Édition du
17 November 2018

LEUR MYTHOLOGIE et NOTRE RÉALITÉ.

 

Aujourd’hui, l’Algérie se retrouve encore une fois dans une impasse. La reconduction pour la cinquième fois d’un président octogénaire  diminué,  relève d’une nouvelle mythologie  qui outrepasse celle de la Grèce antique. Les opportunistes appellent  les Algériens à aller revoter en 2019 pour un candidat  absent depuis 2012 et au pouvoir  depuis 20 ans. A travers les chaines de télévision publique,  on retrace tout un bilan des consécrations de ce candidat. On revient sur une décennie noire que ces pairs ont créée de toute pièce pour sortir d’un engouffrement politique dont le sauveur devient vénération par sa politique de concorde nationale.  On lui attribue des grâces et des éloges sur les infrastructures, la grande mosquée, les logements, l’autoroute,  qui auraient  pu se faire avec un tout autre président disposant d’une manne de 1000 milliards de dollars.

A-t-on envisagé sa mort pendant  le cinquième mandat?

De Chadli  à  Boutéflika, la situation de blocage politique se répète à chaque élection présidentielle car on n’a jamais voulu régler le problème de succession d’un président. Il a toujours été imposé par l’armée à défaut d’une opposition forte ou d’une émergence d’une élite qui pourrait s’imposer en s’appuyant sur des programmes solides, réels et innovateurs.

Le consensus passe par des élections propres et honnêtes comme dans toute société qui se dit démocratique.

En économie, les choses se passent de la même manière. A chaque euphorie du prix du pétrole nous retombons dans une période d’austérité qui mènent à la cherté de la vie et à un éventuel endettement car les revenus de notre pays reposent à 98% sur les hydrocarbures et qu’aucun autre secteur ne semble pouvoir se développer  pour diversifier nos rentrées de devises et s’auto-suffire. Ni le tourisme, ni le solaire, ni l’agriculture, ni les moyennes et petites entreprises, ni la recherche d’un tout autre moyen n’ont été envisagés pour parer aux chutes du baril.  On a préféré bâtir des hôtels de renom, des mosquées gigantesques, des buildings administratifs, s’ajoutent à cela une libéralisation incontrôlée des marchés et une surconsommation de biens qui ne ramènent aucune plus-value au pays.

Une troisième alternative n’est jamais prévisible.  Ou c’est pile ou c’est face.

L’analyse que je me permets de porter est assez évidente.

Les raisons à tout cela est que la nature de notre système politique a toujours été opaque, sclérosé et peu transparent depuis l’indépendance  au point où personne ne sait ce qui se passe ou risque de se passer. On a toujours navigué à vue sur un pétrolier d’une façon cyclique en perte de vitesse. Les détenteurs de la vérité refusent de parler et d’agir, par contre ceux qui parlent ne savent absolument rien.

Les raisons les plus importantes qui entravent l’émergence d’une élite politique nouvelle qui remettrait le pays sur des voies de relance durable sont multiples et sont d’ordre structurel surtout et par conséquent institutionnel. Toute la société est déstructurée, de la présidence jusqu’à la petite poste du coin. Rien ne se fait suivant des normes et des modalités car il n’y a pas de référent. Les lois et les décisions sont prises dans les moments de crise. Le long terme est du ressort de dieu : « Rabi Idjib« .

L’adversité des problèmes qui se posent à l’Algérie est incommensurable. Nul ne pourra venir à bout car ni les politiciens  ni le peuple  ne jouent un jeu franc et sincère. Tout Algérien est complice de près ou de loin de cette descente aux enfers. On pense beaucoup plus à sauver sa peau qu’à sauver l’Algérie.

La démographie galopante, le taux de chômage à 30%, la cherté de la vie, la corruption systémique et institutionnelle,  l’égoïsme, le laisser-aller,  le conservatisme radical religieux, les droits de la femme, l’éducation, les problèmes identitaires  entretenus,  le Maroc, le Sahel, la Lybie, l’interventionnisme de la France  et tant d’autres laissent chacun de nous perplexes, septiques et immobiles.

Le statuquo

Ce que craint le plus le pouvoir et la société civile c’est le retour de l’idéologie religieuse qui a perdu la bataille des maquis mais qui a toujours ses racines empêtrées dans la société. Les signes ostentatoires le démontrent si bien pour dire qu’on est encore là. Ce statuquo arrange énormément le pouvoir  pour calmer les vigueurs anarchistes des soi-disant démocrates et d’éloigner les foudres de l’occident. Les militaires et les religieux ont un point commun qui est celui du rejet de la modernité et du progrès car celles-ci les balayerait. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle les Algériens fuient ce pays. Le pays est entre les mains de ces deux protagonistes qui font la guerre au peuple impuissant, hypnotisé, réduit, l’un par un état policier et l’autre par le religieux. La gestion économique du pays est entre les mains du militaire et celle du peuple est entre celle des religieux. C’est le seul pays d’ailleurs  où il y a autant de mosquées et de casernes partout.

Le passif de l’Algérie est trop lourd pour pouvoir relever tous ses défis dans un court et moyen terme.

Les enfants nés dans les années 2000 ont aujourd’hui 18 ans. Ils n’ont pas connu la décennie noire. Ils ont grandi dans l’aisance de la manne pétrolière. Les mener vers un abîme sans fin serait suicidaire pour le pays car la plus grande richesse et le plus grand investissement d’un pays se trouve dans le potentiel humain.

L’Algérie a commencé à ralentir depuis le troisième mandat. Au quatrième, elle commençait son agonie. Ce cinquième mandat est un évènement mythologique et dénué de sens. Il nous mènera inlassablement à la ruine.

Comment sortir de l’impasse?

Un éveil et une relance sont imminents pour redynamiser l’économie et la vie politique. Si les opportunistes appellent au cinquième mandat, les Algériens doivent  manifester pacifiquement le contraire avec comme slogan, non au cinquième mandat, qui ne nous ramènera rien de nouveau.  L’opposition populaire dans sa pluralité, quelle que soit sa tendance doit s’unir et appuyer un candidat de consensus pour mener une transition de réajustement politique et économique.  Les réseaux sociaux qui sont un espace de liberté d’expression ne déboucheront pas sur un changement. L’échec des révolutions Arabes l’a bien démontré. Nous devons être exclusifs à cela car une première tentative avait échoué. Par contre la rue et les mobilisations de masse pacifiques et convaincantes  arriveront à changer la donne. Nous devons nous projeter d’une façon positive.

Notre temps de survie actuelle est de deux à trois ans si aucun changement n’est fait.

        La dispersion de nos voix sera fatale. Elle nous mènera au suicide collectif.           

               Cette élection sera, sans doute, celle de la dernière chance.

 

Amine B.

 


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2 Commentaires sur cet article

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  • Benzerga Mohamed
    10 mai 2018 at 10 h 14 min - Reply

    « Ce statuquo arrange énormément le pouvoir pour calmer les vigueurs anarchistes des soi-disant démocrates et d’éloigner les foudres de l’occident. Les militaires et les religieux ont un point commun qui est celui du rejet de la modernité et du progrès car celles-ci les balayerait. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle les Algériens fuient ce pays. Le pays est entre les mains de ces deux protagonistes qui font la guerre au peuple impuissant, hypnotisé, réduit, l’un par un état policier et l’autre par le religieux. La gestion économique du pays est entre les mains du militaire et celle du peuple est entre celle des religieux. C’est le seul pays d’ailleurs où il y a autant de mosquées et de casernes partout. »

    Cela résume tout le dilemme que nous vivons, merci Amine B. pour cette sincérité.




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  • mohamed
    11 mai 2018 at 9 h 34 min - Reply

    comment changer les choses ? comment changer les choses avec….ou sans le peuple ? Des citoyens qui ne connaissent et ne veulent pas connaître leurs droits sauf une minorité qui pense et qui souffre.Pour la grande majorité des algériens l’administration des caids et des bachaghas était la même que l’administration actuelle – à juste titre -si ce n’est pire -un citoyen qui ose rappeler à l’ordre un préposé dans une apc s’expose à des moqueries non seulement des agents mais surtout des citoyens présents qui le prennent pour un rigolo! ils ne peuvent et ne veulent comprendre qu’en fait ce rigolo défend leurs droits.Soyons réalistes, n’est-ce pas ce genre de comportement qui facilite la tâche à notre racaille nationale ? Ces mêmes citoyens opprimés,méprisés privés de leurs droits les plus élémentaires seront les premiers à guerroyer leurs concitoyens d’autres régions au moindre signal d’un notaire du Douar pion du régime.Notre problème est là -j’espère me tromper – salutations.




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