauvais sketch-chorba ou une odieuse caméra cachée reviennent chaque ramadhan. Les scénaristes n’y croient pas mais ils comptent, apparemment sur le « besoin » des médias d’avoir du grain à moudre et un récit à vendre.  Chacun y trouve son compte, le bon roi – donc le régime – reste intouchable.

Le feuilleton de cet été, on le pressentait après la fin de la longue mauvaise blague Sellal, pourrait avoir pour titre « t’es bon ou t’es pas Tebboune ? ». Dans l’affligeant psychodrame estival qui s’est emparé du sérail, on a le grand marais des attentistes pour savoir si «l’offense » de Tebboune à Ali Haddad, patron d’une présumée organisation patronale (la précision s’impose car les dirigeants du FCE, c’est un comité de lobbyistes qui a «investi » dans le 4ème mandat) a été autorisée «d’en haut».

Et puis, il y a ceux qui sont dedans « jusqu’au cou » dans le happy-few des gens autorisés à participer à la grosse curée qui, à l’image du «patron » Abdelmadjid Sidi Saïd, ruent dans les brancards.  Et rappellent au «roi-système», le fumeux «pacte » national économique et social de croissance, signé en 23 février 2014… avec Sellal.

Deux mois avant la présidentielle d’avril 2014… Pas loin de laisser entendre au roi qu’on l’a fait roi… Du mauvais cinéma, bien sûr.  Car le feuilleton sans cesse renouvelé du bon roi et du mauvais vizir veut nous faire croire qu’Ali Haddad et le FCE sont une vraie organisation patronale et non pas la devanture d’une gestion opaque de la chose économique.

Le FCE ne défend que sa direction, ses intérêts. Les mises en demeure adressées à l’ETRHB d’Ali Haddad pour reprendre des travaux à l’arrêt ne font que rendre «médiatique » ce qui était public : le patron du FCE grâce à son entregent et ses «amitiés » a accumulé des contrats qu’il ne pouvait réaliser… qu’en sous-traitant avec des étrangers. Chose qu’une entreprise publique – voire n’importe quel quidam – aurait pu faire si… les obstacles non-économiques étaient levés.

Des fortunes et des infortunes

Pourquoi le Forum des chefs d’entreprise n’est pas une organisation patronale ? Parce qu’il défend des intérêts très particuliers et non pas de manière générale ceux des entrepreneurs. Ce ne sont pas les ouvriers et les salariés qui sont les plus sensibles aux privilèges accordés à Ali Haddad et son cercle, mais les autres entrepreneurs contraints à accepter sans broncher que par raison «politique », il soit institué «patron des patrons ».

Les organisations patronales, partout dans le monde, ne sont pas des organisations caritatives, elles utilisent tous les moyens pour infléchir les politiques des gouvernements – fiscalité, code du travail, soutien – le plus souvent au détriment des salariés.

Mais ces organisations, même si elles peuvent avoir des membres plus influents que d’autres, veillent à ne pas fausser les règles du jeu entre les entrepreneurs. C’est en cela qu’elles défendent des règles générales – qui peuvent être contestées à bon droit par les syndicats – et non pas des accès particuliers et privilégiés aux contrats publics.

L’enseignement à tirer de la «fortune » rapide et de l’apparent début d’infortune d’Ali Haddad relève du classique en dictature spécifique : ce que le système de non-droit octroie, le système de non-droit peut le retirer quand il veut.

Hocine Aït Ahmed : L’Etat de droit, l’input majeur qui manque

«L’Etat de droit, est l’input majeur qui manque à notre pays » soulignait Hocine Aït Ahmed dans l’interview accordée à Libre Algérie en Mars 2000. On était au début des années fastes avec des recettes pétrolières qui exploseront avec la hausse du baril qui a atteint un pic de 120 dollars. L’analyse de Hocine Aït Ahmed est, dix-sept ans plus tard, d’une implacable actualité :

 « Quand j’entends Bouteflika dire qu’il y a des milliards de dollars qui attendent, je pense qu’on est en pleine supercherie. Ou en plein délire. On peut trouver des économistes géniaux qui peuvent élaborer les meilleurs plans de développement, cela n’y changera absolument rien. Mêmes les embellies pétrolières seront englouties dans la logique de prédation mafieuse qui domine dans le pays.

 Car ni l’argent, ni même ces milliards dont il ne cesse de parler, ni les meilleurs projets ne permettent le développement économique et social quand le règne du droit est absent. Aucun programme, qu’il soit libéral ou non, de droite ou de gauche, ne peut être valable dans un système de non droit. Et nous sommes dans un système de non droit.

 Pourquoi voulez-vous que les investisseurs étrangers ou nationaux prennent des risques pour mettre leur argent dans cette jungle ? Et c’est là, le rapport avec la justice. Le droit, ce n’est pas de la philosophie abstraite, c’est du concret. Et la crise économique dans laquelle sombre notre société, l’absence de relance économique s’expliquent aisément par cette situation.

 Pour me résumer, l’Etat de droit, est l’input majeur qui manque à notre pays. Or, le grand problème est que ce système dont la faillite est lisible à ciel ouvert, dont la faillite est reconnue par son représentant officiel lorsqu’il affirme que l’Etat est pourri, ce système demeure réfractaire à la mise en place d’un Etat de droit.

 Cela devient criminel quand on connaît l’ampleur des problèmes sociaux, de cette paupérisation qui s’élargit au point que l’on se retrouve maintenant dans une reproduction de la société coloniale avec une petite couche aisée et tout un peuple dans la misère. C’est grave, ce régime est non seulement incapable de résoudre les problèmes des Algériens, mais il empêche également les Algériens de les résoudre par eux-mêmes. »

 

Les mots vidés de leur sens

 On est loin du «t’es bon ou t’es pas Tebboune » ou du « bon roi et des mauvais vizirs ». Nous sommes devant un système en crise où l’informel a totalement écrasé les institutions et où les mots, compréhensibles ailleurs, sont dénués de sens.

Car pas plus que le FCE n’est une organisation patronale, l’UGTA de Sidi Said – on insiste, oui de Sidi Said – n’est pas une organisation syndicale. C’est bien pour cela qu’on les retrouve ensemble, ce sont des associations informelles d’intérêts qui se drapent d’un sigle et d’une adresse.

Quand Tebboune détricote la fausse industrie automobile léguée par l’arrogant Bouchouareb en la qualifiant – ce qui est vrai – d’importation déguisée ou qu’il remet en cause des attributions de terrain décidées par l’hyper-léger Sellal, il ne faut pas y avoir un début de réforme, ou un début de sérieux.

Tout au plus peut-on y voir – et cela reste à confirmer – une réaction des grands rentiers de la bureaucratie d’Etat face à l’envahissement des nouveaux oligarques qui excipent d’un «pacte » pour le 4ème mandat.

On rappelle à Ali Haddad que sa fortune est d’une fragilité extrême totalement dépendante des contrats publics et du bon vouloir de l’Etat. Quant à Sidi Saïd, faut-il en parler, lui qui a avoué publiquement lors du procès Khalifa un crime grave sans que cela ne porte à conséquence…

Au final, Sellal appliquait le programme du président, Tebboune aussi, Haddad et Sidi Saïd soutenait – et soutiennent disent-ils – le programme du président. C’est le côté barbant de ce petit psychodrame dans un sérail qui n’a plus de bons scénaristes.

Derrière ce nouveau feuilleton où l’on nous désigne les «mauvais » qui étaient les bons il y a encore quelques semaines, se profile la réalité d’une panne économique et financière. Et pour vendre des mesures antipopulaires à venir on fait mine de «nettoyer » en s’attaquant, non au système de prédation, mais en mettant à l’index certains de ceux qui en profitent.

Le «consensus » dont parle Tebboune – n’en déplaise à El Moudjahid, si le «consensus » n’est pas une propriété du FFS, on doit dans ce pays prendre le temps de préciser le sens des mots – s’inscrit parfaitement dans cette logique. « T’es bon ou t’es pas Tebboune ? », la belle affaire !


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4 Commentaires sur cet article

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  • Alhif n-wen.
    22 juillet 2017 at 13 h 14 min - Reply

    Si Mr TEBOUNE veut nettoyer l’écurie il doit le faire sans distinction ethnique, raciale ou régionale.

    Depuis 1999 une pléthore de délinquants et bandits s’est constituée, ils sont originaires de toutes les régions d’Algérie,

    Pour l’instant seuls les K.D.S, font l’objet de vindictes et autres procès politiques…….. !!!
    Tant que le KAID est vivant Les délinquants en cul-blanc originaires de NEDROMA, seront épargnés ….. !!!

    A l’image de REB – El-DJAIR, les autres K.D.S (Amara BENYOUNES, SIDHUM Saïd, Ali HADDAD, OU-YAYA et SELLAL) ne sont plus en odeur de sainteté en haut lieu, leur mission (trahison de leur patrie la Kabylie) est terminée, ils ne servent plus à rien… !!!
    Ces androïdes, d’OUJDA, savent comment manipuler les pauvres kabyles pour les jeter par la fenêtre, une fois usés, comme un papier mouchoir.
    Mr TEBOUNE qui veut combattre l’intrusion des hommes d’affaire dans la politique, adopte une posture d’un Dictateur, car il ne doit pas ignorer que conformément à la constitution Algérienne il ne peut pas interdire à un citoyen de faire de la politique quelque soit sa situation sociale, on appel ça de la SEGREGATION ….. !!!
    Mr TEBOUNE savez vous que deux Chefs d’Etat de deux grandes puissances (les Etats Unies et la France) sont gouvernées par un Homme d’Affaire Mr TRUMP et ancien banquier Mr MACRON……. !!! Ou est le mal à ça… ????




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  • DjamelFromMontreal
    22 juillet 2017 at 19 h 26 min - Reply

    La Kabylie saura reconnaître les siens.
    Ali Haddad, la caisse noire du clan Boutef, Sidi Said Abddelmadjid, le leader de la meute syndicale qui couvre le  »Programme du Président », Ouyahia, l’exécuteur des intrigues et des basses besognes du clan, n’ont qu’ à en vouloir à leur cupidité.
    La Kabylie rebelle est heureuse de les voir rejoindre la poubelle de l’histoire




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  • Farid
    25 juillet 2017 at 0 h 24 min - Reply

    N’en déplaise aux kabyles, Ouyahia est un kabyle, Heddad est un kabyle, Sidhoum said comme vous dites est un kabyle, et pas mal d’autres ( General Toufik, Ramtane amamra, etc etc ) et ils ne sont pas des KDS comme vous dites ! car ces ignards ne savent rendre service qu’à eux même tout comme Ait Menguelet qui a été une fois le porte parole de Bouteflika il a su en tirer profit, bar restaurant aux arcades, une salle de karate a beni yenni, bref, pour résumer de la part d’un berbere non kabyle, parce que pour votre information tous les kabyles sont berberes mais tous les berberes ne sont pas forcement kabyles ! ne pensez pas que vous les kabyles êtes des immaculés de la conception ! ayez pieds sur terre et refaites une lecture d’histoire digne de ce nom, Massinissa n’etait pas kabyle, il etait berbere, tout comme takfarines et les autres, la patrie kabyle n’existe pas ! en tant que unioniste je vous le confirme, nous sommes Algeriens avant tout et berberes tous a part egale !




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  • rachida
    29 juillet 2017 at 22 h 05 min - Reply

    le feuilleton n’a pas duré longtemps, les loups ne se mangent pas entre eux. tous des loups!




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  • Congrès du Changement Démocratique