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27 April 2018

Grève des médecins résidents : L’entêtement des pouvoirs publics

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El Watan le 25.03.18 

La grève des médecins résidents est une des plus longues dans les annales du secteur de la santé, voire des grèves en général dans notre pays. Elle est aussi très dure pour les résidents qui, incroyablement déterminés à faire aboutir leurs revendications, sont prêts à en payer le prix fort, une année blanche.

Tout à leur honneur, ce sacrifice, ils le font pour eux mais également pour les générations futures. Néanmoins, cette grève n’a que trop perduré, il est urgent qu’elle trouve son épilogue dans l’intérêt des deux parties mais surtout dans celui des malades. Tôt ou peut-être trop tard, cette grève connaîtra son dénouement. Il n’y a que par le dialogue continu et responsable, reconnaissant et acceptant les arguments objectifs des uns et des autres, que les deux parties pourront dépasser la situation actuelle.

La reprise des négociations entre les représentants du Camra et la commission intersectorielle du ministère de la Santé et du ministère de l’Enseignement supérieur nous avait donné un espoir, quant à un dénouement de cette grève. Malheureusement, il n’en est rien et la situation est de nouveau dans l’impasse, car chaque partie campe sur ses positions, le Camra optant pour la loi du tout ou rien et les pouvoirs publics opposant une incompréhensible fin de non-recevoir sur l’essentiel. Néanmoins, force est de constater que la responsabilité de cette situation et ses éventuelles et très probables complications incombent essentiellement aux pouvoirs publics.

Les revendications contenues dans la plateforme du Camra peuvent être sériées en deux types : celles ayant trait aux droits fondamentaux des citoyens tels que consacrés dans la Constitution et celles plus en rapport avec des revendications spécifiques, corporatistes.

Le Conseil régional de l’Ordre des médecins de Blida n’a pas vocation à se prononcer sur le fond des revendications corporatistes, dont le statut général et les aspects pédagogiques. Néanmoins, sur la forme, il estime que ces revendications impliquant plusieurs ministères doivent être défendues dans un dialogue au long cours, dans un cadre apaisé et loin de toute pression.

Les autres revendications – suppression du caractère obligatoire du service civil et dispense du service militaire pour les âgés de plus de 30 ans – n’ont rien de corporatiste. Elles s’inscrivent dans l’universalité de l’Etat de droit et de l’égalité des citoyens devant la loi. Elles sont anciennes et récurrentes depuis au moins une dizaine d’années. Elles sont légales et légitimes car les médecins ne réclament rien de plus que l’égalité avec les autres citoyens devant la loi, droit fondamental consacré par la Loi suprême.

La double discrimination dont ils sont victimes est vécue et ressentie à juste titre comme une grande injustice et un déni d’un des droits fondamentaux. Le Conseil régional de l’Ordre des médecins de Blida  réitère son soutien à ses revendications et sa solidarité avec les médecins résidents.

Les syndicats médicaux, d’autres syndicats, des personnalités politiques, des défenseurs des droits de l’homme reconnaissent toute la légitimité de ces revendications. A ces revendications justes et légitimes, les pouvoirs publics opposent une incompréhensible fin de non-recevoir, révélant leur incompétence et/ou une absence de volonté pour dépasser cette situation de blocage.

Pourtant les solutions existent. A défaut des demi-solutions, voire des compromis peuvent exister et être une amorce dans la résorption de cette crise.

Même si ces deux revendications relèvent du même droit constitutionnel, mais du fait de leur nature et de leurs implications différentes, la satisfaction de ces revendications devrait connaître des approches et des calendriers différents.

1 – La dispense du service national pour les médecins résidents âgés de plus de trente ans, au même titre que les autres concitoyens, devrait être immédiate. Elle est d’un très bon rapport coût par rapport au bénéfice. Elle ne coûterait pas un seul dinar aux pouvoirs publics. Une telle décision ne nécessite aucune procédure longue ou compliquée. Il suffirait d’un communiqué officiel de la Direction du service national pour rétablir du jour au lendemain les médecins dans leur droit légitime et constitutionnel.

Elle ne perturberait en rien le fonctionnement des services de la santé militaire. Elle répondrait à une exigence constitutionnelle telle qu’expressément édicté dans l’article 34 de la Constitution. Une telle dispense des médecins résidents serait un signal fort et positif en direction du Camra, voire en direction de la société dans la volonté des pouvoirs publics de consolider un Etat de droit dans les faits et pas qu’au niveau des textes. A contrario, les médecins résidents et la société ne comprendraient pas le maintien gratuit d’une discrimination aussi injuste qu’illégitime au détriment des médecins.

Le ministère de la Santé en tant que tutelle des médecins résidents doit plaider et défendre la cause de ses administrés auprès du ministère de la Défense ou dans le cadre de l’action gouvernementale. Il ne peut se dérober à cette obligation au motif que cette décision ne relève pas de sa souveraineté.

2 – L’abrogation du caractère obligatoire du service civil, bien qu’elle relève du même droit constitutionnel, est autrement plus problématique. Une solution qui concilie le respect de ce droit constitutionnel des médecins résidents et le devoir de l’Etat à assurer une couverture sanitaire du pays implique la prise en considération et des acceptations réciproques de deux postulats.

Le Camra devrait admettre qu’il peut être compréhensible que les pouvoirs publics ne peuvent abroger du jour au lendemain le service civil. Les pouvoirs publics doivent néanmoins reconnaître le bien- fondé de la revendication des médecins résidents, l’inutilité et l’obsolescence du service civil tel qu’il est accompli actuellement, et s’engager, avec le Camra et les autres partenaires médicaux, à trouver une solution alternative à son abrogation à moyen terme dans les trois à quatre années. Des propositions doivent être faites et des solutions arrêtées dans les plus brefs délais afin qu’elles produisent leurs effets et se substituer à terme au service civil.

La couverture sanitaire en médecins spécialistes de l’Algérie profonde et des zones sous-médicalisées doit être repensée en privilégiant les affectations et recrutements volontaires et durables des médecins spécialistes en améliorant les conditions d’exercice, de séjour, de rémunération, ainsi que toutes autres mesures attractives afin de stabiliser les médecins sur place.

Les solutions existent pour peu qu’une réelle volonté politique de sortie de crise prévale sur toute autre considération. Les clés sont entre les mains des pouvoirs publics. La balle est dans leur camp. Deux possibilités s’offrent :
1 – Soit c’est le statu quo, les pouvoirs publics ne cèdent pas d’un iota sur les revendications essentielles, services civil et national, privilégiant le droit de la force sur la force du droit et tablant sur le pourrissement de la situation et un essoufflement du mouvement, comme en mai – juin 2011. Une fracture et un climat délétère s’installeraient durablement entre la tutelle et ses administrés. Les médecins résidents, durement éprouvés mais toujours aussi déterminés, seraient contraints et forcés, poussés vers des attitudes extrêmes mettant en péril leur santé et leur avenir.

Les pouvoirs publics seraient-ils prêts à sacrifier, sans état d’âme et toute honte bue, l’avenir des médecins résidents et de la santé dans notre pays ? Considérant la posture intransigeante des pouvoirs publics, les déclarations de quelques responsables politiques et le silence coupable de certaines institutions sur ces violations des droits fondamentaux, notamment le Conseil national des déontologies médicales, le Conseil constitutionnel et le Conseil national des droits de l’homme, c’est malheureusement l’hypothèse la plus probable. Nous souhaitons très sincèrement nous tromper.

2 – Les pouvoirs publics pourraient dans une attitude positive, responsable et constructive dépasser cette situation. La direction du service national peut lever dans l’immédiat la discrimination liée au service national. Elle ne céderait pas à une revendication mais tout simplement répondrait à une exigence éthique, morale et de respect du droit. Le ministère de la Santé peut s’engager à trouver une solution alternative au service civil dans des délais raisonnables et autres modalités arrêtées après concertation de l’ensemble des partenaires concernés par le service civil. Les médecins résidents mettraient fin à leur grève pour le plus grand bien de l’ordre public, des malades et de notre système de santé. C’est malheureusement l’hypothèse la moins probable, c’est celle qui pourtant devrait prévaloir.

 

Par le Dr  Terkmane Yacine

Président du Conseil régional de l’Ordre des médecins de Blida


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2 Commentaires sur cet article

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  • M.Bous
    25 mars 2018 at 18 h 05 min - Reply

     » les pouvoirs publics seraient-ils prets a sacrifier sans état d’ame et toute honte bue , l’avenir des médecins résidents et de la santé dans notre pays ?  » … OUI ! ils sont prets ! en leur ame et conscience … il en revient a leur interprétations des actions et évènements , il n’ya pas de droits ou de lois qui prévalent … Nos pouvoirs publics ne sont pas des personnes en  » charge  » de responsabilités ,ce sont des personnes qui  » détiennent  » la responsabilité , la responsabilité , c’est leur bien  » acquit  » , ils en font ce qui est a leur  » yeux  » le mieux … c’est la que réside  » elmouchkel  » … pas de place pour les droits et les lois qui ne peuvent remplacer leurs  » interprétations  » … Nos jeunes résidents avec leur action citoyenne parlent aux responsables en  » charge  » , ils sont absents ! … vu leur statut , leur mission , leur éducation ,ils ne peuvent parler aux personnes qui détiennent la responsabilité et avoir gain de cause comme les jeunes de l’ANSEJ pour les milliards ou les jeunes de azazga et tizi pour Yenayer ou les lycéens de la CNAPEST … ces jeunes , leur action peut dégénérer et devenir hors controle et faire la UNE des médiats étrangers ( le cauchemar de nos personnes qui détiennent la responsabilité ) … Nos résidents sont  » trop  » éduqués … On ne parle pas aux  » éduqués  » … on ne sait pas leur parler … que pourrait-on leur dire ? oui effectivement vous avez raison sur nombre de points , on a fait des erreurs , il y a eu beaucoup de lenteurs de notre part , venez on s’attable et discutons , il n’ya pas de problème sans solution … ils ne seront plus ce qu’ils sont … c’est trop leur demander , ce serait inhumain de les forcer a faire un pas dans le 21 iémé siècle et les priver de leur sommeil faute de décalage horaire … Que faut-il faire donc ? … Il faudrait ( et c’est un avis personnel ) parler le langage qu’ils comprenne , tout simplement … faire de sorte qu’il sentent que ça peut basculer sur une zone qu’il ne peuvent controler … comment ? c’est a méditer ! … Il faut que ça parle de ce mouvement des résidents de l’exterieur du pays , rien ne se fera de l’intérieur … il faut que les maitres assistants , les internes , les parents ( aussi , eux qui continuent a endurer meme aprés 7 années de sacrifices ) soient de la fete , les associations des malades , les associations citoyennes , facebook …. peuvent élargir les rangs … et surtout si on peut placer meme un article de deux lignes dans n’importe quel journal qu’il soit réginale , a l’étranger … On apprend , on ne cesse d’apprendre , n’importe quel résultat nous sera bénéfique , l’essentiel est de ne pas s’arreter de marcher avec honneur et conviction … l’état de droit se mérite , il n’a jamais été un cadeau ! …




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  • tarak
    26 mars 2018 at 0 h 00 min - Reply

    Bonsoir

    Le citoyen est malade, le système de santé est malade, les institutions de la république sont malades, Fahamatouhou est malade, l’Algérie est malade, les médecins sont en grève, qui va nous soigner??????

    Bon courage valeureux médecins, que le vent de la libération soit avec vous!




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  • Congrès du Changement Démocratique