De l’horreur dans certaines écoles algériennes
Édition du
21 August 2018

De l’horreur dans certaines écoles algériennes

Le Quotidien d’Oran
22 février 2018

par Ali Derbala*

Tu n’as qu’à changer de direction, dit le chat en dévorant la souris… ». Franz Kafka.

Oran est la deuxième grande métropole du pays située sur la mer méditerranée, la grande bleue. Ce qui est rapporté cette semaine dans la presse [1], un mépris à la condition humaine et de l’horreur, sont signalés dans les écoles à quelques kilomètres d’Oran, à Ain El Turk. Cette municipalité, n’est qu’à quelques kilomètres de Mers el Kébir, distant lui aussi de 6km d’El Bahia. Faut-il le rappeler, ce bastion était le théâtre du débarquement des troupes américaines en 1942-1943.

Un grand mépris à la condition humaine

Il est rapporté dans l’article [1], qu’une commission d’inspection des établissements scolaires, dépêchée à partir d’Alger, a dressé un tableau noir sur les 16 écoles primaires, que compte la municipalité d’Aïn El Turck. Il est écrit que : « Seulement 8 écoles sont pourvues de chauffage. Dans le reste des 8 autres écoles, les écoliers suivent leurs cours en grelottant de froid, dans des conditions déplorables à l’extrême.

En plus du froid hivernal, il a été constaté que dans de nombreuses classes les vitres sont brisées et les eaux pluviales s’infiltrent des plafonds, en raison d’une étanchéité défectueuse et/où inexistante… ». S’agit-il de l’archipel des goulags? Cet archipel où le froid est très rigoureux, situé dans le Nord de la Russie et où étaient bannis les opposants à Staline. Soljenitsyne, le célèbre dissident russe, en a décrit ce lieu maudit dans son livre qui porte le même titre, « l’archipel des goulags ». Vous convenez que c’est de l’inhumain. S’agit-il d’une situation qu’on vit dans notre pays, l’Algérie, le pays dont ses ministres de l’éducation s’enorgueillirent de leur réussite? Encore une fois, il est écrit que « sur les 16 écoles seulement 4 disposent de cantines….Uniquement des bouts de pain avec du cascher ou des œufs bouillis et du fromage en portions, sont servis en guise de déjeuner aux enfants.

Ces derniers rapportent dans leurs cartables des bouteilles d’eau car n’étant pas offerte par la cantine… ». A la rentrée scolaire au mois d’octobre, l’auteur lui même, Derbala [2], a disserté et prévenu les responsables de l’éducation sur ce problème des cantines. Un ministre, ne-lit- il pas les quotidiens nationaux ou ne prête pas attention à ce qui est écrit dans la presse? Dans la suite de l’article [1], il est encore rapporté que « Les 4 écoles disposant d’une cantine, ne sont pas en mesure d’offrir des repas chauds en raison de l’absence de recrutement de cuisiniers pour cette tâche ». Absence de recrutement? Y-a-t-il un problème de népotisme? Recrute –t- on que des Beni-Ammi? Ne recrute-t-on que des originaires de la même ville, même village, même tribu, même famille, même origine ethnique, ….C’est scandaleux quand des milliers de chercheurs d’emplois sont sur des listes d’aptitudes ou de postulants.

L’ex-premier ministre Sellal a reconnu que des postes de la fonction publique au nombre de 80 000 n’étaient pas pourvus faute de recrutement. Pourquoi nous ne pouvons pas attribuer ces postes aux chômeurs? L’auteur poursuit son article [1] en disant que : « 16 écoles de ladite municipalité sont durement confrontées à la surcharge avec une moyenne entre 40 et 50 élèves par classe ». S’agit-il des recommandations nouvelles de l’Unesco, cet épouvantail pédagogique qu’on nous fait miroiter pour nous affoler et pour nous faire peur? Le comble est décrit dans ce qui suit : « Les sanitaires de la grande majorité des établissements scolaires de cette municipalité sont carrément inutilisables et infestés de rats ». Mais, c’est de l’horreur.

A la lecture de ce récit, ces écoles sont des lieux de torture des petites âmes. Où est passée l’association des parents d’élèves de l’éducation nationale? Cette association qui prend position contre les enseignants en grève et soutient les responsables administratifs. Déjà au début de l’année 2015, il était fait état dans la presse quotidienne de la découverte, dans une école primaire de la nouvelle ville d’Ali Mendjeli, d’élèves avec des poux sur la tête. Dans toutes les écoles, collèges et lycées, le problème de la surcharge et le déficit en encadrement étaient signalés. Une école de 54 élèves par classe était à quelques mètres seulement du siège de la wilaya de Boumerdès. Qu’à Ain-Témouchent, il était procédé à l’installation du chauffage pour 40 établissements scolaires dont le manque était fortement ressenti aussi bien par les élèves que par les enseignants.

Indigence des salaires

A l’âge des miroirs acoustiques, des ordinateurs vectoriels, du brevet du génome, l’Europe spatiale avec son agence spatiale ESA, de l’accélérateur des particules du centre européen de recherche CERNE, de la nano-physique et de tout le développement technologique, social, économique, au lieu de veiller au bon équilibre et à l’harmonie de la vie dans le pays, en se consacrant essentiellement aux problèmes de l’éducation, le ministère de tutelle n’arrive même pas à dialoguer ou à nouer un dialogue avec les syndicats représentatifs de la corporation. Dialoguer ne doit pas être un procédé d’usure des partenaires pédagogiques par des réunions harassantes, vaines et stériles, sans fin et sans résultats probants. Il faut des résolutions et des objectifs palpables à atteindre. Un conflit est d’abord un duel de volontés, de nature politique. Examiner le bilan de ce ministère depuis vingt cinq ans de recul, permet de mesurer le fossé séparant les annonces de la réalité. « Pourquoi une telle injustice dans le destin ? Pourquoi des gens pour qui tout va comme sur des roulettes pendant toute leur vie et d’autres pour qui tout est toujours gâché ? Eh dire que l’homme est maître de son destin ! Rien ne dépend de lui. ». Cette réflexion est écrite encore une fois par Soljenestsine [3]. Devant l’indigence des salaires, quand les mouvements de grève de protestation éclatent, c’est pour réclamer le strict minimum vital, et pas davantage. Les conditions de vie décentes sont devenues un luxe. Nombre d’hommes savent encore que la justice ne tombe jamais du ciel : c’est toujours un combat.

Au pays de la « loi du plus fort »

Eterniser une chose, ce serait comme le dit Pecqueur, « décréter la médiocrité en tout ». En 1960, un tract avait été distribué aux soldats, jeunes appelés d’Algérie. Il était écrit [4] que « Lorsque les premiers soldats y ont débarqué, en 1830, ils n’ont pas trouvé un Etat, un souverain, un gouvernement, un peuple, mais des tribus sans frontières définies, sans cesse en guerre les unes contre les autres. Le pays était en plein anarchie. Les nomades pillaient les villages. Les villes rançonnaient les campagnes. Une seule loi : celle du plus fort…. ». L’Algérie de 2018 est toujours le pays de « TAG ALA MENTAG », un fronton d’une chronique de SAS, un journaliste de l’ex-journal « le matin », et qui signifie la « Loi du plus fort ». On convient de ce qui a été étalé ne relève pas des exploits réalisés dans le secteur de l’éducation. Les enseignants grévistes partaient chaque matin éduquer nos enfants dans les conditions épouvantables décrites ci-dessus.

Qu’en est-il de la situation sociale de nos écoles dans les régions reculées de notre vaste pays? Dans les hauts plateaux, les montagnes, les douars, les mechtas, les villages, les centres urbains ou sur-urbains mais à quartiers difficiles et défavorisés? Conclusion Dans ces temps froids, Madame la ministre était calfeutrée dans ses bureaux sur les hauteurs d’Alger, à Telemly.

Ses bureaux étaient chauffés, capitonnés avec salle d’eau en marbre ou en faïence et dalles de sol. Pourquoi Madame la ministre n’a pas vu ou n’a pas découvert cette détresse ou ce pot-aux-roses? Se contente-elle que des fameux rapports favorables à mention RAS (Rien à signaler), rapports établis par les directeurs de l’éducation. Où sont ces fameux inspecteurs de l’éducation? Peuvent-ils prendre attache directement avec la ministre pour dénoncer ces dépassements? Au lieu de radier les 19000 enseignants grévistes de l’éducation, il faut remercier la ministre pour son bilan très insuffisant. Ça doit cesser ce mauvais feuilleton de l’éducation nationale et le plus vite possible.

*Universitaire

Références

1. Rachid Boutlelis. Chauffage, cantines, sanitaires, étanchéité : Une commission d’inspection dresse un tableau noir sur les écoles d’Aïn El Turck Le Quotidien d’Oran, Rubrique Oran, samedi 17 février 2018, p.09. 2. Ali Derbala. Cantine et médecine scolaires. Le Quotidien d’Oran. Débat. Dimanche 15 octobre 2017, p.7. http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5251126 3. Alexandre Isaievitch Soljenistsyne. Le pavillon des cancéreux. Traduit du Russe par Alfreda et Michel Aucouturier, Lucile et Georges Nivat, Jean-Paul Sémon. Julliard, 1968, p.178. 4. Kaouther Adimi. Nos richesses. Roman. barzakh, Alger, 2017, p.175.


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