Édition du
14 December 2017

Yahia Zoubir  : « Le blocage politique est absolu »

Quel avenir pour l’Algérie  ? Le point de vue de Yahia Zoubir, directeur de recherche en géopolitique à la Kedge business school

 

Dr. Yahia H. Zoubir / Source  : Y. H. Zoubir

Cela fait longtemps que les Algériens désertent les urnes. L’apathie de la société par rapport au politique est énorme tant il y a une cassure entre l’État et la société. Les élections locales d’hier n’étaient un enjeu que pour le régime soucieux de préparer la succession d’Abdelaziz Bouteflika pour 2019, tout en entretenant un multipartisme d’apparence, une démocratie de façade.

Il y a une sourde rivalité entre le FLN et le RND, parti du premier ministre Ahmed Ouyahia. Il s’agit de fait d’oppositions de clans et de personnes et non pas de ligne politique entre ces deux partis de gouvernement. Ahmed Ouyahia tient a priori la corde pour succéder au président, mais il a aussi des opposants. Le FLN fait campagne pour qu’Abdelaziz Bouteflika effectue un cinquième mandat. Samedi dernier, l’avocat Farouk Ksentini, proche du président, a déclaré au site d’information TSA qu’il l’avait rencontré et que celui-ci lui avait fait part de son « grand désir de se représenter ». Ce qui a été démenti le lendemain par la présidence. Il est clair que c’était un ballon-sonde pour tester les réactions. Une blague dit que même mort il voudrait un cinquième mandat ! Cela illustre le niveau de pessimisme. Le blocage politique est absolu.

L’on a dit en 2014 que l’absence de consensus sur une personne pour la succession s’était soldée par un statu quo et le quatrième mandat. Nous en sommes toujours là. Le régime est tétanisé à l’idée d’un changement. L’enjeu pour les forces qui gouvernent – partis politiques, armée, services de renseignement et caste des entrepreneurs liés au pouvoir –, est de savoir qui est le mieux à même de faire durer le pouvoir prédateur basé sur la rente, de protéger les dirigeants et préserver leurs intérêts économiques. Mais qui gouverne ? Qui a limogé le premier ministre Abdelmadjid Tebboune en août dernier, trois mois après sa prise de fonction et pourquoi ? Le système politique est une boîte noire et l’on ne peut qu’échafauder des hypothèses.

Le fait même de parler de succession démontre bien qu’aucune perspective démocratique n’est à l’ordre du jour. Jusqu’à présent la distribution de la rente, ou la redistribution de la corruption, a servi de protection à la révolte. Le pouvoir exploite la guerre civile des années 1990 pour s’ériger en garant de la stabilité – sur le thème « si nous partons, le pays deviendra comme la Syrie ou la Libye ». Abdelaziz Bouteflika reste malgré tout populaire parce qu’il serait l’homme par qui la paix est revenue. Et le régime instrumentalise la religion. Le conservatisme social s’est répandu de manière vertigineuse. Quand ils ne veulent pas fuir le pays, les jeunes se réfugient dans les mosquées. Ce contexte est peu propice à une embellie modernisatrice. Nul ne sait ce qu’il adviendra si la manne financière s’épuise.


Nombre de lectures : 1685
2 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

  • fatma
    25 novembre 2017 at 10 h 09 min - Reply

    Ce que dit ce Monsieur est vrai, mais malheureusement ce n’est qu’un énième constat amère de la situation politique, économique et sociale que traverse notre pays, sans plus. À vrai dire les faits sont là, nul n’a besoin de démonstration savante pour comprendre l’état de décrépitude dans lequel nous « vivons » depuis quelques décennies déjà. Plus on continue à ressasser ces constats, plus on perd du temps et plus le pays s’enfonce d’avantage dans l’abîme. Ce que nous attendons de nos intellectuels engagés et des vrais patriotes ce sont des solutions concrètes pour sortir de ce désastre le plus vite possible, tout le reste relève à mon avis d’une manipulation inconsciente ou involontaire à travers la banalisation du crime contre la nation.




    3
  • yassine
    10 décembre 2017 at 21 h 18 min - Reply

    Chere Madame

    Oui c’est bien un enieme constat de la decripitude de l’algerie ; mais ne soyez pas naive pour attendre une solution des la part de ce que vous appellez les intellectuels et les vrais patriotes .
    C’est la nature meme de l’algerie et des algeriens qui fait ce que nous sommes . Il n y’aura jamais de solution qui va nous transformer en japonais .
    Au contraire nous avons definitivement tourne le dos a la modernite Ad vitam eternam
    C’est comme souhaitez changer le code genetique des algeriens . On peut toujours rever !




    0
  • Congrès du Changement Démocratique