Édition du
17 November 2018

« Qu’est ce qu’il t’a pris à laisser une si belle ville comme Oran et venir semer le trouble dans  une ville déjà bien troublée  qui est Alger ? »

-« Qu’est ce qu’il t’a pris à laisser une si belle ville comme Oran et venir semer le trouble dans  une ville déjà bien troublée  qui est Alger ? »

-« Je ne suis pas venue à Alger pour semer le trouble, plutôt pour défendre une cause : je veux défendre  le statut du médecin Algérien, ce que vous nous avez fait subir ce matin Mr. Le commissaire  est indigne, votre corporation est sensée nous protéger  et non nous réprimer, vous êtes censés vous ranger du coté du peuple et non du coté du pouvoir , tous savons qu’on veut se cacher derrière le peuple afin de protéger ses  privilèges , on a jamais mis les pieds dans un Hôpital Algérien car on se fait soigner à l’étranger ;  Pendant qu’on a choisi de trahir l’Algérien, nous avons choisi de le défendre, nous manifestons pour que l’Algérien  bénéficie de soins dignes et d’un hôpital digne,  nous savons que nous jouons avec un système qui a choisi de gérer notre crise en bouchant ses tympans  , au lieu de nous écouter, on nous traite de traîtres, d’anarchistes, de voyous et de semeurs de troubles  , continuez à nous réprimer mais où iriez-vous pour vous soigner ? Comme n’importe quel Algérien lambda, vous irez dans un hôpital  Algérien sale, délabré, insalubre, dépourvu de tout  moyen et de toute volonté, où étiez vous  Mr le commissaire quand on m’a agressée dans mon  lieu de travail ? Où êtes-vous quand on a besoin de vous ?! Au lieu de nous protéger vous avez choisi de nous tabasser ! Allez-y ricanez pour sauver votre face car au fond de vous, vous nous soutenez et vous trouvez nos revendications totalement légitimes ! »

Le  commissaire de police marqua une pause, car il avait simulé un fou rire, il me fixa du regard et il choisit de me laisser aller jusqu’au bout de ma phrase :

« Nous avons fait des études longues, on est l’élite de ce peuple, nous savons que notre place est au chevet de nos malades, non pas dans la rue, nous regrettons cette situation mais nous n’avons autre alternative que de hausser le ton afin de nous faire entendre ».

Le commissaire me parait touché par mes mots, il a un visage triste, sincère et vulnérable :

« je sais tout ça, mais crois- moi, vous vous adressez  à un mur sourd, navré de te le dire mais  les politiques  savent tout sur votre situation, comme tu viens de le dire eux  se soignent à l’étranger car ils savent l’état lamentable de nos hôpitaux, nous regrettons ce qu’il vous arrive, mais nous faisons qu’appliquer les ordres, la tutelle veut gagner la paix sociale, quitte à vous sacrifier et c’est bel et bien regrettable »

-« mais ce n’est pas aux politiques que nous nous adressons, mais au peuple ! », sur cet échange stérile  je pris congé de ce commissariat où je me suis rendue quelques temps avant  vers 18h00 ce 12/02/2018  pour régler quelques démêlés. Le commissaire avait choisi de m’accompagner à l’extérieur le temps de me trouver un taxi qui me conduira directement à Oran.

Pourtant ce jour là, ma journée était loin d’avoir bien commencée, en voulant rejoindre notre sit-in ce matin à la grande poste d’Alger, un policier me fouilla, m’arrêta, prit ma carte d’identité et m’embarqua d’une façon délibérée, anarchique et arbitraire, l’alerte anti-toubib était à son comble ce matin à Alger et toute personne était suspecte d’être « médecin » :

  • Que faites vous dans la vie, madame ?
  • Je suis coiffeuse, y a-t-il un problème, Mr le policier !? ai-je répondu
  • Vous vous foutez de ma gueule ? tu es médecin, ça se voit d’un kilomètre, tu as la gueule et le style vestimentaire d’un médecin je t’embarque !

Je me suis retrouvée dans un bus avec beau nombre de résidents, notre délit ? Être coupable  d’être médecin,  de porter la blouse blanche et d’oser manifester à Alger, je ne sais comment quelques  instants plus tard j’ai pu me sauver, avec deux policiers à ma poursuite  dans les ruelles d’Alger.

-vite, attrapez là !

J’était déjà bien loin en train de courir dans la rue Ben Mhidi pour rejoindre le mouvement de mes confrères résidents restés devant la grande poste.

Le 21/02/2018  s’est tenue une marche régionale à Sétif, Blida et à Oran, une marche  dans laquelle j’ai  participé et qui a rassemblé  comme à chaque fois des milliers d’étudiants en médecine ainsi que des milliers de médecins résidents.

En arborant les rues d’Oran ce jour là ce 21/02/2018,  j’étais prise d’un fou rire :

  • « Mais comment avez-vous réussi un tel mouvement à Alger, ou toute liberté d’expression est refoulée? on croyait vous avoir tous mis dans des bus et vous avoir abandonné quelques part à Bouira ou à Blida » m’avait dit ce jour là ce commissaire de police en me voyant monter dans le taxi .
  • « Je vous l’ai déjà dit Mr, le QI d’un médecin ne peut rivaliser avec un QI d’un quelconque Politicien ou policier » lui ai-je répondu et je lui fis un clin d’œil avant de fermer la portière du taxi.

Amina FEDJER


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4 Commentaires sur cet article

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  • ammou
    1 mars 2018 at 22 h 07 min - Reply

    Il faux arrachez les droits sa se donne pas c par principe pour la bonne marche du service publique comme vous connaissez vos devoir vous méritez les droits pour amméliorez votres situation et pour le bien étre du malade et le service Bonne courage rabi ijib el khire l’hhed leblade li tahya eldjazair




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  • bouzid
    3 mars 2018 at 10 h 29 min - Reply

    Juste un opinion personnel : le problème en algérie si les médecins sortent dans la rue c’est juste pour revendiquer leurs droits et sa s’arrête la pareil pour les autres départements mais jamais jamais s’en prennent a par exemple le système Tliba ouled abbes et companie qui leurs représentent au parlement c’est incroyable ce pays!




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    • cherif
      16 mars 2018 at 16 h 41 min - Reply

      Bonjour Cher bouzid, dans le fond vous avez raison mais dans la réalité chez nous chacun pour sa pomme. si l’algerien s’entend avec son frère pour une vie meilleurs ça sera un miracle, nous savons pas revendiquer nos droits. notre vision ne s’éloigne pas du bout du nez.

      a cela depuis la nuit du temps. une seule fois ça été fait c’est les 22 de la révolution.

      D’ailleurs quand ça bouge à Alger les autres se la ferment. jamais en meme temps




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  • Gargamil
    7 avril 2018 at 12 h 09 min - Reply

    Tahya Djazaïr ! Nos Martyrs de la grande révolution sont mort pour rien et nos Moudjahidines sont humilier par les Tliba,Ould abbas et compagnie !!
    comme à dit le Moudjahidines handicapés avec ses deux jambes coupés qu’il regrettais d’avoir combattue le peuple Français et aurais du massacrés les vieillards du FLN et les Généraux aux gros ventre qui avais commis le coup d’état avec à leur tête le colonel Boukharouba




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