Édition du
22 September 2017

L’incompétence des uns et l’incivisme des autres dévastent nos forêts !

 

Les feux de forêts, qui ravagent le Nord de l’Algérie, ont mis à nu la « stratégie » de notre gouvernement. Dans sa médiocrité habituelle, il a laissé le sort des millions d’Algériens entre le bon vouloir des vents et des flammes. Mais le sujet est compliqué, car les responsabilités sont souvent  partagées. Le citoyen est parfois la cause de ces feux.

Il y a certainement la responsabilité de l’Etat, qui n’a pas voulu investir dans les bombardiers d’eaux, qui sont une nécessité absolue dans nos montagnes, difficilement accessibles. À mon avis, c’est quasiment l’unique moyen d’extinction qui peut arriver au bout de ces feux. Il faut ajouter la rapidité de leur déploiement, donc moins de dégâts par rapport à l’intervention des sapeurs-pompiers qui prend du temps et avec des risques importants.

Ce n’est pas un Homme avec une pelle et une hache qui peut éteindre des feux de forêt de cette ampleur ! Mais je tiens à saluer la bravoure de ces Hommes qui combattent les feux au péril de leurs vies, avec peu de moyens. Les citoyens ont également pris des risques considérables pour lutter contre les flammes afin de préserver leurs biens. Mes hommages à ces hommes et femmes qui souffrent en silence, en l’absence totale de l’Etat.

Par ailleurs, le gouvernement préfère acheter des avions-chasseurs russes, qui ne servent à rien à vrai dire. Mais primordial selon nos gouvernants, parce qu’il faut comprendre dedans la possibilité de détournement de fonds que leur offrent ces achats. Et comme chacun le sait, la vente d’armes est souvent conditionnée à des pots de vins faramineux.

Mais à quoi servent les bombardiers d’eaux alors que nous avons des Su-30 ? Ben, les derniers ne servent presque à rien si ce n’est dans des exercices militaires pour « impressionner » notre voisin Marocain. Mais les bombardiers d’eaux sont très utiles pour le plus grand pays d’Afrique, où les canicules sont récurrentes.

Un pays digne de ce nom met la sécurité des citoyens en priorité absolue en investissant dans les moyens nécessaires. A cet effet, et pour faire face aux feux, la France envisage de consolider sa flotte avec six (06) nouveaux bombardiers d’eaux. Nos responsables, dans leur sarcasme avéré, vont dire : « on compte sur les orages d’été pour mettre fin aux feux !» Pour vous dire à quelle incompétence le peuple fait face.

Au fait, après les incendies qui ont ravagé la Wilaya de Tizi, le gouvernement en manque de stratégie n’a rien trouvé d’autre que d’envoyer un ministre pour étaler des nouvelles promesses. Ces derniers jours, le même ministre fait une autre tournée pour dire la même chose aux citoyens des wilayas touchées. Mais c’est un autre débat.

Cela dit, il y a un autre angle que je veux souligner à savoir le manque de civisme de certains compatriotes. Pour le peu de touristes qui visitent l’Algérie, la pollution est très préoccupante. Ils disent que le pays est en voie de devenir une décharge à ciel ouvert. Il faut dire la vérité : ce qu’ils disent n’est pas un préjugé, mais une vérité amère, puisque les déchets sont partout, y compris dans des sites historiques. Dans les parcs nationaux, on voit souvent des déchets déposés partout et parfois juste à côté des poubelles.

Au fait, sans être expert en la matière, je peux déduire facilement que les feux partent généralement à proximité des routes, car c’est là où il y a la vraie cause de ces feux: la bouteille de bière. En Algérie, cette dernière est partout. Comme elle est verte en général, elle a remplacé la verdure des paysages. En kabylie, que je connais bien, je pense qu’il n’y a pas un mètre carré sans une bouteille d’alcool, vide. Un phénomène extrêmement grave.

Ce n’est pas le fait de boire qui pose problème,  mais le « rapport » avec la bouteille. Si elle est mise dans une poubelle, alors elle va suivre le même chemin que les autres déchets (qui devraient être recyclés d’ailleurs). Mais si elle est laissée à même terre, alors c’est la source de plusieurs problèmes écologiques dont ces fameux feux qui ravagent nos belles montagnes. Car le verre d’une bouteille exposée aux rayons du soleil est une énergie d’activation redoutable.

Il faut savoir que pendant l’été, deux éléments du triangle du feu (combustible et comburant) existent par défaut dans une quelconque forêt algérienne et si on ajoute à ces deux éléments (herbes sèches et O2) du verre à volonté, alors c’est le départ assuré d’un feu qui laisse des scènes de désolations comme celles qu’on voit partout en Algérie ces jours-ci.

Peut-être que l’Etat doit intervenir pour obliger les fabricants de boissons alcoolisées à trouver une solution à cette bouteille en verre qui ravage nos paysages. Je pense qu’il y a plusieurs solutions alternatives. Il faut mettre, à titre d’exemple, leurs produits dans des bouteilles en carton à l’instar de ce qui se fait pour les jus.

D’un point de vue écologique la bouteille en verre est un sujet très intéressant et préoccupant, qu’il faut aborder sérieusement au regard des conséquences. Même économiquement parlant, le coût de ladite bouteille reste quand-même élevé surtout en l’absence du recyclage.

D’un autre côté, la société civile doit agir rapidement. Au lieu de réclamer la gratuité des plages ou je ne sais quoi, peut-être qu’il est plus urgent de manifester son mécontentement de la gestion de cette crise par le Pouvoir et de lui demander de mettre en place les moyens nécessaires pour lutter contre ces feux de forêts. Afin de préserver l’environnement et les biens des Algériens.

Dans un autre registre, le plus efficace, je pense que l’Education Nationale doit investir dans ce sujet pour préparer les nouvelles générations à un mode de vie plus écologique et respectueux de la nature. Car avec ce rythme, on va laisser un pays qui ressemble davantage à une décharge publique.

 

Nabil de S’BIHA
Le 06/08/2017


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2 Commentaires sur cet article

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  • Hamoud
    7 août 2017 at 20 h 37 min - Reply

    Des idées bonnes et moins bonnes, notamment celles relatives à l’alternative la bouteille de bière. Pourquoi ne pas désigner franchement l’incivisme des trop nombreux citoyens dont les buveurs de bière ne forment qu’une partie? L’acquisition du bombardier d’eau est -elle la solution idoine à la lutte contre les flammes ? Je n’en suis pas très sûr. Mais pour les grands massifs forestiers cela devrait y contribuer. Les solutions premières sont d’abord préventives: l’incivisme des citoyens, l’abandon par les agriculteurs (ou de ce qui en reste) de l’entretien de leurs plantations(désherbage, élagage, débroussaillage), le brûlis du « doum » (pour obtenir des tiges digestibles par le bétail), les charbonnières dont l’activité s’intensifie à l’approche de l’aid el kebir avec parfois le silence passif ou complice du personnel forestier, l’incendie volontaire pour se « venger » d’un Etat jugé injuste, le non débroussaillage des bandes anti-feu sur le passage des lignes de HT ou de THT, les décharges sauvages (elles le sont presque toutes même celles dites contrôlées), l’imprudence des randonneurs et vacanciers et des usagers des routes, etc… Mais face à l’état actuel de la société en mal de retrouver ses vraies valeurs qui peuvent faire d’elle une vraie nation et d’une mal-gouvernance inscrite dans la durée, il y a à craindre que nos forêts, nos agricultures, nos élevages, nos villages continueront de subir les flammes.




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  • djamel
    9 août 2017 at 18 h 11 min - Reply

    Vous soulignez un point qui me semble important, la sécurité des citoyens, mais pour nos gouvernants cette dernière est la cinquième voir la sixième roue de la charrette. Et, les exemples sont légion, de la prise en charge au niveau de nos hôpitaux en passant par les feux des forêts et les conditions de vie dans les cités jusqu’aux «parckingueurs» auxquels sont soumis les citoyens sans défense et j’en passe sur beaucoup de choses. Les «citoyens» qui pour une grande partie ne mérite pas ce statut assume un bonne part de responsabilité de ces catastrophes. En effet l’incivisme et l’indiscipline ont transformé nos forêts, plages, routes, places et oueds en des décharges sauvages à ciel ouvert. L’exemple de la wilaya de Bejaia est édifiant,une nature des plus luxuriante réduite en des décharges d’ordures et face à cela le seul et unique Centre d’Enfouissement Technique est fermé pour des problèmes mineurs et d’humeurs. Quant aux bouteilles de bière qui garantissent pratiquement chaque centimètre de nos forêts et bas côté des routes il y a lieu de taxer les producteurs d’une part et d’autre part encourager sa récupération. L’idée de changer la bouteille en verre par du carton n’est pas mauvaise. Enfin sur le plan éducation il faut vraiment mettre le paquet parce que là est le talon d’Achille de notre société.




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