Les robes noires et les dérives judiciaires
Édition du
22 August 2018

Les robes noires et les dérives judiciaires

Journée nationale de l’avocat

El Watan le 25.03.18 

 
	De nombreux avocats dressent un bilan des plus noirs de la situation de la justice et estiment que les réformes des deux dernières décennies n’ont pas amélioré la qualité des décisions rendues au nom du peuple et encore moins renforcé l’indépendance 
	des juges

De nombreux avocats dressent un bilan des plus noirs de la situation de…

Les avocats ont célébré, dans l’amertume, leur Journée nationale qui, pour cette année, a été commémorée hier par l’Union des barreaux, en «collaboration» avec le ministère de la Justice, «sous le haut patronage» du président de la République, pour lequel «un vibrant hommage» a été rendu pour «ses efforts pour la consécration de l’Etat de droit».

Pourtant, de nombreux avocats dressent un bilan des plus noirs de la situation de la justice et estiment que les réformes des deux dernières décennies n’ont malheureusement pas amélioré la qualité des décisions rendues au nom du peuple et encore moins renforcé l’indépendance des juges.

Avec une expérience de plus de quarante années, Me Bachir Mechri se montre très pessimiste. D’emblée il qualifie la situation de «catastrophique», et va jusqu’à affirmer qu’il «n’y a pas» de justice.

Il argumente : «Vous n’avez qu’à aller dans les tribunaux ou prendre comme exemple révélateur l’affaire du général à la retraite Hocine Benhadid, ou encore celle du défunt journaliste Mohamed Tamalt, mort en détention, qui sont la parfaite illustration de la violation du droit…» Me Mechri regrette que la Journée de l’avocat soit «utilisée à des fins politiques, en prévision de l’élection présidentielle de 2019.

Nous aurions aimé qu’elle soit l’occasion pour ouvrir le débat sur l’indépendance et la protection de la profession, puisque l’avocat n’est plus protégé par la loi. Il a même peur de celle-ci. Il a même peur d’exercer ses droits».

Mieux encore, Me Mechri trouve que l’organisation des avocats «souffre de grands problèmes qui auraient dû être à l’ordre du jour de la rencontre d’hier.

Mais tout a été fait pour éviter qu’il y ait un débat». Abondant dans le même sens, Me Tayeb Belarif n’hésite pas à dire : «Pour moi, cette journée aurait dû être celle des avocats qui s’allient contre l’abus de pouvoir, l’arbitraire, le non-droit, etc. Mais ce n’est pas le cas. Elle est là pour commémorer ce qui a été perdu.

Le droit n’a plus de place en Algérie. Les droits les plus élémentaires ne sont plus garantis. La dégradation du droit est une réalité que l’on constate quotidiennement dans les tribunaux…» Cumulant de longues années d’expérience en tant qu’avocat, Me Belarif relève que «les différentes réformes ont renforcé la sécurité du pouvoir.

Elles ont légitimé toutes les dérives judiciaires (…)». Me Djamel Belloula pense quant à lui que «nous sommes loin de l’Etat de droit (…)», précisant que «dans un Etat de droit, on ne tabasse pas des médecins qui manifestent pacifiquement».  Il ajoute :  «Si l’on prend en compte ce qui se passe sur le terrain, et que l’on voit le nombre de personnes qui se plaignent de l’injustice pour diverses raisons, nous réalisons que nous sommes loin de l’Etat de droit.

Durant tout ce temps que nous attendons pour la mise en place d’une réforme, il y a des gens qui souffrent, des droits bafoués, des décisions de justice qui violent la loi, etc.

La détention préventive nous ramène à une situation catastrophique. J’ai le sentiment que nous ne travaillons pas assez sur le fond, comme la présomption d’innocence, l’indépendance du juge et la détention provisoire, mais aussi sur les droits de la défense, qui sont ceux du citoyen. Malheureusement, l’Etat de droit, c’est comme une fausse note…»

Pour sa part, Me Bouzida explique que si «l’état de la justice a atteint un niveau aussi bas», c’est en raison de «la médiocrité régnante» qu’il qualifie de «cancer». Il explique : «Le grand ennemi de la justice est la médiocrité. En avril 2014, le ministre Tayeb Louh s’est offusqué contre l’admission à l’école de magistrature d’élèves avec des moyennes de 7 sur 20.

Comment voulez-vous qu’avec un tel niveau, les juges peuvent après rendre des décisions acceptables ? A une telle situation s’ajoute cette renonciation des juges à leur indépendance en contrepartie de la protection de leur carrière. Malheureusement le corps de la justice est gangréné. L’état des lieux a été déjà fait il y a presque deux décennies par le défunt M’hand Issaad, mais rien n’a été fait…».

Les mêmes propos sont tenus par Me Amine Sidhoum, qui trouve que la justice n’a jamais été indépendante. «En théorie, nous avons des textes de loi, qui garantissent la protection des droits, mais dans la pratique, la réalité est toute autre. Il n’y a pas de volonté politique d’instaurer un Etat de droit.

Les juges ne sont pas indépendants de la chancellerie et ne font qu’appliquer ses directives», révèle l’avocat. Ancien président de la défunte commission consultative et de protection des droits de l’homme, Me Farouk Ksentini abonde dans le même sens. Pour lui, «entre les textes et la réalité du terrain, il y a tout un monde. L’application des lois est incorrecte, peut-être pas volontairement, mais de manière maladroite.

Cela conduit à une justice de mauvaise qualité…». Me Farouk Ksentini indique que pour juger, un magistrat doit avoir une culture juridique et une culture générale. «Or, nos juges n’ont ni l’une ni l’autre. Nous avons l’impression que tout va mal et les mécontents sont de plus en plus nombreux.

La réforme judiciaire du défunt Issaad a été enterrée à dix mètres sous terre…», conclut l’avocat. Pour tous nos interlocuteurs, le constat est le même. La justice va très mal et ceux qui l’exercent éprouvent d’énormes difficultés à trouver des tribunes pour en parler, même dans leur propre organisation professionnelle…

Salima Tlemçani

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6 Commentaires sur cet article

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  • berrouigat
    25 mars 2018 at 15 h 15 min - Reply

    les avocats en algerie sont gourmands et ne défendent pas leurs clients ils se font corrompre par la partie adverse moi mon avocat m’a demandé de lui envoyér 250 euros pour payer le géometre expert pour partager et pratiquer la délimitation pour chaque héritier il est parti au maroc en vacances avec mon argent




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  • Mellouk ALI
    25 mars 2018 at 21 h 41 min - Reply

    « Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs ».
    Pour avoir une justice indépendante,il faut commencer par le début c.à.d.
    ***Une bonne gouvernance,
    ***Une alternance pacifique au pouvoir,
    ***Une presse libre.
    Tout le reste,c’est du verbiage.
    Peut-on avoir une bonne justice,une presse indépendante dans une dictature(qui ne dit pas son nom)avec des institutions de façade?!Et,un système de larbins qui concourent tous,juste pour contenter le maître du moment?!
    « Les grands arrêteront de dominer quand les petits arrêteront de ramper »!




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  • tarak
    25 mars 2018 at 23 h 38 min - Reply

    Bonsoir
    Rien qu’à voir la tête du ministre de l’injustice LOUH (bois), on peut affirmer que la pègre en Algérie a la peau plus dure qu’en Italie pays de la mafia et de la camora.




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  • Le juge
    26 mars 2018 at 17 h 03 min - Reply

    « La raison du plus fort est toujours là meilleure « ce ci est la loi de la jungle qui est malheureusement une monnaie courante dans notre pays. Soit tu manges ou tu sera mangé il n’y a pas une troisième alternative .ka gangrène s’est généralisée dans tout les domaines. Il n’y a aucun secteur épargné : ç est la loi du plus fort qui règne ni plus ni moins en dehors de ça ñ est que littérature et de la poudre aux yeux.




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  • Belakhdar
    31 mars 2018 at 20 h 04 min - Reply

    JE CROIS QUE LA JUSTICE COMMENCE PROGRESSIVEMENT A PRENDRE SON INDÉPENDANCE DANS LE DOMAINE DU DROIT COMMUN HORMIS PEUT ETRE LES AFFAIRES DE LA TRÈS GRANDE DÉLINQUANCE COMME LES AFFAIRES POLITIQUES ET DE LA GRANDE CORRUPTION QUI TOUCHENT AUX SECRETS D’ETAT. JE VIENS DE VIVRE UN EPISODE DANS MA VIE OU DES ACTES RENDUS PAR LA JUSTICE ALGÉRIENNE N’ONT PAS ETE AFFECTES PAR UN QUELCONQUE TRAFIC D’INFLUENCE OU DE CORRUPTION CAR J’AI ESTE EN JUSTICE 2 INSTITUTIONS COLOSSALES DE LA RÉPUBLIQUE ALGÉRIENNE . IL S’AGIT DE L’ORGANISME ÉTATIQUE DE L’OFFICE NATIONAL DE LA MÉTÉOROLOGIE ET L’UNION LOCALE UGTA DE DAR-EL-BEIDA POUR UNE AFFAIRE DE TRAFIC D’INFLUENCE QU’AVAIT EXERCE LE DIRECTEUR DES RESSOURCES HUMAINES SUR L’UNION LOCALE UGTA DE DAR-EL-BEIDA QUI A VISE L’ÉLIMINATION DE MA CANDIDATURE AUX ELECTIONS SYNDICALES QUI SE SONT DÉROULÉ EN DATE DU 17 JUILLET 2017 AU SEIN DE CET OFFICE MÉTÉOROLOGIQUE A DAR-EL-BEIDA. CE DIRECTEUR SUSCITE S’EST IMPLIQUE DELIBEREMENT DANS LA GESTION DE CES ELECTIONS ET IL A FAIT EN CONSÉQUENCE UNE FAUSSE DÉCLARATION A CETTE ORGANISATION SYNDICALE DE DAR-EL-BEIDA SELON LAQUELLE LE MÉTÉOROLOGUE SAHRAOUI BOUALEM NE FAIT PAS PARTIE DE L’EFFECTIF TRAVAILLEUR DE DAR-EL-BEIDA MAIS DE OUED SMAR A EL-HARRACH DONT L’APPARTENANCE SYNDICALE A UNE SECTION DOMICILIE A EL-HARRACH NE L’AUTORISE PAS A CANDIDATER POUR LA SECTION SYNDICALE DE DAR-EL-BEIDA . DE CE FAIT , LE TRIBUNAL DE DAR-EL-BEIDA A DONNE RAISON AU MÉTÉOROLOGUE SAHRAOUI BOUALEM ET DE CE FAIT CE DERNIER A OBTENU GAIN DE CAUSE EN SE DÉFENDANT TOUT SEUL SANS SE FAIRE REPRÉSENTER PAR UN QUELCONQUE AVOCAT D’AUTANT QUE SES ADVERSAIRES OFFICE NATIONAL DE LA MÉTÉO ET L’UGTA DE DAR-EL-BEIDA ONT ETE TOUS LES 2 REPRÉSENTES PAR DES AVOCATS. DONC LA FRAUDE ET LE TRAFIC D’INFLUENCE DU DRH DE L’OFFICE NATIONAL DE LA MÉTÉO A L’ORIGINE DE L’ÉLIMINATION FRAUDULEUSE DE LA CANDIDATURE DU MÉTÉOROLOGUE SAHRAOUI BOUALEM AUX ELECTIONS SYNDICALES AU SEIN DE L’OFFICE NATIONAL DE LA MÉTÉO AVAIT ETE CONFIRME AVÉRÉ PAR LE TRIBUNAL DE DAR-EL-BEIDA . LE MÊME VERDICT A ETE PRONONCE PAR LA COUR D’APPEL D’ALGER SUITE A L’APPEL DE DE CETTE DÉCISION QU’AVAIENT INTRODUIT LES 2 COLOSSES ADVERSAIRES DU MÉTÉOROLOGUE SAHRAOUI BOUALEM POUR TENTER DE FAIRE ANNULER CETTE DÉCISION DE GAIN DE CAUSE QU’AVAIT OBTENU CE MÉTÉOROLOGUE SAHRAOUI BOUALEM AU TRIBUNAL DE DAR-EL-BEIDA . EN DÉPIT DE L’INTERVENTION DE LEURS NOUVEAUX AVOCATS DANS CETTE COUR D’ALGER , LE MÉTÉOROLOGUE SAHRAOUI BOUALEM A OBTENU DE NOUVEAU GAIN DE CAUSE TOUT SEUL SANS SE FAIRE REPRÉSENTER PAR UN QUICONQUE AVOCAT .




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  • aziz
    5 avril 2018 at 11 h 55 min - Reply

    On parle de la situation de droit de l’homme chez les pays qui ont un long historique dans l’application de la démocratie, nous on n’a même pas commencé par le début qui est le respecté le choix du peuple dans les législatifs.




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  • Congrès du Changement Démocratique