Édition du
21 November 2017

ils ne savent pas construire……

DJEDDOU Mayara, ancien journaliste est aujourd’hui à la retraite. Il reste néanmoins un assidu observateur de la scène politique nationale. Si ses appréciations sont souvent tranchées, elles trouvent aussi et surtout une oreille attentive au sein de son environnement naturel.

Comment appréciez-vous Djeddou (Grand Père)  cette situation de malaise pour cause d’incertitude dans laquelle est plongé le pays ?

Une timonerie qui ne dispose d’aucune visibilité dans un système de navigation à vue ne peut offrir d’autres choix à son équipage et  passagers que les récifs et forcément le naufrage. Les noyés et principalement la capitainerie, instinct de survie oblige, s’accroche alors à n’importe quoi me disait le docteur Ahmed TALEB EL IBAHIMI. La planche à billets, l’impôt sur la fortune, les gaz de schistes, les banques islamiques, les licences d’importation, les augmentations tout azimut (carburants, logements, médicaments etc…) sont supposés constituer cette voie de salut destinée à maintenir la tête hors de l’eau et  assurer ce faisant une survie virtuelle à la chefferie en attendant une éventuelle remontée des cours de pétroles pour toujours ensemencer depuis le pont et à la traditionnelle les locataires des soutes du bateau Algérie. Nos gouvernants ne savent pas faire plus que laisser toujours le temps faire les choses (E.BRONTE). Ils ne savent pas construire. Dire que nous vivons alors simplement une situation de malaise  constitue à mon sens un véritable  euphémisme lorsque tout un pays est contraint à ne faire que du surplace condamnant indéniablement les générations futures à toujours la même servitude. Depuis la position de la vigie, nous avions appris de la kommandantur des naufragés qu’un couteau nous était enfoncé jusqu’à l’os et que nous vivions l’enfer sachant que tous les monothéistes du monde savent que l’enfer n’est forcément que le résultat ou le produit des mauvaises actions, fruit dans ce cas d’espèce d’une politique, d’un programme dont les même barreurs s’efforcent de reproduire unilatéralement, indéfiniment toujours le même tracé.

Qu’entendez-vous par ‘‘ils ne savent pas construire ?

Cette obstination à dédier à l’économie une approche exclusivement monétaire allant jusqu’à en produire industriellement pour équilibrer un budget façonné dans sa conception pour être constamment déséquilibré ne peut bien sûr être la solution. Plutôt que d’œuvrer à faire apprendre à la société de pêcher en lui mettant à disposition dans un environnement adéquat les instruments pour ce faire, on veut inlassablement et à tout prix lui offrir un petit poisson au relent douteux qui stimule malheureusement plus l’appétit qu’il ne rassasie. Financer l’économie par la création de richesse constitue un savoir-faire que les exécutifs qui se sont succédés au Pouvoir ne savent pas faire.

Si l’on excepte la planche à billets dont l’effet inflationniste est réel comme du reste ces augmentations sans relation pour le moment avec le glissement du dinar faut-il le souligner, qui feront certainement beaucoup de mal aux bourses des petites gens, l’impôt sur la fortune selon des initiés est plus qu’un leurre, une arnaque. Un ami d’Oum El Bouaghi, ancien cadre de l’institution fiscale, me disait que l’on a fait migrer l’impôt sur le patrimoine en impôt sur la fortune. Il ajoutait que si l’on commence à imposer une fortune à partir d’une valeur estimée à 50 millions de DA au lieu et place d’une valeur estimée à100 millions de DA et plus pour l’impôt sur le patrimoine, les grosses villas cossues d’habitation (dont la valeur pour 90% d’entre elles est bien au-dessus des 100 millions de DA) sortent de l’assiette d’évaluation de l’impôt sur la fortune alors qu’elles étaient imposables dans le cadre de l’impôt sur le patrimoine. Seules les résidences secondaires, les Yachts, les avions de tourisme et les véhicules de grand luxe demeurent donc imposables. La définition du caractère secondaire de telle ou telle résidence ajoutait mon interlocuteur ne constituant pas une science exacte, autant affirmer que le patrimoine immobilier pour une très grande mesure allait sortir de l’assiette de calcul de l’impôt sur la fortune en précisant que pour le reste aussi dérisoire soit-il le système fiscal algérien étant un système déclaratif, ce n’est donc pas demain la veille de voir se précipiter la nomenklatura et les apparatchiks du système aux guichets du fisc, car si fortune de cette nature il y a, elle ne peut se trouver principalement que dans ce microcosme. Là est donc le secret de ce tour de passe-passe désuet de l’impôt sur la fortune.

Pour autant et sur le plan de la législation islamique, le cheikh Ali BENHADJ me disait que ce type d’impôt ne pouvait être levé qu’une fois satisfaite par l’Etat au moins une dizaine de conditions. Enumérer et expliquer ces conditions seraient trop long pour le support et le lecteur. Retenons quand même que la conception et la philosophie fonctionnelle du Pouvoir algérien ne lui permettrait certainement pas de, seulement envisager, se soumettre à deux ou trois de ces conditions rendant illégal cet impôt aux yeux des érudits musulmans.

Et pourtant, concomitamment à un dispositif fiscal illégal du point de vue de la Charia, pire, il est même perçu par certains comme une sorte de punition envers une gratitude divine (pour les biens légaux s’entend), et uniquement au prétexte que le mécanisme est usité en France, en aucun cas parce qu’il constitue une directive divine, il serait bientôt proposé aux Algériens quelques produits financiers islamiques. Sans statut et sans aucun encadrement législatif, de quel ordre serait les relations de ces banques islamiques avec la banque centrale par exemple ou leurs échanges avec les autres banques commerciales etc ? Le côté conjoncturel et éphémère de ces ‘‘machins’’ est dans ce cas manifeste et pour autant ne saurait berner beaucoup d’Algériens. Au même titre que la corruption, l’économie informelle est systémique et souhaiter bancariser ou formaliser efficacement des produits dont le crédo reste l’ombre et l’anonymat revient à réviser l’ensemble de la gouvernance, l’ensemble du système.

Il semble se dégager également une volonté fermement manifestée pour l’exploitation du pétrole et gaz de schistes ? De la provocation après les évènements de Ain Salah ou un besoin réel et pressant ?

 Je vous dirais juste qu’au moment où le premier ministre du haut d’une tribune exprimait cette décision, on apprenait que les autorités écossaises venaient d’interdire de leur côté le procédé de fractionnement hydraulique.

Par ailleurs, lorsque toute l’action du programme présidentiel nous dit-on est axée sur la diversification économique en vue de faire sortir l’Algérie de la dépendance des hydrocarbures, on nous annonce que le pays exploitera ses ressources de gaz et pétrole de schistes. Cela peut être du n’importe quoi, mais cela peut aussi cacher une approche politique où la soumission chevaucherait le bradage de nos ressources pétrolières et gazières. Dans ce cas de figure, il est clair que les américains obtiendraient de ce gibier la part du lion ce qui pourrait peut-être rassasier et  donc pacifier un Président US extrêmement vorace, belliqueux et raquetteur au vue des 500 milliards pris aux Saoudiens. La loi en projet sur les hydrocarbures nous éclairera un peu mieux à ce sujet.

Si cette décision est tout de même retenue, la sonatrach, dans le cours et probablement moyen terme, serait en dehors du processus. Elle ne possède ni la technologie, ni le savoir-faire nécessaires pour s’engager dans cette opération d’extraction qui sera remise dans son ensemble aux grands consortiums étrangers. Sachant que le prix de revient de cette énergie est autrement plus élevé que celui du pétrole conventionnel, et au cours actuel du sahara blind, les bénéfices engrangés objet de la fiscalité ne seront pas d’un grand apport ou plus précisément ne seront pas à hauteur des déficits du train de vie de l’Etat. Alors pourquoi vouloir s’engager dans une opération qui au mieux ne serait bénéfique que pour les grosses pointures étrangères ?

Ceci étant, le discours serait moins provocateur qu’extrêmement alarmiste. En effet, en suivant les déclarations des uns et des autres, chef du gouvernement, ministres, le directeur général de sonatrach, on a l’impression que chacun joue une partition d’une symphonie particulièrement troublante et dont les effets sur toutes les couches de la société sont particulièrement dévastateurs. Cela rappelle étrangement un certain discours de septembre 1988 et que par voie de conséquence la vigilance reste vraiment de mise. La sonatrach nous dit-on n’aurait aucune stratégie et fonctionnerait sans aucun système d’information transformant le célèbre Chakib Khelil qui a présidé dans ces conditions aux destinées de ladite société pendant de nombreuses années en un amateur aveugle d’une incompétence notoire. Le chef du gouvernement depuis la tribune du FCE renchérit en affirmant que l’Algérie elle-même n’avait aucune stratégie et ne possédait pas une économique pour prétendre construire une projection de long terme à l’instar de la Chine par exemple. Pour autant, osons rappeler au premier ministre que depuis 1999 cette malheureuse Algérie qui en était arrivé à cette situation, voguait au gré de l’unique boussole du programme présidentiel. Aujourd’hui encore, une nouvelle majorité présidentielle dont le premier ministre en est le chef de file, se construit autour du même programme avec l’ambition de commander le même navire. Sans stratégie, sans économie, sans perspectives puisque l’on ne peut faire de projection et toujours avec les mêmes instruments de navigation issus toujours du même programme, quelle direction prendrait la nouvelle majorité ? La dérive ? Nous y sommes. L’enfer ? Egalement à en croire le pouvoir. Ce type de discours pousse donc plus à l’insurrection qu’à la confiance et au travail. Tout à fait contreproductif que peut-il cacher ?

Un observateur, peu ou prou philosophe, se demandait ou commençait la suffisance et ou finissait l’irresponsabilité.

Un mot sur les élections locales ?

Un dispositif constitutionnel destiné dans le cas d’espèce à permettre à la nouvelle ancienne majorité, de s’emparer de l’échéance de 2019, à en croire le secrétaire général du FLN. Dans l’absolu, rien ne bouge, c’est du béton.

La sagesse conjuguée à l’intelligence a fait faire à la nation chinoise un bond qui la place pratiquement au premier rang de l’économie mondiale assurant au pays un socle de stabilité imperturbable sous la direction du même parti, du même système, de la même nomenklatura communiste qui a pris ses racines dans le pays en 1949. Il est humain de prétendre rester au pouvoir, mais il semble que faire du Chinois ou du Merkel est autre chose que de rétropédaler dans la soumission.

Permettez-moi puisque l’occasion m’est donnée de dénoncer des propos à mon sens discriminatoire à l’encontre du peuple algérien. En effet, et dans le sillage des propos du prince héritier Saoudien qui obéissait à une injonction du secrétaire d’Etat au foreign office US, certain ont cru devoir éternuer et affirmer que le ministère de l’éducation national faisait un travail remarquable pour éloigner les générations futures de l’obscurantisme. C’est dit gratuitement tout en créant par ailleurs, dans le but de s’emparer de l’épargne des Algériens (obscurantistes), des institutions sur mesures pour les amener à y déposer leurs avoirs. L’échec patent de l’emprunt obligataire ou du procédé Sellal pour bancariser l’argent situé à l’extérieur des banques tend à montrer que la pratique religieuse en Algérie n’est pas l‘apanage que des petites gens, les obscurantistes que nous sommes sont le peuple et en matière de gouvernance rappelons aux Algériens une action des élus du FIS entreprise dans des conditions financières autrement plus contraignante pour le pays et que le pouvoir a stoppé se sentant ce faisant menacé à l’approche des législatives de 1991 qu’il perdit quand même.

Il est d’abord important de remarquer que les élus FIS de l’APW d’Alger ne se suffisaient pas à l’instar de tous leurs prédécesseurs à se limiter uniquement à discuter et voter le budget de la wilaya. Ils agissaient en acteurs conscients des difficultés de la nation, de la population et de ses attentes. En effet, connaissant les problèmes de leurs concitoyens, ils s’investirent dès les premiers mois de leur mandature dans l’étude d’un projet pilote qui en cas de réussite se devait d’être généralisé ensuite à l’ensemble des wilayas du pays. Le projet consistait très grossièrement à associer les APC dites pauvres (Budget limité et situées à la périphérie de la wilaya disposant par contre d’un foncier relativement important  comme les APC de Chéraga, Bouzaréah, Beni Messous, Cherarba etc…) aux APC dites riches (Gros budget et en charge des grands centres urbains comme Alger centre, Bab El Oued, Sidi M’hamed etc…) qui elles pouvaient s’engager financièrement, si les terrains existaient, dans une opération de construction de logements. Les mêmes élus s’investirent également dans l’introduction de matériaux nouveaux de construction, performants et innovants, répondant aux plus rigoureuses normes techniques et de sécurité de l’époque afin de réduire ce faisant le coût global du projet. La production de ces matériaux devait être confiée à des entités étatiques ciblées qui disposaient, vérification faite, de tous les moyens pour ce faire.  Les quotas des logements réalisés et à distribuer entre APC donatrices du foncier et celles ayant financé le projet seraient calculés au prorata de l’engagement valorisé des uns et des autres dans chaque projet.  Les élus révolutionnaient ainsi, et les mots sont pesés, les us et pratiques de la représentation populaire du premier niveau, traduisant ce faisant l’état d’esprit, et le centre d’intérêts de leur préoccupation. Légitimité oblige.

Malheureusement, et au travers d’un décret publié par le gouvernement dit réformateur, une agence foncière fut créée avec pour mission de prendre en charge le foncier communal dont la gestion fut de ce fait retirée aux APC. Vous l’aurez compris, le gouvernement, pour des raisons bassement politiques, mit ainsi fin à un projet qui ambitionnait pourtant de le soulager quelque peu d’une crise de logements qui étouffait les Algériens des grandes villes et ceci par l’utilisation des ressources internes des collectivités locales dépensées depuis toujours pour faire et défaire, peindre et repeindre les pavés des trottoirs, les dos d’âne, les petits ronds-points, les fausse stèles, les petits drapeaux etc … Et en pleine crise, le gouvernement mit également fin ce faisant à la création de quelques centaines ou milliers d’emplois directs et indirects réellement productifs.

Pour la petite histoire, ce projet fut rappelé en 2014 au chef du gouvernement de l’époque, lors d’une rencontre en son domicile par un des élus de l’APW de 1990. Il reconnut la pertinence du montage financier du projet qui créait de la valeur sans recours au budget de l’Etat, et la pression exercée sur son gouvernement pour y mettre fin de la façon décrite plus haut, dont acte.

Un dernier mot quand même ?      

Silence puis rêveur Djeddou ajoutait : Aux manifestations de la folie du diable, les dénommés fous de DIEU ne s’auraient assurément y succomber en masse.

propos recueilli par Elissa.D


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