Édition du
11 December 2018

Réalités et vérités sur la transplantation rénale. Témoignage du Dr Ouziala

 

Ce témoignage nous fut remis par le Docteur Messaoud OUZIALA (Rahimahou ALLAH) en date du 09 mars 1991 soit il y a 27 ans presque jour pour jour. Au-delà de l’amitié, nous partagions surtout les mêmes convictions tout autant qu’un engagement totalement dédié au service de notre pays, de notre nation. En ce jour de deuil profond, jour où nous venions d’enterrer le Docteur Messaoud OUZIALA, nous avons décidé d’envoyer pour être publié, un très petit pan de sa mémoire au Docteur Salah Eddine SIDHOUM.

Salah Eddine, ami, frère et qui plus est confrère du Docteur OUZIALA avec lequel il partage, nous partageons cette foi en un Etat de droit, unique thérapie et NPSH (Net Pressure Section Head) indispensable à la remise en marche d’une Algérie malade, hier comme aujourd’hui de l’autosuffisance maladive de ses dirigeants. Ce témoignage de notre frère Messaoud montre indubitablement que la maladie du secteur de la santé est chronique et ne date pas d’hier.   

                    Nonobstant qu’elle soit totalement justifiée et à laquelle nous apportons un soutien citoyen mais fort, la colère des résidents tellement réprimée aujourd’hui devrait constituer cette perche tendue qui devrait conduire à une thérapie choc du secteur au travers d’une approche systémique hautement responsable.

Djeddou Mayara

 

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A propos de transplantation rénale

 

C’est avec consternation que j’ai assisté en tant que téléspectateur à l’émission de monsieur OULMI consacrée à la transplantation de rein et de la cornée.

Pour avoir été membre de l’équipe de transplantation rénale qui a réalisé le moins de juin 1986 la première transplantation dans notre pays, le réalisateur aurait pu avoir la décence d’interviewer les vrais responsables de ce programme. Ensuite, la seule et unique question qu’il fallait poser aux confrères présents à la table ronde aurait été toute simple à mon avis.

Vous avez commencé un programme de T.R en 1986, pourquoi et depuis quand ce programme est arrêté ?

 

Pour aider à mieux connaitre la vérité je ferais succinctement l’histoire et l’évolution de ce programme. Nous avons commencé à travailler dans le service de Réanimation Polyvalent du Professeur DIF au CHU de Mustapha en juin 1986. L’équipe algérienne était composée de deux réanimateurs (Dr.CHARIF et le Dr.CHOUIDER) d’un chirurgien (Dr.HAMMOUDI) et de cinq néphrologues (Dr.DAHDOUNE, Dr.MEROUANI, Dr. RAYANE, Dr.MOHAMMEDI et Dr. OUZIALA).

 

Les quatre premières transplantation rénales ont été réalisées en coopération avec des équipes françaises (là où nous avons été formés), les dix-sept suivantes ont complètement été réalisées par l’équipe algérienne suscitée. Les vrais problèmes ont commencé à apparaitre lors du suivi des patients. En effet, le vrai problème de la transplantation rénale est surtout lié à la préparation et au suivi des patients transplantés. La greffe en elle-même en tant qu’acte chirurgical peut être à la portée de n’importe quel chirurgien entraîné à la suture des vaisseaux.

De par notre situation (néphrologues travaillant dans un service de réanimation), nous avons alerté les responsables du CHU Alger Centre de cette situation et nous leur avons demandé de mettre à notre disposition une structure de néphrologie.

Nous avons pris le soin d’expliquer au Directeur Général du CHU ainsi qu’au conseil scientifique que compte tenu du nombre de malades qu’on avait à prendre en charge, il nous était impossible de continuer à travailler dans des conditions de luxe pour transplanter les patients et à recevoir ces mêmes malades une fois transplantés soit dans les jardins de l’hôpital, soit dans le service d’urologie, soit dans le service de cardiologie. Une lettre dans ce sens, a aussi été adressée à Monsieur le ministre de la santé. Des promesses ont été faites mais jusqu’à aujourd’hui, toutes nos doléances sont restées lettre morte. Contrairement à ce que le Prof. DRIF a affirmé, les donneurs dans la famille existent et nous en tant que spécialistes, sommes prêts à travailler pourvu que l’on mette à notre disposition un service de néphrologie.

Pour ceux qui ont vu l’émission de télévision, nous leur apportons d’autres précisions. La Transplantation Rénale peut se faire avec les donneurs de la famille, les donneurs volontaires et enfin, le rein de cadavre. Mais, toute cette activité qui est une médecine de pointe ne peut se concevoir que dans un service structuré avec un chef de service spécialisé, des assistants néphrologues, des résidents et enfin un personnel paramédical hautement qualifié. Pour la bonne histoire, il faut que tout le monde sache que les techniciens de soins spécialisés en transplantation sont au nombre de trois (3) actuellement, alors qu’un patient transplanté rénal doit faire l’objet d’une surveillance assidue et devrait pouvoir être hospitalisé à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Une autre question aurait pu être posée aux confrères invités et qui serait : Pourquoi le service de néphrologie existant ne participe pas au développement de cette thérapeutique qui constitue une vraie saignée dans le budget devises du Ministère des Affaires Sociales ? Il semblerait qu’on préfère envoyer des patients à l’étranger alors que les spécialistes algériens sont payés à ne rien faire.

Dieu est témoin qu’on ne dit que la vérité et qu’on ne cherche qu’à rendre service à ce peuple pourvu que les gouvernants soient à la hauteur des problèmes qu’on leur soumet. Des problèmes de décisions qu’eux seuls actuellement peuvent prendre.

Créer un service de néphrologie au CHU Alger Centre, pour une prise en charge efficace des malades.

 

Docteur Messaoud OUZIALA

Néphrologue Spécialiste  en Transplantation Rénale

09 mars 1991


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