Édition du
14 December 2017

Les régimes arabes viendraient-ils au secours de Netanyahu ?

 

 

Par Salim METREF

 

Les régimes arabes viendraient-ils au secours de Netanyahu ? Les derniers développements de la scène proche-orientale pourraient le laisser penser. Soupçonné d’être impliqué dans des affaires de corruption impliquant également ses proches, de plus en plus contesté par ses propres administrés, largué par certains puissants de ce monde, ce criminel de guerre passible de la cour pénale internationale ne pouvait rêver d’une telle aubaine. Desserrer l’étau sur sa propre personne en exploitant les opportunités que lui offrent les récents événements que connaît le Proche-Orient.

 

La mèche a bel et bien été allumée par le Président Tump. Ce dernier a réussi dans un premier temps à briser le consensus de façade qui caractérisait les monarchies du Golf en isolant le Qatar de son voisinage immédiat sous le prétexte de son soutien financier au terrorisme international. En réalité ce petit émirat paye son soutien à la cause palestinienne et à son avant-garde politico-militaire incarnée par le Hamas et le Djihad Islamique et l’onde de choc provoquée par cette fracture n’en finit pas en tous les cas de se propager.

Deuxième tempo de Trump, son intempestive visite en Arabie Saoudite caractérisée par ses pas de danse traditionnelle aux côtés des dirigeants saoudiens. Il ne s’agissait nullement de la part de ce sulfureux Chef d’Etat de coups d’épée dans l’air et encore moins dans l’eau mais de prolonger la faille déjà entamée au Qatar. Ainsi l’alignement de l’Arabie Saoudite sur les nouvelles thèses américaines doit être lui sans faille et quoi de mieux qu’une révolution de palais pour le consacrer. Changer de cap doctrinal, promouvoir un «Islam soft» et insinuer au reste du monde arabe que la normalisation avec Israël est inéluctable et n’est plus tabou

Troisième tempo de ce scénario hollywoodien, embraser le Liban et quoi de mieux pour le faire que de solliciter l’une des composantes de cette fragile mosaïque qui constitue le pays du Cèdre. Il s’agit en réalité de dégager la voie à Israël pour violer de nouveau la souveraineté libanaise et d’aller anéantir la puissance de feu du Hizbollah libanais qui n’a d’ailleurs jamais caché sa proximité avec l’Iran et essayer de laver l’affront de la défaite subie il y a quelques années de cela. Et tout le monde sait que réduire à néant les capacités de résistance du Hizbollah réduirait considérablement aussi celles du Liban.

Et dans cette nouvelle tourmente proche-orientale s’esquisse aussi le rôle conféré à la France. Ce pays serait-il devenu le sous-traitant des Etats-Unis dans la région? La question mérite aussi d’être posée surtout lorsque l’on connaît la grande estime que voue le Président Trump au Président Macron. Et en s’invitant dans cet épisode libano-saoudien en proposant notamment ses services et sa médiation, le président français n’entrainerait-il pas son pays dans un scénario qui n’a pas encore révélé ses véritables objectifs mais dont certains commencent à dénouer les mystères. Et qu’importe que le premier ministre libanais ait été libre où pas de ses mouvements durant son séjour en Arabie-Saoudite.

 

Remettre en cause l’accord nucléaire avec l’Iran en s’alignant sur la demande de Trump et réduire l’influence grandissante de la puissance réémergente Perse en Irak, en Syrie et au Liban par la destruction des capacités militaires du Hezbollah et pourquoi pas la liquidation physique de son Chef  semble être l’une des clés de cette nouvelle passe d’armes au Proche-Orient. Et lorsque l’on connaît la fragilité de la structure du pouvoir au Liban qui s’appuie sur un dosage subtil de la représentativité des différentes communautés et courants religieux qui le composent, on peut deviner aisément que s’attaquer au Hezbollah ne pourra qu’embraser de nouveau ce pays surtout lorsque l’on sait que l’apaisement du Liban après une longue guerre civile n’a pu être obtenu qu’après d’âpres négociations conduites par le diplomate algérien Lakhdar Brahimi et qui ont abouti aux accords conclus paradoxalement à l’époque à Taef, en Arabie-Saoudite.

 

L’occident dont de nombreux responsables politiques et de grands medias ne cessent de s’attaquer chaque jour que Dieu fait à l’Islam, à son prophète et à ses symboles brandit sournoisement la paradoxale mission qui serait désormais la sienne, défendre aujourd’hui comme il ose le prétendre les sunnites contre les chiites.

Trump qui essaye en tous les cas de vendre ce projet aux régimes arabes qui acceptent de s’allier avec lui et Israël contre l’Iran se trompe lourdement. Les régimes arabes sont encore en quête de légitimité populaire  et qui après avoir pour certains d’entre eux faussement soutenu la cause palestinienne s’apprêteraient-ils à franchir le pas et à normaliser leurs relations avec Israël sans aucune contrepartie? Seul l’avenir le dira. Israël qui piaffe d’impatience à vendre ses produits, services et autres «expertises» à ses «voisins» sans surtout ne rien céder sur la question Palestinienne et sur ElQods veut éviter de connaitre le destin de la mer morte, périr d’un inéluctable assèchement.  Alors qui peut mieux aider à cela que de réduire à néant les dernières  poches de résistance à ce projet.

Les derniers développements survenus au Proche-Orient mettent également et momentanément à mal les fondamentaux de la diplomatie algérienne caractérisée notamment par d’excellentes relations avec l’Iran, une entente cordiale avec les monarchies du Golf, un soutien inconditionnel à la cause palestinienne  et surtout une doctrine de non-ingérence dans les affaires d’autrui. La pression qui pourrait s’exercer sur l’Algérie par les grands producteurs arabes de pétrole est peu probable puisque objectivement tout le monde a aujourd’hui besoin de cours élevés pour financer son développement et surtout sa paix sociale. L’Algérie a donc tout intérêt à ne pas changer vite de fusil d’épaule car cela risquerait d’être mal compris surtout à l’aube d’une redistribution des cartes dans le monde où les puissants d’aujourd’hui risquent de ne plus l’être demain. Les Etats-Unis risquent dans quelques années de faire figure pâle devant le réveil de la Chine dont les rugissements font aujourd’hui trembler jusque dans les sous-sols du Pentagone et la séquence proche-orientale actuelle ne servirait finalement qu’à une seule chose faire sortir Trump de l’impasse Nord-coréenne.

 

 


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  • Ali SBIH
    24 novembre 2017 at 18 h 42 min - Reply

    Salamalikoum,

    Le Moyen Orient ,tellement compliqué et imprévisible.

    Tous les réajustements se font sur les interminables et récurrentes crises Libanaises , un baromètre « inusable » des équilibres politiques dans la région .
    Tout n’est pas encore totalement décidé car ni les efforts de Trump ou de Macron ne constituent des avancées significatives dans l’établissement définitif d’un ordre pro-occidental consacrant la sécurité et la pérennité d’Israël du fait qu’une partie des cartes est entre les mains de Poutine et le reste entre les mains des Chinois.

    Tous ces joueurs de poker-menteur siègent au conseil de sécurité !

    La fracture religieuse et le pétrole sont les fondamentaux de l’instabilité au M.O. Les acteurs par figurants interposés se relaient, alimentent les conflits régionaux et confessionnels, assurent le plein emploi de l’industrie de l’armement, « gèrent » les rentes pétrolières contrôlant ainsi les humeurs des populations et plein d’autres petites gâteries…
    On dira que la ligue Arabe veille au grain , assure l’unité et la défense du microcosme Arabe et également que l’O.C.I ,n’ayant aucune frontière terrestre à défendre a toute la latitude pour protéger la spiritualité de ses ouailles ,sauf que quand les Rohyngias et les Ouighours se font massacrer ,tout le monde se porte pâle ou mieux aux abonnés absents.

    Mais si un jour les Territoires du M.O décident de dépasser leur « rivalité » ,leur confrontation religieuse et considèrent que le pétrole n’est pas une arme politique ,ni un enjeu stratégique à la survie de leur régime mais un outil qui peut financer le développement de toute la région et ouvrir la porte à de solides pouvoir de négociation :une place dans le monde et non un strapontin ;alors ,le monde Arabo-Musulman sera une entité et non une juxtaposition disparate de pays que seule une religion réunit

    Cela est une autre histoire .




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  • Congrès du Changement Démocratique