Édition du
21 November 2017

Le Mur de Berlin : symbole d’une capitale réunifiée 

Youcef L’Asnami

Reportage photos

Berlin. 9 novembre 1989 ! Nous sommes au début de la fin de la Guerre froide entre les deux grands blocs occidental avec à la tête les USA, et communiste avec à la tête l’ex URSS !

L’Allemagne, au lendemain de la seconde guerre mondiale, était divisée entre l’ex RFA avec une population de près de 63 millions d’habitants sur 248 000 kme2 et l’ex RDA avec une population de 16 millions d’habitants sur 108 000 km2.

C’est ce jour-là, que Günter Schabowski, membre influent du bureau politique du parti au pouvoir en ex-RDA, répondant  à une question d’un journaliste qui le questionnait quant à la  date de l’application de la nouvelle réglementation relative  à la liberté de circulation des  Allemands de l’Est vers l’Ouest, répondit, après quelques moments d’hésitation :

« Pour autant que je sache, cela entre en vigueur… immédiatement, sans délai. »

Avec cette déclaration Schabowski est entré dans l’histoire, car peu de temps après, des milliers d’Allemands de l’Est se sont précipités vers le Mur, obligeant les gardes, dépassés par le flux de la population,  à ouvrir toutes les portes d’accès du Mur à l’ex RFA ! « Mur de la honte pour la RFA,  « Mur de protection antifasciste » pour l’ex RDA ! « Mur », dont la  majuscule est requise, qui fait partie intégrante de l’histoire mouvementée de cette grande Nation.

Ce 9 novembre 1989 restera à jamais gravé dans la mémoire de tous les Allemands ! Parce que ce mur de Berlin a été un vrai traumatisme pour les deux populations séparées. Traumatisme car ce Mur était plus qu’une frontière !  Séparant physiquement Berlin-Est et Berlin-Ouest pendant plus de vingt-huit ans, il a  été considéré comme le symbole le plus marquant d’une Europe divisée par le Rideau de fer. On ne s’attardera pas sur les causes de sa construction que l’on peut aisément deviner quand on connait le contexte de la fin de la deuxième guerre mondiale.

Le mur de Berlin n’était pas un  simple Mur.  Ce dispositif militaire complexe comportait en fait  deux murs, avec un chemin de ronde, 302 miradors distants de 250 à 300 mètres, des dispositifs d’alarme, des centaines de puissants projecteurs, des milliers de gardes dont des  chiens et des barbelés sur  près de  155 km  (dont 43  km à Berlin) de plaques de béton armé d’une hauteur de 3,60 m, surmontées d’un cylindre ne permettant  aucune prise pour une escalade, qui séparait les deux villes.

Plus d’un million de mines avaient de surcroît été installées le long de la frontière séparant la RDA de la RFA.

On ne saura jamais le nombre de victimes Est-allemandes, dont des soldats,   ayant succombés aux tirs de ces gardes lors de leurs désespérantes tentatives de franchissement du Mur.  Le dernier décès serait survenu en mars 1989 lorsqu’un jeune Allemand de l’Est qui tentait de survoler le Mur d’un ballon à air chaud, s’est écrasé sur des lignes électriques.

Ce Mur coupait en deux plus de 190 rues principales du « grand Berlin », si bien que son tracé, pour des raisons de sécurité et de surveillance, ne correspondait pas tout à fait au tracé de la frontière entre les deux pays.

Les conséquences de la construction du mur de Berlin sur la circulation des métros se font encore sentir jusqu’à ce jour. Si la ligne 2 du métro, qui traversait la ville d’ouest, ne posait pas de gros soucis, les parcours des  lignes 6 et 8 étaient un vrai casse-tête pour les autorités des deux villes. Partant et débouchant dans la partie Ouest de la ville, elles devaient nécessairement traverser  une partie de la zone Est. Comme elles desservaient des zones importantes, reliant Wedding à Kreuzberg pour la ligne 6 et Wedding à Neukölln pour la ligne 8, la RFA a choisi de les garder en échange du paiement d’un droit de passage très élevé imposé par la RDA. Ces deux lignes pouvaient continuer à rouler, mais sans s’arrêter aux stations situées à l’Est ! De plus,  la RDA imposait  des conditions drastiques : pendant leur traversée de la zone Est, les trains devaient  rouler à 30 km/h dans les « stations fantômes » : vitesse assez rapide pour que personne ne puisse s’y agripper, mais assez lente pour que les gardes puissent contrôler  les passagers. Les gardes  eux-mêmes, potentiellement fuyards,  étaient  emmurés et ne regardaient désormais passer les trains que depuis un bunker placé sur les quais.

Au musée consacré au mur de Berlin, près du checkpoint Charlie, on  est frappé par ce qu’on y trouve : toutes les  données relatives au système de sécurité du Mur et des récits qui relatent  les tentatives de fuite réussies, avec des  moyens parfois insolites  – creusement de tunnels sous le Mur , à la nage, montgolfières, autos, téléphériques, ULM bricolé, coffre de voiture, valise, mini sous-marin…- , mais aussi celles des échecs ! Beaucoup périrent ou ont été capturés dans leur tentative de traversée !

Kafkaïenne situation qu’a connu ce grand pays et dont on ne mesure pas les conséquences, encore aujourd’hui,  sur une population traumatisée et impuissante !

Près de la station du Rer Warschauer, on y trouve la plus longue portion du Mur de Berlin encore conservée. Elle traverse un pont qui offre un beau panorama sur le fleuve. En fait les stigmates du communisme restent encore très visibles dans Berlin Est. Des différences d’architecture, de décors d’aménagements paysagers sont encore palpables et visibles.

En plein centre de Berlin, un des lieux les plus visités, le Checkpoint Charlie, symbole de l’humiliation de l’Allemagne après sa défaite, mais aussi symbole de sa grandeur après sa réunification. Ce checkpoint faisait partie des 13 passages par route du « Mur de la honte ». Les allemands ont immortalisé le  tracé historique du mur de Berlin par une marque  au sol faite par une double rangée de pavés et des plaques en fonte portant l’inscription « Berliner Mauer 1961-1989 ».

Une étrange sensation vous saisit lorsque, sur place, vous imaginez ce qu’a été la vie des Berlinois séparés par ce Mur ! Une simple traversée d’un trottoir vous fait passer d’un monde capitaliste triomphant, à un monde communiste agonisant.

Que reste-t-il du Mur de Berlin aujourd’hui ?  Pas grand-chose en fait ! Les chasseurs de souvenirs ont réussi à créer un vrai commerce, souvent informel,  des restes du Mur en vendant ses fragments de béton supposés issus du Mur.

On peut encore y trouver, dans certains magasins de souvenirs, des petits bouts du Mur à moins de 10 € pièce, mais sans aucun certificat de garantie quant à leur authenticité.

Pendant que l’Allemagne réunifiée détruit son Mur, des dizaines d’autres murs ont été édifiés dans le monde. On en comptait 11 en 1989. Près de 65 aujourd’hui dont une douzaine depuis 2010, sans parler des autres projets en construction. Au total ce serait près de 40 000 km de murs qui sont construits ou en voie de l’être dans le monde dont les plus emblématiques sont ceux des USA avec le Mexique, d’Israël avec la Palestine occupée, de l’Inde avec le Bangladesh, et plus près de chez nous le Maroc avec le Sahara occidental – 2700 km- et ceux de Ceuta et Melilla !

C’est Régis Debray qui affirmait que  « Toute frontière, comme le médicament, est remède et poison. Et donc affaire de dosage ». Un bon sujet de philosophie !

 


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