Édition du
20 June 2018

«Le colonel Lotfi était peiné de voir la direction que prenait la Révolution»

Entretien exclusif avec Mme Lotfi, née Fatima Mechiche :«Le colonel Lotfi était peiné de voir la direction que prenait la Révolution»

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Publié le 04.04.2018 , 11h00 1293 lectures

Propos recueillis par Mohamed-Chérif Lachichi
Pour son premier entretien dans la presse nationale, la moudjahida Fatima Mechiche, l’épouse du colonel Lotfi, chef de la Wilaya V, a dû affronter véritablement une nouvelle épreuve. Gravement blessée à la jambe et à la tête au maquis en 1957, Mme Mechiche vécut, pour ainsi dire, toute sa vie avec une santé assez fragile. Hémiplégique depuis 1978, elle est hospitalisée depuis le 18 mars à Genève pour une «rupture d’anévrisme». Elle vient de subir une lourde opération qui nécessite plusieurs semaines d’observation médicale. Assaillie par ses souvenirs personnels dont certains sont, certes, très douloureux, cette femme courageuse et au destin exceptionnel n’en a pas moins tenu à apporter son témoignage, un document bibliographique s’il en est. Il convient de signaler, par ailleurs, que cet entretien qu’elle nous a aimablement accordé n’a été rendu possible que grâce au concours de sa fille, Chahida Ousseimi-Dghine, qui a servi pour la circonstance, à son chevet, d’intermédiaire. Qu’elle en soit remerciée.

Le Soir d’Algérie : Doit-on vous considérer comme une figure de la Révolution ? 
Fatima Mechiche : Non, on ne doit pas me considérer comme telle ! Je ne suis qu’une simple combattante comme de nombreuses jeunes filles qui avaient l’amour de leur patrie et ne pouvaient pas faire autrement que de répondre à l’appel du devoir. Pour moi, les grandes icônes de la Révolution sont mortes au maquis ou sous la torture et dont on ne parle, d’ailleurs, jamais assez. J’ai, pour elles, la plus grande admiration et je suis triste de constater que ces femmes ne sont pas honorées à leur juste valeur et n’occupent pas dans l’histoire la place qu’elles méritent vraiment. Mon mari, Akid Lotfi, et moi avons été liés par l’amour sans limites que nous partagions pour notre pays. Aucun sacrifice n’était trop grand à nos yeux pour défendre l’Algérie et lui rendre sa dignité et sa liberté. C’était, du reste, le cas de milliers d’Algériens et d’Algériennes qui n’ont pas hésité, un instant, à porter secours à notre mère patrie.

Vous vous êtes montrée plutôt discrète jusqu’à présent. Pourquoi une telle réserve ?
Vous savez, survivre à de tels événements et voir tomber les meilleurs vous laissent un sentiment d’injustice et d’humilité. Pourquoi eux, pourquoi moi ? On aurait aimé les rejoindre. Surtout avec les développements au lendemain de l’indépendance… Et tout ce qui en est advenu : tout ça pour ça ! Pourtant, nous avions tout pour «réussir». En 1962, notre jeunesse était enthousiaste et déterminée à vivre libre. Le fameux «El hamas el watani» faisait figure de symbole des luttes de Libération nationale pour les peuples du monde entier. Hélas, un système mis en place bien avant l’indépendance a réussi à récupérer, à détourner et à pervertir ce riche patrimoine. Oui, nous avons été leurrés et cruellement trompés !

Pourtant, vous n’aviez jamais témoigné auparavant au sujet de cette période exaltante et non moins cruciale pour l’Algérie…
Croyez-moi, ce n’est pas l’envie qui m’a manqué ! Il ne s’est pas passé un seul jour sans que je pense à toutes ces jeunes filles et tous ces jeunes hommes qui ont combattu avec tant de courage. Leurs visages ne me quittent jamais. Pour moi, la question a toujours été de savoir : que souhaiteraient-ils ? Que feraient-ils si eux avaient survécu ? Pourquoi moi ? Pourquoi eux ? Ma réserve vient du fait que je ne voulais en aucun cas et en aucune façon pervertir, à mon tour, leur mémoire. La tâche est gigantesque. Encore que pour témoigner, il faut avoir en face un auditoire, une capacité d’écoute. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas vraiment senti que l’Algérie était prête à entendre ce que j’avais à dire ni de savoir ce que j’ai sur le cœur. De plus, la douleur était trop présente. Elle est toujours là mais je pense que maintenant le moment est venu…

A l’indépendance, vous avez été l’une des rares femmes députées à l’Assemblée constituante et l’unique femme à représenter l’Algérie à l’ONU en 1962 à la tête d’une délégation de… 33 hommes. Qu’évoque pour vous cette période exceptionnelle pour l’histoire de notre pays ? 
C’est bien simple, j’ai été désignée, avec douze autres femmes, pour siéger à la 1re Assemblée constituante qui comptait, notez-le, 400 hommes ! L’année suivante, nous n’étions plus que deux ! Ensuite, je fus la première surprise d’apprendre à la radio que l’on m’a choisie à l’âge de 23 ans pour faire partie de la délégation qui devait représenter notre jeune nation aux Nations unies à New York. Là-bas, j’étais très émue de voir le drapeau algérien flotter dans le ciel de Manhattan, sur l’esplanade de l’ONU, aux côtés des autres nations libres. Ce fut une émotion très vive ! Et pour cause, tout un rêve s’accomplissait. Les attentes et les espoirs des chouhada qui avaient sacrifié leurs vies devenaient enfin réalité. Mais très vite le rêve s’est transformé en cauchemar. Nous avions étés reçus aux Etatas-Unis avec les honneurs, tirs de canon, invitation à la Maison-Blanche, un privilège généralement réservé aux dignitaires des grands pays. Et alors que le président John Fitzgerald Kennedy qui avait soutenu l’autodétermination de l’Algérie nous offrait un pont d’or pour développer notre pays, Ben Bella, lui, a décidé de commettre l’affront de se rendre à Cuba depuis le sol américain. Et si ce n’était pas le défunt M’hammed Yazid qui avait déployé tout son talent de fin diplomate à Washington pour apaiser et rassurer le président Kennedy, les conséquences auraient été encore plus désastreuses. Nous avions, en effet, frôlé une grave crise diplomatique, et c’est le moins qu’on puisse dire ! Ben Bella venait de sceller notre sort et mettre en péril notre avenir en s’aliénant la plus grande puissance au monde. Au lieu de mettre toutes les chances de notre côté, nos espoirs ont vite été anéantis. Personnellement, je rêvais, pour mon peuple, de lendemains meilleurs avec l’entraide de l’ensemble de la communauté internationale, au-delà des divisions politiques et des calculs mesquins. Je rêvais de voir les femmes de mon pays obtenir une reconnaissance de leur immense contribution à l’indépendance du pays et à la hauteur de leur courage. Il n’en a rien été… Bien au contraire, on nous a demandé de retourner à nos casseroles !

Vous êtes montée au maquis à l’âge de 16 ans. D’où vient cet engagement précoce contre le colonialisme ?
Mon père, originaire de Mascara, porte le même prénom que l’Emir Abdelkader, fondateur de l’Etat moderne algérien. Il est né, tout comme lui, dans la plaine de Ghriss. Ma grand-mère était la fille de Benkhodja, un proche conseiller de l’Emir qui a été lâchement assassiné alors qu’il accomplissait la prière d’el-fadjr, et ce, en raison de sa loyauté à l’égard de l’Emir. Quand j’étais enfant, le récit de ma grand-mère, Yamina, avait soulevé en moi un grand sentiment d’injustice. Ma grand-mère adorée s’était retrouvée ainsi, orpheline de son père et même de son identité puisqu’elle a été rebaptisée à la suite de ce meurtre : «Bent el Maghdour», la fille de celui qui a été trahi. L’administration française lui attribua le patronyme de «Megdouri» qu’elle porta toute sa vie durant. Longtemps, elle avait souffert de cette innommable spoliation et du souvenir atroce qui s’y rattachait. Pour ma part, j’ai vivement ressenti sa douleur. Ensuite, à l’école arabe Dar el Hadith à Tlemcen, j’ai pris davantage conscience des injustices, du racisme et de la hogra coloniale. L’enseignement des Oulémas à l’image de Cheikh Bachir El-Ibrahimi et de Cheikh Larbi Tébessi m’ont fortement nourri et ouvert sur un autre univers, celui de la culture et de la richesse de la langue arabe. Je retrouvais une certaine fierté à appartenir à cette civilisation qui était totalement occultée par l’occupant. Après, durant ma scolarité, j’ai eu à subir la frustration de ne pas pouvoir parler ma propre langue sans compter le mépris et d’innombrables humiliations. D’abord à l’école primaire, puis au lycée. Les filles de colons nous traitaient comme des «moins que rien», se moquant de nos prénoms et de «sales Arabes» au quotidien. Enfin, le véritable événement déclencheur survint à la suite d’une altercation avec la surveillante générale, et ce, après avoir osé écrire sur le formulaire de rentrée en 6e de ma petite sœur : «nationalité : Algérienne». J’ai été convoquée et j’ai assumé mon appartenance au seul peuple algérien. On m’a rétorqué que le lycée n’était pas le lieu approprié pour faire état de mes revendications nationalistes. La phrase prononcée à cet égard par la surveillante générale résonne encore dans mes oreilles. «Ici, c’est un lycée pour étudier. Si vous voulez faire de la politique, prenez le maquis !» Ce à quoi j’ai répondu : «Cela ne saurait tarder, Madame !» Trois mois plus tard, je montais effectivement au maquis avec deux de mes camarades. Notre réseau avait été dénoncé et nous étions recherchées…

Vous êtes quasiment méconnue du grand public. Et pourtant vous avez été l’épouse bien-aimée du colonel Lotfi, chef de la Wilaya V, qui, fait marquant, vous écrivait de très belles lettres d’amour, laissées à la postérité. Parlez-nous de cet homme exceptionnel dont on dit qu’il était un «féministe» avant l’heure.

Nous étions deux êtres liés par un destin hors du commun : l’amour inconditionnel pour notre patrie. La vie a voulu que nos chemins se croisent et que nous nous reconnaissions dans cette lutte pour la libération nationale. Sachez que je suis une personne très pudique et mon mari l’était davantage. Quand ma fille, Chahida, a entrepris d’écrire un portrait de son père, je lui ai confié notre correspondance intime pour qu’elle fasse connaître les diverses facettes de la personnalité de cet homme de chair et de sang. C’est comme cela que la dernière lettre qu’il m’avait adressée a été rendue publique. Ceci dit, Lotfi a toujours encouragé et soutenu les femmes pour étudier, se perfectionner, exceller… C’était un visionnaire ! Il avait compris l’importance du rôle de la femme pour notre pays, de son apport indispensable à toute société qui se veut évoluée et respectée.

Dans L’autopsie d’une guerre, Ferhat Abbas rapporte des propos du colonel Lotfi qui est venu le trouver en marge d’une réunion du CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne) en janvier 1960, au Caire. Lotfi percevait une «tendance aux méthodes fascistes» des futurs dirigeants de l’Algérie. Vous en avez-t-il parlé ?
Non, entre nous, nous parlions surtout de l’histoire, de notre culture, de notre passé glorieux et de la poésie arabe pour laquelle Lotfi avait une véritable passion. Hafez Ibrahim, Chawky. Et la musique andalouse, Qoum Tara ; le cinéma avec Quand passent les cigognes, Et Viva Zapata !. Il cherchait par tous les moyens à rassembler le peuple algérien, non pas à le diviser. Ceci dit, je voyais qu’il était très peiné et ulcéré de voir la direction que prenait alors la Révolution. Il ne m’en a pas parlé car il ne voulait pas, semble-t-il, me rajouter des soucis supplémentaires car je n’avais que vingt ans et nos conditions de vie étaient plutôt rudes, exilés, loin de notre patrie, sans père ni mère. C’était la guerre et nous la subissions. Ce que je sais est qu’il pressentait qu’il était en danger et qu’il n’avait plus pour très longtemps à vivre…

Sa disparition le 27 mars 1960 à Djebel Béchar en compagnie du commandant Ferradj, de Zaoui Cheikh et Brik Ahmed prête à controverse. Dans quelles conditions est-il mort ?
Personne ne le sait vraiment étant donné que lui et ses hommes ont été tués, à l’exception du guide dont le récit n’a jamais été clair. A-t-il dit toute la vérité ? A-t-il subi des pressions ? Seul Dieu le sait et peut-être que l’histoire le dira un jour. Nous l’espérons mes enfants et moi. Nous attendons que les archives révèlent les faits tels qu’ils se sont passés et que toute la lumière soit faite sur sa mort et celle de ses valeureux compagnons.

On évoque rarement la mémoire du colonel Lotfi. Est-il, selon vous, victime d’un «ostracisme» qui ne veut pas dire son nom ?
Même mort, Lotfi continue à faire de l’ombre ! Cette façon éhontée de commémorer sa mémoire, année après année, sans substance, sans réelle valorisation de son combat et de celui de tout le peuple algérien me fend le cœur.
Je suis en larmes de voir que nos dirigeants traitent nos héros et martyrs avec autant de légèreté et sans véritable transmission de leurs sacrifices auprès des nouvelles générations qui, à force de mensonges, de discours vides de sens se sont détournés pour la plupart de leur histoire.
Baptiser, débaptiser des rues, des hôpitaux, des lycées, des casernes de gendarmeries relèvent d’une réelle aberration. Sans parler de l’insulte suprême de l’aéroport de Tlemcen, qui portait son nom des années durant et qui s’est vu attribuer sans aucune forme d’explication un autre (Messali Hadj, ndlr). C’est une honte, on ne peut disposer ainsi des figures historiques à sa guise comme s’ils étaient des «girouettes».
Cela en dit long sur les véritables raisons qui amènent nos institutions à nommer et à choisir certaines personnes plus que d’autres afin de servir leurs propres intérêts. Mais heureusement, le peuple algérien n’est pas dupe. Bien au contraire : il est très lucide face à cette mascarade que joue actuellement le pouvoir.

Un film, Lotfi, a été réalisé par Ahmed Rachedi et produit par le Centre national d’études et de recherches sur le mouvement national et la Révolution du 1er Novembre, un organisme sous l’égide du ministère des Moudjahidine. Qu’en pensez-vous ? 
Ce film, mes enfants Lotfi et Chahida en ont eu vent grâce à leurs connaissances personnelles. Nous n’avons jamais été informés ni consultés par le ministère des Moudjahidine ni même par le cinéaste. Ma fille, lors de la commémoration de la mort de son père à Béchar, en avait parlé ouvertement au ministre de l’époque, M. Mohamed-Chérif Abbas, et lui avait remis son livre, contenant notamment la correspondance entre mon mari et moi.
Elle lui a demandé de me contacter afin de pouvoir détailler les faits tels qu’ils se sont déroulés. Il n’en a rien été. Nous avions également demandé à plusieurs reprises de prendre connaissance du script et du scénario, sans jamais obtenir de réponse ni même une quelconque information. Cette production a délibérément fait l’impasse sur l’avis des témoins encore vivants. Le film est sorti à notre insu et nous avons été choqués par son contenu. Et, d’ailleurs, on a appris que nous n’étions pas les seuls. Pour nous, c’est donc un échec total qui ne représente en rien Lotfi, un homme hors du commun. Une fois de plus, l’histoire sera falsifiée et dénaturée !

Assurément, le jeudi 11 avril 1963 est, pour vous, un jour funeste. Votre mari (en secondes noces, ndlr) Mohamed Khemisti, premier ministre des Affaires étrangères de l’Algérie indépendante, était assassiné par balle sur le perron du Palais Zighoud-Youcef, siège de l’Assemblée nationale. Avez-vous une explication sur le mobile du meurtrier ?

Il a été assassiné sous mes yeux. Nous étions tous les deux en train de sortir de l’Assemblée. Il a été interpellé par un homme qui lui a demandé si c’était bien lui Khemisti et a tiré directement avec un pistolet. Ce qu’il faut savoir est que Mohamed Khemisti était, ce jour-là, sur le point de démissionner du gouvernement.
Il attendait de terminer son discours à l’Assemblée pour annoncer dans l’après-midi son intention de se retirer de la vie politique. Car il était en total désaccord avec Ben Bella, avec lequel il s’était disputé au téléphone à 7h du matin, le jour-même.
Ce qui me réveilla, du reste, en sursaut ! J’avais, dès lors, une mauvaise prémonition… C’était un crime commandité et qui profitait au pouvoir en place. Khemisti avait une vision tout autre pour notre pays.
N’est-ce pas étrange que son assassin n’ait jamais pu être interrogé lors d’un procès et que l’on le retrouve ensuite pendu avec sa ceinture dans sa cellule la veille du coup d’Etat, en juin 1965 ? Il y a là un autre pan de notre histoire sur lequel la lumière et la justice devront être faites !
M. C. L.


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3 Commentaires sur cet article

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  • brahamimou
    5 avril 2018 at 12 h 19 min - Reply

    Les personnes qui ont commanditées tous ces assassinats politique avant la fin de la Révolution et à ce jour,sont presque tous connus par le PEUPLE,et enfin de compte ces commanditaires ont assassinés la PERSONALITE ET L’A M E DES ALGERIENS.




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  • mohamed lahmar
    17 avril 2018 at 21 h 52 min - Reply

    Chère soeur Fatima! Dans un pays lointain ta voix m’est parvenue et j’ai entendu ce que tu avais à dire! Ce que tu portes sur le coeur est bien douloureux, je le sais et je partage pleinement avec toi la totalité du récit que tu donnes, sous forme de témoignage.J’ai connu feu ton père si Abdelkader, et feu ton frère Mohammed était mon ami.(Rahimahoumâ Allah).Le témoignage que tu as voulu donner ici est véridique du début jusqu’à la fin.- Si Lotfi et si Mohammed Khemisti ainsi que beaucoup d’autres frères ont été assassinés pour des raisons politiques-. Hélas! Cependant, toute jeune encore, tu as traversé des épreuves douloureuses et terriblement cruelles et ce, dans tout ce qu’il y a de plus cher dans la vie. Puisse Dieu, le Tout-Puissant, te récompenser! Je termine en te priant de lire et méditer avec moi les versets coraniques 153-157 de la sourate 2 Al-Baqara. WA Salàm fraternellement.
    Mohammed Lahmar, ancien combattant et ancien secrétaire général de l’Association Nationale des Anciens Moudjahidines.




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  • Rabah
    18 avril 2018 at 15 h 10 min - Reply

    énième victime du FLN De Gaullien




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  • Congrès du Changement Démocratique