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15 November 2018

Affaire de la cocaïne saisie à Oran : jusqu’où ira la justice ?

TSA   Par:  

Le Syndicat national des magistrats (SNM), très discret ces dernières années, a jeté un pavé dans la marre, samedi 23 juin, en qualifiant « d’infondées » les informations évoquant l’implication de juges et de procureurs dans l’affaire de la saisie de 701 kg de cocaïne au port d’Oran.

Selon le SNM, l’objectif de la publication de ces informations est d’attenter au corps des magistrats et de « faire dévier l’enquête ». Cette réaction amène inévitablement à se poser de nombreuses questions puisque ces informations paraissent émaner de l’appareil judiciaire lui-même.

Qui veut « dévier » l’enquête et pourquoi ? Et pourquoi le SNM réagit-il en posture offensive alors que l’instruction n’est qu’à ses débuts au niveau du tribunal d’Alger qui a compétence nationale ? Cherche-t-il à influencer le cours de l’enquête en ajoutant une autre pression sur les magistrats chargés de l’instruction ?

Le SNM va plus loin en disant qu’il existe une volonté de détourner le cours de l’enquête « d’une affaire de trafic de drogue » à « une opération étudiée » pour « porter atteinte à la crédibilité de la justice ».

Le SNM est-il à ce point sûr qu’aucun magistrat n’est impliqué dans l’affaire de la cocaïne et de trafic d’influence ? La presse, qui a publié des informations sur l’affaire, a-t-elle inventé l’identité des magistrats cités dans le dossier ?

Communiquer pour éviter l’intox

Il est évident que le secret de l’instruction n’a pas été respecté dans l’affaire de la saisie de la cocaïne et qu’une fuite d’informations a été soigneusement organisée.

Ce n’est pas nouveau en Algérie où les procès se font parfois dans les médias avant leur déroulement dans les prétoires. Il est naturel que les médias nationaux s’intéressent à une affaire qui a défrayé la chronique et qui suscite également la curiosité de la presse internationale.

Dans pareilles situations, le parquet doit communiquer en organisant une ou plusieurs conférences de presse pour expliquer à l’opinion nationale l’évolution de l’enquête sans révéler les secrets de l’instruction.

Dans le cas contraire, l’intox prend le relais dans une atmosphère propice aux règlements de compte politiques à moins d’une année de l’élection présidentielle.

En plus de la bataille de l’instruction, il y a celle, plus compliquée, de la communication. La justice a-t-elle tous les moyens nécessaires pour aller jusqu’au bout de l’enquête dans une affaire qui paraît sensible à tous les niveaux ?

La mise en avant du principal accusé dans l’affaire de la cocaïne, Kamel Chikhi, un homme d’affaires habitant Alger, ne suffit pas pour contenir les questionnements que se pose la rue algérienne sur les ramifications de ce dossier.

Samedi en conférence de presse, Ahmed Ouyahia, Premier ministre, a évoqué, en citant le cas Kamel Chikhi, « l’argent sale » qui s’est infiltré partout.

Silence des avocats de Kamel Chikhi

Mais, pourquoi alors la justice ou les services de sécurité n’ont-ils pas « bougé » pour enquêter sur les signes ostentatoires de richesse de Kamel Chikhi, qui construit et vend des logements à prix d’or dans les meilleurs quartiers d’Alger ?

Comment il obtenait les permis de construire d’où il ramenait l’argent pour bâtir ses immeubles ? Sans doute, ce n’est pas de l’importation de la viande surgelée du Brésil.

Pourquoi prendre le risque d’importer de la cocaïne alors que l’immobilier permet de se « mouiller » sous une pluie de billets de banque ? Les avocats de Kamel Chikhi gardent toujours le silence. Pour traverser l’Atlantique et une partie de la Méditerranée, il faut « sécuriser » la route et avoir des protections solides, en Algérie et à l’étranger, pour échapper aux contrôles.

La quantité importée de la drogue dure signifie que l’homme et son réseau étaient pratiquement sûrs de ne pas être « inquiétés » par les services de sécurité en Espagne et en Algérie. Quels sont ces complices ?

Selon des médias, les Espagnols ont préféré alerter les Algériens sur la cargaison suspecte au lieu d’intervenir en eaux territoriales ibériques pour la saisir. Une attitude qui n’a pas d’explication sauf s’il existe des mécanismes de coopération sécuritaire entre les deux pays qui permettent ce genre de décisions. L’affaire a été prise en main dès le début par l’armée algérienne. Où sont donc passées les Douanes ?

Les grosses saisies de drogue annoncées par l’armée

Ces derniers mois, les grosses saisies de drogues dans plusieurs régions du pays sont principalement annoncées par le ministère de la Défense nationale à travers des communiqués.

Les annonces faites par la douane sont plutôt rares. La dernière en date remonte à février dernier lorsque la douane a publié un bilan, à travers l’agence APS, des opérations menées en 2017, au nombre de 171.

En 2017, selon le même bilan, les douaniers ont mis la main sur 9,4 tonnes de kif traité, 1,5 kg de cocaïne et 54.000 comprimés psychotropes. D’après l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLDT), 11 tonnes de résine de cannabis ont été saisies durant les quatre premiers mois 2018 uniquement, c’est-à-dire plus que la quantité saisie par la douane durant douze mois.

D’où la question : si la lutte contre le trafic des stupéfiants s’est intensifiée ces dernières années, comment expliquer que les quantités de drogue, qui entrent au pays, soient de plus en plus importantes ?

Ahmed Ouyahia a parlé « d’agression que vit l’Algérie à travers la drogue ». « La mobilisation de notre armée et de nos services de sécurité a fait que beaucoup de quantités sont interceptées mais il n’en demeure pas moins que lorsqu’on voit le flot qui s’abat sur nos frontières de plusieurs destinations, nous considérons que nous ne sommes pas dans l’excès pour qualifier cela d’une agression », a-t-il dit.

Mais d’où vient cette agression ? Et quel est son but ? Et comment expliquer que cette agression, à supposer qu’elle existe, soit « mise en pratique » par des mains algériennes à l’intérieur des frontières ?

Ouyahia qualifie la drogue d’arme

Ouyahia a parlé d’une volonté de « pourrir la société algérienne de l’intérieur », avec la drogue qui est « une arme qui attaque d’abord notre jeunesse ». Mais pour l’affaire des 701 kilos de cocaïne, il s’est contenté de dire qu’elle est entre les mains de la justice. « Laissons la justice faire son travail », a-t-il conseillé.

À voir l’évolution de l’enquête, la justice semble se concentrer plus sur « le blanchiment d’argent » et « le trafic d’influence » que sur le « trafic de drogue » lui-même.

Le risque apparent est de faire diluer le dossier dans un flot de détails qui ne sert pas forcément la quête de la vérité voulue par les Algériens.

Le Syndicat national des magistrats va-t-il aider ses confrères juges instructeurs à approfondir l’enquête sur l’affaire de la cocaïne, s’appuyant sur des preuves, pour tout révéler aux Algériens sur ceux qui cherchent à « pourrir la société » par la drogue ?

Difficile de le savoir. Tout ce qu’on sait pour l’instant est que le SNM vient d’appeler les médias à « contribuer à moraliser et promouvoir le journalisme à travers les enquêtes et la vérification des information à l’abri de toute diffamation ».


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4 Commentaires sur cet article

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  • mohamed
    25 juin 2018 at 21 h 08 min - Reply

    L’affaire de la cocaine et l’appel du « poète » à la guerre civile rendent un immense service à la mafia au pouvoir. Déjà des « vive Bouteflika, vive Ouyahia » fusent….

    la coincidence et le moment très opportun en faveur du pouvoir mafieux me déroutent je dois reconnaître.
    Comme je suis méfiant de naissance, je trouve ça bizarre, très bizarre…..




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  • Dria
    25 juin 2018 at 22 h 07 min - Reply

    Jusqu’où? Jusqu’au ministère de la justice. Puis ce dossier va roupillé avec les dossiers précédents Sonatrach 1,2 BDL et notre boucher aura un CV à la Chakib et OuldKaddour…..et notre poulain sera ministrable voir présidentiable comme le sont ces Ouled Lahram que produit l Algérie à la pelle , car nous autre le peuple on ne fera jamais d’appel en acceptant cet État de droit et ces institutions fantoches




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  • lyes Laribi
    25 juin 2018 at 23 h 41 min - Reply

    Arrêtez le cirque, tout le monde sait que la justice n’ira pas aussi loin que celui qui essaie de toucher son nez avec sa langue. Kamel chikhi n’est qu’un prête nom dans le milieu des affaires. La question est simple, comment ce monsieur a lui tout seul possède l’exclusivité de fournir toute l’armée en viande? Pourquoi ils arrêtent sa famille et ils laissent ses associés (fils de g…) en liberté. Je crois que la responsabilité pénale est toute partagée. Je l’ai déjà écrit et en détail comment certains généraux ont profité de la décennie rouge pour se lancer dans le commerce de la drogue. Le plus grave, c’est qu’ils sont devenus des têtes du narco-terrorisme et là ces imbéciles mettent la sécurité de l’Algérie en danger. Croient-ils que les services occidentaux ne connaissent pas leurs magouilles ? L’histoire de la Lybie, de l’Irak et de la Syrie ne suffit pas à ces ignares.




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  • Si Salah
    28 juin 2018 at 14 h 07 min - Reply

    In: Hoggar.org

    Ce sera un steak pané à la cocaïne svp

    Hallucinante, que dis-je, stupéfiante découverte au port d’Oran il y a quelques jours : au lieu de la traditionnelle cargaison de couches bébé cachée dans des containers remplis de marijuana, les gendarmes ont trouvé de la viande congelée cachée dans des containers remplis de cocaïne! A croire que la Bouteflicaille s’apprête à inventer le steak pané à la cocaïne…

    Contrairement à la cocaïne, la viande congelée est un produit de luxe interdit d’importation sans l’assentiment des hautes autorités du pays, à commencer par M. Son Frère et le général Gaïd « ham ham » Salah.

    Comme il fallait s’y attendre, le scandale s’est propagé comme une trainée de poudre blanche. De fil en aiguille, les enquêteurs sont remontés jusqu’au cerveau de l’affaire, à savoir un certain Kamel Lembouchi.

    Résumons l’affaire: Kamel importe de la cocaïne de Colombie et a toutes les autorisations officielles pour ce faire. Comme chacun sait, la cocaïne est un fruit exotique très apprécié dans les quartiers populaires tels Hydra ou le Club des Pins. Favorisant le bien-être et l’impression de plénitude, la cocaïne peut être importée sans conditions dans la RADP de M. Le Fauteuil. Par contre, la Colombie produit aussi clandestinement de la « viande Haram », ainsi dénommée car les pauvres soutiennent qu’à 2000 dinars le kg, elle rentre naturellement dans la catégorie des produits « Haram ».

    Pour faire passer la viande, Kamel a donc décidé de la cacher dans ses containers de cocaïne ; mais n’ayant que deux mains, il s’en procuré d’autres pour fluidifier le « dédouanement ». Le chauffeur du chef de la DGSN le renseignait sur les horaires de sieste et de séances méchoui de son patron. Le fils de l’ancien premier ministre lui donnait des tuyaux sur les rendez-vous de son père chez le coiffeur pour le séchoir hebdomadaire, et les procureurs de la république le tenaient informé des horaires des matchs de foot au Mondial. Ayant toutes ces informations en main, Kamel décidait à son aise de l’heure exacte où il pouvait décharger sa cargaison sans s’attirer l’attention du chef de la DGSN, du premier ministre, ou des citoyens sous dépendance footballistique.

    Mais comme toute histoire de viande, il y a un os. En effet, Kamel Lembouchi n’a pas tenu compte d’une chose: les chiens ! Il ne savait pas que les gendarmes disposaient de chiens renifleurs de viande colombienne. A l’accostage du bateau de Kamel, tous les chiens du port d’Oran entamèrent ensemble l’hymne à la joie, et la viande fut facilement repérée par les gendarmes.

    Cette histoire devrait naturellement inciter les partisans de M. Le Fauteuil au Kleb des Pins à le supplier de briguer un nouveau mandat pour 2019. Apres Khalifa I, Khalifa II, Sonatrach I, Sonatrach II, le peuple algérien ne comprendrait pas que la série Cocaïne-I n’ait pas de continuation. Le slogan de la compagne est d’ailleurs déjà prêt : « C’est Bouteflika, jusqu’à l’overdose » !

    Mounir Sahraoui




    14
  • Congrès du Changement Démocratique