Édition du
23 October 2018

La présidence inamovible

 El Watan le 19.05.18 

 

«Il n’est point d’homme dont la vie soit assez longue pour suffire à la réforme d’un gouvernement longtemps mal organisé.»
(Machiavel)

Le régime présidentiel, tel que systématisé à partir du modèle américain et affirmé à la faveur de la crise économique de 1929-1930, puis de la Seconde guerre mondiale et de la “guerre froide” qui l’a suivie, semble correspondre à un certain équilibre des pouvoirs. En ce sens, il se distingue du présidentialisme, déviation du régime présidentiel, où il existe un déséquilibre institutionnel établi au profit du seul président de la République.

 Sorte de «dégénérescence» du régime présidentiel, le présidentialisme se retrouve dans la plupart des pays dits du tiers-monde ou «en voie de développement». Différent d’un continent à un autre, selon divers facteurs tenant à l’idéologie, les mentalités des gouvernants, la structure des partis et les mécanismes du pouvoir, il est caractérisé par l’altération de la fonction présidentielle dont la prépondérance consacrée par les Constitutions débouche souvent sur l’autoritarisme (sinon sur la dictature) d’un homme ou d’un groupe qui représente les intérêts d’une couche sociale, voire d’un clan. Le présidentialisme constitue ainsi une nouvelle donne politique que le constitutionnalisme classique ne peut appréhender du fait de l’occultation des réalités socio-économiques dans ses analyses.

Quid du régime présidentialiste ?

En Amérique latine, le présidentialisme résulte de l’influence des institutions américaines. Toutefois, l’histoire de ce continent montre que le nationalisme a été la première source d’inspiration du constituant tout comme en Afrique où les élites ont été nourries au libéralisme des métropoles. Ces élites cherchent à organiser un Exécutif puissant, l’expérience de la collégialité ayant selon eux épuisé ses vertus. Symbole de l’unité nationale, le président de la République doit disposer de cet instrument efficace qu’est l’Exécutif. Le développement politique d’Amérique latine confirme la tendance à la centralisation et à la concentration du pouvoir entre les mains des magistrats suprêmes de ce continent. L’inspiration puisée dans l’évolution politique et constitutionnelle des Etats-Unis d’Amérique est patente, notamment en ce qui concerne l’institution présidentielle qui occupe une place centrale dans l’échiquier politique.

En Afrique prévaut la même situation dès lors notamment que l’opposition entre régimes militaires et civils perd de son sens dans la mesure où les partis politiques ne sont le plus souvent que des paravents, pouvant même avoir à leur tête des hommes liges du président. De fait, l’analyse des Etats du continent africain ayant opté à l’indépendance pour un régime de parti unique, la direction de l’armée apparaît comme la pièce maîtresse de l’édifice institutionnel et du pouvoir. Ainsi, au nom de l’authenticité et de la démocratie unanimiste, même les Parlements — baptisés Assemblées nationales — deviennent tout simplement des lieux d’exercice de l’activité présidentielle par l’intermédiaire du parti.

Dans les pays arabes dont certains s’inspirent du modèle du pouvoir khalifal où prédomine la référence à l’islam en tant que religion d’Etat, le président-Zaïm joue un rôle essentiel. Toutefois, cette analyse ne peut être appliquée à tous les pays musulmans du fait qu’elle accuse une ambiguïté fondamentale. En effet, il existe des spécificités propres à d’autres Etats non arabes où prédomine la population musulmane. Par ailleurs, en considération des concepts utilisés par les politologues pour distinguer les caractéristiques des deux grandes régions où domine «l’arabophonie» — le Machreq et le Maghreb —, la qualification des régimes politiques n’est pas chose aisée. Ainsi, à lire les Constitutions des Etats du Maghreb, on pourrait conclure qu’il y a trois régimes différents.

En pratique, cette observation s’estompe ; les réalités culturelles et socio-économiques des trois pays laissent entrevoir un même système, souvent autoritaire. Ainsi, la Loi fondamentale tunisienne du 1er juin 1959 institue, à la lettre du texte, un régime présidentiel où cohabitent un pouvoir exécutif fort, appartenant en propre au président de la République, et une Assemblée nationale à laquelle est confié le pouvoir législatif. Le texte constitutionnel marocain du 7 décembre 1962, adopté par référendum, proclame la naissance d’une monarchie constitutionnelle, également à la lettre du texte, où le gouvernement est responsable à la fois devant le roi et devant le Parlement élu au suffrage universel.

L’Algérie post-indépendance a, quant elle, inauguré un régime qualifié par ses promoteurs de «monocratisme partisan». Considérée comme la manifestation juridique d’une idéologie spécifique, la Constitution algérienne de 1963 (tout comme celles de 1976, et, plus tard, celles de 1989 et de 1995, voire de 2008), en conférant des pouvoirs très étendus au président de la République (dont la responsabilité à l’égard de l’Assemblée nationale est fictive) confirme la tendance à la personnalisation du pouvoir. Le rôle du parti (unique depuis l’indépendance et, dominant après octobre 1988) s’est révélé des plus relatifs comparativement à celui de l’armée. Dans ce contexte, pour prévenir des risques de l’autoritarisme et de l’arbitraire dans ces contrées dont l’Algérie, le parlementarisme a constitué l’un des moyens dont le but était de tempérer les abus d’un Exécutif de plus en plus envahissant.

Ce régime mixte, soucieux d’une certaine légalité constitutionnelle, peut-il être caractérisé comme un «présidentialisme parlementaire» ? Il semble que non dès lors que la primauté de l’institution présidentielle demeure la donne constante qui a abouti à un régime de concentration du pouvoir. En effet, toutes les institutions constitutionnelles prévues ou existantes sont dominées, de facto comme de jure, par le président qui dispose d’une suprématie mise à l’abri de toutes épreuves, d’autant que celui-ci est souvent le véritable chef du gouvernement, le chef suprême des armées et de l’administration (voire du parti unique ou parti dominant).

Du présidentialisme algérien

La pratique politique et constitutionnelle, entamée depuis le coup d’Etat du 19 juin 1965 jusqu’à la promulgation de la Constitution de 1976, montre qu’en Algérie le pouvoir réel a été l’apanage de la direction de l’armée représentée par le Conseil de la Révolution qui a été, en apparence, une sorte de chef d’Etat collégial. Dominant les autres institutions — au demeurant laissées en friche —, ce Conseil a été le maître d’œuvre des décisions politiques et économiques les plus importantes et des orientations d’envergure sous l’impulsion de feu Houari Boumediène. Cette démarche politique qualifiée de pragmatique et de «voie spécifique» s’est soldée par la constitutionnalisation de la suprématie du Conseil de la Révolution qui a été le dépositaire d’un pouvoir quasi absolu. Dans la Loi fondamentale de 1976, le constituant algérien a délibérément aménagé de larges prérogatives au président de la République.

En période normale, il dispose de la fonction exécutive et de l’initiative en matière législative (ordonnances). Et cas de crise, il est investi de pouvoirs exorbitants et bénéficie d’une autorité sans contrepoids effectif (pas de réels contre-pouvoirs). Il est le chef des forces armées ; à la tête de l’Etat, il n’existe pas de contrôle de son action politique (il est irresponsable politiquement). Le contrôle à son égard se révèle une pure hypothèse d’école. Cette observation vaut également pour les chefs d’Etat algériens successifs au regard de leurs attributions constitutionnelles, sauf à indiquer que ces derniers (à la suite du décès de Boumediène) n’étaient plus seuls maîtres du jeu politique ; ils ont été élus par leurs pairs avant de se voir symboliquement chargés de la destinée du pays par le corps électoral en mal d’élections «propres et honnêtes». Après la destitution du président Ben Bella, le pouvoir personnel fut reconduit.

En tout état de cause, les politologues ont distingué quatre formes de présidentialisme dans les pays dits du tiers-monde : le présidentialisme primaire où l’armée est transformée en police chargée de faire accepter et respecter un ordre fondé sur la force ; le présidentialisme bureaucratique où des appareils administratif et technocratique sont constitués par les organisations militaires et administratives ; le présidentialisme partisan dans lequel le cumul des fonctions de chef d’Etat et chef de parti permet la prépondérance du président ; le présidentialisme parlementaire où il existe un contrepoids à la prééminence du président élu au suffrage universel constitué par le Parlement.
A s’en tenir à cette typologie comme hypothèse de travail, l’Algérie s’est dotée d’un régime à prépondérance présidentialiste où la direction de l’armée a joué un rôle déterminant.

De même, l’analyse du système politique algérien — tant dans sa pratique que par référence aux différentes Lois fondamentales — montre qu’il relève de l’ensemble des présidentialismes sus-mentionnés. En effet, le coup de force de 1965 ayant permis l’accession au pouvoir d’un chef d’Etat militaire qui a cherché, après onze années d’exercice, à se légitimer par son institutionnalisation en ayant recours aux techniques de la matière constitutionnelle. Ainsi, présentée comme un instrument de développement économique par le Conseil de la Révolution, l’armée s’est révélée in fine une structure gouvernante car présente dans l’ensemble des institutions ayant contribué à la prise des grandes décisions intéressant la vie politique du pays. Feu Chadli Bendjedid fut désigné par la direction de celle-ci et désavoué également par elle après la pratique politique dite du «changement dans la continuité», la sauvegarde de ce régime après l’implosion d’octobre 1988 et le désaccord quant à l’arrêt du processus électoral des législatives de 1991. Et la confusion des pouvoirs fut reconduite.

Aussi, la participation des citoyens au pouvoir fût-elle des plus réduites dans la mesure même où les Assemblées locales et l’Assemblée nationale furent liées au régime en place depuis 1965. Mais, pouvait-il en être autrement dès lors qu’on a pu observer la concentration des pouvoirs au seul bénéfice du président de la République, ministre de la Défense nationale et chef du parti ? Faut-il rappeler, pour mémoire, la résolution organique ayant renforcé les pouvoirs du président Bendjedid qui fut chargé de la réorganisation des instances dirigeantes du parti, d’autant qu’en vertu du fameux article 120 des statuts dudit parti, il s’arrogea le monopole de la vie politique ? Le régime algérien, qui a eu à synchroniser l’élection du président avec celle des membres du Parlement, a dû accepter que ce dernier puisse jouer un rôle dans le renouvellement des élites politiques à travers un échange des emplois publics entre députés et ministres.

Ainsi, le présidentialisme algérien, après avoir été d’essence militaire, choisit de se «civiliser» par la mise en place d’un bureau politique du FLN aux lieu et place du Conseil de la Révolution, chargé en principe de la direction des affaires du pays. Certes, la succession à la présidence a été assurée par un congrès du FLN, mais la confusion des pouvoirs n’a pas cessé pour autant. Dans son message sur l’état de la nation, en 1983, Chadli Bendjedid pouvait déclarer à loisir : «Ma volonté est que le parti du Front de Libération Nationale soit un parti puissant, capable d’assumer la plénitude de son rôle dans tous les domaines de la vie nationale». Avec le recul du temps, il apparaît que cette profession de foi n’a pas résisté aux coups de boutoir des faits, notamment depuis octobre 1988, d’autant que les Constitutions de 1989, de 1995 et de 2008 n’ont pas modifié, da façon notable, les données de la problématique du présidentialisme algérien.

De la présidence inamovible

Rappel de l’histoire politique algérienne. Après avoir assumé les fonctions de chef de l’Etat de janvier 1994 à avril 1999, Liamine Zeroual a, lors du Conseil des ministres du 16 septembre 1998, indiqué : «Ma décision d’organiser avant terme une élection présidentielle exprime, en définitive, mon profond souhait de voir les vertus de la démocratie et de l’alternance au pouvoir définitivement ancrées dans notre culture politique et dans la conscience nationale…» (El Watan du 17/09/1998). En ce sens, feu M’hammed Yazid, figure du nationalisme algérien et ancien ministre du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) se définissant comme «démocrate, républicain et moderniste» pour qui il faut «éliminer» du marché politique les gens de sa génération, a eu ces mots : «Le discours du président Zeroual est au fond une abdication de chef d’Etat en faveur du collège électoral algérien et d’une déclaration d’impuissance, de renonciation à la magistrature suprême…» (Le Matin du 23/11/98).

En tout état de cause, après avoir battu campagne, plusieurs candidats (dont Ahmed Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi…) ont pu exprimer leurs craintes sur l’élection présidentielle d’avril 1999. Ils ont préféré retirer leurs candidatures collectivement. A titre illustratif, pour feu Aït Ahmed, dans une intervention du 7 décembre 1998 à Paris, a pu relever que «cette élection ne pouvait — ne peut — rien régler pour une simple raison : dans notre pays, le pouvoir réel n’a jamais résidé dans les institutions.

Ce pouvoir réel, c’est-à-dire l’armée et la police politique ont toujours utilisé ces institutions comme courroie de transmission et paravent : c’était le cas du parti unique. Ou comme faire-valoir et façade démocratique : c’est le cas du Parlement ‘‘pluraliste’’ mis en avant pour prouver la soi-disant démocratisation du pays» (El Watan du 17/12/98). Par le biais d’El Djeïch (février 1999), l’armée a pu ainsi répliquer : «A la veille d’échéances qui engagent l’avenir du pays, l’institution militaire tient à lever les confusions entretenues par les uns et les autres, en rappelant, encore une fois, que l’Armée nationale populaire (ANP) est irréversiblement républicaine et qu’à ce titre elle ne s’implique dans toute opération électorale que pour contribuer à créer les conditions à même d’assurer la sécurité de son déroulement et de permettre à notre peuple d’exprimer librement son choix, sans pression ni contrainte» (El Watan du 22/2/99).

Aux yeux de beaucoup d’observateurs, il était évident que le pouvoir avait choisi son candidat, l’élection présidentielle devenant ainsi sinon obsolète, du moins inutile. Ainsi, Youssef El Khatib, qui a fait partie du staff de Zeroual, reste convaincu que «Bouteflika, comme d’autres, n’ont fait qu’exploiter le prestige de l’Algérie durant cette période où l’audience de notre pays était au zénith… Mais le plus grave, c’est qu’il a observé un silence total depuis le début des événements qui endeuillent le peuple. Il a préféré offrir ses services à une monarchie du Golfe» (El Watan du 15-16/01/99). Elu, le président Bouteflika a d’abord fait voter une loi sur la «concorde civile» aux fins annoncées de rétablir la paix, aidé en cela par une équipe formée de financiers et d’économistes au fait des phénomènes qui gouvernent le monde actuel, cette troïka est composée de Benbitour, Abdelatif Benachenhou et Hamid Temmar (El Watan du 26/12/99).

Courant février 2000, il a procédé ensuite à un remaniement au niveau de la direction de l’armée, notamment au niveau des Régions militaires, de la Gendarmerie nationale, de l’armée de terre et des forces navales…

Et, bien que l’espace de communication (médias audiovisuels particulièrement) soit assez verrouillé, des critiques ont été formulées à l’endroit de la politique menée par le nouveau chef de l’Etat ; ainsi, pour Rachid Ben Yelles, général à la retraite : «C’est même un échec personnel pour l’homme qui a fait de “la démarche pour la paix” son axe d’effort principal… A l’entendre, les massacres, les attentats à l’explosif, les embuscades tendues aux forces de l’ordre ne seraient que vue de l’esprit ou propagande malveillante» (El Watan du 15/02/2000). Pour Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre sous Chadli Bendjedid et Boudiaf : «En vérité, nous ne voyons rien d’autre que la consolidation des pratiques passées, qui se caractérisent par la contradiction permanente entre le discours et l’acte… La substance dominante dans notre vie politique n’est, côté action, que vide sidéral et, côté verbe, qu’un flot torrentiel de logorrhée» (Ndlr, propos creux, verbiages)… (El Watan du 03-04/03/2000).

Quoi qu’il en soit, cette situation s’apparente par son caractère récidivant à du présidentialisme où le président de la République croit avoir droit de vie et mort sur la nation dont il dit qu’elle l’a porté au pouvoir en qualité de candidat indépendant. Dans cette perspective, une question se fait jour : l’élection présidentielle d’avril 1999 a-t-elle finalement eu raison du présidentialisme algérien ? Loin s’en faut, si ce n’est que la pratique politique et constitutionnelle a enraciné ce que l’on pourrait désigner comme une présidence inamovible, compte tenu des mandats successifs après l’amendement de la Loi fondamentale relative à la principale disposition et à l’exercice de deux mandats successifs considérée comme standard international. Dans cette perspective, s’interroger sur le système politique de l’Algérie (qui consacre, dans sa pratique, la présidence inamovible) se révèle, sans aucun doute, plus fécond que de polariser sa réflexion — au demeurant légitime — sur les prérogatives du président de la République. Il paraît ainsi évident qu’il existe en Algérie un déficit chronique en matière d’équilibre des pouvoirs dans la mesure où on est en présence d’un présidentialisme, sorte de technologie constitutionnelle artisanale de pays encore rivés au sous-développement politique par la grâce d’une gérontocratie qui n’a de grand qu’une rhétorique démesurée et une attitude arrogante dont le populisme est le moindre mal.

Au fil des mandats présidentiels, il résulte que la caractéristique essentielle du système politique algérien repose sur un déséquilibre institutionnel établi au profit du président de la République, sans contrepoids réel, à savoir : un Parlement qui reflète un pluralisme politique authentique, une magistrature indépendante, une presse libre et une société civile structurée. Il y a là une déviation et une dégénérescence du régime présidentiel. Aussi, pour prévenir des risques de l’autoritarisme et de l’arbitraire, les éléments sus-évoqués constituent le meilleur rempart afin de tempérer les abus d’un Exécutif envahissant. En ce sens, toutes les Constitutions algériennes consacrent le président de la République comme chef réel du gouvernement, chef suprême des armées et de l’administration. La pratique politique depuis octobre 88 n’a pas modifié cette donnée puisque cette situation a perduré du fait de l’aménagement du monopartisme en système de parti dominant, tempéré par une coalition au pouvoir espérant s’intituler majorité présidentielle.

Le syndrome du présidentialisme existe bel et bien tant la pratique politique y démontre que la participation des citoyens au pouvoir est des plus réduites, eu égard à la concentration excessive des prérogatives au niveau du pouvoir central, ce qui n’est d’aucune façon un gage pour un retour de cet «Etat fort» (au profit de qui ?) prometteur d’un autre «âge d’or» (à quelle période ?) et de «stabilité» comme supputé par le discours officiel du pouvoir (alors que le principe consacré devrait être plutôt la continuité de l’Etat). Ce même pouvoir qui, même disposant de quelque 1000 milliards de dollars et près de vingt ans de longévité n’a pas su assurer de façon durable la sécurité alimentaire au pays et a perpétué le mal-développement engendré par la «voie spécifique». Et politiquement, la confusion des pouvoirs continue d’avoir la part belle, l’alternance au pouvoir se révélant un luxe. Quant à une possible alternative…

In fine, les Constitutions de 1989, 1995 et 2008 n’ont pas modifié, de façon notable, les données de la problématique du présidentialisme algérien favorisant ainsi la tentation de la présidence inamovible. L’Algérie ayant déjà payé un lourd tribut à la démocratie, il reste à espérer que tant de vies humaines et de destructions massives de nos potentialités économiques n’aient été sacrifiées pour rien au vu de la démocratie résiduelle actuelle, car peu de résultats tangibles ont été enregistrés. Cette situation est d’autant plus évidente que l’opposition parlementaire a montré qu’elle n’est pas suffisamment structurée pour servir de contrepoids politique pour rendre crédible, effective et irréversible l’alternance au pouvoir comme élément substantiel de la pratique du pouvoir (les partis politiques étant presque réduits à faire de la figuration et servir d’alibi à la démocratie résiduelle). La législature encore en cours nous offre le spectacle édifiant de l’absence de cette alternance.

Et la technocratie — au service d’une structure gouvernante qui se sert de l’Armée — ne peut procurer de résultats sérieux. Du personnel administratif (de hauts fonctionnaires délégués à des fonctions politiques) ne peut au mieux que gérer des décisions prises en dehors des sphères classiques du pouvoir.

Au total, force est de constater que le système politique algérien a plus que jamais besoin d’une vigoureuse série de réformes, ce qui ne semble toujours pas à l’ordre du jour, la succession en 2019 demeurant sa priorité. La présidence inamovible demeure le principe afin de reconduction du même système ad vitam aeternam.

Par Ammar Koroghli

Docteur en droit. Avocat (Paris) – Auteur algérien


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19 Commentaires sur cet article

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  • mohamed
    19 mai 2018 at 15 h 22 min - Reply

    De tout temps il n’y a pas pire pour un pays qu’un pouvoir militaire.Nous, nous avons la malédiction d’avoir un pouvoir hybride avec un personnel satanique conjugué à un peuple des plus passifs de la planète. Il faut bien, hélas, se rendre à l’évidence. salutations




    9
  • Achour
    20 mai 2018 at 7 h 37 min - Reply

    Après sa mort on l’aura toujours sur le dos…
    Vous avez oubliez que lui aussi avait son Ghost!!!!
    Ghpst boutelflikasse-pieds




    1
  • Si Salah
    20 mai 2018 at 12 h 12 min - Reply

    Le jour où les vrais opposants prendront conscience que le peuple de 2018 n’est pas celui de 1957, et cesseront donc de l’enfoncer en le glorifiant indûment dans leurs discours, nous aurons fait un pas dans la bonne direction, celle de l’éveil. Prendre conscience de sa propre déchéance est la condition sine qua non du sursaut. Un peuple qui accepte sans broncher de reconduire pour la cinquième fois un « président » momifié qui a juré sur le Coran de ne faire que 2 mandats n’a en fin de compte que les dirigeants qu’il mérite.

    Prenons juste un cas d’école : Ould Kaddour a été condamné pour espionnage au profit des USA et mis en prison par la justice de Bouteflika. Sitôt sorti de prison, il se retrouve PDG de la Sonatrach qui engrange 97% des devises du pays. Sous d’autres cieux, il faut sortir de Polytechnique ou de Harvard pour prétendre devenir le PDG de la plus grande entreprise du pays. Chez nous il faut juste sortir de…prison. Parmi les centaines de milliers d’employés de Sonatrach, avec une majorité d’universitaires, avons-nous entendu ne serait-ce qu’un petit groupe de 10 ou 20 personnes protester publiquement contre ce scandale sans nom qui consiste à donner les clés du coffre-fort à un traitre? Non ! Aux dernières nouvelles, Ould Kaddour, espion doublé d’imposteur (il prétend sur le site de la compagnie avoir un « doctorat du MIT », ce que ce dernier nie formellement, voir huffpostmaghreb.com), a acheté pour 1 milliard de dollars une raffinerie en…Sicile, pays de la transparence et de la bonne gouvernance comme chacun sait…

    Le pouvoir crapuleux est dans son rôle, cessons de ruminer à ce propos. Il faut prioritairement regarder ce qui ne va pas du côté du peuple.




    16
  • mohamed
    20 mai 2018 at 12 h 42 min - Reply

    Si Salah, avez-vous remarqué que, dans cet espace, je n’ai cessé de répéter ce que vous venez de confirmer. Merci de m’avoir soulagé. Salutations




    1
  • fatma k.
    21 mai 2018 at 14 h 51 min - Reply

    Un peuple qui ressemble à celui de Banou Israël donc?!Et qui a accepté les supplices du tyran Pharaon pendant des siècles jusqu’à ce qu’il soit sauvé « in extremis » par le Messager de Dieu, Moussa(AS),sauf que dans notre cas il n’y aura plus de messager.Tout le monde peut constater qu’on est entrain de tourner autour du pot sans vouloir ni pouvoir crever l’abcès.Tandis que certains accusent le pouvoir de tyrannie d’autres accusent le peuple de lâcheté!
    Et chaque camp est dans son rôle et fait le jeu(consciemment ou non) de ce même pouvoir
    « inamovible »!




    8
    • Amar
      22 mai 2018 at 18 h 20 min - Reply

      Oui,madame et puis c’est à ceux et celles qui peuvent faire la synthèse de ces deux situations qui finiront par engranger le processus dialectique.Quelques véritables Patriotes et révolutionnaires qui prendront les commandes d’un mouvement algérien de changement radical.N’est pas BenMhidi,Abbane,Amirouche,Krim,Boudiaf….qui veut.




      2
      • Antar M.
        22 mai 2018 at 21 h 17 min - Reply

        Tant mieux pour les patriotes de l’époque que vous citez,seulement le risque de se tromper d’époque et d’ennemi est tellement énorme que toute comparaison semble invraisemblable.




        3
        • Amar
          23 mai 2018 at 16 h 57 min - Reply

          Par dieu,le monde n’à pas pris fin et l’histoire continue de se faire.Quoique sans notre participation motrice.Oui,les Patriotes du passé faisaient face à un ennemi différent durant une époque différente et avec des moyens différents.Cela n’empêche pas que notre soupire,le notre comme le leur est celui pourlà justice,la liberté,l’honneur,la dignité etc.Ces Patriotes ne sont plus la,mais ce qu’ils nous ont légué est plus important que le pétrole, le gaz etc.Il est possible de se libérer si nous n’oublions pas leur sacrifice,comme l’à bien résumé ce gentilhomme: »UN PEUPLE SANS MÉMOIRE PEUT-IL ÊTRE LIBRE ? ».
          Ne fuyons pas nos responsabilités.




          4
  • Smail El-ouahrani
    21 mai 2018 at 15 h 42 min - Reply

    On ne pourra jamais reconstruire sur un tas d’ordure.Il faut un déblaiement total,c’est le but de toute révolution depuis l’antiquité à nos jours.
    =To clear the ground=.




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  • mohamed
    21 mai 2018 at 19 h 19 min - Reply

    Fatma K,

    En ce qui concerne le peuple, je serai heureux si vous pouviez me convaincre du contraire -salutations




    0
  • Lahcèn
    21 mai 2018 at 21 h 24 min - Reply

    Ce peuple dont certains l’accablent de tous les maux est devenu transparent-presqu’invisible-après tant de souffrances qui ont marquées son histoire et qu’il les a pu surmontées pendant un moment.




    3
  • Assange
    22 mai 2018 at 22 h 01 min - Reply

    Ne dit on pas que pour diriger un pays il faut affamer son peuple?




    0
  • tarak
    30 mai 2018 at 1 h 52 min - Reply

    Bonsoir à tous

    En bref, kama takounou youalla alaikoum (vous serez dirigé selon votre comportement).




    0
  • espahan
    30 mai 2018 at 22 h 11 min - Reply

    ce constat est très en retard!!!!!???




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  • mohamed
    1 juin 2018 at 10 h 22 min - Reply

    Suite aux déclarations du sieur Ziari dans TSA.

    Vos histoires avec vos acolytes ne nous intéressent pas.Vous êtes tous les mêmes.Vous vous en prenez aux pétitionnaires et pour vous, demander à quelqu’un de ne pas se présenter n’a pas de sens politique.Oui, mais c’est valable pour un homme normal dans une situation normale d’un pays.Est-ce le cas ? Vos idées pour faire avancer un pays, nous les connaissons depuis 1962. Vous reconnaissez vous-même une crise politique et financière comme si vous et votre fakhamatouhou n’y êtes pour rien ! Vous vous demandez ce que veulent ces personnalités de demander à « votre président » de ne pas se représenter car elles ont peur que s’il se représente, il sera élu, mais a-t-il jamais été élu ? Oui elles ont peur que l’Algérie (elle l’est déjà) soit la risée du monde entier pour être présidée par quelqu’un qui n’arrive même pas à se moucher pour ne pas dire autre chose.

    Rentier que vous êtes, vous feriez mieux de vous taire car vous êtes déjà dans la poubelle de l’histoire.

    Mes respects aux lecteurs.




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  • massi
    9 juin 2018 at 15 h 07 min - Reply

    le véritable problème a mon sens ce n(‘est pas tant le peuple qui est bâillonnée ……mais plutôt les soutient extérieur dont bénéficie ce système en place inamovible ……ce régime n’aurait pas tenue si longtemps sans la complaisance de certains état pour qui regarder ailleurs est la garantie de pouvoir continuer a faire de bonne affaire juteuse …..sinon pensez vous que les opportunistes de la politique circulerai en France ou ailleurs en investissant dans de luxueuse maison a plusieurs millions et avec des comptes étranger offshore sans le moindre soucis ??….bref personne ne veut de la concurrence Algérienne sur les marches suffit de voir nos compatriote qui réussissent sous d’autres cieux et pas chez eux……c’est au peuple et a lui seul de se prendre en charge et de mener le combat pour un état de droit pour tous .Mais nous n’y a arriverons jamais si nous ne nous parlons pas dans le respect de chacun .




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  • wahid
    27 juin 2018 at 6 h 39 min - Reply
  • Congrès du Changement Démocratique