Édition du
23 November 2017

Planche à billets : « Le choix de l’Algérie est à rebours de la pensée économique »

TSA

Christopher Dembik est responsable mondial de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank, à Paris. Il décrypte pour TSA les conséquences du recours au financement non conventionnel, annoncé mercredi par le gouvernement.

La Banque d’Algérie va être autorisée « à prêter directement au Trésor public, afin de permettre à ce dernier de financer les déficits du budget de l’État, de financer la dette publique interne et d’allouer des ressources au Fonds national de l’investissement ». Concrètement qu’est-ce que cela signifie ?

Ce processus est, ni plus ni moins, un recours à ce qu’on appelle « faire fonctionner la planche à billets ». C’est-à-dire que la banque centrale, en l’occurrence la Banque d’Algérie, va créer plus de monnaie.

Le choix de l’Algérie est donc à rebours de la pensée économique. C’est une fuite en avant qui ne permettra pas de résoudre la situation. D’autant que les expériences dans plusieurs pays ont révélé que le recours à la planche à billets a un effet pervers avec une augmentation des dépenses publiques. C’est la raison pour laquelle cette méthode a été abandonnée. De plus, l’augmentation de la masse monétaire engendre de l’inflation. On met donc en scène des mesures qui ont montré leurs limites.

C’est donc un très mauvais signal…

Cette décision ne permettra pas d’aboutir à une amélioration économique. Il n’y a aucune perspective. Il s’agit de mesures court-termistes en attendant le scrutin de 2019.

L’augmentation de la masse monétaire va engendrer une hyperinflation, faire perdre de la valeur à la monnaie nationale et rendre les importations, dont dépend le pays, beaucoup plus onéreuses. Dans cette situation, on peut s’attendre à une réaction dans l’urgence qui va consister à mettre en place un contrôle encore plus strict des changes.

Dépendance au pétrole, surfacturations, recours à la planche à billets… Le scénario était peut-être fantaisiste ou exagéré il y a quelques mois mais il semble que l’Algérie soit en train de se transformer en Venezuela.

En effet… ce sont les mêmes méthodes qui sont appliquées avec les conséquences que l’on connaît.

Le financement de l’État par la Banque centrale est une fuite en avant déjà utilisée par le Venezuela avec des effets délétères. Cela a entraîné une création monétaire incontrôlée qui a causé de l’hyperinflation et une perte de crédibilité de la monnaie. Elle s’est traduite par un effondrement de son cours sur le marché noir. C’est, en économie ouverte, l’exemple à ne surtout pas suivre.

Quelles sont les mesures justes qu’il faudrait mettre en place ?

Pour avoir une économie saine, il faut une banque centrale indépendante. Cette dernière a vocation à juguler l’inflation et non à être réduite au rôle de créer de la monnaie.

L’État doit se financer auprès des marchés financiers, des investisseurs étrangers ou nationaux. Et pour que l’État puisse emprunter à des taux attractifs, il faut qu’il gère correctement ses dépenses publiques.


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6 Commentaires sur cet article

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  • Abdellah Chebbah
    9 septembre 2017 at 12 h 26 min - Reply

    Il est parfois des moments où je me demande pourquoi un pays comme l’Algérie dont les ressources naturelles et humaines sont incommensurables n’arrivent pas à mettre en place une économie florissante. Quand je compare ce pays avec uniquement le Maroc où le Rwanda, je convulse et me renverse de ma chaise. Ya Din Allah. Le Maroc exporte actuellement des voitures Renault en Afrique. Chaque minute elle en fabrique une. Le Maroc est en train de construire la plus grande centrale solaire d’Afrique. D’ici 2025, toutes les villes Marocaines seront alimentées en énergie solaire. Quand on est pas capable et au seuil de la mendicité on ne négocie pas à 51/49. Le Maroc a ouvert ses portes à la France, aux Allemands sans conditions drastiques uniquement gagnant-gagnant.
    En Algérie, le problème n’est pas un problème de stratégies économiques ni de Allah Ghaleb mais c’est un problème d’hommes. Les politiciens que nous avons n’ont aucune compétence dans aucun domaine, même pas pour gérer une commune. Ils sont nuls, zéro. Le président Américain Reagan avait exigé qu’on lui ramène la crème des crèmes dans chaque domaine pour constituer son gouvernement. Il y a là un problème de personnel politique, de régime et de mentalité à changer. Nous attendons toujours les moments de crise pour chercher des solutions qui, malheureusement, ne font qu’aggraver la situation au détriment de 40 millions d’âmes dont on joue de son destin. Monsieur Ouyahia, Hadad, Sellal, Ould Abbes et autres sont bien assis, qu’en est-il de ce peuple qui n’aspire qu’à vivre une vie descente? Depuis 62, on arrête pas de nous mentir, on continue toujours. C’en est fini, le peuple ne vous croit plus. Partez de grâce, l’Algérie a 40 millions de citoyens capables de trouver des solutions pour eux-mêmes. Ils sont capables. On n’a pas besoin de vous. Vous ne faites qu’empester notre vie.




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    • Abdel
      10 septembre 2017 at 4 h 38 min - Reply

      Le problème est purement politique..ce régime ne jouit d’aucune crédibilité et personne ne lui fait confiance.quand le peuple choisira librement ses dirigeants,il sera prêt à relever les défis et faire tous les sacrifice.




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      • Azitout
        12 septembre 2017 at 16 h 24 min - Reply

        Effectivement Abdel, »le problème est purement politique ».Durant les années de vaches grasses,le pouvoir pouvait faire croire que l’Algérie vit dans l’opulence alors que cette fausse richesse cachait en réalité l’incapacité du régime à mener des reformes de fond.La clique au pouvoir ne s’attendait pas à cette chute brutale des revenus pétroliers.Les réformes sérieuses sont incompatibles avec la nature despotique et rentière du régime en place.De vrais réformes signifient pour lui la fin des privilèges,de l’impunité des corrompus,de l’abus de droit,de l’arbitraire…Pour eux faire des réformes structurelles signifie la fin de leur pouvoir tyrannique et archaïque.Et ils ne vont se faire hara kiri avec ça,quitte à entraîner dans leur naufrage tout un pays derrière eux !




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  • benzouaoui
    9 septembre 2017 at 12 h 30 min - Reply

    la meilleure des solutions est de lancer un emprunt national avec un taux d’intérêt à 5% qui permettra aux entreprises d’investir généreront des emplois ,et une meilleure répartition des richesses en augmentant les salaires des actifs et la demande des produits de consommation sera d’autant plus forte.




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    • Azeggagh
      13 septembre 2017 at 14 h 57 min - Reply

      Ils ont déjà essayé cet emprunt national qui a été un échec retentissant.Qui va « prêter » de l’argent à un Etat rentier et tyrannique ? Entre la base et le sommet,c’est le divorce total.Aucune confiance face à un pouvoir sourd,muet et aveugle.L’emprunt national fonctionne dans les démocraties avancées pas dans un pays gangrené par l’intégrisme et le despotisme oriental.Le problème fondamental est politique car aune réforme ne peut-être menée par un gvt illégitime et en faillite.




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  • Nordine
    9 septembre 2017 at 15 h 56 min - Reply

    Pour éviter une déflation dévastatrice ?????????????
    CA NOUS ENVOIE TOUT DROIT DANS LE CHAOS !!!!!!!!!!!!
    CE SONT D’AUTHENTIQUES ET PURE BOURRICOTS QUI ORDONNENT CETTE ABOMINATION !!!!!!!!!!!!!!!!!!
    OUYAHIA ALLH LE TRÈS HAUT TA REMIS A CETTE PLACE POUR DÉTRUIRE TE TES PROPRES MAINS VOTRE SYSTÈME ET TES JOURS SONT COMPTES HI HAN HI HAN !!!!!!!!!!!!




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  • Congrès du Changement Démocratique