Édition du
25 May 2018

Réponse de Sadek SELLAM……. à la réponse de Boukrouh à Mondafrique.

La réponse de Noureddine Boukrouh aux papiers de Mondafrique

Les 2 et 9 février 2018, Mondafrique a publié deux articles sur Noureddine Boukrouh, fondateur du Parti du Renouveau Algérien, qui étaient signés « Louise Dimitrakis ». Voici le droit de réponse de monsieur Boukrouh, expurgé des passages diffamatoires, que nous publions ben volontiers.

Ces écrits d’un niveau inqualifiable ne sont pas centrés sur les idées que je suis en droit d’avoir et de publier comme n’importe qui, mais sur ma personne, ma morale et de prétendus actes de corruption

I) L’article du 2 février 2018 :

1) : « Les déclarations pro-berbéristes de Noureddine Boukrouh, l’ancien chef du Parti du Renouveau Algérien, semblent être une offre de services au Premier ministre Ahmed Ouyahia qui cherche à rallier cet électorat. Les anciens camarades de Noureddine Boukrouh qui le suivirent quand il créa en 1991 le Parti du Renouveau Algérien (PRA) sous l’ombrelle à l’époque du général Belkheir, le parrain du régime sous l’ancien président Chadli, étaient habitués à ses foucades qui finirent par justifier son exclusion de son propre mouvement ».

Réponse :

– L’emploi de formules comme « semblent être » et « ses anciens camarades » sans jurer de rien ni citer personne, est une manière propre aux lâches de ne pas endosser la responsabilité des infamies qu’ils s’apprêtent à commettre derrière le bouclier que constitue celui qui les publie en connaissance ou ignorance de cause.

– Ceux qui suivent l’actualité algérienne ont noté les échanges verbaux, écrits et publics qui m’ont opposé l’été dernier à M. Ahmed Ouyahia, Premier ministre. Ils peuvent aussi remonter à l’été 1998 où il était également Premier ministre quand nous nous sommes affrontés publiquement.

– J’ai créé le PRA en août 1989 en publiant dans la presse algérienne un « Appel à la création du PRA », et non en 1991. Je n’ai jamais eu affaire au général Larbi Belkheir avant son appel téléphonique en mars 1999 pour une rencontre en tête-à-tête avec le candidat à l’élection présidentielle Abdelaziz Bouteflika, offre que j’ai rejetée.

– Je me suis progressivement retiré du PRA à partir de juin 1997. Le Bureau national et le Conseil national du PRA ont été informés de ma décision et le congrès qui s’est tenu à Cheraga en août 1999 l’a entérinée. Le poste de président du parti n’a jamais été investi depuis mon départ.

2) « La profession de foi de Boukrouh sonne comme une offre de service destinée à le ramener aux « affaires » aux côtés de Ouyahia dont il avait été le ministre des PME (poste-clé où les privatisations rapportent aux intermédiaires de juteuses commissions), puis du Commerce ( où de non moins juteuses commissions sont prélevées sur toute transaction d’importation) ».

Réponse :

– J’ai été nommé ministre des PME en 1999 dans le gouvernement de M. Benbitour, et ministre du commerce en 2002 dans le gouvernement de M. Benflis.

– Le ministère des PME n’avait aucune attribution en matière de privatisation. Louise Dimitrakis doit donc prouver l’insinuation diffamatoire proférée (les « juteuses commissions » dont il fait état).

– Le ministère du Commerce, de mon temps, n’avait aucune compétence en matière d’importation et je n’ai jamais eu à signer une licence d‘importation ou à autoriser une opération d’importation ou d’exportation.

3) « Fidèle à sa manie de s’abriter derrière les citations d’auteurs célèbres, de Nietsche à Spengler ou Bennabi, l’ami Boukrouh s’est lancé, cette fois, dans la manipulation des textes de Aly El Hammami, cet ancien ami de Ho Chi Minh, qui fut l’auteur d’un roman historique, « Idriss », inspiré de « l’Histoire des Berbères » d’Ibn Khaldoun. L’étonnement est d’autant plus grand que Boukrouh avait fait de la dénonciation du berbérisme du RCD, le parti du kabyle Saïd Saadi, un des thèmes de sa candidature aux législatives en 1992. Ce qui lui valut une belle déculottée avec une centaine de voix seulement ».

Réponse :

– (…) En quoi ai-je tronqué la citation de Aly al-Hammamy ? Il n’y a pas plus convaincant que de mettre face-à-face deux citations, la bonne et la mauvaise pour confondre l’auteur de la vilenie, ce que Louise s’abstient de faire.

– Les législatives ont eu lieu en 1991 et non en 1992.

– « …Une centaine de voix seulement » : Louise peut-elle produire les résultats officiels du scrutin en question au lieu d’espérer être crue sur parole ?

4) « Malgré ces revers, Boukrouh fera parler de lui quand il mettra sa plume au service des éradicateurs hostiles au général Mohamed Betchine, principal conseiller du président Zéroual, qui tentait une médiation avec les politiques du Front islamique de salut (FIS). Selon des anciens du PRA, les violents articles de Boukrouh lui valurent quelques gâteries qui expliqueraient des investissements immobiliers au Liban ».

Réponse :

– Ma plume fait parler de moi sans interruption depuis 1970, et les médias français de tout horizon politique signalaient au début des années 1980 quelques-uns de mes articles parmi les plus retentissants.

– Le lecteur ou le chercheur intéressé par « l’affaire Betchine » peut consulter la presse de l’époque pour suivre le fil de « l’affaire » qui a commencé avec mes écrits entre mai et août 1998. Le général Betchine a été maintes fois interrogé entre 1998 et 2017 sur cette affaire sans jamais avoir prononcé mon nom ou m’imputer un quelconque rôle dans la « cabbale ». Dans l’affaire, c’était moi la victime puisque c’est moi que la police a arrêté et interrogé deux jours durant au commissariat central d’Alger.

– Louise Sellam ne dit pas en quoi consistent les « gâteries qui expliqueraient des investissements immobiliers au Liban », ni qui me les aurait prodigués pour mon soi-disant rôle dans « l’affaire Betchine ». Les événements en question remontent à 1998 et je n’ai fait aucun investissement au Liban.

5) « L’ancien patron du DRS (services algériens), le général Toufik, avait eu recours dans le passé aux « Ourouchs » dans sa vaine tentative de déstabiliser le président Bouteflika. Boukrouh avait bénéficié longtemps de la protection du puissant militaire, dont il avait fait l’apologie peu de temps avant son éviction en 2015 ».

Réponse :

– Il est aisé de se répandre en approximations et de lancer des affirmations gratuites en se réfugiant derrière l’anonymat et les rumeurs. Reste à les prouver, notamment cette « protection » du général Toufik. Je renvoie quiconque souhaite connaître mon point de vue sur cet homme aux articles que j’ai publiés à son sujet et à son intention en 2014 (dont « Au nom de la loi je vous arrête ! » et « A vous la parole, général »). Ils sont sur ma page Facebook, ainsi que des émissions tv où on m’interrogeait sur lui et Bouteflika.

– Lorsque le mouvement des « Arouchs » est apparu sur la scène publique, je siégeais au gouvernement du président Abdelaziz Bouteflika.

II) L’article du 9 février 2018

1) « L’article « Boukrouh, berbériste de la 13° heure », paru la semaine dernière, a valu à Mondafrique de nombreuses réactions d’approbation… »

Réponse :

Les médias ont pour but d’informer, non de recueillir des « réactions d’approbation ». Approbation de quoi ? d’un verdict de justice ? de la haine gratuite et jalouse ? de commérages de caniveau ?

2) « Un internaute informé assure que lorsqu’il s’est présenté à l’élection présidentielle de novembre 1995 Boukrouh a donné l’ordre de ne plus citer le nom de Malek Bennabi, Boukrouh avait peaufiné son image de lettré cherchant à faire obéir la politique à des exigences morales et intellectuelles. Pour ce faire, rien n’est plus convaincant que les références récurrentes à Malek Bennabi dont il se dit le dauphin presque désigné par le grand penseur lui-même ».

Réponse :

On ne sait bien sûr pas qui est cet « internaute informé ». Je gage que c’est Louise elle-même

3) « En 1995, suite à un des virages à 180 degrés dont il a le secret, Boukrouh découvrit soudain en Bennabi un « fondamentaliste »… Dans toute sa prose datant de cette période sombre, Boukrouh  s’est efforcé de désislamiser au maximum la pensée de Malek Bennabi en faisant croire que celui-ci aurait soutenu comme lui les généraux éradicateurs avec l’électorat hostile et généreux avec leurs plumitifs obéissants »…

Réponse :

– Lors de mon retrait de la vie politique en 1997, je me suis consacré à la rédaction d’un essai sur la crise algérienne qui a été publié aux Editions Casbah en arabe et français sous le titre de « L’Algérie entre le mauvais et le pire ». Un chapitre était réservé à « Bennabi et l’islamisme »où je démontrais que le penseur algérien et sa pensée n’avaient rien à voir dans l’essor de l’islamisme en Algérie ou dans le monde.

– En 2006 paraissait aux Editions Samar un gros ouvrage de moi intitulé « L’islam sans l’islamisme : vie et pensée de Malek Bennabi ». Avant de le remettre à l’éditeur, j’en avais proposé la lecture et la critique à quatre personnes qui avaient fréquenté le cercle de Malek Bennabi de son vivant, parmi lesquelles Sadek Sellam. Sa réponse a consisté à me reprendre sur deux points qu’il voulait inscrire au passif de Bennabi : la relation qu’il avait avec Massignon qu’il voulait que j’édulcore, et les récriminations de sa femme, Paulette Philippon, attestées par des lettres qu’il détenait et qu’il me remit

– En janvier 1992, je me suis opposé à l’arrêt du processus électoral par écrit et proposé une démarche alternative qui avait été publiée par tous les médias algériens.

Tout ce que je dis, en ce qui me concerne, est et peut être prouvé en se rendant sur ma page Facebook où se trouvent mes écrits publics (articles et livres).

4) « Un connaisseur des Carnets de Bennabi accuse Boukrouh de les avoir charcutés en fonction de ses calculs de carrière et sans aucun souci d’impartialité ».

Réponse :

J’ai rapporté dans ma présentation des « Mémoires d’un témoin du siècle » que j’ai publiés en 2007 dans quelles conditions ont été conservés ces documents et manuscrits et l’usage que j’en ai fait avec l’assentiment et sous le contrôle de la famille Bennabi.

5) « C’est moins l’écrivain qui intéresse Boukrouh que le protecteur sur qui il comptait pour avoir un poste, sur la base de quelques articles de presse publiés sur intervention du Dr Khaldi (un ami proche de Bennabi) et avant même d’avoir achevé ses études ».

Réponse :

Je publiais déjà dans le quotidien national « El-Moudjahid » en 1970, soit à l’âge de vingt ans, et Maxime Rodinson parlait de moi en réponse à un pamphlet contre lui en 1971. C’est ainsi que feu le Dr Khaldi s’est intéressé à moi, et non l’inverse

6) « Boukrouh a été très loin dans la provocation calculée quand, en 2015, il a fait la stupéfiante proposition de changer le classement des sourates du Coran ».

Réponse :

C’était en 2014, pas en 2015. L’article a été publié par « Le soir d’Algérie » le 8 décembre 2014 exactement sous le titre de « Remettre le Coran à l’endroit ».

8) « Selon un internaute qui a bien connu l’ex-ministre du commerce, Boukrouh n’a pas fait cette proposition surmédiatisée sur un coup de tête. Il a réagi froidement et posément à un appel dans le Monde de la Fondation El Kawakibi, qui voulait convoquer une sorte de « Concile » musulman à Paris destiné à « réformer » le pauvre Islam. C’était la période où le juppéiste « recteur » de la mosquée de Bordeaux (coresponsable de la débâcle électorale de Juppé) Tarek Oubrou faisait de l’Ijtihad » avec les seuls journalistes des chaînes d’information continue où il sommait les musulmans de France de « changer de théologie ». De son côté, Abdennour Bidar, actionné par l’islamologue islamophobe Rémy Brague, et sans doute désireux de complaire aux Loges, prescrivait doctement l’abrogation des sourates et versets du Coran qui déplaisent au laïcisme militant et médiatisé. Appliquée selon les singuliers critères de Michel Onfray (qui dit n’avoir trouvé dans le Coran qu’un seul verset intéressant), cette injonction conduirait à faire interdire la lecture de presque tout le Coran !

Réponse :

– Mon « Plaidoyer pour la réforme de l’islam » a paru dans la presse algérienne le 24 novembre 2014 alors que l’Appel de la fondation « al-Kawakibi » date d’avril 2015.

7) « L’envie de Boukrouh de participer au « Concile » était d’autant plus grande qu’à la lecture du nom de Marquart (ancien collaborateur du grand banquier Soros) comme organisateur, il se voyait déjà dans les circuits du capitalisme financier, avec des avantages plus importants que les commissions prélevées aux ministères des PME et du Commerce. Mais l’ex-converti à l’Islam Marquart (qui aurait apostasier suite à des déboires conjugaux) a dû jeter l’éponge et le projet de Concile à Paris fut abandonné. Moyennant quoi, Boukrouh a perdu une bonne partie de ce qui lui restait comme crédibilité et beaucoup d’« amis ».

Réponse :

C’est la première fois de ma vie que je lis le nom ou entends parler de ce Marquart, en m’excusant de cette ignorance. Non seulement Louise Sellam ment, déforme, invente, crée de faux témoins et de fausses sources, mais le voilà se substituant à moi, s’insinuant dans mes pensées pour me prêter des envies matérialistes que je n’ai jamais ressenties

8) « Il parlait flicaille avec Toufik, et prêts non remboursables avec les protégés de Larbi Belkheir à qui il octroyait un prêt non remboursable quand il privatisait à leur profit des entreprises publiques au dinar symbolique ».

Réponse :

Comme il est lassant de devoir répéter cette litanie, Louise, que vous aurez bien du mal à réunir les preuves de vos diffamations devant un tribunal !

9) « Une internaute révèle l’existence d’un magasin de chaussures tenu dans une petite ville de province par une proche de l’ex-ministre du Commerce de Ouyahia. Cela montre qu’en matière de retour d’épices les apprentis-penseurs du DRS appartiennent seulement à une sorte de « deuxième collège » dont les bakchichs suffisent à peine à investir dans le petit commerce. A sa décharge, Boukrouh ne semble pas avoir eu accès au « premier collège », réservé à ceux qui, comme Bouchouareb, placent leurs importantes commissions dans des paradis fiscaux … »

Réponse :

J’en apprends avec vous sur ma fortune et mes supposées « affaires », Louise. Quand ce n’est pas moi, c’est un ou une proche.

10) « A ce prosateur, s’applique la formule du général De Gaulle au sujet de Raymond Aron, même si comparaison n’est pas raison : « il est professeur à la Sorbonne quand il est au Figaro, et journaliste au Figaro quand il est à la Sorbonne ». Boukrouh joue à l’intello avec les généraux qui ont peu de temps à consacrer à la dialectique. Il se présente comme un politique quand il croise les vrais intellectuels, comme ce fut le cas avec le regretté Arkoun qu’il avait essayé d’utiliser quand le PRA-Immigration lui a organisé une conférence avec cet homme de dialogue, juste pour améliorer son « standing intellectuel »….

Réponse :

 On n’entretient pas autant de griefs envers quelqu’un qu’on tient pour petit et insignifiant.

La réponse de Mondafrique

L’adhésion au berbérisme de Boukrouh, un personnage polit révélateur des reclassements actuels, explique que Mondafrique consacre deux articles au fondateur du PRA. Il s’agit d’un travail collectif puisé à plusieurs sources. Ce n’est pas en tout ca la prose, comme monsieur Boukrouh le pense, du seul Sadek Sellam, spécialiste de l’Islam et connaisseur de Malek Bennabi, dont Mondafrique s’honore de publier régulièrement les chroniques. 

Nous maintenons que monsieur Boukrouh était politiquement proche de feu le général Belkheir, un des parrains du système aussi bien sous Chadli que durant la décennie noire et enfin sous Bouteflika après 1999. Directeur de cabinet de ce dernier, le haut gradé veillait au partage des commissions pharaoniques qui lui auraient permis, d’après le journal « Libération » (qui n’a pas été démenti), de posséder un compte créditeur de 300 millions de dollars sur ses comptes à Monaco. Nulle part, nous n’a affirmons que monsieur Boukrouh aurait participé à de tels détournements. Mais comment aurait-il pu en ignorer l’existence, lors de son passage à la tète de plusieurs ministères économiques (PME et commerce) et alors qu’il rencontrait régulièrement le général Belkheir, un des régulateurs de l’argent noir?

Par ailleurs, on comprend mieux par cette proximité entre Boukrouh et Belkheir pourquoi le premier s’en est pris constamment à Ahmed Taleb-Ibrahimi, figure respectée de l’histoire algérienne, que Larbi Belkheir a toujours politiquement combattu.

Nicolas Beau, rédacteur en chef de Mondafrique

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Réflexe et réflexion chez l’ex-ministre du commerce de Ouyahia

Sadek SELLAM

Nour-Eddine Boukrouh a sollicité mon aide quand il rédigeait son livre sur Malek Bennabi, et j’ai accepté sans hésitation. Malgré des désaccords avec lui sur ses mauvaises fréquentations (politiques), j’ai donné suite à sa demande pour plusieurs raisons :

-la relation née des inoubliables rencontres chez Malek Bennabi était restée trop forte pour être altérée par des désaccords dus à une pratique de la politique proche de la « boulitique » décriée par ce grand penseur.

-après la fin de la décennie noire, l’Algérie avait besoin d’une renaissance culturelle où la diffusion des idées de Bennabi pouvaient être d’une grande utilité.

-malgré la fréquentation d’hommes politiques douteux, Boukrouh avait la possibilité de renouer avec la vie intellectuelle afin de participer à faire connaître la pensée du maître.

Dans son livre, il reconnaît ma disponibilité et ma réponse favorable à sa demande : « Sadek Sellam, qui a lu notre manuscrit avec un soin du détail et un sens de la précision qui force l’admiration… » (N. Boukrouh, l’Islam sans l’islamisme. Vie et pensée de Malek Bennabi. Samar. Alger. 2006).

Ce livre est introduit par Allan Christellow, un historien américain avec lequel j’étais en contact et qui a demandé à rencontrer Ahmed Taleb-Ibrahimi. Parce que j’avais cité Christellow  dans mon article, « Le FLN, vu par Malek Bennabi- Les relations malaisées d’un penseur anti-conformiste avec le pouvoir algérien naissant », l’ex-ministre du Commerce a contacté le chercheur américain avec lequel j’étais en relation. Mon article a été publié dans la revue d’histoire militaire « Guerres Mondiales et Conflits contemporains », en 2002. Boukrouh a eu un tiré-à-part et a demandé à me voir quand il était encore ministre.

Dans son livre sur Bennabi, « l’intellectommane » qui s’était aventuré dans la « boulitique » me cite nommément une vingtaine de fois, sans compter les citations sur Eugène Jung, Ahmed Riza et Christian Cherfils, puisées dans des livres que j’avais présentés et fait éditer, sans mettre mon nom.

A la page 193, Boukrouh précise: « en décembre 2005, Sadek Sellam m’a remis à Paris un lot de documents constitué principalement d’une douzaine de lettres envoyées par Bennabi à sa femme entre janvier 1957 et janvier 1973 qui viennent opportunément compléter notre information sur leurs relations ».

J’ai remis ces lettres à caractère privée à Boukrouh au vu de son insistance. Il collectionnait alors tout ce qui concerne les détails de la vie de Bennabi. Je lui ai indiqué que la multiplication des citations sur la vie privée n’est pas indispensable dans un livre visant à faire connaître la pensée de Bennabi. Il a bien voulu m’écouter en prenant les lettres, mais sans trop faire état de leurs contenus.

La réalité est donc sensiblement différente de la version que l’ex-ministre du commerce tente de donner dans sa lettre kilométrique à Mondafrique. Dans cette réaction épidermique, triviale et agressive, il montre une mémoire très sélective et insinue que j’aurais cherché à lui forcer la main sur Massignon et les lettres de Mme Bennabi.

A propos de Massignon, une recherche plus exhaustive confirme ce que j’avais dit à Boukrouh au sujet de l’évolution des relations de Bennabi avec l’orientaliste chrétien. En plus de l’article « Poussée de l’Islam » publié par Massignon en 1959, celui-ci avait cité Bennabi élogieusement dans l’édition de « l’Annuaire du monde musulman » de 1954. Bennabi  venait de publier « Vocation de l’Islam », un livre unanimement salué par les commentateurs, y compris le très sévère Régis Blachère.

Si Massignon voulait continuer à nuire à Bennabi, comme il l’avait fait dans les années 30, il l’aurait tout simplement ignoré.

La version que donne Boukrouh de ces détails peut donc être contredite par la relecture de son livre de 2006 et par un examen approfondi des livres et articles de Massignon.

La consultation de son livre sur Bennabi permet de vérifier qu’il annonçait la publication par ses soins de « Pourritures ». Mais quand il a été pris de vitesse par d’autres, il porta plainte et arguant que Bennabi ne comptait pas publier ce manuscrit ayant  pour axe sa « persécution » par Massignon. C’est en comparant cette assertion-invention avec l’annonce de la parution chez Samar de « Pourritures » que le tribunal d’Alger(pourtant encore influençable par les « décideurs »-éradicateurs et protecteurs du ministre) a débouté Boukrouh. La justice lui a signifié que toute édition de textes de Bennabi devrait obtenir l’accord de tous les héritiers, qu’il avait jusque-là ignoré.

Peu de temps après, il ajouta un gros mensonge à ses écarts avec la vérité. Il publia une la traduction par un diplomate bilingue de « la lutte idéologique dans les pays colonisés » en la faisant passer pour la version initiale que Bennabi ,aurait rédigée en français avant de la faire traduire en arabe. Or, dans la préface de « As Sira’a al fikri fi’l bilad al mousta’amara », Bennabi indique que c’est la première fois où l’auteur écrit directement en arabe. Et ce volume est le seul parmi les livres de Bennabi publiés au Caire où ne se trouve pas précisé le nom du traducteur.

Donc Boukrouh ment. Et cet épisode a révélé à ses amis restés encore proche qu’il a pris l’habitude du mensonge, sans doute sous l’effet de ses fréquentations de soudards incultes et qui, du fait de leur inculture, le prennent pour un petit génie.

La réaction de Boukrouh relève visiblement du réflexe plus que de la réflexion, ce que Bennabi déconseillait constamment. Lorsqu’il se donnera le temps de la réflexion il s’apercevra que sa colère laisse supposer que la mémoire de Larbi Belkheir lui importe désormais plus que celle de Malek Bennabi.

Il n’omet pas de resservir pour la n-ième fois le récit quasi-mythique sur son tout premier article de presse. A l’entendre, sa proximité serait devenue telle qu’il serait fondé à s’attribuer un rôle par rapport à Bennabi, comparable à celui de Lénine vis-à-vis de Marx. Or, je ne suis pas le seul à me souvenir de l’étonnement de Bennabi à la seule lecture du titre de cet article : « un livre à ne pas lire »(sic). Il s’agissait de « marxisme et monde musulman », de Maxime Rodinson, qui était sous presse aux éditions du Seuil, et dont Boukrouh déconseillait la lecture avant même d’en connaître les contenus !

« Pourquoi ne pas le lire ? », s’est étonné Bennabi. « Il faut lire même les livres avec lesquels on n’est pas d’accord… », a-t-il poursuivi.

Pour rendre le récit plus flatteur, Boukrouh rappelle que son article aurait été tellement remarquable que Rodinson n’a pas omis de le signaler dans l’avant-propos. Mais l’orientaliste marxiste n’a pas mentionné le nom de Boukrouh et l’a traité d »’intégriste ».

On voit la facilité avec laquelle l’ancien ministre du commerce prend des libertés avec la vérité historique, en fonction des « vérités » politiques du moment.

Je m’aperçois qu’en 2005 j’avais minimisé ses grandes difficultés de renouer avec la vie intellectuelle après le passage par des ministères économiques où les chiffres prennent plus d’importance que les lettres. La vraie vie intellectuelle exige rigueur et humilité. Apparemment Boukrouh a renoncé à ces vertus depuis son entretien de janvier 1992 avec Khaled Nezzar qui lui a fait part de son « estime » afin de le convaincre de participer au combat des éradicateurs contre les « gueux du FIS ». Le général-major putschiste a été d’autant plus convaincant que le fondateur du PRA était sous le choc de sa sévère débâcle aux législatives du 26 décembre 1991(il a obtenu 109 voix, et Mondafrique a eu tort de lui en retirer 5), qui lui inspire encore une haine des islamistes de tout bord. C’est cette haine qui l’empêche de voir qu’un jeune islamiste demandeur de justice sociale a plus de chances de se convertir à la démocratie qu’un général devenu putschiste uniquement parce que les résultats des élections lui déplaisent. Et quand les islamistes gagnent partout les élections non truquées la probabilité de voir les islamistes devenir des musulmans-démocrates fonde l’espoir de l’institution d’une vraie démocratie dans ces pays. Mais Boukrouh a choisi de voler au secours de généraux partisans d’une « démocratie-Taïwan » quand l’armée dévoyée par le DRS a « pris la décision de ne plus jamais perdre les élections », selon l’excellente formule du regretté Abdelhamid Mehri.

Il est dommage que Boukrouh se soit laisser griser par sa fréquentation des « décideurs » éradicateurs au point de rendre impossible sa contribution à la relance des études sur Bennabi, comme le fait une génération de chercheurs qui ne connaissent que son œuvre et ne se laissent pas tenter par l’usage de sa pensée à des fins « boulitiques ». Son narcissisme le rend inapte à participer à un travail collectif. De ce point de vue, il peut être comparé (et pas seulement sur ce point) à Tarek Ramadan. Le loquace orateur aurait pu contribuer à remédier au déficit éducatif de l’islam en France. Mais ses succès plus médiatiques que scientifiques (nadjah i’lami ou layssa ilmi) l’ont grisé au point de le rendre incapable de se concerter avec autrui.

Sadek SELLAM

PS- Sans l’ombre d’une preuve, l’ex-ministre du commerce fait de moi l’auteur des articles qui l’ont piqué au vif, comme le montrent la violence et la vulgarité de sa réaction épidermique. Quand il se calmera, il pourra vérifier que dans mon article sur « Stora, les crimes coloniaux et le numérique »,  je l’ai cité nommément après ses malversations intellectuelles (de véritable baltadji) à propos de « Chahada min adjli millioun min chouhada », en mentionnant ses liens, revendiqués par lui, avec Toufik(qualifié par lui de « Dhraïef » !). Dans cet article, charcuté par le site Oumma (qui se trompe sur ce Sire, dont il convoite sans doute des retours d’épices), j’ai orthographié son prénom Noureddine. Alors que dans les articles de Mondafrique, il est orthographié Nordine. Cette orthographe est utilisée par des journalistes qui sont habitué(e)s à interroger des Beurs.

En outre, si j’avais eu à commenter son néo-berbérisme, que je découvre après-coup(car sa prose ne m’intéresse plus depuis la multiplication de ses mensonges avérés), je ne lui aurais pas consacré des articles kilométriques. J’aurais proposé une explication simple et brève : il cherche toujours à complaire à Toufik, dont le berbérisme est notoire.

Je revendique néanmoins l’explication de son acharnement contre Taleb que j’avais suggéré, au téléphone, à une journaliste, sans bien connaître ses intentions. Si l’ex-ministre du commerce veut porter plainte contre moi, avec sa chicaya réduite à ce seul grief, qu’il le fasse !

L’avocat de Mondafrique est celui qui a fait débouter le tout-puissant Nezzar dont l’arrogance a l’air de servir de modèle à ce plumitif des généraux.

Je ferais alors venir des témoins, qui se disent déjà disposés à témoigner, et affirment l’avoir entendu proférer, en mon absence, des accusations à caractère diffamatoire. Ce qui donne une idée de l’esprit « chevaleresque » de cet histrion. C’est moi qui le ferais condamner pour diffamation.


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16 Commentaires sur cet article

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  • lyes Laribi
    21 février 2018 at 1 h 33 min - Reply

    Depuis la mise en retraite forcée du chacal, les hyènes s’entre-dévorent. Quoi de plus normal, le cannibalisme animal peut aussi s’appliquer chez l’être humain.




    10
    • Boualem
      22 février 2018 at 12 h 12 min - Reply

      Qui se cache derrière ce pseudo de « Lyès Laribi »? Un spécialiste de l’intox chargé d’entretenir la confusion dans les esprits?
      Ou bien s’agit-il de quelqu’un qui ignore tout de l’actualité algérienne au point d’avoir le culot de faire croire que Sadek Sellam serait du même bord politique que Boukrouh. Sadek Sellam est, entre autres, l’auteur de « l’Algérie, des colons aux colonels. Camps, éradication, extermination », paru dans un ouvrage collectif, « Parler des camps, penser les génocides »(Albin Michel, 1999),au moment où Boukrouh sollicitait des strapontins.
      Le fait que les deux ont été chez Bennabi n’autorise pas à supposer que politiquement ils seraient d’accord.




      5
    • Boualem
      22 février 2018 at 12 h 18 min - Reply

      Sadek Sellam a aidé le PRA-Immigration à faire connaître Bennabi au moment où Boukrouh commençait à rétropédaler en déconseillant de parler du grand penseur, qualifié de dangereux « fondamentaliste »(sic) pouvant faire perdre des voix aux élections.




      4
  • Fantomadz
    21 février 2018 at 1 h 56 min - Reply

    Tout cela n’est que vieilleries momifiées de la pensée post
    FLN !

    « Moi, …. je …. ! » dixit Boukrouh ET Sellam …. et Mondafrique !
    Où sont les projets éducatifs pour l’Ecole Algerienne ??




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  • riad
    21 février 2018 at 9 h 38 min - Reply

    que fait ce nicolas encore un nicolas chez nous?!




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  • Samir
    22 février 2018 at 10 h 59 min - Reply

    BONJOUR
    EDIFIANT! MONSIEUR SELLAM VOTRE ARTICLE.
    Même s’ii s’agit de querelles idéologiques, historiques, politiques et personnelles entre M Boukrouh et vous, vous nous avez par ailleurs éclairés quand à la vision de cette Algérie de despotes à l’origine de la déconfiture de ce beau pays.
    Merci




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  • Lecteur assidu de LQA
    22 février 2018 at 13 h 42 min - Reply

    Moi j’ai lu les 35 parties d’un article fleuve de Boukrouh sur Bennabi parues dans le soir d’Algérie.
    Ce qui m’a intéressé était le fait que Bennabi était électricien de Jussieu, un cartésien, n’était pas issu d’une Mederssa, marié à une européenne. Sellam l’est aussi.
    Bennabi a été persécuté par Benkhedda en Egpte….Bentobbal mépisait Benkhedda.
    Amirouche n’a pas autorisé Kafi a participé au congrés de la Soummam, Zamoun ou si salah était tué par Bounaama, ….
    Nos problèmes sont des séquelles de personnes qui s’autoflagent depuis la crise berbère de 49. C’est fou, cette Algérie! et quand est-ce que ça va s’arrêter?




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  • lyes Laribi
    22 février 2018 at 23 h 27 min - Reply

    @ Boualem
    Moi c’est lyes Laribi et ce n’est pas Lyès comme l’aiment écrire les plumes affectées au DRS et ce n’est pas un pseudo mais ça vous le saviez déjà. Je n’utilise pas un prénom comme vous pour écrire. Je ne suis pas dans l’intox qui apparemment est votre métier et ça sent l’odeur de l’école du chacal que je n’ai pas fréquenté pour pouvoir exceller comme vous dans ce domaine. Et je n’ai pas besoin de Sadek pour me faire connaître. Il suffit d’y aller sur Google pour savoir à qui vous vous adressez. À votre gouverne, je crois que j’ai le droit d’émettre un avis sur un article. Et Sadek est assez grand pour pouvoir répondre à une critique. Je m’excuse si je vous ai enfoncé en utilisant les hyènes. La symbolique de cet animal, c’est qu’il est le seul animal que le lion ne mange pas.
    Le PRA a apporté son soutien à la déportation des algériens sur des sites nucléaires. On ne peut pas effacer l’histoire, ni la mémoire en utilisant le mensonge. Concernant le travail de Sadek, je n’ai pas besoin de vous pour me le faire connaître.
    Cordialement Lyes Laribi (le E sans accent)




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    • vincent
      26 février 2018 at 20 h 20 min - Reply

      L’affaire Boukrouh devient l’affaire « laribi »




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      • Ellias
        8 mars 2018 at 17 h 20 min - Reply

        Laribi croit-il Boukrouh en mesure de contrarier ses protecteurs en critiquant l’ouverture des « camps de sûreté » au Sahara? Les plaintes mentionnées accusent Ghozali et les généraux Belkheir et Nezzar. Il est impossible que Boukrouh ait pris le risque de leur déplaire




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  • Nabil
    23 février 2018 at 16 h 01 min - Reply

    Boukrouh a été à Rome pour la première réunion conférence nationale; mais n’est pas revenu pour la deuxième où a été signé le contrat de Rome par les représentants de 80% de l’électorat algérien C’est après cette défection (ordonnée en haut lieu) que le regretté Abdelhamid Mehri l’a surnommé »l’homme aux deux visages ». Le Janus de l’article de Mondafrique situe très bien le personnage




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    • Nessima
      26 février 2018 at 20 h 15 min - Reply

      Boukrouh a été à Rome la première fois pour « voir »-et rendre compte en haut lieu. En s’absentant à la deuxième réunion où fut signé le « contrat » en vue du retour à la paix, il a clarifié sa situation: il est passé ouvertement du côté des éradicateurs.




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    • Ali
      27 février 2018 at 14 h 21 min - Reply

      Boukrouh n’est pas habitué à dialoguer avec les Algé-riens; il ne respecte que les Algé-rois que le « Dhraïef »




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  • CHAIB Elhoussine
    23 février 2018 at 16 h 07 min - Reply

    A Mr Sadek Sellam,

    je vous prie de m’excuser monsieur Sellam, ce ne sont pas des écrits critiques à l’oeuvre et au parcours d’un ancien compagnon au sein du centre d’orientation culturel qui animait Bennabi. En effet, vous vous focalisé sur le dénigrement plutôt que sur une critique objective. j’ai lu presque tous les écrits de Mr Boukrouh,y compris, l’islam sans l’islamisme où il reconnait vôtre aide précieuse dans l’élaboration de l’ouvrage et la mise à sa disposition des documents de lettres de Bennabi à sa femme Paulette. je dois dire qu’en ma qualité d’un adepte de Bennabi, je suis très chagriné de voir le débat descendre au plus bas et je vous accuse vous d’avoir commencé ces provocations autour de la personnalité de l’auteur qu’à son oeuvre ou parcours. Sur ce vôtre responsabilité est de taille dans cette dégradation de débat autour d’un élève ayant eu la confiance de la progéniture du Maitre par la remise de tous les documents le concernant…




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    • Amar
      26 février 2018 at 20 h 18 min - Reply

      Comment Chaïb El Houssine connait-il le détail de la remise au ministre-essayiste de la correspondance de Bennabi avec sa femme? C’est un proche de Boukrouh?




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  • PaidTrader
    25 février 2018 at 1 h 02 min - Reply

    Thanks for the reminder.




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  • Congrès du Changement Démocratique