Édition du
22 January 2018

La loi de finances n’est et ne devrait être en fait qu’un simple budget de l’Etat.

Fatma A. 

La loi de finances 2018 vient de paraître sur le journal officiel n° 76 du 28-12-2017. Beaucoup de choses ont été dites avant son adoption par les deux chambres et sa signature par le président de la république, il y a eu notamment cet échec du gouvernement à faire passer l’impôt sur la fortune dépassant les 50 millions de dinars pourtant adopté par le Conseil des ministres et introduit dans le projet de loi. Au demeurant cet impôt n’était que de la poudre aux yeux, d’abord parce qu’il concernait théoriquement les gros bonnets et ces derniers ne pouvaient pas l’accepter, en plus les services fiscaux étant incompétents sont incapables de l’appliquer comme il se doit.

Il ne s’agit donc pas de revenir sur toutes les augmentations de taxes et leur conséquence sur l’économie. Je veux juste montrer que ce document considéré comme éminemment important par la quasi-totalité des Algériens, n’est et ne devrait être en fait qu’un simple budget de l’état. Dans notre pays, comme il n’y a pas de stratégie économique ni quoi que ce soit de ce genre, alors on profite de ce budget loi pour créer des articles qui chamboulent chaque année les entrepreneurs et les commerçants, quant aux investisseurs ils ne risquent pas de venir dans un pays qui change tout le temps de lois et qui maintient le 51/49.

En vérité, c’est l’absence d’une véritable économie qui fait que ce document et son adoption deviennent des événements politiques et économiques majeurs dans notre pays. Imaginons alors la loi de finances des USA, de l’Allemagne, du Japon ou de la Chine, si ces pays devraient s’arrêter de travailler pendant que leurs députés discutent et votent le budget de l’état, ça sera la catastrophe mondiale, eh bien il n’en est rien, le monde économique continue d’avancer sans même tendre l’oreille à ce que font ces députés. Car là bas les lois sont claires et ne changent pas tous les jours, l’état encourage les créateurs de richesse et de l’emploi lesquels à leur tour contribuent au financement dépenses publiques c’est simple, clair, net et précis. Chez eux, ils n’ont pas de Bouchouareb qui avantage ses amis et notamment les Français, ou tous ces incompétents qui recourent à la planche à billets parce qu’ils sont incapables d’aller chercher l’argent là ou il est, c’est-à-dire dans les poches des voleurs de l’informel. A ce titre le  ministre des finances que cette option a été choisie car Bouteflika ne veut pas entendre parler de l’endettement extérieur. On peut donc constater que ce n’est pas la santé économique du pays qu’ils privilégient, ce qui les intéresse c’est leur popularité.  L’endettement extérieur étant impopulaire aux yeux des citoyens, alors il faut opter pour la planche à billets sachant de toute façon que le peuple ne comprendra pas le danger de cette option, surtout lorsqu’on lui donne un nom farfelu comme celui de « financement non conventionnel » mais il se souvient du FMI.

Pourquoi ces corrompus ne vont pas aller au changement carrément de la monnaie nationale avec une limitation du montant à échanger par exemple 1.000.000 de DA, comme ça ceux qui ont des sacs poubelles remplis des milliards de dinars seront obligés de les déclarer, de les justifier et de payer un taxe spéciale (de 200%) avant de les changer contre les nouveaux billets. Imaginons le montant que va gagner l’état de cette opération et les conséquences sur le marché parallèle.

On continue à compter sur la fiscalité pétrolière en espérant que le baril remonte pour que le pays ne tombe pas en faillite, alors que des gisements importants de recettes fiscales sont ignorés. Dans ce cadre ce même ministre des finances Monsieur Raouya, avait dit l’année dernière alors qu’il était DG des impôts qu’à partir de l’an 2020 le budget de fonctionnement sera financé en totalité par la fiscalité ordinaire! Puisque cette échéance semblait lointaine, il pouvait raconter ce genre d’inepties. Dans un pays où la quasi-totalité des recettes dépend des exportations des hydrocarbures, il est honteux de faire ce genre de déclarations populistes, démagogiques et sans fondements. Il aurait été plus avisé de dénoncer la corruption et l’économie informelle, les deux principaux piliers sur lesquels repose le système.

Malgré toutes les augmentations prévues par cette loi de finances 2018 et la chute vertigineuse du dinar, ce ministre lors de son passage à la radio chaine 3, a annoncé honte bue que pour 2018 le taux d’inflation sera 5,5 %. Il parle aussi d’un taux de recouvrement de l’impôt de 11 % en ajoutant que c’est un taux fabuleux, il ne dit pas que 89% de l’impôt n’est pas récupéré par l’état, comme quoi chacun a sa façon de lire les chiffres.

En vérité ils ne savent pas quoi faire, ce ne sont qu’une bande d’incompétents qui tiennent le pays en otage. Le pays est riche, très riche il est par contre très mal géré. Nous sommes je crois parmi les seuls pays au monde qui n’ont pas de dette extérieure publique. La dette privée avoisine les 4 milliards au maximum. De quoi ont peur ces incompétents pour redynamiser le pays. La seule chose qu’ils ont trouvée pour diminuer le déficit commercial, c’est de limiter les importations, au lieu d’encourager les entreprises à produire et à exporter comme le font tous les pays du monde et notamment nos voisins.

Voyons maintenant quelques détails de ce budget de fonctionnement à travers une comparaison des 03 derniers exercices.

 

Tableau comparatif des Budgets de fonctionnement relatifs aux années 2016, 2017 et 2018.

En milliers de Dinars

 

Ministères 2016 2017   2 018
Présidence de la République 7 904 677   7 825 999   7 859 006
Services du Premier ministre 3 437 925 4 508 933   4 458 622
Défense nationale 1 118 297 000   1 118 297 000   1 118 297 000
Intérieur, collec. locales et aménag du territoire 426 127 386   394 260 754   425 576 433
Education nationale 764 052 396 746 261 385 709 558 540
Santé, population et réforme hospitalière 379 407 269 389 073 747 392 163 373
Enseignement sup et recherche scientifique 312 145 998 310 791 629 313 336 878
Moudjahidine 248 645 702 245 943 029   225 169 592
Agriculture et dévelop rural et pêche 254 253 914 212 797 631 211 814 118
Travail, emploi et sécurité sociale 226 484 929 151 442 004 154 011 680
Finances 95 399 378 87 513 834 86 823 922
Justice 73 431 991 72 671 000 74 543 069
Solidarité nle, famille et condition de la femme 118 830 888 70 904 217   67 379 794
Energie 44 793 741   44 157 846 50 806 569
Formation et enseignement professionnels 50 379 263 48 304 358 46 840 000
Jeunesse et sports 37 181 458 34 554 477 35 237 000
Affaires étrangères et coop, internationale 30 573 877 35 216 220 35 216 850
Travaux publics et Transports 30 303 969 27 425 215 25 984 720
Affaires religieuses et wakfs 26 033 177 25 375 735   25 244 314
Communication 19 369 240 18 698 935 20 702 804
Commerce 20 527 754 19 511 320 19 979 062
Habitat, urbanisme et ville 21 302 786 17 658 533 16 624 426
Ressources en eau, environnement  et énergies renouvelables 17 616 679 16 183 538 14 099 310
2 136 204
Culture 19 056 672   16 005 614 15 272 000
Industrie et mines 5 349 818   4 617 498 4 612 355
Tourisme et artisanat 4 117 881   3 622 324 3 157 141
Poste et TIC 3 875 224 2 432 269 2 344 644
Relations avec le Parlement 243 408 235 083 229 880
Sous-total 4 359 144 400   4 126 290 127   4 109 479 306
Charges communes 448 187 600 465 551 834   474 982 927
TOTAL GENERAL 4 807 332 000   4 591 841 961   4 584 462 233

D’abord, on remarque que le budget global a diminué de : 215 milliards de Dinars en 2017 par rapport à 2016 et de :      7 milliards de Dinars en 2018 par rapport à 2017. Cette faible diminution de 2018 signifie que les dépenses sont devenues incompressibles et que certains ministères intouchables n’acceptent pas de faire l’effort de réduire leurs dépenses au contraire, ils les maintiennent au même niveau ou bien ils les augmentent.

Ceux qui assurent la pérennité de la dictature sont les mieux dotés bien entendu, les ministères de la défense et de l’intérieur engloutissent à eux seuls 38% du budget de l’état, pendant que les ministères (éducation nationale, le supérieur et formation professionnelle) qui sont sensés assurer la formation de nos enfants, c’est-à-dire l’avenir du pays n’ont droit qu’à 26% de ce même budget.

Chose inexplicable c’est le  montant astronomique du budget du ministère de la défense qui est resté le même durant ces trois dernières années soit 1.118.297.000.000 de Dinars, en centimes ça donne le vertige. Ce que je ne comprends pas c’est entre autre comment ce budget n’a pas bougé, il est resté figé, n’y a-t-il pas quelques soldats qui sont partis en retraite depuis trois ans ? N’y a-t-il pas quelques stylos en plus ou en moins, quelques litres de carburant en plus ou en moins durant ces 03 ans… Comment peut-on arriver à cet exploit unique au monde, figer un budget durant 3 ans consécutivement ? Je pense que la seule explication, c’est qu’il n’y a pas de budget du tout, ces gens se considèrent au dessus de l’état et du peuple et ils n’ont de compte à rendre à personne, ce chiffre est donné à titre indicatif et c’est tout.

Par ailleurs le budget du ministère de l’intérieur quant à lui a augmenté de 31.315.679.000,00 Dinars par rapport à l’année 2017, pendant que celui de l’éducation nationale (qui est déjà sinistrée) a diminué de 36.702.845.000,00 Dinars, qu’elle est l’explication à cela ? Comment peut-on diminuer les dépenses destinées à la formation et recruter plus de policiers ?

On peut également remarquer d’autres aberrations comme par exemple

1- le ministère des moudjahidine qui engloutit à lui seul un budget équivalant à celui de 11 ministères confondus tels que détaillés ci-dessous

En milliers de Dinars

Moudjahidine 225 169 592
Formation et enseignement professionnels 46 840 000
Jeunesse et sports 35 237 000
Affaires étrangères et coop, internationale 35 216 850
Travaux publics et Transports 25 984 720
Communication 20 702 804
Commerce 19 979 062
Habitat, urbanisme et ville 16 624 426
Ressources en eau, 14 099 310
environnement  et énergies renouvelables 2 136 204
Industrie et mines 4 612 355
Tourisme et artisanat 3 157 141
Total 224 589 872

 

Que représente ce chiffre de 225 169 592 000,00 DA? Est-ce que les députés ont le courage de demander le contenu de ce chiffre ? Cette question qui renvoie au nombre de moudjahidine et de leurs ayant droits.

 

2- Le ministère de la Solidarité nationale, de la famille et condition de la femme. D’abord dans un état de droit à quoi servirait un tel ministère ? Et puis en matière de solidarité, il y a les subventions, non ? En fait cette soi-disant solidarité nationale sert à maintenir des gens dans la misère et à profiter sur leur dos c’est tout ; la famille c’est un problème de droit et de sécurité sociale, quant à la condition de la femme c’est une question de loi et de respect de la loi sans plus. En conclusion de quoi s’occupe ce ministère ? A distribuer des couffins de ramadhan ? A détourner de l’argent comme le faisait Ould Abbas. Notons que ce ministère qui s’accapare un budget de : 67.379.794.000,00 DA est classé 11ème sur 29, il est donc plus important que 18 autres ministères. Le premier tableau classé par ordre d’importance montre bien qu’il est plus important que plusieurs ministères stratégiques comme celui de l’énergie qui devrait engager des dépenses importantes pour la recherche et le développement pour ne pas rester à la traine dans le monde de demain.

 

3- Le ministère des affaires religieuses et wakfs est doté d’un budget de colossale de : 25.244.314.000,00 DA, en plus bien entendu du budget d’équipement consacré à la construction des mosquées. Pourquoi tout cet argent ? Que font-ils avec ? Ce budget est plus important que celui de neuf autres ministères tel que le montre le tableau ci-dessous.

 

Affaires religieuses et wakfs 25 244 314 000,00
Communication 20 702 804 000,00
Commerce 19 979 062 000,00
Habitat, urbanisme et ville 16 624 426 000,00
Ressources en eau, environnement  et énergies renouvelables 14 099 310 000,00
2 136 204 000,00
Culture 15 272 000 000,00
Industrie et mines 4 612 355 000,00
Tourisme et artisanat 3 157 141 000,00
Poste et TIC 2 344 644 000,00

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